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B. HISTOIRE

« que l'on fit garnir de menbles de la cou- « ronne pour lui et pour son fils, et où « Ton établit des officiers pour faire sa « cuisine et le servir. Il salua le roi le « 4 juin 1665(i). »

On lui donnait trois mille louis d'or par an, six mille livres pour son fils, autant au sieur Mathias, son élève, et des sommes proportionnées à tous ses domestiques.

Une réception si magnifique, si extraordinaire, tant de libéralités prodiguées à cet artiste le firent considérer com.me un être merveilleux et doué d'un génie sublime. Mais, dès qu'il eut fait paraître quelques-unes de ses productions, on conçut de ses talents une opinion bien moins favorable : il ne put soutenir sa réputation. Le cavalier Bernin n'était cependant pas un artiste sans mérite : peintre, sculpteur, architecte, il a laissé à Rome des ouvrages qui justifient sa renonimée. Il avait du génie; mais l'âge commençait à l'éteindre. Pendant son séjour à Paris, il exécuta quelques ouvrages de sculpture qui prouvèrent la décadence de ses talents (2).

Il ne se montra pas meilleur architecte ; son plan du Louvre offrait plusieurs inconvenances. On eut beaucoup de peine à le déterminer à y faire quelques changem.ents nécessaires. La partie à laquelle Colbert attachait le plus d'importance, la façade principale, manquait de noblesse et ne répondait pas à l'attente générale. Bernin voulut employer, dans la maçonnerie, des procédés pratiqués dans son pays, mais qui ne pouvaient convenir au climat de Paris. On fit des expériences qui prouvèrent l'impropriété de ces procédés.

Colbert commençait à sentir qu'il s'était trompé ; mais, après avoir donné tant de témoignages de vénération aux talents de Bernin, il n'osait faire éclater son mécontentement : il laissa aller les choses.

(1) Mémoires de Charles Perrault^ pagr. 76.

(2) Il sculpta un buste de Louis XIV qui ne ressemblait guère à ce roi, et une statue équestrs en marbre d'un seul bloc qui parât si médiocre et si peu ressemblante, que Louis XIV ordonna qu'elle fût retirée du l:eu où on l'avait mise d'abord, et placée au bout de la pièce dv^s Suisses. Il eu fit ôter la tête, et on y substitua celle de Marcus Curtius que Girardon avait copiée d'après l'antique.

Le 17 octobre 1665, le roi posa avec une pompe extraordinaire la première pierre de la façade du Louvre. Il fallut démolir ce qu'avait élevé Leveau, et reconstruire sur de nouveaux frais d'après* les dessins du cavaMer Bernin. Celui-ci continua ses travaux pendant quelques mois; m.ais, fort orgueilleux, emporte, et d'ailleurs mécontent de quelques observations qu'on s'était permis de lui faire, il menaçait de se retirer. En outre, accoutumé au climat de l'Italie, il craignit, dans un âge avancé, de passer l'hiver à Paris. Si Bernin était disposé à quitter cette ville, le ministre ne l'était pas moins à s'en débarrasser, et avait même déjà trouvé un prétexte pour le déterminer à partir.

Cet architecte s'était engagé à raccorder ses dessins avec les parties de bâtiments qui existaient. Il ne tenait pas cet engagement : il démolissait tout pour reconstruire. Mais comment renvoyer un homme qu'on avait appelé avec tant d'empressement et reçu avec tant d'honneurs et de solennité? Le ministre désirait que ce renvoi vînt de Louis XIV. Il le pria de venir examiner le dessin du cavalier Bernin, et de le comparer avec ceux des autres architectes, surtout avec ceux de Claude Perrault. Le roi examina ces divers dessins, dem.anda les avis de ses courtisans, qui, dans la crainte d'émettre une opinion contraire à celle du maître, esquivèrent leur réponse. Le roi se retira sans rien décider.

Le cavalier Bernin tira lui-même ie ministre d'embarras, en demandant à s'en retourner dans son pays. La veille de son départ, le ministre lai fit porter, par Charles Perrault, trois mille louis d'or, un brevet de douze mille livres de pension annuelle, et un autre de douze cents livres pour .son fils. Il partit (■!).

(1) Cet homme avait une haute opinion de sa capacité, et se croyait même inspiré, dans ses compositions. « Il disait à M. le- « Nonce que c'était Dieu qui l'inspira't en " faisant le dessin du Louvre. » A Colbert, qui admirait ses dessins, il assura que Dieu» seul en était l'auteur.

On a recueilli quelq^ies-uns de ses motsfi je ns rapporterai que celui-ci : « Un roi ditr^ " Je vole mes sujets ; le ministre dit : Je. « vole le roi ; le tailleur ait : Je vole le « ministre; le soldat : Je vole l'un et l'au-

sors

Il ne s'agissait plus qae de choisir entre 1'.' dessin de Leveau et celui de Claude Perrault. Ce dernier emporta les suffrages. Il fallut encore abattre pour reconstruire.

Mais cette fois on construisit pour ne plus démolir. Colbeit, pressé de faire jouir le roi, mit tout en œuvre pour hâter les travaux. On avait déjà, comme je l'ai dit, fait défendre aux propriétaires de celte ville de bâtir sans la permission du roi ; un nouveau moyen fut employé pour que les ouvriers eussent plus de temps à donner aux travaux du Louvre. Coibert obtint, en 1666, de larchevêqu? de Paris, la suppression de plusieurs fêtes, suppression qui fit naître de nombreuses plaintes, en prose et en vers (1).

La façade principale du Louvre, commencée en- \ 666, sur les dessins de Claude Perrault, fut terminée en 1670. Parmi les mtyeus employés pour élever cette façade, on doit citer la machin^^ composée par Ponce Cliquin, habile charpen'ier, machine que Claude Perrault a fjit graver dans sa dernière édition de Vitruve. Cette machine était destinée à élever à la hauteur du fronton deux pierres qui devaient le couvrir et former la cymaise. Chacune de ces pierres avait 54 pieds de long sur 8 de large, et 48 pouces d'épaisseur, et

" tre ; le confesseur : Je les absous tous ' quatre; et le diable dit : Je les emporte •' tous cinq, r [Mémoires de Charles Perrault, pag. 105 et 108. )

(i) Dans une des pièces de vers qui pa- Txireiit alors, Tauteur aunonce que la fie le àe sainte Catherine fut supprimée, parce i;ue cette sainte avait des rapports avec les religieuses de Port-Koyal, que l'on persécutait alors; puis il ajoute :

un retrancha sainte Anne el sainte Madeleine,

Saint Marc, saint Luc, saint Hoch. sainte Croix, saint

Les saiiiu Barlkélemi, liarnabé, Matthias, {Thomas :

Tl.us irois de Tordre des ap.lres.

Saint Joseph, saint Michel, av c saint \icolai,

Lts Innocents comme les autres,

Tûus en^aible oat pa&>e le pas.

LOL'IS XIV f9

provenait d'un seul bloc scié en deux, et tiré des carrières de Meudon. Ces pierres, d'une si grande dimension, donnent la mesure des deux côtés supérieurs du triangle que présente le fronton qui sert d'amortissement à lavant-corps placé au centre de la façade principale.

Cette façade ao2o pieds d'étendue. Cette longueur se compose de trois avant-corps : deux aux extrémités, et un au centre, où se trouve l'entrée principale. Les deux intervalles que laissent ces trois avantcorps sont occup's par deux galeries.

sranceS; On y

Une autre pièce, en forme de contient des plaintes semblables, trouve ces vers :

D'oh vient ce changement étrange?

En Toici la rji^c : aujimrd'bui le clergé l*reie3d q Tun apdtre, qu'un ange. Ne peut rieu &aus sou couge.

( Tableau de In, Vie et du Gouvernement de Richelieu, Mazarin, Colberf. etc., pasr. 203

et 214.1

dont le fond, autrefois garni de niches, est aujourd'hui percé par des fenêtres (1).

La hauteur de cette façade, depuis le sol jusqu'à la partie supérieure de la balustrade, est de 85 pieds; elle se divise en deux parties principales : le soubassement et le péristyle.

Le soubassement présente un mur liss?.

percé de vingt-trois ouvertures, portes ou fenêtres. Cetre partie de la façade n'en est pas la plus belle. On désirerait que les fenêtres disparussent, et que ce mur, entièrement uni, reçût un caractère de solidité dont il est dé,-0urvu.

Le péristyle s? compose d'une ordonnance corinthienne contenant cinquantedeux colonnes et pilastres, ac<îouplés et cannelés.

Cette façade éprouva des changements, et fut embellie sous le règne de Napoléon.

Au-dessus de la porte d'entrée, placée à l'avaut-corps du centre, on ut disparaître un grand cintre, et l'on établit entre les deux parties de la colonnade une communication qui n'existait pas.

Au-dessus de cette même entrée étaient deux tables vides. On y a scuîpté ur grand bas-relief, représentant la Victoire ; sur un char attelé de quatre chevaux: et ' l'on y a joint, comme pendentifs, deux bas reliefs qui existaient dans les cintres de l'antique composé par Pierre Lescol.

(1) Perrault fit d'abord des fenêtres dans le fond de ces deux galeries ; mais, voyant quelles ne correspondaient point aux fenêtres de la façade de la cour, il leur substitua des niches. Cette substitution privait cette f.içade d'une partie du c.iracîère que doit avoir un lieu d'habitation. Lorsqu en 1804, et dans les années suivantes, le Louvre fut réparé et achevé, on trouva Li traça des fenêtres que Perrault avait d'abord adoptées, et on les rétablit.

tO HISTOIRE

Le tym[an du froDton qui couronne cet aviint-corps était resté vide. Le sieur Lemot fut chargé de le remplir. Il composa un bas-relief, au centre duquel était placé, sur un piédestal, le buste de Nal^olcon. Ou voyait à droite la figure de Minerve, et à gauche celle de la Muse de l'histoire, écrivant sur le piédestal ces mots : Napoléon le Grand a achevé le Louvre. Devant ce piédestal, la Victoire est assise. Minerve, des Muses, des Génies figurent dans les autres parties de ce fronton.' En 1815, on fit disparaître le buste de Napoléon, et on lui substitua celui de Louis XIV; et l'inscription fut remplacée parcelle-ci : Ludotico Magno.

Cette façade, entièrement ragréée, restaurée et embellie sous le règne de Napoléon, doit sans contredit, par l'heureuse harmonie qui se trouve entre toutes les parties de l'ensemble, par le choix et îa belle exécution de ses ornements, la j»age économie de leurs distributions, enfin par la majesté de son étendue, occuper le premier rang parmi les plus beaux morc;?aux d'architecture dont Paris puisse se glorifier.

Perrault fit aussi élever, sur ses dessins, la façade du Louvre qui donne sur îo cours de la Seine; façade moins maguifique que la précédente, et qui se trouve parfaitement' d'accord avec elle. Le pyjubassement, les pilastres corinthiens qui la décorent, son' dans les mêmes proportions : il ne la termina point.

Celle qui regarde la rue du Coq fut en partie construite par Perrault. Sa décordtion, qui diifère de celle de la façade du côté de la rivière, est moins riche. D'ailleurs, entourée de bâtiments particuliers très rapprochés, elle n'était point en vue. Cet architecte n'en composa que la partie qui s'étend depuis la colonnade jusqu'à Lavant-corps où se trouve la porte; avantcurps et porte qui sont de sa composition. (!es façades, que Perrault n'avait point terminées, étaient, depuis un siècle et demi, restées sans toiture, abandonnées ûux injures de l'air, et re&cemblaient à (les ruines; elles furent achevées, ragréées, recouvertes, et couronnées de balustrades wus le règne de Napoléon.

Le plan de la cour du Louvre est un

carré parfait, dont chaque côté a 08 toi-

.vies. Les décorations des nuatre façades de

, cette cour ne se ressemblent pas : voici

les cause? de celle dissemblance.

La façade intérieure du côté occidenta de cette cour appartient au corps de bâtiment aj-pelé communément le vieux Louvre, bâti par Pierre Lescot, sous François 1er et Henri II, comme je l'ai dit a, Heurs. Elle fut restaurée sous Lcuis XIII par l'architecte Mercier, qui, s'écartant des dessins de Lescot, éleva le p;ivillon placé au centre, dont l'étage supérieur fui décoré de six cariatides colossales sculptées par Sarrazin, et sur le comble duquel, avant le gouvernement de Bonaparte, était un télégraphe. On y voit aujourd hui une horloge et son cadVan. Cette façade, malgré les changements qu'elle a éprouvés, conserve encore quelques caractères d'une construction du seizième siècle.

La façade méridionale fut construite en partie par les mêmes architecte-, et par Mercier, qui, continuant l'ouvrage de Pierre Lescot, eu conserva les dessins.

Cette façade et tout le corps de bâtiment auquel elle appartient restèrent imparfaits. Commencée au seizième siècle, continuée au dix-septième, laissée dans un état de ruine, longtemps à demi enterrée sous des décombres, elle participait de la manière de l'une et de l'autre époque.

La façade du côté oriental, celle qui se trouve derrière la façade extérieure appelée colonnade, conserva, à plusieurségards, l'ordonnance du bâtiment appelé vieux Louvre, mais en différa dans plusieurs autres. Il en fut de même de la façade septentrionale.

Dans le vieux Louvre, l'ordonnance du rez-de-chaussée est corinthienne, celle du piemier étage, composite; et l'étage supérieur présente un ordre attique, couronné par une espèce de balustrade barbare, et par un comble très élevé.

Les autres façades furent composées des mêmes ordonnances; mais à l'altique on substitua un troisième ordre, et à la balustrade barbare une balustrade moderne, qui dérobe entièrement la vue du comble.

On ne pouvait, sans transgresser les règles reçues, décorer l'etagé supérieur par un troisième ordre plus léger que le corinthien du rez-de-chaussée, plus léger que le composite du premier étage: par un ordre eufin qui n'existait pas. Quelques personnes opinèrent pour un ordre cariatide; cette opinion fut rej tée. Ce fut

sors Louii XIV

tl

alors que l'on b*occu| a de la création d"un ordre nouveau, d un ordre français, et que Ton proposa des prix et un concours à ce sujet. Mai? ce concours ne produisit rien de satisfaisant. Alors Perrault se décida à donner à l'ordre de l'étage supérieur les proportions corinthiennes; il violait les lois de l'architecture; mais il surmontait une difficulté qui ne pouvait être vainc-;e que par une violation des règles.

La façade du côté septentrional de la cour, depuis le vieux Louvre jusqu'à l'avanl-corps, était construite d'après les dessins de Pierre Lescot. Pendant le règne de Louis XV, l'autre moitié de cette même façade fut construite d'après les dessins de Claude Perrault, c'est-à-dire conformément à la façade orientale, sous la conduite de larchitecte Gabriel.

On voit que, pour rendre les quatre façades de la cour entièrement uniformes, il aurait fallu démolir toutes les parties construites sur lesdessinsde Pierre Lescot et les rebâtir sur ceux de Claude Perrault, ou démolir toutce qu'on avait bâti sur ceux de ce dernier architecte et le reconstruire d'après les dessins du premier.

Les façades de cette cour, si l'on en excepte celle qui appartient au vieux Louvre, entreprises ou réparées sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, ne furent point terminées. Les bâtiments qu'elles représentaient étaient abandonnés avant d'être achevés. La plupart manquaient de toitures ou n'en avaient que de provisoires, établies à la hâte, et qui ne s'élevaient pas même à la hauteur des murs de face.

Diverses académies tenaient leurs séan ■ ces au vieux Louvre ou dans les corps de bâtiment contigus. Des gens de lettres, d s artistes obt nrent la permission de -y loger, et d'y établir leurs ateliers. Ces permissionsse multiplièrent. On construisit légèrement en bois et en plâtre des cloisons pour faire des logements ; on en construisit dans de vastes salles du premier étage ; on en construisit dans des endroits qui n'avaient que des façades et qui manquaient de toits. On con.^ruisit des habitations dans un bâtiment en ruine.

La cour du Louvre était encombrée de gravois, qui s'élevaient à la hauteur du preiiiier étage: et dans les endroits où Ion

pouvait passer, on avait hissé établir de» baïaques hideuses. En 1772, celte ooii»

fut dtbarrassée de ces baraques et de c«8 décombres,et partagée en quatre grands carrés degazon, protégés par des barrières. Ce palais, qui présentait l'image de la magnificence jointe à celle de la misère, I image de la dégradation avant d'ê:re achevé , resta dans ce déplorable étal depuis les commencements du règne de Louis XIV jusqu'en 1802.

Alors gouvernait un homme jaloux de toute espèce de gloire, vaine ou solide, qui conçut le projet de finir en peu d'années ce que plusieurs rois n'avaient p»

faire en plusieurs siècles ; et ce projet fut exécuté.

Les façades extérieures et intérieures furent entièrement ragréées,achevées,courounées de balustrades, couvertes d'une toiture et terminées. Celles du côté du nord et du côté du midi, construite? er» partie d'après lesdessins de Pierre Lescol, furent refaites d'après ceux de Claude Perrault, et couronnées pareillement de balustrades. La façade intérieure du vieux Louvre ne put se raccorder avec les autres. Elle resta avec ses beautés et ses défauts, comme un monument de l'architecture du seizième siècle.

Une immense quantité de sculptures, à l'extérieur comme dans l'int'^rieur, des voûtes, des escaliers, des toitures, de? portes riches d'ornements qui rxirrespondent à la magnificence derédince, et une infinité d'autres ouvrages de détail, furent accomplis en moins de huit ans; el ce palais, vieilli avant d'être achevé, noirci, dégradé par le temps, «embia sortir de ses ruines glorieux et rajeuni.

Plusieurs autres améliorations accessoires furent exécutées. Le sol du quai du Louvre, considérablement exhausse^ procure un abord facile au pont des .Vrts, et favorise l'écoulement des eaux du quai; les emplacements qui environnaient les façades méridionale et orientale de ce palais sont pres<.)ue entièrement protégés par un mur à hauteur d'appui, aarnid'unê grille de fer à lances dorées; des démolitions au nord du Louvre laissent de ce côté une large rue; de vastes constructions, commencéessur la place dite du vieux Louvre, conformes aux bJtiments qui sont en face, doivent se rattachera lanouj velle galerie du Louvre située du côté de 1 la rue Siiut-Hono: é , comme les bâti-

ments du côté opposé se rattachent à ' l'ancienne galerie qui borde le cours de la Seine.

. Cette galerie nouvelle, commencée en 4807, et les salles du Musée des Antiques établies, en 1805, au rez-de-chaussée des bâtiments du vieux Louvre et de ceux qui s'avancent jusqu'au quai, disposées, embellies avec goût et magnificence; le superbe et pittoresque escalier qui de l'entrée de ces salles conduit à celles qui sont destinées aux expositions, à la galerie d'Apollon et à la galerie dite le Musée des Tableaux ; cette dernière galerie , réparée, enrichie dans toute son immense longueur; la place du Carrousel, considérablement agrandie , débarrassée de plusieiTs masses de maisons qui la rétrécissaient ; une large rue ouverte entre celte place et celle du vieux Louvre, qui met ce palais en regard avec celui ces Tuileries, et plusieurs autres travaux moins importants qu'il serait fastidieux d'indiquer, concoururent à l'embellissement du Louvre, et furent pour la plupart projetés et exécutés sous le règne de Napoléon, qui n'oublia pas de faire placer sur les murs de cet édifice, restauré et terminé par ses ordres, et dans les endroits les plus apparents, son chiffre, les em.blèmes de sa puissance, et autres insignes qui après sa chute ont tous disparu.

Palais des Tuileries. Louis XIV, en 1664, chargea Leveau de terminer et

façades des bâtiments qui

ont au fond de trumeaux de ces de gaines et de

ces terrasses ; et les façades furent ornés bustes.

Quelques autres restaurations moins imporlantes furent exécutées par Leveau et d'Orbay, son élève, sur les deux façades et dans l'intérieur des Tuileries; mais il leur était difficile de mettre de l'unité dans l'extérieur de cet édifice, composé de corps de bâtiments à la vérité symétriques, mais de forme et de style si différents, qu'étrangers les uns aux autres, ils semblent avoir été réunis par le hasard ou le caprice.

Si cette façade, qui sur la même ligne s'étend dans une longueur de 168 toises, eût été élevée sur un seul et même dessin; si son ensemble eût offert plus d'unité, entourée comme elle est de magnifiques accessoires, du jardin des Tuileries, de la longue avenue des Champs-Elysées, elle produirait l'effet le plus majestueux.

La galerie qui unit le palais des Tuileries à celui du Louvre était, quant à la maçonnerie, terminée du temps même de Henri IV ; mais plusieurs parties accessoires restaient imparfaites. L'intérieur de cette galerie ne fut décoré et même en- .tièrement pavé qu'en 1802. Louis XIV s'occupa spécialement de l'extérieur. Il fit sculpter les bas-reliefs des grands pavillons d'angles des Tuileries, ainsi que tous ceux qu'on voit sur les frontons de la galerie, tant du côté de la Seine que

d'un

réparer le palais des Tuileries. Cet anh!- de celui de la place du Carrousel tecte y fit plusieurs changements ; l'es- Parmi ces bas-reliefs, qui sont calier , chef-d'œuvre de construction, beau style , on remarque des emblèmes mais très déplacé, fut démoli et situé plus que l'orgueil de Louis XIV ou la bassesse convenablement. Le pavillon du centre cle ses courtisans lui avait fait adopter: fut exhaussé ; on le décora de deux or- c'est le soleil fécondant la terre de ses donnances, l'une corinthienne et l'autre i rayons, et produisant des fruits désignés composite, et d'un attique avec cariati- ' par deux cornes d'abondance ; c'est endos. Le comble de ce pavillon s'élevait sur j core le soleil placé au-dessus d'un globe un plan circulaire et offrait une coupole : 1 éclairant le monde. Ces emblèmes prouon y substitua un dôme quadrangulaire, vent que ce roi fit sculpter les tympans et on ne laissa subsister des constructions des frontons, mais ne prouvent pas qu'il de l'ancien architecte, Philibert Delorme, fit construire la partie de la galerie où ils que l'ordonnance du rez-de-chaussée, or- se trouvent.

donnance composée de colonnes et de pi- | Le Jardin des Tuileries était, avant lastresà tambours de m-irbre, et dont les Louis XIV^ séparé du palais de ce nom

sculptures sont très précieusement exécu' tées.

Les deux terrasses placées sur la façade du jardin, aux deux côtés de ce pavillon, furent conservées- dans leur forme originelle ; mais on changea la décoration des

par une rue qu'on nommait rue des Tuileries. Ce jardin renfermait une vaste volière, un étang, une ménagerie, une orangerie, et une garenne qui en occupait l'extrémité occidentale. Une forte muraille^ un fossé et un bastion qui embrassai^

toute la Inrgeur de co jnrdin, le protégeaient. Près de ce bastion était sur le quai une portede ville ;inpelée de la Conférence, porte qui paraît avoir été construite sous le rèsne de Louis XIII.

Vers l'an 1665, Le Nôtre fut chargé de dessiner sur un nouveau plan lejardindes Tuileries. Il changea tout ; il environin ce jardin de deux terrasses plantées d'arbres : elle du bord de la Seine et celle des Feuillants. Elles encadrent le jardin de deux côtés; et, après un retour, elles s'inclinent en se rapprochant à l'extrémité occidenta'e, et chacune, décrivant une courbe, s'abiiisse par une rampe en peDte douce jusqu'au niveau du sol ; elles laissent entre elles une vaste ouverture par laquelle la vue pénètre dans les Champs-Elysées et en découvre la longie et magnifique avenue. Voilà le cadre de ce jardin. Il se composait, au temps de Louis XIV, d'un parterre orné d'ifs, de buis en dessins contournés, d'un bosquet et de trois bassins.

Ce parterre est aujourd'hui borné par un bosquet de marronniers qui occupe la plus grande partie du jardin. Au-delà de ce bosquet est un %t3ste bassin octogone, accompagné de pièces de gazon ; telFes sont les masses du tableauTSes diverses parties étaient et sont encore ornées d'un grand nombre de figures, de statues, de groupes en marbre, imitations de l'antique ou productions du talent de nos meilleurs artistes.

Il serait trop long de les décrire, même d'en faire l'énuraération; je me bornerai à indiquer, d'abord dans le parterre, les deux groupes magnifiques qui représentent l'un Enée qui, après le sac de Troie, enlève son père Anchise, lequel tient par la main son petit-fils Âscagne ; ingénieuse composition, habilement exécutée par Lepautre.

L'autre est la mort de Lucrèce, groupe de trois figures, commencé à Rome par Théodon, et terminé à Paris par Lepautre.

Au-delà du bosquet, à droite, il faut aller admirer la Vestale de Legros, imitée de l'aiitique, mais dont l'inutation est bien supérieure au modèle.

Au bas de chaque côté des deux rampes dont j'ai parié, sont, sur de longs piédestaux, quatre groupes représentant des fleuves; deux de ces groupes, de proportion colossale, copiés d'après l'antique, sont le Nil et le Tibre. Ces deux groupes

sous LOUIS X!V S3

ont été sculptés à Rome par les Français peiisionnaires du roi.

Les deux autres piédestaux portent des groupes rep ésentant, l'un la Seine et la Marne, sculpté par Coustou l'aîné; l'autre la Loire et le Loiret, par Vanclève. C'est ici que l'on peut comparer la manière noble et sévère des statuaires de l'antiquité avec les grâces alTecîées, les contorsions que les sculpteurs du règne de Louis XIY donnaient à leurs figures.

A l'endroit où les deux t^^rrass-es se termin.ut et la-ssent entre elles l'intervalle où est placée la grille du côté des Charaps- Elysé.s, s'élèvent sur des piédestaux deux groupes en marbre • l'un représente la Renommée embouchant sa trompette, et montée sur un cheval ailé, sans rène>, et franchissant un trophée militaire ; l'autre offre l'image de Mercure; il tient d'une main son caducée, et de l'autre les rênes d'un cheval pareillement ailé, et sur lequel il est monté ; ce cheval s'élance pour franchir un faisceau d'armes. Ces groupes ont certainement le mérite d'una b.lle exécution, et sont dignes du talent de Coizevox, qui les a sculptés; m:)is linvent on de ces sujets ne me semble pas fort heureuse.

On devine rourquoi cet artiste a bridé le cheval de Mercure et laissé celui de la Renommée sans rênes ; mais on ne sait pas pourquoi il a placé Mercure et la Renommée sur des chevaux, nouveauté que nulle fable mythologique n'autorise; ui pourquoi il a donné des ailes à ces chevaux, qui semblent par leur allure n'en pas avoir besoin, monstruosité inutile et qui choque les esprits les plus habitués aa merveilleux.

En juin 1819, aux deux extrémités de la terrasse qui donne sur la place Louis XV, en a établi sur des piédestaux en pierre deux lions en marbre blanc, sculptés dans les ateliers de la rue de Choiseul ; la hauteur de chacun est de 5 pieds 8 pouces, sur 7 pieds 6 pouces de longueur.

La longueur de ce jardin, de;juis la façade du palais des Tuileries ju>qu'à son extrémité opposée, est de 376 toises; et sa largf'ur, y compris les deux terrasses, est de 168.

Toute la largeur de ce jardin, du cô'.é des Champs-Elysées, jadis protégée par un vaste bastion, l'est aujourd'hui par uq mur de terrasse et un fossé. On en sortait, de ce côté, par une porte située au

5î4 HISTOIRE DE PARIS

centre de celte largeur, et sur un ponf: tOiima/nt : mécanisme inventé et construit, en 1717. par un frère auaustin nommé Nicolas Bourgeois, auteur de plusieurs machines. Ce pont était composé de deux parties ou planchers, qui, réunis pendant le jour, remiplissaient la largeur du fosse: pendant la nuit, ces deux parties s'ouvraient: et chacune, toun ant sur son pivot, allait s'appliquer contre le mur de terrasse, et laisî^ait le fossé découvert. Le czar Pierre I^r, le 14 mai 1717, parcourut le jardin des Tuileries, « et

• s'amusa fort, dit-on dans les Mémoires « de Dangeau, à voir travailler au pont-

• tournant qu'on fait pour passer dans les « allées des Champs-Elysées (1). »

Le parterre et les bosquets sont percés de larges allées; celle du centre, qui correspond de la porte du palais à la porte occidentale du jardin, est la plus étendue; son axe est interrompu par deux bassins avec jets d'eau : celui qui occupe le centre du parterre, et celui, beaucoup plus grand, qui se trouve au-delà du bosquet. Cette allée se lie aujourd'hui par le prolongement de sa ligne avec les parties extérieures du jardin, avec la place de Louis XV, l'avenue des Champs-Elysées et la route de Neuilly. La vue de èelte ailée n'est bornée que par les hauteurs de Cha Ilot, où se trouvent aujourd'hui les édifices de la barrière de Paris, et l'arc de triomphe. L'entrée de cette ville par la barrière de Neuilly est la seule régulière et la plus magnifique de Paris.

Après l'allée du centre, dite la grande allée, on distingue l'allée des orangers, allée fort large, autrefois semée de gazon; elle occu[ e l'espace qui se trouve entre le bosquet et la terrasse des Feuillants; et, dans la belle saison, elle est garnie d'un grand nombre de beaux orangers en caisse. Celte allée et ses environs sont, en été, les lieux les plus fréquentés du jardin.

Depuis Louis XIV, et surtout depuis la révol.Uion, ce jardin et ses accessoires ont éprouvé des changements heureux.

Les événements de la révolution, et surlout le siège qu'au 43 vendémiaire an VI (o octcbrj 1796) les membres de la Convention fuient oblgés de soutenir contre une classe de Pari-iens égarés, causèrent diverses dégradations dans ce jar-

(1) Eslrait des Mémoires de Dangeau^ par m^damo de Sartory, tom. II, p. 155.

din qui , depuis plusieurs années, n'était point entretenu. La commission de» inspecteurs du conseil des Anciens, pendant les années v, vi et vu (1796, 1797, 1798), y fit exécuter d'immenses réparations; tous les bassins, tous les escaliers par lesquels on monte aux terrasses, etc., furent entièrement reconstruits; on planta des arbres nouveaux sur les deux terrasses ; de belles grilles remplacèrent le*^ portes mesquines et en maçonnerie qui existaient depuis le règne de Louis XIV.

Le Nôtre, qui plaçait la régularité et la symétrie au rang des règles fondamentales de ses compositions, avait laissé, aux deux angles de l'extrémité occidentale du jardin des Tuileries, deux espaces qu'il ne comprit point dans ce jardin : l'un, à l'angle septentrional , contenait l'orangerie, sa cour, ses bâtiments et autres lieux ; l'autre, à l'angle opposé, offrait quelques bâtiments et leurs dépendances.

Ces espaces angulaires , sous le règne de Napoléon, ont été joints au jardin; leur sol a été exhaussé au niveau des terrasses qui les avoisinaient; on a reconstruit les murs qui les soutiennent, et fait des plantalions régulières qui ont ajouté beaucoup détendue, de variété et d'agrément a cette belle promenade.

Au pont tournant ou a substitué un pont en pierre ; et à la porte en maçonnerie qui était contigué, une grille en fer.

La grande allée, trop étroite pour être en harmonie avec la grande avenue de Neuilly, fut élargie; on enleva de chaque côté un rang d'aïbres, et le bosquet fut agrandi de deux rangs d'arbres aux dépens du parterre.

Ce parterre éprouva aussi des changements. Aux dessins contournés, aux buis, aux tristes ifs, succédèrent des tapis de gazon bordés de plates-bandes de fleurs et d'arbustes. Tous le- carrés de ce parterre furent entourés de grilles de fer.

De nombreuses statues de marbre, de bronze, tirées des parcs de Sceaux, de Marly, etc., vinrent enrichir les diverse?* paities de ce jardin.

Ces restaurations et embellissements, commencés en l'an v par le conseil d<'s Anciens, furent continués sous le règne de Napoléon.

Du côté de la terrasse des Feuillants, le jardin était clos par un viei;X mur, en partie iecou\eit de charmilles; au dehors, et le long de cette clôture, se trouvaient

sous LOUIS XIV

les enclos et jardins des Capucins et des Feuillant>, et une longue cour qui aboutissait aux manèges couvert et découvert des Tuileries.

C'est dans les bâtiments et sur l'emplacement de ces manèges, contigus à la terrasse de> Feuillants, que l'on construisit, en 1790, une siille où l'Assemblée «onstiluante termina sa session, où l'Assemblée législative tint la s.enne tout en- I

lière, où elle fut remplacée par l'Assemblée conventionnelle, qui y siégea jusqu'en avril 1793, et la quitta pour occuper une salle dans le château des Tuileries; enfin celle salle, souvent réparée, servit encore aux séances du con-eil des Cinq-Cenb»^ qui l'occupa jusqu'en 1798, époque où la' s;ille actuelle du palais Bourbon fut (instruite.

Bonaparte, sur l'emplacement de ces

Monnaie de la troisième race.

enclos et jardins, de cette cour, de cette salle, fit ojvrir, en 1802, une large rue qui commence à la place du Canousel, et, longeant le jardin des Tuileries, se termine a 1h place Louis XV. Il lui donna le nom de Rivoli, en mémoire de la bataille de ce nom gagnée, le 1 4 janvier 1797, jar les Fiançais 'sur les Aulnchicns. Il fit auss! ou\rir dans le même temps la rue du Mont-Tliab ir ; celle de Casiig.ione, et celle de Napoléon, depuis 18 lo nommée de la P;ux, qui , toutes deux dans la ème ligne en pailant du jardin des Tui-

leries , t^a^ersent la place "Vendôme et se dirigent jusqu'au boulevard de la Madeleine.

Sous la rue de Rivoli, on a construit en 1807 un égout qui a exigé des travaux conside;ables et qui règne dans toute la longueur de cette rue. La rue de Rivoli na àes bâtiments que d'un côté; de l'autre est le jardin des Tuileries, séparé de celte rne par une grille que l'on a substiliiéeau \ieux mur de clô'ure. Cette grille à lanc s dorées, qui e.-t soutenue de dislance en distance par des pieds droit*

2ê- HISTOIRE DE PARIS

sannontés de va?es en marbre, commence à l'argle du château des Tuileries, et se continue, en séparant le jardin de la rue <Je Rivoli , jusqu'à une porte en fer qui termine à roccident la terrasse des Feuillants.

Ce jardin est aujourd'hui un des plus beaux qui existent en Europe.

Cramps-Elysées, promenade publique et sans clôture, située au-delà du jardin des Tuileries, dont elle est séparée par la place Louis XV. Son emplacement était en culture, et n'offrait çà et là que des maisonnettes et des jardins, lorsqu'en 1 607 ^on commença a y tracer des allées et à y planter des arbres. Cette promenade fut d'abord nommée le Grand-Cours, pour la distinguer de ce!le du Cours-la-Reine, qui est contiguë. Dans la suite, lorsque les arbres eurent donné. plus de verdure et répandu plus d'agrément, elle fut nommée Champs-Elvsées : elle portait ce nom sous

Louis xiv:

En HTO, ses plantations furent presque entièrement renouvelées.

Les Champs-Elysées sont traversés par la route de Neuilly, route dont l'axe est une prolo: aation de celui de la grande allée du jaidin des Tuileries. Cette route, plantée d'arbres, munie de contre-allées, se continue, toujours dans la même iigne, jusqu'à la bar; lère et jusqu'au-delà du pont de Neuilly. Paris n'a pas d'entrée plus imposante; peu de' villes en ont d'aussi magnifiques.

La longueur des Champs-Elysées, depuis la place Louis X'V jusqu'à l'Etoile, située à son extrémité opposée, est de plus de 400 toises; sa moindre largeur, du côlé des Tuileries, est de 160 toises; sa plus grande, du côlé de Ghaillot, est d'environ 500.

La plantation est en quinconce, et on y a ménagé de vastes salles de verdure, semées en gazon, où sont des cafés, et où l'on s'exerce à différents jeux.

A l'entrée" des Champs-Elysées par la place de Louis XV, aux deux côtés de la roule, sont élevés sur des piédestaux remarquables par la beauté de leurs proportions, deux groupes en n arbre, représentant chacun un cheval fougueux retenu par un homme. Ces groupées, dont les figures sont colossales, correspondent aux deux che\aux de marbre placés à l'entrée occidentale du jardin des Tuileries, et leur sont supérieurs à plusieurs égards.

Sculptés par C'oustou le jeune, ils furent, en l74o, placés aux deux côtés de l'abreuvoir de Marly. On les tira de ce lieu et on les transféra, en 1794, à Pjris, sur ce fameux charriot conservé comme une curiosité dans la première salle du Conservaloire des, arts et métiers (1).

Pendant l'hiver de 1818 à 1819. on a exhaussé, affermi et sablé toutes les'alHqs des Champs-Elysées, abaîtu huit ccr.ts pieds d'arbres," et replanté environ six cents.

A l'extrémité occidentale des Champs- Elysées s' (.lève , depuis 1823, un nouveau quartier de Paris.

Place du Carrousfl, située à l'est du ^ ^palais des Tuileries. Elle présentait un errain vague, qui existait entre les anciens murs de Paris et ce palais. Sur ce terrain on établit, en 1609, un jardin qui fut nommé dans la suite le jardin de Mademoiselle, parce que mademoiselle de Montpensier habitait le palais des Tuileries, et possédait ce jardin, qui fut détruit en 1655. Louis XIV choisit cet en::placement pour y donner, les 5 et 6 juin 1662, une fête ou spectacle, composé de courses, de ballets , où la cour étala un luxe extraordinaire dans les habits et les équipages. On avait, pour cet objet, élevé sur cette place une construction en charpente qui concourait à l'éclat de ce spectacle, un des plus raagninqucs que ce roi ait donnés, et qui ne coûta, dit-on, que douze cent mille livres.

Cette fête, nommée Carrousel, donna son nom à la place où elle fut exécutée. Voici comment un rimeur chagrin décrit les décorations faites pour ce pompeux divertissement :

Cirque de bois à cinq croisées, Barbouillé d'azur el d'or peiui, Aiiipliiiheàtre de sapin, F^julûiue entre les collisées, Hipiiotlrome de Paniagruel, Beile place du Cairoi.sel, Faite eu forme d'iiuilre à l'écaillé.

Quoi qu'on en uise, on vous voit là; lin liabil de pierres de taille Vous ïiéraii mieux que celui-lk.

La place du Carrousel était, sous :

Louis XiV, plus vaste qu'elle n'a été dans , la suite. Plusieurs cours et bâtiments i construits depuis en diminuèrent l'élen- ^ due. Mais un étrange et malheureux événement fit disparaître plusieurs de ces constructions qui rétrécissaient cette place.

1) Voyez, ci- après, place Louis XY..

sous LOUIS XIV

i.? 3 nivôse an ix (24 décembre 1800),

iparte, alors premier consul, sj ren-

.'. a l'Opéra; une machine, qu'on nomma

it t ;n;ile, placée à l'entrée de la rueSaint-

N :i>e au moment du pissage de la voi-

de ce premier magistrat, fit une ex-

ion qui retentit dans tous les quartiers

de la ville. Quarante-six maisons furent

fortement ébranlées ou endommagées;

huit personnes furent tuées, et vingt-huit

autres blessées grièvement.

^a vcitu;e du premier consul ne fut

' atteinte, ce qui trompa les espcran-

ies auteurs du complot.

s maisons ébranlées furent démolies.

ommenca la construction de la gale-

u Louvre parallèle à lanciennè; et

ice du Carrousel, agrandie, déblavée,

- n!e mainteuant dans son pian une

' carrée prL^-^que régulière.

: ACK Vendôme, située enîre les rues

.:-HonoreetNeuve-des-PetiL<;-Champs.

son emplacement, les ducs de Retz

•nt fait, sous le règne de Charles IX,

: un hôtel accomiagné de jardins. Cet

fut, en 1603, vendu à la duchesse

lercœur, et en porta le nom. Il passa

te à la maison de Vendôme par le

ige de Françoise de Lorraine, file

le du duc de Mercœur. avec Ce.-ar

vint proposer à Louis XIV d'abattre toutes les constructions de cette place, et d'en élever d'autres sur les dessins de Mansard. Le roi, qui, quelques jours auparavant, n'avait écouté qu'avec humeur les représentations de madame de Maintenon sur se? folles dépenses et son goût eftrénépour les constructions, voulant devant elle f.iire parade de s s prétendus principes d'économie, dit au ministre, à 1 occasion de cette place : . M. de Louvois l'a faite presque malgré moi. Tous ces messieurs les ministres' veulent faire quelque chose qui leur fasse honneur auprès de la postérité. Ils ont trouvé le secret de me donner à l'Europe coi me aimant ces vanites-là. Madame est témoin des chagrins que MM. de Louvois et LaFeuillade m ont donnés là-dessus. Je veux me les épargner désormais, et je veux qu'on ne me propose rien d'à prêchant. Que mon peuple soit bien nourri, je serai toujours assez bien logé (1). .

Mais ses actions démentirent ses paroles. Les nouveaux plans de Mansard furent adoptés. On démolit pour reconstruire; et la ville de Paris fat chargée des dépenses. Le roi, par déclaration "da 7 avril 1699, abandonna à cette ville les emplacements ocquis en 1683, tous les ma;ériaux emplovfs et à emolover, avec la faculté de les 'vendre, à la charge de faire construire une place dans le même endroit, conforme au nouveau plan arrêté,

,.o r.Kr.^ "c ' "," *"!" ft, de plus, de faire construire au fau-

ue p.ace magnifique au mdieu de bourg Saint-Antoine un hôtel pour la se- ..e .s élèverait la statue équestre dui conde comp3gnie des mousquetaires

lui lu'nTir'nLr^l'^'' '"' ''^'\ ^^^^^r/de%il!e acceptâmes condiiions; \ 60 000 Ires rhntTHA'''-'^' "^^ ''' ''■ ' * "^^' ^^'^^^-^^ ^^^ant rétrocède tous

oouuuu i.vre^, Ihotel de \enaome ez ses dro ts au sieur Masneuf mcvennqnt

^o'" d? ^e'^l^ril ï^rrnr l^ ''' T'^^ l'^-» -^ eî^r"^e"TSÎ [ JrOjet ue retlc place, il falait abattre le < cea de faire démolir ce oui avait dpii ni

'Tr\ ''-^pl'"^"'« ; " f«' abattu. On ! constra.t dans me i^acrde faire recoa!

nco,,.t,u,s,t nn auire dans la rue Neuve- 1 slru,re les façades que l^ivol^e^^^^^^^^ iCc-Petits-Champs ; et le portail de ce -'^ ' *- ' - ' ."" ^""'^uLuie, et

;ouvent lut élevé sur l'axe même de la

)lace |.!rojelée, et servit à sa décoration.

.> couvent étant construit en 1686, les

eligieus^'s y furent trausf-rees. On éleva

-uccessivement les façades des bâtiments

lui devaient entourer cette place: mais

-ouvois. qui se proposait d'v établir la

)iblioUieqae du roi, différentes acadé-

nies,^ un hôtel des monnaies, un hôtel

)0ur les ambassadeurs, mourut le 16 juil-

et 4691 ; et les travaux furent suspendus.

En 1698, le ministre PoiH-Charlrain

e Vendôme, fiLs légitimé de Henri IV.

avois, comme l'avait lait Coloeit, nait à caresser l'orgueil de son maîà lui procurer de nou\ elles jouissan- I imagina de faire con.^ruire à Pa-

de les achever avant le 1er octobre ITOI . ce qui fut ponctuellement exécuté.

Cette place fut alors nommée Place des Conquêtes. Quand en v eut placé la sta:ue équestre de Louis XIV, on voulut lui donner le nom de Place de Louis le Grand, et, pendant Ja révolution, celui de Piacé des Piques; mais le vulgaire routinier»

lui continuant la dénorainatiou de 1 hôtel

(1) Lettre de madame de Maintenon. t. IV, p 144. — louw X/K, h Rigent et sa Cour, t. m, p. 107. *

qu'elle remplaçait, l'appela constamment Place Vendôme, et ce nom a prévalu.

Le plan de celte place est un carré équiatéral, dont les angles sont à pans coupés, et dont les côtés ont 72 toises. On y arrive par deux ouvertures, l'une du côté de la rue Saint-Honoré, et l'autre du côté de la rue Neuve-des-Petils-Champs; elle se trouve aujourd'hui dans l'alignement des rues de la Paix et de Castiglione, qui y aboutissent et contribuent à l'embellir.

Les bâtiments qui l'entourent ont des façades uniformes; le rez-de-chaussée présente une décoration d'arcades à refend, formant soubassement à une ordonnance de pilastres corinthiens; ces façades sont aussi, à leur centre, décorées d'avantcorps, avec colonnes et frontons.

Au milieu de cette place fut érigée, en 4699, la statue équestre en bronze de Louis XIV, statue exécutée d'après les dessins de François Girardon, et fondue le 4" décembre 1692, par J. Balthazar Keller, habile fondeur. Elle est le premier exemple d'un ouvrage d'une aussi grande dimensicn coulé en fonte d'un seul jet.

Cette statue équestre avait 22 pieds de hauteur, et son piédestal 30; l'ensemble du monument était donc de 52 pieds d'élévation au-dessus du sol. On employa à cette statue 70 milliers de métal.

Louis XIV était représenté vêtu comme les Grecs de l'antiquité, et la tête affublée de sa volumineuse perruque. Aux connaisseurs des costumes, cet amalgame de formes antiques et modernes devait paraître fort ridicule.

Le piédestal, de marbre blanc, était chargé d'ornements et de cartels en bronze, exécutés sur les dessins de Goustou le jeune, et de longues et louangeuses inscriptions.

L'inauguration de celte statue fut, le <6 août 1699,. célébrée par un spectacle qui surpassait en éclat et en magnificence tout ce qu'on avait vu jusqu'alo s en pareille cérémonie. Le duc de Gesvies, gouverneur de Paris, signala, en cette circonstance, son zèle pour la gloire du maître, et lui fit sa cour aux dépens des habitants de cette ville.

Lorsque cette statue fut ériçzée, les impôts excessifs dont Louis XIV accablait les Français pour subvenir aux Irais de ses guerres, de son luxe et de ses bâtiments, excitèrent un mécontentement général ;

de plus, Paris était tourmenté par des disettes fréquentes et par des maladie* i qui en sont les suites ordinaires. Ces fléaux se signalèrent notamment pendant les années 1692, 1693, et se renf)uvelèrent pendant celles de 1698, 1699; la i pénurie des finances était extrême, et la cour réduite aux ressources extraordi'', naires.

L'orgueil s'accorde mal avec la misère, et l'érection de cette statue vint fort mal à propos. On s'en plaignit de toutes parts. Louis XIV lui-même, présent à l'inauguration de sa statue, ne put s'empêcher de désapprouver les dépenses excessives que la ville faisait en cette cérémonie, dans un i temps de disette. Le duc de Bourgogne refusa d'y assister, et dit à son épouse qui le pressait de s'y rendre : Commei.t se réjouir, quand le peuple souffre?

On se permit alors contre Louis XIV une singuhère épigramme : on plaça sur les épaules de sa statue une grande besace. C'était traiter ce roi d'orgueilleux et de mendiant.

Le 18 août 1792, cette statue, ainsi que toutes celles des rois, fut abattue. En l'an 1806 ou commença à élever, à sa place un monument d'un autre genre dont je parierai dans la suite.

Place dks Victoires, où viennent aboutir les rues Groix-des-Petits-Champs, Neuve-des-Petits-Champs, de La Feuillade, de Vide-Gou>^et, des Fossés-Montmartre et du Petit-Reposoir.

François, vicomte d'Aubusson, duc de La Feuillade, pair et maréchal de France, entraîné par une admiration fanatique pour la grandeur de Louis XIV, voulut lais.-er à la postérité un monument durable de son zèle stupide, et surpas.ser de ' beaucoup en adulation tous les courtisan.* • passés et à venir.

Il fit d'abord sculpter la figure en marbre et en pied de Louis XIV, qu'il se proposait de [il.icer dans un lieu très apparent ; mais bientôt cet hommage lui sembla indigne de son objet. En 1 684, il acheta ■ l'hôtel de La Ferlé-Senectère, occupant un emplacement vaste et isolé, il le fil cniièremcnt démolir, pour y conslruirt une place publique. La ville de Paris, c'est-à-dire le prévôt des marchands, voulut I articiper à cette œuvre; elle achet:* l'hôtel d'Emei i, dont l'emplacement contribua à l'agrandissement de la place, el i par acte du 12 septembre 1685, un ar- '

sous LOUIS XIV

chilecte, appelé Predot, fut chargé de la construction des maisons qui devaient l'entourer.

Ces b;Himents n'étaient encore que commencés, lor.-que, le 18 mars t()86, le duc ■ le La Feuillade, ayant fait exéculer par d'habiles artistes un groupe représentant ia figure en pied de Louis XIV couronné par Ta Victoire, fit célébrer l'inauguration «le ce monument. Cette cérémonie fut pompeuse, et ressembla à plusieurs égards aux consécrations des païens.

Au son de la musique militaire, au bruit dos salves d'artillerie, fut consacre

le groupe érigé à la gloire de Louis XIV, On brûla de l'encens aux pieds de l'idole; on fit des génuflexions devant elle; et l'on grava en lettres d or, sur le piédestal, cette" inscription : Viro immortali, a l'homme immortel.

€ J'y élois, dit Saint-Simon, et je con- « clus,'par les bassesses dont je fus témoin, « que s'il (le roi) a\oit voulu se faire ado- « rer, il auroit trouvé des adorateurs (1). »

Le duc de La Feuillade avait, suivant l'abbé Choisy, dessein d'acheter un caveau dans l'église des Petits-Pères, d'étendre ce caveau sous terre jusqu'au milieu de la place des Victoires, et de se faire enterre: précisément sous la statue de Louis XIV {2u

Dans cet acte excessif d'adulation, on ne sait ce qui doit le plus étonner, ou du servile dévoùment du courtisan, ou ^ i'orgueilleuse condescendance du monarque.

La place des Victoires est peu spacieuse , •;t son plan circulaire n'a que 40 toises de diamètre: les bâtiments qui l'entourent , miformément décorés, présentent un rezle-chaussée composé de portiques à re- .■^nd, qui servent de soubassement à une ordonnance de pilastres doriques.

Le monument qui en occupait le centre

> romposait d'un piédestal de marbre

;anc veine de ti pieds de hauteur,

.hargé d'inscriptions adulatrices, et de

viuatre bas-reliefs représentant la conquête

• ^ la Franche-Comté, le passage du Khin,

préséance de la France sur l'Espagne,

'a paix de Nimègue.

1) Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p. 29. — Louis XIV, sa Cour et le Bégent, t. II,

'. IHO, 161.

2) Mémoires de Cfioisy, liv. 5. — Essais -' i'jrù, pir Sa:n:-Foix, t. II. p. 46.

Aux quatre angles du piédestal on voyait quatre figures colossales d'esclave.'» ou de prisonniers enchaînés, dans l'attitude de l'humiliation, de la douleur ou do l'indignation. Ces figures en bronze étaient remarquables par la vérité de leur expression.

Sur ce piédestal s'élevait un groupe de deux figures, celle de Louis XIV en pied, vêtu des habits de son sacre, et foulant a ses pieds le Cerbère, figure allégorique de la triple alliance. Derrière la figure du roi s'élevait sur un globe celle de la Victoire, figure ailée, tenant d'une mnin un faisceau de palmes et d'olivier, élevant l'autre au-dessus de la tête de Louis XIV, et y po-ant une couronne de laurier. Ce groupe de bronze, haut de 13 pieds, était entièrement doré.

L'ensemble de ce monument, de35pieds de hauteur, exécuté par Desjardins, était entouré d'une giille, protégée de chaque côté par des rangs de bornes.

Q-iatre fanaux éclairaient pendant la nuit le groupe de Louis XïV. Dans l'acte de donation et substitution consenti par le duc de La Feuilljde pour la conservation de ce monument, on mentionne plusieurs fois ces quatre fanaux, qui étaient dune forte dimension ; chacun se cornpo sait d'un soubassement orné de trois colonnes doriques en marbre, entre lesqueles étaient suspendus, par des guirlandes de feuilles de chêne et de laurier, des médaillons de bronze chargés d'inscriptions et de bas-reliefs. Au-dessus de ce groupe de colonnes s'élevait un candélabre en bronze doré ; on v montait par un escalier (I).

Après l'érection et l'inauguration de ce monument, le duc de La Feuillade s'occupa sérieusement de le mettre ii l'abri des attaques du temps et des hommes, et voulut éterniser ce témoignage de son admiration pour le roi. Le 29 juin 1687, il donna et substitua tous ses biens a son fils aîné, à tous les aînés mâles qui en naîtraient jusqu'à la fin des siècles; à leur défaut, aux mâles de diverses branches collatérales de la maison d'Aubusson, et à leur défaut, à la ville de Paris, « à la « charge, dit-il, de conserver à perpétuité

• dans son entier, dans toute sa beauté,

* avec tous ses ornements, la statue éri-

(1) Arlicli VI! de l'Acte de substitution; preuvet de l'Histoire de Paris, t. IV, p. 278.

« gée dans la place des Victoires, et que « les lumières élabiies pour éciairer ladite € place soient entretenues... de faire re- « dorer à leurs frais, tous les vingt-cinq « ans, ladite statue... comme aussi d'en- « tretenir à leurs frais toutes les n-para- « tiens grosses et menues, tous lesdits ou- « vrages, savoir : le groupe de ladite « statue en bronze du roi, le piédestal de « marbre, les quatre esclaves, bas-rel;efs, < trophées, inscriptions et autres orne- « ments... d'entretenir à leurs frais, dans « lesdits fanaux, des lumières suffisantes c pour éclairer ladite place des Victoires « pendant la nuit et dans toutes les sai- « sons... de payer les gages d'une personne « qui sera par eux préposée pour faire al- « lumer lesdites lumières, nettoyer les fa- « naux, tenir les escaliers qui servent à y « monter en état et fermés. »

Il fit, pour assurer à ce monument une conservation éternelle, plusieurs autres dispositions, toutes confirmées, au mois de juillet suivant, par lettres patentes du roi, lequel, en leur faveur, déclare qu'il déroge à diverses ordonnances et coutumes locales qui leur sont contraires (1).

Les morts ne se font guère obéir par les vivants; l'acte de substitution du duc de La Feuillade ne fut pas plus respecté que le testament de Louis XIV.

Ce roi porta la première atteinte aux dernières \olontés du duc de La Feuillade. Dans sa vieillesse , dans les temps de revers et de vain repentir, ce monarque rougit sans doute de voir des torches ardentes devant sa statue comme devant une idole. Un arrêt du conseil, du 20 avril 1699, porte que les quatre fanaux ne seraient plus allumés; et, après la mort du roi, un au'.re arrêt du conseil, du 23 octobre 1717, ordonna la démolition de ces fanaux (2).

On attribue la démolition de ces fanaux à un distique gascon qui fut affiché sur le piédestal du monument; l'auteur, faisant allusion au soleil que Louis XIV avait pris pour emblème, dit :

La Feuillade, sandis, je crois que tu mé bernes, De placer le soleil entré quatre lanternes.

Depuis longtemps on blâmait l'existence des quatre esclaves enchaînés aux pieds

(1) Histoire de Paris, par Félibien^ pièces jusU(icalives, ioro. IV, pag. 216 et sui/.

(2) lieclierches sur Paris, par Juillet, t. II, quartier Ho-tmartre, pag. 21, 22.

de Louis XIV ; on trouvait beaucoup d'orgueil et peu de générosité à conserver un monument qui insultait aux vaincus et perpétuait cette insulte. L'opinion publique s'était déjà manifestée à cet égard. Quelques jours avant la célèbre fête de la fédeiation du 14 juillet 1790, on voulut épargner aux étrangers, aux députés de la' France, et notamment à ceux de la Franche-Comté, dont la province était représentée sous l'emblème d'un de ces esclaves enchaînés; on voulut, dis-je, leur épargner un spectacle peu honorable pour le gouvernement français et humiliant nour eux. La municipalité de Paris fit enlever ces figures d'esclaves; on les plaça dans une cour du Louvre, où on les a vues longtemps : elles furent depuis transférées à l'Hôtel des Invalides, dont elles décorent la façade.

Enfin en août 1792, époque du renversement de toutes les statues royales ii P ris, celle-ci, qui ne devait pasafors éUo épargnée, tomba comme les autres (!).

On y substitua, en 1793, une pyramide en bois, portant sur ses faces les' noms des départements et ceux des hommes morts à la journée du 10 aoiit 1792; la place reçut alors le nom de place des Victoire? nationales.

Le 27 septembre 1800, Bonaparte, premier consul, posa en cérémonie la premi^ Sierra d'un monument qui devait ('■ bnsacré à la mémoire des généraux F ber et Desaix, morts le même jour, le \ mier assassiné en Egypte après labataii.t d'Héliopolis,le second tué en l'an viii à la bataille de Marengo.

Ce monument, dont on figura le modèle en charpente, offrait un temple égyptien contenant sur des cippes les bustes des deux généraux. Il fut composé par Chalgrin, architecte, et ne fut point exécuté.

En 1806, on en substitua un nouveau uniquement destiné au général Desaix, et l'on construisit un piédestal pour recevoir la statue de ce général. Cette statue colossale fut exécutée en bronze sur les dessins du sieur Dejoux. Ce monument consistait en un piédest:il de 12 pieds de face, revêtu en marbre bljnc et orné aux angles de pilastres égyptiens; sur ce piéde-tal

(1) Les "bas-reliefs du piédestal furent transférés au Musée des monuments français, et adaptés au socle d'une colonne triomphale dans le jardin de cet étal>Hsscmcnt.

sous LOUIS XIV

s'élevait la statue, de Ï6 pieds de proportion : une pyramide était contigue, et indiquait les victoires remportées en Egypte parce général.

Cetle statue avait quelques défauts, et péchait notamment contre le costume :

elle représentait le général tout nu. Bientôt^ pour faire disparaître celte inconvecance, on enveloppa le monument de la charpente. Il est resté dans cet état jusqu'en 1815, époque où la statue fut enlevée par ordre de la cour.

On y a substitué une statue équestre en bronz/, représentant Louis XIV. Au commencement de l'an 1821, M. Bosio, statuaire, chargé de cet ouvrage, en avait terminé le modèle. Il ne tarda pas à être placé sur sou piédestal.

Ou dit que la stitue colossale de Bonaparte, qui s'élevait à h cime de la colonne de la place Vendôme, a servi de matière à cette statue équestre de Louis XIV.

Ainsi, dans l'espace de vingt-cinq ans, on a vu les monuments des rois renversés par les républicains, ceux des républicains supprimés par Bonaparte, et c-ux de cet empereur à leur tour supprimés par les rois. Ces érections, ces destructions successives , qui n'amènent aucun changement dans l'opinion publique, sont des pertes pour l'histoire, un pix)":t pour les artistes et une leçon pour les peuples.

Porte Saint- Antoine, située à l'extrémité de la rue Saint-Antoine, a l'endroit où cette rue est coupée par la partie septentrionale du boulevard. Une ancienne porte, bâtie en 1585, et ornée de plusieurs bas-reliefs sculptés par Jean Goujon, fut agrandie et restaurée dans les années 1 670 et 1671 par l'architecte Blondel, qui la ""nvertit en arc de triomphe en l'honneur Louis XIV. Il agrandit ce monument eu ajoutant à 1 ancienne arcade deux autres arcades latérales de la même hauteur.

La façade du côté du faubourg était la plus riche en ornements ; celle du côté de la ville se faisait remarquer par la coupe des pierres des aiceaux en cul de f )ur qui surmontaient les trois portiques. De plus, cette porte était charpee du bustci de Louis XIV et de la fgure du soleil placée dans lesméto; es de la frise dorique. Du c'rtéde la ville, audossus de la porte du milieu, on voyait un tro; hée darmes; au centre, un globe éclairé par les rayons

de l'astre que ce roi avait pris pour emblème.

L'édifice était couronné par un attique; à ses deux extrémités s'élevait un obélisque terminé par une fleur de lis ; au milieu figurait une statue allégorique tenant en main une torche ardente.

Cet'e porte, précédée, du côté du faubourg Sunt-Antoine, nar uiie vaste demilune, fut démolie en 1778.

Arc de triomphe du f.m^bourg Saint- Antoine, situé à l'extrémité de ce faubourg. Après les conquêtes de Flandre et de la Franche-Comté, Colbert proposa d'élever un arc de triomphe à la gloire du roi. Le peintre Lebrun, l'architecte Leveau, fo.irnireut des dessins qui ne furent point adoptés: on leur préféra ceux de Charles Perrault. La première pierre en fut posée le 6 août 1670, mais il avait été commencé en 1659. Guittard fut cha''§é de l'exécution, et Claude Perrault de ta direction de cet ouvrage, qui ne fut élevé en maçonnerie que jusqu'à la hauteur des piédestaux des colonnes. Pour faire juger de l'efiét de cetteconstruciioa, on imagina de l'achever en plâtre : ce qui fut exécuté. Louis XIV prit peu d'iutérêt à cet arc de triomphe. Les magistrats di Paris imitèrent l'indifférence dd maîire, et ne firent point continuer sa constiuction.

Après la mort de Louis XIV, li régent ordonna son entière destruction. Il fut démoli en 1716. Le dessin de cet arc de triomphe était d'une grande beauté : on peut en juger d'après la gravure qu'en a faite Leclerc. Il coûta 513,755 livres.

C'est à l'occasion des inscriptions proposées pour ce monument que s'éleva, entre les litléraieurs du temps, une longue et fameuse dispute sur la question de savoir si les inscriptions raonjmentales devaient être en langue latine ou française ; si l'on devait, po.ir parler aux Français, employer leur langue maternelle, ou bieo celle d'un peu )le ancien et étranger. On a écrit plusieurs volumes sur cette matière.

Porte Saint-Bernard, située sur le quai de la Toiruelle, un peu au-dessus du pont ainsi nom:né. Elb s'appuyait du cJte des maisons de ce quai, entre lesn»' 1 et 3, et, du côté de la r.vière. contre l'ancienne forteresse de la Tournelle. En cet endroit était auparavant une porte qui fai sait partie de l'enceinte de Piiilippe-Auguste, et dont j'ai déjà parlé. Celte porte fut reco:istraile, dans les années 1606 et

4608, par les soins du sieur Miron, prévôt des marchands. Elle était ancimnement nommée de la Tournelle; elle ne reçut le nom de Saint-Bernard, que porte le quai situé en dehors, qu'après sa reconstruction sous Louis XIV.

L'architecte Blondel fut encore chargé de convertir cetie porte de ville en un arc de triomphe. Il fut terminé en 1674, comme l'indiquent ces inscriptions. Il se composait de deux portiques d'égales dimensions. Au-dessus, du côté de la ville comme du côté du faubourg, régnait un bas-relief qui occupait presque toute la largeur du monument. Celui qui regardait la ville présentait Louis XIV vêtu à la manière des héros de l'antique Grèce, la tête et les épaules couvertes de sa vaste perruque, et assis sur un trône. Les divinités de la mer lui offraient des hommages et divers présents qu'il distribuait ensuite à la ville de Paris. Celte ville était figurée par une femme à genoux devant ce roi, €t lui tendant les bras en suppliante.

Du côté du faubourg, le bas-relief offrait Louis XIV aussi ridiculement costumé que dans le précédent, monté sur la poupe d'un navire voguant à pleines voiles, et poussé par des naïades et des tritons.

Toutes les divinités de la mer et des 'cieux semblaient se réjouir de son heureuse navigation. Ces sculptures, ainsi que les figures de six vertus, placées au-dessus des impostes, étaient l'ouvrage de Jean- Baptiste Tuby. Chaque bas-relief était surmonté par un entablement, et l'entablement par un attique, où se lisait, du ♦jôté de la ville, cette inscription :

Zudovico Magno abundantia porta.

Prœf. et ^dil. P, CC. an, D.

Et, du côté du faubourg, celle-ci :

Ludovici Magni Providentiœ. Prœf.

et jEdiL P. CC. an. i). 4674.

Dans un quartier aussi fréquenté, la gloire de Louis XIV gênait un peu les mouvements du commerce : chacun des deux portiques de cet arc de triomphe ne laissait à la voie publique qu'environ deux toises. On sentit que la liberté de la circulation était préférable à une construction uniquement fastueuse : cette inutile et gênante construction fut démolie vers i'an 1787.

Porte ou Arc de triomphe de Saint-

Fmu. — Typograptiie

Denis, situé entre la rue Saint-Denis et celle du faubourg de ce nom, à l'endroit où le boulevard forme la séparation entre ces rues. Cet arc de triomphe fut élevé, en 167'i, sur les dessins de François Blondel, à l'occasion des conquêtes rapides que faisaient alors les armées de Louis XIV. Le prévôt des marchands et les échevins voulurent, en cette circonstance, donner un témoignage de leur admiration, et acquérir des droits aux bienfaits de Louis XIV, en faisant, aux dépens des Parisien.?; élever ce monument triomphal.

Ici Blondel a déployé toutes les ressources de son imagination pour donner à cette construction un grand caractère de magnificence : U a été puissamment secondé par Michel et François Anguier, qui ont exécuté toutes les sculptures de cette porte avec un talent supérieur.

Ce monument a 72 pieds de largeur et autant d'élévation, de sorte que l'ensemble d'une face forme un carré parfait. L'ouverture de la grande arcade a 25 pieds, la face de chacun de ses pieds-droits a la même dimension. La hauteur de l'arcade, depuis le sol jusqu'à la clef du cintre, est de 42 pieds 1 0 pouces ; aux deux côtés, sont pour les piétons deux portes qui, par leurs dimensions, diffèrent beaucoup de celles de l'arcade principale sous laquelle devait passer le triomphateur. Ces portes n'ont que 6 pieds 8 pouces de hauteur.

Du côté de la ville, la face de cet arc de triomphe présente deux formes qui participent de l'obélisque et de la pyramide; elles sont engagées dans le mur, et, pour amonissement, ont im globe chargé de trois fleurs de lis et d'une couronne. Ces obélisques sont décorés de trophées d'armes antiques, d'un très beau style. Au pied de chacun de ces obélisques est une figure assise, colossale, dont l'une représente les sept Provinces-Unies, sous la figure d'une femme consternée; l'autre le fleuve du Rhin, figuré par un homme vigoureux, s'appuya nt sur un gouvernail et tenant une corne d'abondance. Ces deux figures, d'une grande beauté, ont été faites sur les dessins de Lebrun.

Au-dessus de l'arcade est une table renfoncée, qui présente un bas-relief spacieux, où l'on voit Louis XIV à cheval, vêtu en guerrier grec, et que, malgré ce déguisement, on reconnaît sans peine à sa volumineuse perruque ; il est dans l'attitud» UcocR, rue Soufilof, «8»

sors LOUIS XIV du commandement; et, tout aupn-s, on | pnrfai(e qui règne en foutes

1« fri^^ m. lif rr.Hr. ' ' ".• ' =^^ "V ,^"^■ P^'"' ^^^ S^andes cl imensious et Iq beI!eo\u la triïe, on lit cette inscription dedica -• •

voit des hommes qui s'entr'égorgent.

toire : LvAotiro Mafjno.

Du côté du faubourg, la décoration est pareille, avec celte diff-renc^ que le basrelief placé au-do^^u^ de l'arc a pour sujet la [)nse de Maë4richt, et qu'au lieu de figures humaines au bas des obélisques on a placé des lions.

Ce monument, admirable par l'harmonie

jcution de ses <létail>, laisse néanrnr,ins 1 quel'jue chose à désirer. Sa po-iticn. J i-.-; j un heu bas, entouré de maisons, ne lui j est pas avantagcJKe : ces ob -lisques, en- ;S3gcs dans le nu des pieds-droits, par cela seul quils sont ou paraissent en-a- ^s, produisent un sentiment d'incertitude et de peine: étant d'aillet:rs consacrés aux sépultures, ne sont-ils pas

Les Tuileries.

étrangers à une porte triomphale, ne peuvent-ils pas faire naître de sinistres i.iée> et rappeler ru on n'achète les triomphas qae parla destruction et la mort? Certainement l'architecte n'a pas voulu, à 'exemple des soldats romains, adresser des reproches au triomphateur.

Ajoutons que le soubassement de ces obélisques est enrichi do très beaux basreliefs; mais il est contre les règles du bon e"ut de prodiguer sur ces [.a^rties inféneur(^s les richesses de la sépulture.

IV DULAITcE

Le temps avnit dégrade pl',!si?urs narties de ce bel arc de triomphe; l'opinion républicaine en avait fait disparaître les inscriptions. En 1817, le gouvernement ordcniia la restauration de ce monu:7 ent, étoile fit confiée aux soins du sieur Celle^ rier. Les inscri; tions ont reparu, et les parties neuves de maçonnerie ont reçu une teinte qui ne les fait point discorder avec les parties anciennes (I).

(i) Bonaparte, après une long;:e campa-

34 niSTOinE

Porte ou Arc dr trio^ipr!- de Saint- Martin, siluésur le boulevard de ce nom, à i'er.droit où ce liordevard sApaie la rue Saint-Mariiii de celle du faub urs. Cet arc fut construit en 1674, sur les dessins de Pierre Bullet, élève de François Blondel, auteur de l'arc de triomphe de la porte Saint-Denis. •

Ce monument a 54 pieds de large.

54 pieds d'élévation, y compris l'attique dont la hauteur est de 11 pieds; ainsi, on peut dire de cet aie, comire de celui de la porte Saint-Denis, que chacune de ses faces présente un carré partait. Celte construclion est percée par trois arcades; celle du milieu a 1o pieds de largeur et 30 d'élévation ; les arcades latérales ont chacune 8 pieds de largeur et 46 de hauteur.

Les pieds-droits qui, aux extrémités, s'élèvent jusqu'à l'entablement, et ci^ux qui supporte, t l'arcade du milieu, ainsi que 1; bindeau de cette arcade, ont la même largeur, et sont travailles en bossai^es vermiculés Ce genre d'ornement, simple, noble et robuste, quoiqu'il ne soit pas généralement approuvé, est ici d'un très bon etîet. Au-de.ssus e^t un entablement a grandes consoles; le tout est surmonté par un attique qui porte l'inscription suivante :

Ludovico Magno Vtsontione Sequanisque bis caftis, et fractls Germanormn, Hispaoïoruw, Baiavorumque exercitibus, Pref. et jEdcl. P. CÇ. anno I). 1674.

Dans les deux espaces qui se trouvent entre les pieds-droits, le bandeau de la

gne, vint visiter les différents travaux qui s'exécutaient d.ns Paris. 11 \it l'arc d-i triomphe de la porte Saint-Denis; et ces mots déuicaioires Ludovico Magno^ en lettres réceinmeut dorées, excitèrent sa mauvaise humeur. L'orgueil d'un mort blessait celui d'un vivant. Le ministre de Tintérieiir, qui accoiipagnait le vainqueur dans ce. te tournée, fut vivement relamé; et, rentré chez h i, il relança à son tour l'architecie qui s'excusa en disant qu'il avait doré cette inscription d'fcpiès ks ordres deM. Cretet, sou pndécessfcur. Enfin, on ne savait si l'on devait laifcser subsi-^t -v Vinscript ou ou l'enlever; on prit vn parti mitoyen : on la bronza, et elle dcv 1,1 irts pou apparente. (.Mémoires de M, Lombard de Laa^res, t. II, p. 46.)

DE PARTS

graiide arcade et l'entablement, sont deux ba--reliefs relatifs aux conquêtes de Louis XIV.

Dans un de ces bas-reliefs, du côté de b ville, on voit ce monarque assis sur son trône, ayant à ses pieds la figure allégorique d'une nation à genoux, qui lui tend les bras, et lui présente un rouleau contenant le traité de 1» triple alliance.

L'autre bas-relief représente le même roi sous les traits d'Hercule : il est entièremtnt nu comme ce dieu; il tient en main une massue, et foule aux pieds des corps morts; la Vict-ire, descendue du ciel, tenant des palmes d'une main, pose de l'ai.tre, sur la tète du roi, une couronne de lauriers. C'est ainsi qu'on a allf|orisé la conquête de la Franche-Comié.

Du côté du faubourg, les deux basreliefs représentent, sous de semblables ailégcri's, la prise de Limboin-g et la défaite des Allemands. Ces bas reliefs sont de Desjardins, Marsy, Le Hongre et Legros.

Entre les consoles de l'entablement sont divers attributs de l'art militaire, et entre celles du mil eu est la face radiée du soleil, symbole de Louis XIV.

Cet aie de triomphe, a-jssi mal situé, moins giand, moins riche d'ornemeiits que celui de la porte Saint-Denis, lui est peutêire supérieur en beauté; et si, entre sa corni' he architravée et les bas-reliefs, l'anhit 'de eùl pu, dans toute la largeur de ce monr' nent,, placer un corps lisse et beaucoup plus large que son arcînlrave, si l'altiqu eiùt tu moins d'élévition, je proclamera;:, ^vec moins d hésitation la supériordé de l'arc de Saint Martin sur ( ce ui de Saint-Denis. Le prender me semble d'une composition plus architecturale que le second.

Dan.> les années 1819 et 4820 on a fail p'usieurs réparations à cet arc de triomphe.

Observatoire, situé entre les rues du f:!ubûurg Saint-Jacques et d'Enfer, à l'extiémiié méridionale de la grande avenue établie en face du palais du Luxembourg, dit Palais de la Chambre des Pairs.

Après l'établissement de l académie des sciences, on sentit la nécessite, nour favoriser les travaux de ses nia.voaux membri s, deconstiuire un laboi.iloiie pour la chimie et un observatoire pour l'astronomie. Le laboratoire fut bàu uuns uu heu

convenable, d'-pendant de la biblio hèque du roi: et, après plusieurs recherches et di>cn>sions, on se décida à : lacer TOb^er- "vatoire dans le lieu qu'il occupe aujourd'hui. Ciau.Ie PiMiault fut chargé par Colbert de fournir les dessins de cet édifice qui, commencé en 1667, fut entièrement iichevé en 1^72.

Perdant que l'on travaillait à cette cons'ruc;ion, et lorsqu'elle éhiit presque achevée, vint à Paris Jean-Dom.ni |ue Je Cassini, c-lèbre astronome, que Coibert avait mandé d'Italie r our diriger les iravaux de rObs^rvjtoire. Il tio^aa les dispositions de cet édifice peu convenables aux observations, ordonna plusieurs chjngements à l'étage supérieur, et fit construire une vaste pièce qui nécessita le rapetissement de U c^ge de l'escalier et rétablissement d'un allique a i-dess is de la corniche, f;oar donner plus d'élévation au bâtiment. Ces changements portèrent coupa la voûte de la g-.ande pièce; on la répira ainsi que la t'enasse du comble. Cette grande pièce n'a jamais servi aux observ. lions (1).

Le plan de cet édifice est un rectangle de 15 toises dans sa plus g.ande dimension de l'est à l'ouest, et de 13 towes i tiers d.:ns sa dimension du sud au no-^d ; aux angles de la face méridionale sont deux tours ou pavillons octogones, en.-^a- ^és, qui donnent pl^.s de devtlop: ement a celte face. Du côté du nord, est un avani corps de quatre toises de saillie, où se trouve la porte d'entrée.

Cet édifice oÊfre à son extérieur un ca- ^ racl ère convenable à sa dcst. nation ; mais la distribution intérieure ne lui convient nul.emen:. La science astronomique eiait tro . oeu a\ancée lorsqu'on entreprit cette conslru'jlion, qui ne devint bientôt qu'un obj. t d- faste. On a été obh-é de construire à 1 est un bâtiment conriga. m.ius appaïuDt et plus utile, où se font presque toutes les observations.

La li-nedela face niéridionale de l'Observa 0 re se confond a\ec le le de la latitude de Paiis. Elle traverse la France de l'est a l'ou-st, depuis le cours dj Rhin jusqu'aux cotes de la i^retagne.

sous LOUIS XIV * 35

au nord, s'étend d'un côté jusqu'à Collioure, et de l'autre jusqu'à Dunkerque.

Ces deux ligues, q il se coupent au centre de la façade méridionale de l'Oij^ervatcire, ont servi de bases a .x f:o nbreux tria- gles d'après lesquels on a levé la carte gnm'ede la France, appuie carie de Cassini, ou de l'Observatoire, sravéeet publice en 181 feuilles.

Au sol du rez-de-chaussée on voit une ouverture de trois pieds de diamètre, en-

tourée d'une mirgeile en boiserie : elle communique aux vastes souterrains qui existent au-dessus de cet édifice, et dans lesquels on descend par un escaler de trois cent soixante marches. Une pireille ouverture faite à ia voûte de ce rez-dechaussée correspond à celle-ci: elle s'élevait verticalement de laprofonleir des caves jusqu'au faîte du bâ imeot, et avait pour objet des expériences sur la chute des corps et leur gravite respective. Ces expériences n'étant plus nécessaires, c-^tte ouverture a é»é bouchée aux voûtes des étages supérieurs.

Au premier étage on voit une vaste charpente qui seit.de pied à un long télescope, autrefois déposé au château "de la Muette. Son diamètre est de vinyt-deux pouces. Cet msirument embarrassant ne sert qje comme uu monument de l'art optique. L'invention des lunettes a.ù.Dmaiiques l'a rendu inutile.

Au second étage ?e présente la grande salle qui fut, en 1789, presque entièrement reconst-uite, ainsi que la voûte qui la couvre. L'infiitratio:) des eaux pi ,viales avait attaque les construction i de cet étage qui menaçaient ruine. Dans cette sa;ie se voient plusieurs instruments de physique, des g ob33, la ligne meriiiie^ne tracée sur le pavé, et, sur un piédestal, la figure en marbre de Jean- Dominique de Cassini, mort en 1712, a l'âge de 87 ans. Cette figure assise, dont les piopor ions sont plus grandes que nature, et qui a été execiiée, e;i 1810, par le sieur .Mo.te, représente cet astroûoiue dans latlitad»^ de la ineditaiion.

Sur le comble de cet édifice, combi

- .. , -, ■ . f?'"'"^ d'épaisses dalles -en pierre, on a

La ligne menuienne de Pans, tracée cleve, vers lan 1810. un bàtimeu carre

dan, la g-ande saile du seco .d étage de en p.ene de taille, fianque de deux 'ou-

lUbse.vuioire, divis. cet dilue en doux relie,. Dùus un- de c«^ to-elle on a

parties égales, et, se prolongeant au sud et dep.ds quelque, ann es, eiablfune lunette

(^ ,r . ^ acnromatique dont le pivot eôt ini:iiné

(1, J/.„o.r«a, cnaru. P.,.uU,f. 55,56. , comme laie de ;a terre. Cette iaué".e Si

destinée à observer et décrire b marche de^ comètes.

La plate-forme de cet édifice est élevée au-dessus du pavé de 27 mètres ou 83

pieds.

C'est dans le bâtiment de l'Observatoire que le bureau des longitudes tient ses séances, et que logent quelques-uns de ses membres.

Le bâtiment contigu, situé à l'est de l'édifice principal, a remplacé une tour de bois qui servait, à Marly, à la machine hydraulique de ce lieu; elle surpassait en hauteur le bâtiment de l'Observatoire. Le bâtiment qui a remplacé cette tour est celui où se font presque toutes les observations astronomiques et météorologiques.

Le grand bâtiment est l'image de certains dignitaires qui ne servent qu'à la représentation; le petit bâtiment, humble et presque inaperçu, est le seul vraiment utile. On y pénètre par le premier étage du grand bâtiment; c'est là que l'on voit, entre plusieurs instruments, des cercles répéliteuis, une lunette méridienne qui sert à observer l'instant où le soleil, aux solstices, ouaux.équinoxes, passe sur le méridien de Paris. Des parties du comble de ce petit bâtiment, par une mécanique simple, se découvrant à volonté, permettent d'obseiver le ciel.

Louis XIV, pour les instiuments et la crnsiruction de cet édifice, donnala somme de 725,174 livres.

Pendant les années 1811 et 1813, de grandes réparations exécutées dans le quartier dégagèrent rédifice de l'Observatoire, lui procurèrent un accès facile, et miient à découvert sa façade que des bâtfments et des clôtures cachaient à la vue : on ne pouvait y arriver que par une ruelle détournée. Aujourd'hui tous ces obstacles ont disparu. En avant de la façade, du < ôté du nord, est une grille soutenue par deux pavillons nouvellement coi^struits; devant cette grille s'ouvre une large avenue plantée d'arbres, qui s'étend en droite ligne jusqu'à la grille du Luxembourg, et se continue au-delà de cette grille jusqu'au partene du palais de la Chambre des pairs. Ces deux grands édifices, qui, depuis longtemps cachés l'un à l'autre par un grand nombre de propriétés et de bâtiments intern-édiaires, semblaient destinés à ne jumais se voir, se correspondent aujourd'hui par cette magnifique avenue bordée de quatre rangs d'arbres en droite

ligne et en pente douce. Ces réparations ont considérablement changé et embelli la face de cette partie de Paris.

On a aussi terminé au sud de l'Observatoire la clôture du jardin et de la cour; clôture construite en pierre de taille et qui, depuis le.règne de Louis XIV, était restée imparfaite.

Une singularité distingue l'édifice de l'Observatoire de tous ceux de Paris :

danssa construction on n'a point employé de bois : on disait même qu'il n'y était point entré de fer; mais dans les travaux qui furent exécutés en 1823; on découvrit des barres de fer : du reste, tous les étages et le comble sont voûtés.

Académie royale de peinture et de SCULPTURE, située d'abord dans les salles du Louvre, ensuite au Palais des Beaux- Arts. Elle dut son institution à la querelle élevée entre les peintres de la confrérie de Saint-Luc, jouissant du titre de maîtres, et ceux qui, à la faveur des privilèges, exerçaient leurs arts sans être assujétis à la maîtrise. Le célèbre Lebrun, à la tête de ces derniers, appuyé du crédit du chancelier Séguier, forma le plan d'une académie royale de peinture et de sculpture, et y fut autorisé par un arrêt du conseil privé du 20 janvier 1648. Les nouveaux académiciens dressèrent des statuts confirmés par lettres patentes du roi. Par de nouvelles lettres de l'an 1655, le roi leur accorda la galerie du Collège de France pour tenir leurs séances : ils ne [ urent en p ofiter, mais dans la suite, en 1663, ils obtinrent un local convenable dans le vieux Louvre.

Le ministre Colbert, en l'année 1665, établit à Rome une académie de peintres et de sculpteurs français, où l'on envoyait des élèves entretenus par le roi. Cette académie de Rome fut, par lettres patentes de novembre 1676, réunie à celle de Paris.

Cette académie est une école pour les arts d'imitation; elle occupait au Louvre six grandes pièces garnies de tableaux et de plâtres moulés sur l'antique. Les élèves peintres, sculpteurs et architectes, qui, au jugement de cette académie, remportent les grands prix, sont pensionnés, envoyés à Rome, et y séjournent cinq ans; tous les trois ans on y envoie le peintre paysngisie qui a remporté le prix.

Cet état de choses s'est maintenu, à quelques changements près, jusqu'à pré-

sent. Par la loi du 3 brumaire au iv f179o), cette académie fat comprise dans la troisième classe de l'Institut, et parcelle de l'an xi (1803), elle fit partie de la quatrième. En 1807, cette académie, ainsi 3 ce l'Institut, a été transférée au Palais es Beaux-Arts, ci-devant nommé Collège Mazarin.

Académie de Saint-Luc. La communauté des peintres : sculpteurs et graveurs de Paris existait depuis longtemps comme la plupart des autres corps de métiers ou professions. Cette communauté obtint, en 1704, la chapelle de Saint-Symphorien dont j'ai parlé : elle la fit réparer et embellir; et, autorisée par lettres patentes du 17 novembre 1703, elle établit dans une partie de cette chapelle une école de dessin. Il est présumable que cette école reçut alors le titre d'Académie, qu'elle a constamment porté depuis. Elle avait des concours, des prix et des expositions qu'elle faisait en divers lieux (1).

Cette société, de laquelle il n'est sorti que très peu d'ouvrages dignes d'être cités, se maintint jusque vers l'an 1776. Alors les élèves de l'école Saint-Luc se réunirent à ceux de l'Académie royale qui, pour les recevoir, fit disposer une seconde salle au Louvre consacrée à l'étude du modèle.

Académie des Inscriptions etBelles- Lettres, dont les séances se tinrent d'abord dans la bibliothèque de Colbert, puis au Louvre, enfin aujourd'hui au palais des Beaux-Arts. Cette institution eut de faibles commencements. Colbert, voulant se maintenir en faveur, flattait les passions de Louis^ XIV, et notamment son goût pour les fêtes, les bâtiments et les louanges. Il réunit chez lui, pour la première fois le 3 février 1663, quatre hommes de lettres : Chapelain, Charles Perrault, l'abbé de Bourseix et l'abbé de Cassagne. Il leur dit qu'il les avait fait appeler pour les consulter sur des matières de goût et d'érudition ; qu'il désirait qu'ils formassent un petit conseil qui pût se réunir deux fois la semaine, le mardi et le vendredi. Le lieu des séances était celui de la bibliothèque de ce ministre, rue Vivienne.

Cette académie naissante, dite- petite académie, était chargée de co-nposer les sujets et les légendes des médailles, les su-

(1) Voyez, ci-après, ableaux.

jets et les inscriptions des tapisseries qui devaient être exécutées à la manufacture des Gobelins, les sujets et devises des jetons, etdes inscriptions pour les bâtiments. Elle était aussi chargée de revoir et corriger les ouvrages en vers ou en prose, composés à la louange du roi, pour les mettre en état d'être livrés a l'imi^irirnerie du Louvre. « Il en a été corrigé, dit Char- « les Perrault, de quoi faire un très gros « volume (1). »

On voit que cette académie n'eut d'aborJ pour objet ni les progrès de la littérature ni ceux des lumières; qu'elle n'était qu'une fabrique des louanges dont on enivrait Louis XIV.

Colbert présenta les quatre académiciens au roi qui, content de l'emîiloi qu'ils faisaient de leurs talents, leur dit : « Vous c pouvez, messieurs, juger de l'estime que « je fais de vous, puisque je vous confie « la chose du monde qui m'est la plus « précieuse, qui est ma gloire : je suis sûr « que vous ferez des merveilles; je tàche- « rai de ma part de vous fournir de la « matière qui m rite d'être mise en œuvre c par des gens aussi habiles que vous . êtes (2). .

Le petit conseil ou la petite académie continuait à servir les intérêts de Colbert et l'orgueil du roi. Ce ministre étant mort en 1683, et Louvois lui ayant succédé dans la place de surintendant des bâtiments, l'académie lui adressa un mémoire pour faire valoir ses services, et savoir s'il voulait les agréer. Les membres n'étaient pas tous les mêmes que ceux qui avaient figuré dans l'origine ; voici les noms de ceux qui la composaient alors : Charpentier, l'abbé Tallemant, Quinault et Charles Perrault. Après avoir fait parvenir leur mémoire, ils se présentèrent au ministre, qui les accueillit, leur promit protection; mais il ne voulut point reconnaître Perrault, qui fut exclu 3;.

(1) Mémoires de Perrault, pag. 36.

(2) Idem, pag. 40.

(3) Voici comment Perrault raconte son exclusion. Après avoir »l:t qu'il ne voulut pas se présenter devant Louvois dans la crainte d'éprouver ses brusqueries et de ne pouvoir les supporter avec assez de calme, il ajoute que Louvois demanda aux membres

i présents ; « Combien êtes-vous? — Noua " sommes quatre, monseigneur, répondit « M. Charpentier. — Qui sont-ils? lui dit

38 HISTOIRE r>E PARIS

Ces membres n'étaient que les agents, les soudoyés du minisire, et l'académie n "avjiit point encore d'existence légale : le !oi la nommait la Petite Académie, et les académiciens qualifiaient leur société d'Académie des Inscripiions et des Médailles. Mais bientôt elle prit de la consistance, et se composa d un plus grand rombre de sociétaires. Au mois de juillet 170!, elle fut organisée d'une manière stalile; on la soumit à un règlement qui lui donne le titre d'Académie royale des Inscriptions et des Médail'es, et qui fixe le nombre des académiciens à quarante, dont dix honoraires, dix pensionnaires, dix associés et dix élèves. Le lieu de ses séances, dès l'an 1699, fut assigné dans un des appartements du Louvre, En 1713, des lettres patehtes confirmèrent les privilèges et règl. ments de cette académie et de celle des "sciences.

Dans la suite, quelqu 's parties du règlement furent modifiées. Le 4 janvier 171 6, un arrêt du conseil d'État donne à celte société le titre plus relevé d'Académie royale des Inscriptions et Belles-Letlivs. La classe des élèves fut supprimée, et celle

« M. de Louvois. — H y a, reprit M. Char- « peiitier, M. Perrault.... — Perrault! dit M M. de Louvois, vous vous moquez ; il n'y M étoit point, il avoit assez d'affaires dans « les bâtiments. Et les autres, qui sontfc ils? — Il y a, dit M. Charpentier, M. l'abbé « Tallemant, M. Quinault et moi. — Mais « ne vous voilà que trois; où est le quau trième? — J'ai eu l'honneur dévoua dire^ « reprit M. Charpentier, qu'il y avoitM. Peru raulr. — Etjevous dis, reprit M. deLou- « vois avec un ton de voix élevé et qui mar- II quoit qu'il ne vouloit pas être contredit M davantage, qu'il n'en étoit pas. M. Charu pentier se tut, et M. de Louvois pour- « suivit : Qui étoit donc ce quatrième? « Alors l'un dés trois dit : M. Féfbien ve- « noii quelquefois dans l'assemblée lire des u dfsciiptioiis qu'il faisoit de divers endroits n des bâtiments du roi. — Voilà entin ce « quatrième que jecherehois, dit M de Louu vois : Or çà, allez-vous-en, messieurs, et m travaillez de toutes vos forces. >» (Mémoires de Perrault, pag. 199, 200.)

Dans le premier volume, pag. 5, des Mémoires de V Académie des Inscriptions, cette scène est mentionnée ; mais on y dit que Perrault, dèsl'an 1682, avait cessé d'assister aux asseiiibiées de la petite académie.

des associés augmentée de dix membres* Lorsqu'au 3 brumaire an iv (2-5 octobre 1795) on organisa l'Institut de France, cette académie forma la troisième classe, ou classe des sciences morales et politiques. Depuis 1814, elle a repris son vieux nom d'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. Le mot académie e^-t une dénomination communeà plusieurs établissements d'une nature bien diff'érente, comme je le prouverai bientôt. Quant à la désignation d'Inscriptions, elle ne convient plusà cette réunion de littérateurs qui, depuis près d'un siècle, ne s'occupe guère de composer des inscriptions pour les monuments, les tapisseries, les médailles et les jetons.

Académie des Sciences. Elle tint d'abord ses séances dans la bibliothèque du roi, puis au Louvre, enfin dans le palais des Beaux-Arts. Après avoir établi 1 académie des inscripiions, Golbert s'occupa duprojet de fonder une académiedes sciences. Il se fit donner un mémoire de tous les gens de lettres qui s'assemblaient nlors chez M. de Montmort, comeiller d'État, ainsi que de tous les savants répandus dans le royaume et même dans les pays étrangers. Voici les choix qui résuliè'ent de cette recherche : MM. Carcavi, Roberval, Huyghens. Frenicle, Picard, Duclos, Bourdelin, Delachambre, Perr.iuU, Auzout, Pecquet, Buot, Gayant, Mariette et Marchand, noms aujourd'hui pour la plupart ignorés. Dans la suite on y joignit Duhamel, abbé de Saint-Lambert; l'abbé Galois; Blondel, architecte; Dominique de Cassini, que M. Caroavi fit venir de Bologne, où il était professeur; Lahire, etc. ; à Gayant succéda peu de temps après Du Verney.

Cette académie devait s'exeroer sur cinq sciences [irincipales : les mathématiques, l'astronomie, la botanique, la chimie et l'anatomie. Bientôt on proposa de joindre à ces sciences celle de la théologie : Golbert adopta la proposition, et l'abbé Ogier, le plus céUbre prédicateur de son temps, fut nommé pour cette science; mais la Sorbonne alarmée vint se plaindre qu'on e iipiétait sur ses^a:trihutl0^s : M. Colbert se rendit à ses remontrances. On ne pensait pas alors qu'en Tasy-ociant à des sciences exa' tes, la théologie n'avait que des humiliations et des revers à éprouver.

Une autre chose digne de remarque,

c'est que le gouvernement crut noce--airo d'ordi-uoer aux astronome-; de ne point s'ap|jli(pier à l'astrologie judiciaire, et aux cljimi.-te> de ne point chercher la pierre philcsophale.

Cette dcadémie tint ses premières séances en 1666, dans une salle basse de la bibliothèque du roi, où l'on construisit un laboratoire i our les chimistes; et dans le même temps, pour les astronomes, on fît bâtir ailleurs l'Observatoire dont jai parlé.

Jusqu'en 1699, cette académie exista j en v(-itu -'autoris tion du roi; ce ne fut qu'en cette annoe qu'elle reçut une forme stable, un règlement, une existence légale, et un appartement au 1 ouvre. Tous ces avantages furent confirmés par lettres patentes de fe\rier 1713.

Dans les commencements de cette institution, les membres, comme à l'ordinaire, monlièrent une ferveur qui ne se soutint pas.

Le roi, far les conseils de Colbert, pensionna, à l'époque de la fondation des académies des sciences et des inscriptions, tous les meuibies qui y étai ni admis, et plusieurs savants nationaux, li poussa ses largesses jusqu'à donner des | ensions à des savants étrangers. On a beaucoup exalté cette munificence royale; elle méritait moins d'éloges qu'elle n'en a reçu.

« On est tout ' tonrié, dit un écrivain « moderne, de la modiqie somme que « coûta au roi la partie écla'an e de sa t renommée: dans l'année où ses libéia- « lités furent les plus considérables, la « dépense ne s'éleva qu'à 100,8G6 livres, « savoir, 53,000 en pensions |,our l.s na- « tionaux, 16,300 pour les étrangers, et « le reste en gratifications. Un seul cour- « tisan inutile, le duc de L..., coù.a « plus au roi que les lettres, les sciences « et les académies pendant tout son rè- « gne (1). .

(l) Mémoires de Dangeau. — Monarchie de Louis XIV y par M. Léuioutey, p, .366, à la note.

D'après un manuscrit intitulé Mémoires des Dépendes que le Roi a faites depuis l'armée 1664 jusciuen Vannée 1690, déiié à J. Ardouin Mui.Scirt, auchupitre 16, intitulé Pensions des gens de lettres, oa trouve 4U en 1 année 1664, cos pensi<ins s'é étaient à HO, 870 1666. à95,5ti7;

iVrrau't nous parle do la dégradation progressive de cette libéralité royaie ; il nous apprend avec quels égards, quelle attention délicate ces pensions furent d'abord piy es, comment ensuite on les paya mal, et enfin comment on ne les paya plus.

Ces pensions parvenaient aux étrangers par le moyen d; lettres de change. « A « l'égard de celles qui se distribuaient à « Paris, dit-il, elles se portèrent, la pre- « mière année, chez tous les gratifiés, par « le commis du trésorier des bâtiments, « dans des bourses de soie et d'or, les « plus propres du monde; ia seconde an- « née, dans des bourses de cuir. Comme « toutes choses ne peuvent demeurer au « même état. et vont naturellement en dépé- « rissant, les années suivantes il fallut « aller recevoir soi-même 'es pensions chez « le trésorier, en monnaie ordmaire. Les « années eurent bientôt quinze, seize « mois; et, quand on déclara b guerre à « l'Espagne, une gnnde partie de ces « gratifications s'amortirent. I! ne resta « presque plus que les pensions des aca- « dcmicieus de la petite académie et de « l'académie des sciences (I). »

Enfin, les paiements furent suspendus,

« II y a déjà quelque temps, dit-on « dans les Mémoires de Dangeau, au 15 « mai 169i, qu'on a donné congé à tous « les ouvriers des Gob.lins, et qu'on ne « paie plus l'académie des sciences, ni la « petite académie que M Bignon avait

Kv.;eiv ln65, à 83,400; ( en 1667, à 92,^^80; en

en 1669, à 111,550. C'est la plus forte somme dont Louis XIV ait gratifié les gens de lettre-;.

En 1670, les pensions se montèrent à 107,900 liv.; en 1671, à 100,076; en 1672, à 86, SOC ; eu lfi73, à 84.200; en 1674, à 62,250; en 1675, à 57,550; en 1676, à 49,200.

Ces pensions se tinrent à peu près à ce dernier taux; mas en 1683, elles se trouvent réduites à 1,600 livres. Elles reprirent dans lesanné s suivantes, et se muintinrent, pendant quelques années, de 46 à 39,000 liv.; mais daiiS l'année 1690, elles se trouvent réduises à la somme de 11,966 liv.

E'. cette d rnière année, les pensions cessèrent d'être payées sur les fonds de bâtiments et l'auteur du manuscrit ne va tat au-delà.

(l)llémoires de Charles Perrault, p. 52, 53,

« fil il êtnbiir pour la description des . arts (I). »

L'acadéaiie des sciences, qui a contribué si puissamment aux progrès des connaissances humaines, lorsqu'au 3 brumaire an IV on organisa l'Institut de France, fut mise à là première classe, sous le titre de Sciences pJujsiques et m atliemaiiqv.es ; et, malgré quelques changements survenus depuis, elle a conservé ce rang.

Académie d'Archite-^ture. Elle fut projetée en 1671 parColbert, et se maintint avec une simple autorisation jusqu'au mois de février 1717, époque où elle reçut un état légal. Elle eut, comme l'académie de sculpture et de peinture, ses écoles, ses prix et ses pensionnaires à Rome; comme elle, par la loi du 3 brumaire an IV, elle fit partie, d'abord de la troisième classe, puis, en 1803, de la quatrième classe de l'Institut.

Autres Ac.4DÉMiES. Il fut établi sous ce règne plusieurs au'res institutions qui prirent le nom d'Académies. Depuis longtemps il existait des tripots, appelés académies de jeux. Une école d'équitation et d'escrime fut fondée, pendant le règne de Louis XIII, sous le nom d'Académie royale pour la noblesse. J'en ai parlé.

Au mois de mars 1661, Louis XIV fonda une Académie royale de danse (2), dans l'intention de perfectionner cet art et d'en corriger les abus. Ce roi, par lettres patentes de juin 1 671 , érigea l'Opéra

(1) Mémoires de Dangeau, publiés par Lémontey, pag. 85.

(2) Les maîtres de danse étaient ordinairement mrîtres de violon. Ces maîtres, nombreux à la eour et à la ville, formaient nne corporation composée de douze anciens maîtres, de ceux de la grand'bande, et d'un chef qui portait le titre de roi des violons. Des lettres patentes du mois d'octobre 1658, enregistrées le 22 août l^fi9, accordent à Guillaume Dumanoir, violon ordinaire du cabinet de Louis XIV, l'oftice de roi des violons, de maître à danser et joueur d'instruments, et approuvent les statuts et règlements faits par ledit roi et ses prédécesseurs, « concenîant, y est-il dit, l'exer- «« cice dudit ofrice de roi des violons, « maîtres à danser et ez -dites sciences et « maîtrises de violons, joueurs des instruii ments tant haut que bas, etc. » [Be(jistres manuscrits du parletnent^ au 22 août 1659.)

en Académie royale de musique. Celte même dénomination, appliquée à des établissements d'une nature si différente, justifie le choix du mot institut, sous lequel la Convention nationale désigna la réunion des sociétés de sciences, de^ littérature et de beaux-arts. On ne pout, sans être pénétré d'un profond respect pour la routine, chercher à rétablir la dénomination prostituée et peu caractéristique d'académie. [

Bibliothèque du Roi, située rue de| Richelieu, n» 58. Cette bibliothèque' éprouva les vicissitudes du sort ( hahent sua fata lihelU), et n'obtint une consistance honorable, un haut degré d'utilité, que sous le règne de Louis'XIV.

Le roi Jean avait une bibliothèque peu nombreuse; elle se composait de huit à dix volumes ; tels étaient la traduction de la Moralité des Echecs, un Dialogue sur les Substances, la traduction de Trois Décades de Tite-Live, des fragments d'une version de la Bible, un volume des Guerres de la Terre-Sainte, et *rois ou quatre livres de dévotion.

Charles V, son successeur, qui aimait la lecture, et qui fit faire plusieurs traductions, porta sa collection jusqu'à neuf cent dix volumes; ils étaient placés dans une tour du Louvre, appelée la Tour de la Librairie. Gilles iNïallet, valet de chambre, puis maître- d'hôtel du roi, eut la garde de ces livres, et en composa, en 1373, un inventaire encore conservé à la Bibliothèque royale ; ils consistaient en livres d'église, de prières, de miracles, de vies de saints, et surtout en traités d'astrologie, de géomancie et de chiromancie, . et autres productions des erreurs du temps, erreurs que ce roi adoptait.

Après la mort de Charles V, cette collection de livres fut en partie dispersée et enlevée par des princes ou officiers de la cour. Deux cents volumes du premier inventaire manquèrent; mais comme le roi recevait de temps en temps quelques présents de hvres qui réparaient un peu les pertes, la bibliothèque se trouva encore composée, en 1423, d'environ huit cent cinquante volumes.

Cette collection disparut pendant que

Le titre du roi des violons fut supprimé par édit de mars 1773; le dernier de ces rois était Jean ( Jean-Ticrre Guirjnon, de Turin ). On fait remonter cette royauté à l'an 1331.

sous LOUIS XlV

le duc de Bedfort, en qualité de régent de France, séjournait à Paris. Ce prince anglais, en 1i29, l'acheta to.it entière pour la somme de 1,200 livre?. Il paraît qu"il en fit tran?férer une partie en Angleterre. Ces volumes étaient pour la plupart enrichis de mmi-ilures, couverts de riches étofife?, et garnis de fermoirs d'or ou d'argent.

Louis XI rassembla les volumes que

If

Charles V avait répartis dans diverses maisons royales, y joignit les livres de son père, ceux de Charles son frère, et, à ce qu'il paraît, ceux du duc de Bourgogne : l'imprimerie, qui commenci sous son règne à être en usaae, con'ribua à l'accroissement de sa bibliothèque.

Louis XII fit transporter au château de Blois les volumes que ses deux prédécesseurs, Louis XI et Charles VIII, avaient

Plan de Paris sous Louis XIII.

rassemblés au Louvre, où se trouvaient les commencements d'une précieuse collection de livres, dont plusieurs provenaient de c€ux que le duc de Bedfort avait tirés de la tour du Louvre, pour les transférer en Angleterre. Charles VIII avait réuni à la Bibliothèque royale celle des rois de Naples ; Louis XII laugmenla de celle que les ducs de Milan possédaient à Pise.

François ler^ en 1544, avait commencé une bibiiolhèqueà Fontainebleau : il l'accrut considérablement, en V transférant

les livres que Louis XII avait reunis à Blois.

Cette bibliothèque de Blois, dont on fit alors l'inventaire, se composait d'environ 4,890 volumes, dont 109 imprimés, 38 ou 39 manuscrits grecs, apportés de Naples à Blois par le célèbre Lascaris.

François 1er enrichie de plus la bibliothèqae de Fontainebleau d'environ 60 manuscrits grecs, que Jérôme Fondul acquit par ses ordres dans les pays étrangers. Jean de Pins, Georges d'Armagnac et Guillaume Pelliciers , ambassadeurs a

Rom fi et à Venise, achelèrent ] onr le compte de ce roi tous les livres tirées qu'ils i^urent trouver. Deux cent soixante "volumps en celte langue furent, d'après le catalogue dressé en 1544, le résultat de ces acquisitions.

D-pui^, François l^r envoya dans le Levant Guillaume Poslel, Perre G lies et Juste Tcnelle. Ils en rappoilèreiit 400 manuscrits grecs et une quarantaine de manuscrits orientaux.

La biblioihèque de Fontainebleau s'accrut encore des livres du connétable de Bourbon, dont François I^r confisqua tous les biens. Malgré cet accroissement , les manuscrits grecs, dans cette bibliothèque, l'emportaient sur les livres français, dont le nombre n'était que de 70 volun es. Il faut attribuer cette préférence , moins au goût de ce roi, qui n'entendait pas le grec, qu'à celui de ses savants bibliothécaires Guillaume Budé, Pierre du Chasiel ou Casteilanus, Mellin de Saint-Gelais et Pierre de Montdoré.

Henri II, en 1556, d'après les insinuations de Raoul Spifame, rendit un- ordonnance qui serait devenue très profitable, si on l'eût exacteoicnt observée- Elle enjoignit aux libraires de fournir aux bibliothèques royales un exemplaire eu vélin et relié de tous les livres qu'ils imprimeraient par prisilége.

Les règnes suivants, temps de persécutions où l'on emprisonnait et faisait périr sur les bûchers les hommes les plus instruits et les plus probes, parce qu'ils étaient soupçonnés de partager, ou qu'ils partageaient réellement les opinions des réformés, durent' avoir une funeste influence sur la bibliothèque royale.

L'affreux cardinal de Lorraine fit emprisonner à la Bastille Aimar de Rançonnet, premier président au parlement de Paris, qui y mourut de douleur en 1559 ; et sa bibliothèque, confisquée, fut réunie à celle du roi.

Pierre Montdoré, qui en était alors bibliothtcaire, en conséquence de cette même per.-écution , fut, quelques années après, en 1567, obligé d'abandonner la bibliothèque, et de s'enfuir à Sancerre, où il mourut de chagrin.

Amyot le remplaça, et rendit quelques services aux gens de lettres, en leur communiquant des manuscrits. Il paraît qu'ayant lui celte bibliothèque ne ^erxait qu'à ceux qui en avaient la garde.

Pendant la Ligne, elle éprouva plusieurs pertes fâcheuses. Dans une no!e qne .iean Go.<selin, alors gardien delà bibliothèque, eut la précaution d'écrire sur un manuscrit intitulé Marguerite historiale, par Jean Massue, on lit que 11 président de Nully. fameix ligueur, se saisit, en 1593, de la librairie du roi, en fit rompre les murailles, la garda jusqu'à la fin de , mars 1594, et que, pendant cet espace de ; temp^, on enleva le prem.ier cahier du ma- ! nuscrit dont je viens de donner le titre ; ' que Guillaume Rose, évêque de Senlis, et : Pigenat, curé de Paris, autres furieux li- ; gue rs, firent, dans un autre temps, plu- I soeurs tentatives pour envahir la biblio- ' thèque royale ; mais qu'ils en furent I em[!êchés par le président Brisson, à la i sollicitation de lui Gosselin.

Henri IV, maître de Paris, ordonna, par lettres du 14 mai 1594, que la bibliothèque de Fontciinebleau serait transférée dans sa capitale et dérosée dans les bàtinients du collège de Clermont, que les jésuites, chas;és de Paris et de la France, venaient d'évacuer. Mais cet ordre ne fut exécuté qu'an mois de mai 1595. La bibliothèque royale fut alors recueillie dans les salles de ce collège.

Elle s'augmenta, vers cette époque, d'un grand nombre de livres précieux. Catherine de Médicis avait laissé une collection de manuscrits hébreux, grecs, latins, arabes, français, italiens, au uor.bre de plus de huit cents. Cette collection prove- Lait de la succession du maréchal Slrozzi qui l'avait achetée après la mort du cardinal Ridolfi, neveu du pape Léon X.

Catherine se l'appropria, sous le vain prétexte que ces livres provenaient de la bibliothèque des Médicis. Après sa mort, ils étaient restés en dépôt chez Jean-Baptiste Benivieni , abbé de Bellebranche, ajmônier et bibliothécaire de cette reine.

Henri IV ordonna l'acquisition de cette collection. Trois commissaires en tient, eu mars 1597, l'estimation, et la portèrent à la somme de cinq mille quatre cents écus. Les créanciers de cette défuntereine mirent opposition a cette vente, et l'abbé de Be.lebianche mourut dans ce temps. Il y eut beaucoup de lenteur. ' Henri IV niandait à M. de Thou, son biblio hècaire, le 4 novembre 159S : « Je « vous ai ci-devant écrit pour retirer des « mains du neveu du feu abbé de B 'lle- « branche la librairie de la feue reine,

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