II. Maisons religieuses d'hommes
Théatins, couvent de religieux ou clercs réguliers, situé quai Malaquest, depuis nommé quai Voltaire, n^ i\, et rue de Bourbon, n» 26. Quelques membres de cet ordre religieux, fondé en Italie, en 1524, par Gaëtan de Thienne et Jean Pierre Caraffe, archevêque de Théate, aujourd'hui Cbieti, au royaume de Naple-lurent appelés à Paris par le cardir:; Mazarin. Il acheta en 164^, pour les . établir, une maison, située sur le quai Alalaquest, qu'il fit disposer pour une communauté religieuse. En 1648, ces religieux, voulant s'établir dans ce lieu, ••(> demandèrent à Henri de Bourbon, abbé • ' Saint-Germain, la permission qu'ils (;!
tinrent le l^r aoiit de cette année, i chapelle fut bénite, le 7 du même mosous le vocable deSainte-Anne-la-Royni;- : les lettrées patentes confirmatives de c'-! établissement, accordées dans la mèiii
(1) OEuvres posthumes de Monlesquieu, Pe. sées diverses des grands homiues de Franc ■.
(2)LouisXIV^ sa cour et lercgent^ toui. IV page 365.
sous Loris XIV
année, n? furent riueizishvc que le 29 mai IfiSJ. Lecardiaai Mazarin leur légua trois c<?nt milie livres pour fnire coostruire une églit-e, dont la première pierre fut ^éele28 novembre !662.
CeVe église était commencée sur un in trop vaste et trop dispendieux. Les ^is cent mille livres léguées par Mazarin ur les frais de construction ne suffirent ^ ; ou une partie de cette somme reçut .ae aui.re destination. Le père Guarini, qui passait parmi les religieux de l'ordre pour un très habile architecte, donna des preuves incontestables de son incapacité 't de son mauvais soùt, et laissa le bâtiment imparfait.
En 1714, le roi accorda aux théatins une loterie, dont le profit fut employé à la continuation de cette église ; elle fut achevée et bénite le 20 décembre 1720.
Le portail, qui se présentait sur le quai, fut élevé, en 1747, par les libéralités du dauphin, père de Louis XVI, sur les dessins de M. Desmaisons : c'était un ouvrage médiocre.
La haine que l'on portait à Mazarin reillit sur les religieux qu'il avait établis. > pères prêchaient en faveur des opérans de ce ministre; et, pour être plus ; irsuasifs, ils faisaient apparaître en chaire des figures de saints que les Frondeurs nommèrent avec irrévérence des Marionnettes : « usage qui tenoit plus, « dit un écrivain du temps, de l'artifice « de l'Italien que de la dévotion française. » Plusieurs pièces satiriques font mention de cette pratique ridicuie. Dans celle qui est intitulée Passeport et adieu, de Ma- -irin, ou lit :
Ariieii, l'oocte aux mazarinettes;
Adi-.u, père aux mar onneitei; Adieu, Taiiieur des ihcaiius.
Et plus bas, dans la même pièce :
Parles bellps maiarineltes, Par tout' s les mariouneilei, Par la robe des Ibeaiius, etc.
Les théatins, épouvantés, lorsqu'en 1649 Mazarin fut obligé de quitter la France, le suivirent dans sa fuite. Une pièce intitulée Lettre aii cardinal Burlesque, rap: elle ce fait, ainsi que l'usage des marionnettes en chaire :
Votre troupe théaline,
Qui fait VOEU d'être un peu mutine, >e voyant point de sùre^e
'.te, r.> ses cacliclles
V'i ■ 1^' ■<■ 5,.ri > .1 .i-dcvaot baas les derniers joun de l'AvenL
Dans cette église on avait déposé le cœur du cardinal Mazarin, les restes d'Edme Boursault, poète comique: et on voyait sur le maître-autel un grand tableau, représentant la ^jscine, p^-int par Restent.
Ce couvent, le seul de cet ordre en France, fut supprimé en 1790. Vers l'an 1800, le bâtiment de l'église fut disposé en salle de spectacle ; on n'y joua jamais : on y donna des bals, desfètes et, en octobre 1816, on y établit un café, appelé Café des Muses.* Enfin, cet édifice a été démoli dans les années 1821, 1822, 1823, et des maisons particulières ont été élevées sur son emplacement.
Institution de l'Oratoire, quartier de rObseï vatoire, et rue d'Enfer, n» 74. Nicolas Pinette, trésorier de Gaston, duc d'Orléans, acheta, en 1 650, l'emplacement, et y fit bâtir une maison qu'il do!i:;a aux prêtres de fOratoire. Le roi, par lettres patentes, aceorda à cet établissement les privilèges dont jouissaient les maisons de fondation royale. Claude du Saussai donna à cette maison le prieuré de Saint-Paulaux-Bois, dans le diocèse de Soii>sons, prieure dont il était pourvu.
Cette maison servait de noviciat aux personnes qui se destinaient à la congrégation de rOratoire : elle fut célèbre par les hommes distingués qu'elle a produits ou qui s'y sont retirés.
La construction de l'église est simple.
La première pierre en fut posée le 11 novem.bre 1635; et le 7 du même mois, en l'an 1657, ou en fit la consécration; elle fut dédiée sous le vocable de la Sainte- Trinité et de l'Enfance de Jésus. On voyait dans l'intérieur un tableau, représentant un £cce honw, par Coypel, et dans la chapelle de la Vierge un monument en marbre, érigé, en 1661, à la mémoire du cardinal Bérulle, dont la figure était représentée à genoux ; au-dessous était plac-e une urne contenant son bras droit.
Ce monument fut sculpté par Jacques Sarrasin. Le tableau du grand autel de cette chapelle était un ouvrage de Lebrun.
Cette maison, supprimée en 1792, fut, en 1801, consacrée à l'Hospice de la Ma-
(1) Est partie poiirla Flandre.
Ecole d'accoucbenient. En
terni te et a
4814, on V élablit l'hospice de l'Allaitement oti des Enfants-Trouvés, hospice dont je parlerai en son lieu.
pRÉxMONTRÉS RÉFORMÉS, COUVent situé
au carrefour de la Croix-Rouge, à l'angle formé par les rues de Sèvres et du Cherche^Midi. Le 16 octobre 1661, les prémontrés réformés achetèrent de dame Marie Lenoir, vei^e de René Chartier, médecin du roi, un terrain fort étendu avec une maison appelée les Tuileries. Ils y firent toutes les réparations nécessaires a leur projet, obtinrent, le 28 juin 1662, le consentement de l'abbé de Saint-Germain, et, au mois d'octobre de la même année, des lettres patentes, par lesquelles le roi se déclare leur fondateur : ils y sont qualifiés de Chanoines réguliers de la réforme de l'étroite observance de l'ordre des Prémontrés.
Le 13 octobre 1662, la reine Anne d'Autriche posa la première pierre de l'église, qui, le 30 octobre 1663, fut achevée et bénite sous le titre du Très-Saint- Sacrement de l'Autel et de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge. Cette église se trouva trop petite : les prémontrés, en 1719, la firent agrandir, et sa Douvelle construction fut achevée en 1720.
Cette église, simple dans sa construction, offrait quelques monuments sépulcraux et plusieurs tableaux peu remarquables. La voûte en trompe, qui portait le buffet d'orgues, était admirée par les constructeurs.
Cette communauté fut supprimée en 4790; l'église fut démolie, et l'emplacement vendu est couvert de maisons particulières.
Les Orphelins de Saint-Sulpice ou DE LA MÈRE DE DiEU, maison située rue •du Vieux-Colombier, n» 15. Le sieur 01lier, curé de Saint-Sulpice, fonda, en 1 648, cet établissement pour les orphelins des deux sexes de sa paroisse. Après avoir été placé en divers- lieux, il fut définitivement fixé, en 1678, rue du Vieux-Colombier : les enfants étaient sous la direction de huit sœurs.
Cette maison, supprimée, fut occupée par des sœurs de la Charité, vers l'an 1802; en 1813, ces sœurs ayant été transférées rue du Bac, no 439, elle a été convertie en une caserne de pompiers.
Les Fiœres des Ecoles chrétiennes, rue Notre-Dame-des-Champs, en face de
la rue de Fleurus. En 1658, madame Cossart fonda un établissement qui avait pour objet l'instruction des enfants pauvres : il fut supprimé en 1707. Les frères des écoles chrétiennes s'y établirent en 1722 remplirent le même objet, et eurent encore à Paris plusieurs autres établissements qui furent supprimés en 1792. La marquisede Transe releva cette congrégation en 1806, et y réunit les frères de la doctrine chrétienne, dans leur ancien chef-lieu, au Gros-Caillou. Dans le même temps, d'autres établissements ou noviciats furent aussi formés à Paris, jusqu'à ce que Louis XVIII, les rendant à leur première institution, eût transféré le chef-lieu général, alors à Lyon, à l'ancien hospice de M. Dubois, rue du Faubourg-Saint-Martin, no 147. C'est de cette maison du noviciat, connue sous le nom du Saint-Enfant-Jésus, que sont tirés les maîtres répartis dans les diverses écoles du royaume. Cette congrégation compte plus de deux cents écoles dans toute la France. Il y a quatre annexes à Paris, qui envoient dans les différents quartiers de la capitale des maîtres et frères, pour instruire les enfants. Chaque école doit être composée de trois frères, dont un directeur.