‹ Histoire de ParisChapitre 141 sur 261 · I HISTOIRE · texte numérisé non relu

I HISTOIRE

Et \i3 sor€iprs de suif graissés

[S'y tr;<liiri)i-il& ; lus le:> voierios

Des leiMiiis el d.-s irép.isses?

Ils n'ont gurde les paiixivs diable»,

D'y \fnir renieiire leur nez.

De| uis qiif vous eniprisonnpz

l>-6 qiiaimants »>t l-s iniseialt'es ;

Df-puis qm'. n vous nomme liô|iital,

Il n en t!>l point irns^ez iinttal

P^ur aller y choi»ir un gîie, etc. (I),

Dans la croyance populaire, toute celte partie méridionale du dehors de Paris, depuis et compris l'emplacement de l'antique cimetière des Romains jusqu'à Bicêtre, était le théâtre des revenants, des loups-garous, du sabbat. C'était dans les carrières des environs de Gentilîy, du plateau de Mont-Souris, que des fourbes, <jui trouvaient des gens assez crédules pour les payer, leur faisaient voir le diable. Nous a\ons une infinité de témoignages de ces ridicules su; erstitions.

Je reviendrai sur Bicêtre, et j'en parlerai sous le double rapport de prison et d'hospice.

Enfants-Trouvés. Une des obligations des seigneurs féodaux éta;t de nourrir le* enfants trouvés, comme je l'ai dit ailleurs. L'évêque de Paris s'acquitta de cette obligation, en destinant à ces enfants une maison située près du port Saint-Landri, qu'on nomma la Maison de la Couche. 11 était en usage de faire exposer dans l'intérieur de son église un vaste berceau où l'on plaçait quelques-uns de ces enfants, afin d'attirer les libéralités publiques et de diminuer les dépenses qu'il faisait pour eux.

Sans doute ces enfants étaient fort mal soignés, puisqu'une dame veuve, touchée de leur malheureux état, se chargea de les recevoir dans sa maison située près de celle de la Couche. Le zèle très louable de cette dame se refroidit bientôt; le sort des enfants trouvés ne fut pas meilleur, et devint peut-être pire. Ses servantes, lassées des peines que leur donnaient ces enfants, ennuyées de leurs cris, en firent un objet de commerce.

Elles vendaient ces nouveau -nés à des mendiantes, qui s'en servaient pour émouvoir la sensibilité du public et s'attirer des aumônes.

Elles les vendaient à des nourrices qui avaient besoin de se faire téter. Plusieurs donnaient à ces enfants achetés un lait

(l) Tableau du Gouvernement de MM. les Cardinaux de Richelieu et 3Iazarin, p, 267.

corrompu qui leur causait des maladies ou la mca-t.

Elles en vendaient à d^ nourrices pour remplacer leurs nourrissons morts, et ainsi des enfants étrangers étaient, par cette supercherie, introduits dans plusieurs familles.

Elles en vendaient à ceux qui, adonnés à la magie, se servaient de ces enfants, les sacrifiaient dans des opérations forl absurdes, et encore plus criminelles.

Le prix de ces enfants était fixé à vingt sous.

Des abus aussi révoltants furent enfin connus. On cessa d'envoyer les enfants trouvés dans la maison de cette dame Un homme, célèbre par son zèle et sa bienfaisance, Vincent de Paul, touché du sort dtj ces enfants, indigné de l'abominable trafic qu'on en faisait, parvint, en 1638, à leur trouver près de la porte Saint-Victor un nouvel hos()ice. Il engagea les dames de la Charité à s'en charger. Mai^ les fonds destinés à leur entretien étaient insuffisants pour le nombre toujours croissant des enfants. Voici le parti que prenaient les personnes chargées de la direction de cette maison : le sort décidait lesquels de ces enfants devaient être conser\és et nourris. Les autres étaient abandonnés, dit l'écrivain qui me fournit ces détails, c'esl-'à-dire qu'on les laissait mourir faute de nourriture (1). Cependant Mazarin, qui régnait, entassait des millions, et le jeune roi s'amusait à danser dans des ballets sur le théâtre.

En 1640, Vincent de Paul, sans doute indigné de ce régime inhumain, convoqua une assemblée des dames qui s'étaient chargées du soin de ces enfants; il leur prescrivit de renoncer à cette barbare intervention du sort, et de conserver la vie à tous ces infortunés. Son zèle, qui lui faisait braver tous les dégoûts, le fortifia dans des sollicitations pénibles auxquelles il se dévoua par humanité : il parvint, en 1641, à obtenir de la cour trois mille livres de rentes pour ces enfants, et mille livres pour celles qui en prenaient soin. Encouragé par ce succès, il sollicita de nouveau, et obtint, en 1644, une nou-

(1) Histoire abrégée de saint Vincent de Paul, pag. 257. — Abrégé historique de l'établissement de l'hôpital des Enfant^-TrouvéSf recueil dit Variétés historiques ^ tom. III, fleiixième partie, p. 800 et suiv.

fous LOUIS XIV

velle rente Ho hi'.it mille livro^;, et, en 1648, le rhàteaii de Bicètre pour y loger les enfants trouvés.

Dans ce château, les enfants étaient ma'a-ies et mouraient. On crut que celte morta!i!é av it pour cause la troi) grande vivacité de l'air : on les transféra dans uue maison près de Saint-Lazare, et les

S'Purs de la CharitS furent chargées do les so'gner.

Cependant le nombre des enfants trouvés croissait toujours, les revenus et lei aumônes n'augmentaient pas, et ne pouvaient suffire aux dépenses les plus nécessaires. Le parlement, le 3 mai 1667, ordonna que les seigneurs hauts-justiciert

Moulin à vent du xne siècle.

de Pans seraient tenu? de paver annuellement à cet'e maison une" somme de quiiize mille livres. Cet arrêt fui contirmpar un autre arrêt du conseil d Euit du 10 novembre 1668.

Hôpital des Enfants-Trouvés du laubourg Sainl-Antoine. situe dans la rue de ce faubourg, no' 124 et 123. Après 'arrêt menlionné dans I article précédent, les administrateurs purent se procure' un local plus commode. Ils rirent l'acquisition d'un grand empiacm-nt avec mai- ^ons, situé dans le fdubouru Saint-Antoine, et y construisirent un\aste b/itiment et une chapelle dont la reine

Marie-Thérèse d'Autriche posa la premier© pierre.

Le roi, par sa déclaration du mois do juin 1670, que le parlement enregist a le 18 août siivant, érig.^a ce nouverplablis? sèment en hôpital, et l'unit à rHôpital gén rai. Telle fol lorigine de l'hôpital des Enfants-Trouvés de larue Saint-Antoine, ou d pais on a placé l'hospice d-s O.phelins, dont je pailerai dans la suite.

Enfants-Trouvés, hôpital situé au Ciuï de la rue Neuve Noire-Dame, et en lace de l'église métropolitaine de ce nom.

L établissement de la rue Saint-Antoine ne fut pas le seul de ce genre. Les admi-

î'strateurs-, sentant la nécessité d'en avoir liii au centre de la ville, louèrent dans la Cité trois petites n^.aisons qui appartenaient à l'Hôtel-Dieu. On recevait dans ces n^aison> les enfants exposés, dont le nombre croissait toujours. Le local n'était pas assez vaste, assez aéré : il fallait y faire des réparations que des propriétaires seuls pouvaient exécuter. Les administrateurs des Enfants-Trouvés achetèrent des administrateurs de l'Hôtel-Dieu ces maisons, les firent réparer suivant leurs besoins, et y établirent une chapelle. Ces bâtiments ont subsisté jusqu'en 4747, époque où on les fit démolir ainsi que les églises de Saint-Christophe et de Sainte- Geneviève-des-Ardents. Ces démolitions dégagèrent et agrandirent le parvis Notre- Dame, et permirent de construire un nouveau bâtiment pour les Enfanîs-Trouvés. Ce bâtiment, plus solide, plus spacieux, mieux distribué, fut élevé sur les dessins de Boffrand : la première pierre en fut posée le 26 septembre 1747.

La chapelle de ce nouvel édifice fut décorée de peintures à fresque de Brunetti et de Natoire, représentant la naissance de Jésus., TAdoration des Mages, celle des Bergers, etc.

Cette maison, qui n'est plus un hôpital, sert aujourd'hui de Bureau central d'admission dans les hôpitaux et hospices.

Je parlerai en son lieu de l'état présent de l'intéressante institution des Enfants-Trouvés, et des changements qu'elle a éprouvés.

HÔTEL ROYAL DES INVALIDES, hospIce

destiné aux militaires âgés, blessî'S ou estropiés, situé sur l'esplanade des Invalides, à l'extrémité occidentale du faubourg Saint-Germain, entre ce faubourg et celui du Gros-Caillou. Jadis, dit Thomas dans sa Pétréide^

Jadis pour soutenir ses jours

Dans un pays iiiprat, sauvé i)ar m courage. Le giie;rier n'avail pas, au décl ii de son âge, Unasile pour vivre, un tombeau pour mourir : L'Eial qu'il a vengé daigne enfin le nourrir.

Il est souverainement juste que les hommes qui ont versé leur sang, qui se sont fait mutiler pour la cause des rois, qui ont employé le plus beau temps de leur vie à la défendre sans la connaître, trouvent, dans leur vieillesse, un asile contre la misère, et ne soient pas réduits à demander l'aumône à ceux qu'ils n'ont point servis. Cette injustice, cette ingra-

iitude se maintenaient parmi les rois de France, depuis qu'il existait des troupes -oldées. Au quinzième siècle, les soldats invalides vivaient d'aumônes, de brigandage, ou se plaçaient dans les châteaux . de quelques seigneurs en qualité de mortes-payes, y étaientnourris en contribuant à la garde de ces forteresses; ou bien le roi leur accordait des places de religieuxlais dans les abbayes et prieurés du royaume.

Henri IV fut le premier roi de France qui essaya de réparer cette injustice; il plaça dans l'hôpital de l'Ourcine ou de la Charité-Chrétienne, qu'avait institué Nicolas Houel, des officiers et soldats blessés à son service ; et, par ses édits des années 1597 et 1604, il les mit en possession de cet hôpital, pour y être logés, nourris et médicamentés.

Louis XIÏI, comme je l'ai dit, plaça en 1634 des invalides à Bicêtre, qu'il érigea en commanderie de Saint-Louis (I).

Louis XIV, qui fit un plus grand nombre d'invalides que ses prédécesseurs, sentit le besoin de construire de plus vastes bâtiments pour les loger. Il fit acheter un emplacement convenable ; et, par arrêt de scn conseil du 12 mars 1670, il assigna d( s fonds nécessaires aux frais de construction et à la dotation de cet éta- ' blissement.

Le 30 novembre 1670, on commença les fondations. En 1674, l'édifice était déjà en état d'être habité par les officiers et les soldats. Au mois d'avril de cette dernière année, le roi, par un édit, déclare l'objet de cet établissement, lui donne des règlements, le qualifie d'Hôtel royal des Invalides ; établit, pour directeur et administrateur général, le secrétaire d'Etat chargé du département de la guerre, qui chaque mois devait prési 'er un conseil, et gratifie cet hospice de plusieurs prérogatives, privilèges et exemptions.

Par son édit de février 1701, il créa trois receveurs généraux des Invalides.

On commença, en 1675, la construction de 1 église'. Cet édifice, et le dôme qui est placé à la suite, ne furent achevés qu'après trente ans de travaux. Libéral Bruant fournit les dessins de l'église et de l'hôtel, et Jules Hardouin Mansard continua les travaux et fournit seul lesdessins du dôme.

(1) Voyez article Bicêtre.

Sors LOUIS XIV

En se conformant à la destination de cet ét'hlis^ement, ses b'ilimonLs n'auraient dû qu'être commodément HislribuOs. solides et simples : on construisit un palais magnifique. Les étages l -s plus sains, les plus spacieux, furent destinés à des ob:ets de luxe, d'ostentalion, à des salles fastueuses, à la salle du conseil, au gouvernement, à rétat-major.^etc. Les invalides, pour lesquels la maison était fondée, furent logés dans les combles.

L'accessoire l'emporta sur le principal.

Ce trait caractérise bien le rè2ne de Louis XIV.

Une esplanade plantée d'arbres, qui s'étend depuis la grille des Invalides jusqu'au quai bordant la Seine, a 2i0 toi^^es de longueur sur 130 toises de largeur.

Elle est décorée de pièces de gazon et d'une fontaine monumentale, sur^laqueUj on avait, sous le gouvernement de Bonaparte, placé le lion de Saint-Marc de Venise; monument des conquêtes et de la bravoure des Français, figure monstrueuse, barbare et de très mauvais goût, qui fut retirée en 1815. Le piédestat qui supportait ce lion de Saint-Marc est démoli, et la fontaine qui en sortait remplacée par un jet à. trois branches.

L'esplanade, dont on a presque entièrement, dans l'hiver de 1 8 1 7 à 1 8 1 9, renouvelé les arbre«, et qui est embellie par un pont récemment construit à l'extrémité de la route qui partage cette esplanade , annonce majestueusement l'tdifice, où l'on arrive par une cour exterieare, entourée d'une grille et de fossés revêtus en maçonnerie. Celte cojr est munie de pièces de canon.

L.5 façade a cent toises d'étendue -, elle est divisée eu quatre étages et percée de cent trente-trois fenêtres, sans compter celles des mansardes. Au centre est la porte, surmontée d'une forme cintrée, où l'on voyait un bas-relief représentant Louis XIV à cheval, entouré, comme le soleil, des douze signes du zodiaque.

De cette porte on pénètre dans une :our, dont le plan otîre un parallélogranime de 65 toises de long sur 32 et demie de large. Elle est entourée de bâtiments dont les quatre faces ont deux éia- 2es d'arcades qui éclairent des galeries. L'archUecture de celte cour a le caractère rioble, mâle et simpJe qui envient à : institution Au centre de la façade oapoîée à l'entrée est le portaU de l'église. .

Cette église se distit)gue par son autel, pincé sous une arcadt qui communique à une second- église, dite du dôme. Cet autel est orné de six co'onnes torses, groupées trois à trois, dorées, garnies d'épis de blé, de pamnres. de feuillage, portant des faisceaux de palmes qui. se réunissant, soutiennent un superbe baldaquin, surmonté d'un globe et d'une croix. Les figures d'amortissement et les autres ornements sont l'ouvrage de Vancleve et de Coustou l'aîné.

Au commencement de l'an 1814, la nef était illustrée par neuf cent soixante drapeaux pris sur nos ennemis. Ces témoignages glorieux du courage des Français ont, depuis 1814, entièrement disparu.

Au-delà, sur la même ligne, est l'église du dôme, construction vaste et magnifique, où Louis XIV^ a prodig aé la richesse, et où les plus habiles artistes ont, à l'envi, déployé leurs talents. Le pavé de ce dôme, le pompeux baldaquin de l'autel, les scu'ptures, les peintures ; tout est d'un fini précieux, tout est exécuté avec un soin et un art admirables.

Le sol du dôme, pavé en marbre de diverses couleurs, agréablement comparties, est plus bas que celui des six chapelles qui l'entourent. Il faut descendre plusieurs marches pour y arriver. Ce renfoncement n'est point motivé.

Ce dôme a 50 pieds de diamètre. A travers une ouverture circulaire, pratiquée au milieu de la première coupole, ornée de peintures et de caissons, on voit la seconde caupole éclairée par des jours q-ie l'observateur ne peut apercevoir, et où le peintre Lafosse, un des meilleurs coloristes de l'école française, a représenté la gloire des bienheureux.

La troisième coupole forme la toiture extérieure.

Six chapelles sont placées autour de ce dôme.

La première du côté de l'éN^ngile est celé de Saint-Grégoire. On y voit sur l'aut-l la figure de ce saint, sculptée par Le Moine, celle de sainte Emilienue par d'Huez, et celle de sainte Silvie par Caffieri. Les peintures de cette chapelle, représentant la vie de saint Grégoire, et lient l'ouvrage de Michel Corneille. Le temps \e< endommagea. E.les furent restaurées par Doyen.

La chapelle de la Vierge offre, entre autres ornements, la fii^ure de sainte

Marie, sculptée par Pigalle, ëtdeux anges adorateurs, ouvrage ^de Coustou et de Poirier.

La chapelle de Saint-Jérôme est aussi miignifiquement décorée que les précédentes. La figure en marbre de ce saint fut sculptée par Adam l'aîné; celle de sainte Piaile, posée en 1786, est l'ouvrage de Mouchi, et celle de sainte Eustache, sa fille, celui d'Allegrin.

La chapelle de Saint-Augustin offre des peintures de Boullongne le jeune; la statue en marbre de ce saint, sculptée par Pajou ; ceile de sainte Alipe, en pierre, par Caffieri, et celle de sainte Monique, en marbre, par Houdon.

D.ns la chapelle de Sainte-Thérèse on voit la figure en marbre de celle sainte, sculptée par Le Moine, et deux anges, dont l'un est l'ouvrage de Le Moine, et Tautre de Lapierre.

La chapelle de Saint-Ambroise est peinte par Boullanger l'aîné, et la figure du saint sculptée par Falconnet, qui est au?si l'auteur de la statue de sainte Marcelline; celle de sainte Satyre est de Caffieri.

Ces chapelles, ainsi que les portes qui y conduisent, sont ornées de divers basfeliefs.

Le mausolée du maréchal de Turenne, transféré de Saint-Denisau Musée des Monuments français, fut, le 23 septembre 4800, de ce Musée, placé en grande cérémonie dans une de ces chapelles, d'où, en 4815, il a été retiré pour être reporté dans l'égli.-e de Saint-Denis.

Ce dôme a son portail particulier du côté des champs, ou plutôt du côté d'une large avenue bordée de quatre rangs d'arbres, et longue d'environ 500 toises. Ce portail, qui a 30 toises de largeur sur 16 de hauteur, sert pour ainsi dire de soubassement à l'édificedu dôme. Il n'a point le caracière de solidité qui lui convient. Le dôme lui même, qui montre ici son extérieur dans toute sa majesté, n'est pas exempt de défauts. Si l'on considère sa masse sans s'occuper des détails, on voit un édifice qui, depuis le pavé jusqu'à rextnmité de sa flèche, à 105 mètres, ou 323 pieds de hauteur. Celte élévation extraordinaire frappe d'itonnement ou cl'admiiation Tesprii de lob.-ervateur. Sa forme tlégante et pyramidale, ses heureuses proportions, ajoutent au premier sentiment déplaisir; mai^si l'on examine

les parties de cet édifice, on aperçoit des ornements multipliés sans motif, La partie inférieure, qui devrait avoir un caractère simple et solide, est chargée de maigres colonnes, tourmentées par des ressauts, et divisée en deux rangs de fenêtres imperceptiblement cintrées, et indiquant au dehors deux étages qui ne devaient pas se trouver et qui ne se trouvent point dans l'intérieur. De plus, les consoles en enroulement, et mille autres petitesses, prouvent enfin que les ouvrages des grands architectes du règne de Louis XIV ne sont pas toujours des modèles à imiter. A celte occasion, on trouvera bon que je transcrive ici l'opinion qu'au sujet de ce dôme a exprimée M. Le Grand.

« Il serait dangereux, dit-il, au mo- « ment où l'on jette les fondements de * tant de monuments publics, de ne pas « classer à leur véritable rangées préten- « duschefs-d'œuvredusiècledeLouisXIV, « et de ne pas, en louant l'intention du « fondateur, blâmer le système vicieux « de ces artistes trop vantés. Que leurs « productions brillent à Paris où rien ne « les efface encore; mais que leur réputa- « tion, si longtemps usurpée, s'éclipse et « disparaisse devant les beaux édifices de « l'Italie antique et moderne (1). »

Le dôme, proprement dit, est orné à l'extérieur de quarante colonnes d'ordre composite. Celte ordonnance, dégradée par des ressauts, est couronnée par un© balustrade.

Au-dessus est un attique, percé de fenêtres et chargé de huit piliers buttants, contournés en forme de volute; formes qui décèlent le mauvais goût qui commençait alors à s'introduire dans l'architeo ture.

La coupole, divisée en côtes, est chargée, dans leurs intervalles, de trophées militaires, couronnés chacun par un casque dont l'ouverture sert de lucarne. Ces trophées et ces côtes en plomb, comme toute la couverture, étaient dorés. L'action de l'air avait fait disparaître l'éclat de l'or. En 1813, le gouvernement fit entièrement redorer ces parties.

Au-dessus de la coupole est une lanterne surmontée par une tlèche très élevée et terminée par un globe et une croix.

(l) Descr'ption de Paris et de ses édifices^ tom. I, 1" partie, pag. 102,

sous LOUJS XIV

Dans l'intérieur des bâtiments, on va ordinairement visiter la cuisine et sa fameuse mai mite, les quatre réfectoires, la pharmacie, la biblio'.hèque corn osée d'environ vini^'t mille volumes , l'horloge è équation, ouvriii-^ trèsesliméde L^paute, la salle du conseil placée au-dessus de la principale entrée, etc.

En 1717, le cz.ir'de Russie, Pierre I, vint à Paris et visita les invalides; il voulut les voir manger, et prit lui-même, sur la table du réfectoire, un demi-setier de vin qu'il but à la santé de ces br.nes.

Lorsque le roi entre dans l'hôtel, sa garde est sans fonctions, les invalides la remplacent.

Dans un caveau, situé sous le dôme, on avait déposé un grand nombre de fusils. Les Parisiens, qui, dans les premiers jours de Ij révolution, cherchaient partout des armes, instruits de l'existence de ce dépôt, vinrent en foule, le U juillet 1789, se saisir de ces fusils ; ils y mirent un empressement qui dev.nt funeste a quelques-uns : il y en eut plusieurs de blessé-. Cette découverte contribua au succès de la prise de la Ba>tille.

Disons un mot t'es habitants de cet iiospice. Leur nombre est de six à sept mille ; le pus grand ordre règ-^.e p'armi eux. A la table, dans les réfectoires, on voit quelques militaiiei, prives de leurs bras, recevoir la nourri: ure des mains officieuses de lejrs camarades. Hors de l'hôtel, à l'ombre des arbres qui embellssent ses alentours, on rencontre des groupes d'invaiides scntrelenant de leuis anciens exploits , des dangers qu'ils ont courus. Ces antiques guerriers , dit Thomas,

Semblent se rajeunir aa récii «les combats.

Sainte Madeleine de la Ville-l'E-

/ÉQUE, egiise paroisiiale, située ^ur le boulevard de ce nom, à l'angle des rues le la Madeleine et de la Virie-l'Evcque. .e lieu de la Ville-rE\èque était, au louzième siicle, une ferme, une niuis n ie campagne, ou, comme on dirait autreois, un sejOur de lévèiue de Paris. Cette naison dev.i.t avoir une chapelle, bès 'an 4238, il est fait mention du prôtre le la Yille-l'Evèque= Un acie de 1284 le [ualifie de \icaire perpétuel, it un ajlre, le 4386, lui donne L* titre de curé. Ce |ui prouve qu autour de la maison de évoque il s éiait formé un

nombre des habitanCs croissait toujours.

Il p;iraît que lebèliment de la chamelle, lors même qu'elle fut érigée en cure, était peu considérable. Le roi Ch;irles VIH le fit reconstruire, et le 21 février 1487, en posa la première nierre ; le 20 novembre 1491. il y établit une conrérie de la Madeleine, dont lui-même et la reine son épouse furent membres: le nom de celte confrérie devint celui de la chapelle.

Son bâtiment tombait en ruine, son étendue était insuffisante au nombre des paroissiens: elle fut reconstruite en 1659: et mademoiselle de Montpensier, le 8 juillet de celte année, en posa la première pierre.

Il s'éleva de vives querelles entre le curé de la Ville-l'Evèque et celui de Saint-Roch sur les limites respectives de ^ leurs paroisses. Cette gierre d'intérêt fut terminée par un arrêt du parlement du 26 février 1671, qui ordonna que |a clôture de Paris serviiait de bornes à ces paroisses.

Dans la suite, léglise de la Ville l'Evêquenefut plus assez vaste pour contenir tous ses paroissiens, dont le nombre s'était fort augmente. Il fut décide qu'elle serait reconstruite et située en face de la rue Royale, afin que son portail terminât magnifiquement de ce coté la perspective de la place Louis XV. Le 3 avril 1764, on posa la première pierre de cet édifice, dont M. Cou'ant d'Ivry fut l'architecte. Il avait élevé son bâtiment jusqu'à la hauteur de quinze pieds au-dessus du sol, lorsqu'en 1777 il mourut: M. Couture le remp'aça.

Celui-ci, trouvant plusieurs défauts dans le plan de son prédécesseur, fit, sans égard, démolir les murs de face, les chapelies, les colonnes, et substitua un nouveau plan de sa création. Ainsj. temps, argent, matériaux, tout fut perdu et sacrifie au système du sieur Couture.

Le plan du premier archi ecle otTrait le caractère mesquin de celte époque: le portail, qui devait servir de pOiUl de vue a a place Louis XV, n'avait ni la noblesse ni la grande. ir convenables à c<?lle situation. Le second architecte réforma toute la decoialion extérieure. Il aurait b.en fait de se borner là ; mais il changea le plan de l'intérieur de Téulise, et, ses changements ne furent pas heureux. Par des constructions dejlacees, la vue, arrêti.e, ue trouvait saisir 1 éteudue de ce

bètimenf ; cet architecte ignorait le sen- ' timent d'admiration que produisent les longues lignes dans un édifice.

Le poriail offre un péristyle dont les colonnes masquent entièren.enl les portes qui sont aux côtés de la principale. Pour arriver à ces portes latérales, qui £ont ordinairement les seules ouvertes au public, il aurait fallu décrire une marche en ligne courbe. Il s'y trouve bien d'autres défauts.

Cet édifice semble condamné à une destinée malheureuse: un architecte détruit ce que l'autre fait, et mérite à son tour de voir son ouvrage censuré et anéanti par un troisième. Au lieu de corriger, de raccorder les parties défectueuses de son prédécesseur, le sieur Couture a démoli pour reconstruire ; il a démoli les ouvrages de son prédecest^eur et même les siens: c'est ce qu'il a fait en 1780. Il a fait et refait : ce qui prouve que son plan n'était ni réfléchi ni an été.

Suivant ce dernier plan, l'édifice, en forme de croix, devait avoir 264 pieds de longueur dans œuvre, sans y comprendre le portail, situé à une extrémité, ni la chapelle de la Communion, située à l'autre, laquelle devait faire une saillie considérable au fond de l'église. Sa largeur, aussi dans œuvre, prise à la croisée, sans y comprendre les porches des por'.es latérales, devait être de 138 pieds. On aurait placé le priiicipal autel à l'entrée du chœur, et l'église eut été surmontée par un dôme.

Le portail principal aurait présenté un péristyle de douze cclonnes corinthiennes, chacune de 6 pieds de diamètre. De chaque côté de l'édifice et en retour de ce portail, devait régner une galerie extérieure qui se serait étendue ju-qu'à l'un et à l'outre avant-corps de h croisée. Ces avant-corps auraient été décores de colonnes de môme ordre et de même proportion que celles du principal portail.

Malgré les démo. liions successives et les interruptions de ces travaux, ils étaient assez avancés en 1790; mais ils furent suspendus par l'effet de la révo'ution. Ea 4802, le culte de la paroisse Sainte-Ma^ deleine fut transféré dans l'église de l Assomption, rue Saint-Honoré.

Bonaparte conçut le projet de convertir cet édifice en un Temple de la Gloire, 011, sur de longues tables d'or massi\es, devaient être inscrits les noms des mili-

taires signalés par leurs exploits. L'exécution de ce projet fut commencée en 1806; mais les travaux, quelques années après, furent interrompus, et les événements politiques en ont empêché la reprise. Une ordonnance des 19 janvier et 14 février 1816 porte q;:e cet édifice sera achevé afin d'y placer les monuments expiatoires de Louis XVI, de la reine sou épouse, de Louis XVII et de la princesse Elisabelh, L'ordre n'a pas encore été suivi de l'exécution ; et les murailles restées à demi construites et sans toits, les colonnes élevées à une grande hauteur, sans chi^piteaux, sans enlablement, offriront bientôt l'image des ruines d'un temple de l'antiquité. Je reparlerai de cet édifice.

Collège Mazarin ou des Qttatre- Nations, aujourd'hui Palais des Beaux- Arts ou DEL Institut, situé quai de la Monnaie ou de Conti, no 23. Le cardinj! Mazarin, par son testament du 6 mars 1661, ordonna qu'il serait fondé un collège sOus Is titre de Mazarini, destiné à soixante gentilshommes ou princ paax bourgeois de Pignerolet de son territoire, ou de l'état ecclésiastique, d'Alsace et pays d'Allemagne, de Flandre et de Roussillqn, pays alors nouvellement conquis, ou réunis a la couronne. Ces nations étant seules admissibles dans ce collège, on lui donna le nom de Quatre-Nations.

Ces soixi.nte jeunes gens devaient y être gratuitement logés, nounis, instruits dans la religion, dans les belles-lettres ; devaient y apprendre à faire des armes, à monter à cheval et à danser. Mazarin légua aussi parce testament sa bibliothèque à ce colége, et une somnie de deux millions pour les trais de sa construction.

Louis XIV, par lettres patentes du mois de juin 1665, ordonna l'exécution de ce testament, et voulut que ce collège fût réputé de fondation royale.

Les exécuteurs testamentaires, ayant acheté ce qui restait encore des bâtiments de 1 hôtel et du séjour de Nesle, et jointe leur emplacement celui de plusieurs maisons voisines qu'ils acquirent aussi, vers la fin de l'année 1662, firent jeter les fondations de l'édifice de ce collège, qui fut élevé sur les dessins de Leveau,el exécuté par Lambert et d'Orbay.

La façade de ce collège fat placé sur le quai : son plan forme une portion de cercle, terminée, à l'une et l'autre exirémité, par une face en ligne droite, qui s'unit à

sous LOUIS XIV

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un gros pavillon, lequel s'étend fort avant sur le boid du quai, et laisse entre lui et le parapet une route trop étroite pour le passage. Au centre est le portail de l'église, faisant avant-corps, composé d'une ordonnance corinthienne et couronné d'un fronton. Au-dessus s'élève un dôme dont une lanterne et une cro x formaient l'amortissement.

Ce dôme, qui présente à l'extérieur une forme circulaire, a clans riiitérijur une forme elliptique. Dans l'espace que laissent entre elles ces deux formes, on a pratiqué quatre escaliers à vis qui comir-uniqucnt à des tribunes et à la toiture de l'édifice. Cette église était décorée avec plus de soin et de travail que de goût. On y voyait les figures des huit Béatitudes placées sous les archivoltes des grands aies de la nef, ouvrage de Desjardins. Le tableau du grand autel, représenta ;it la Circoncisicn, fut, dit-on, peint par Paul Vcronèse.

A droite du sanctuaire se présentait le tombeau ducardinal Mazarin. Sur un sarcophage de n^arbre noir, orné de suppo ts de bronze doré, était la figure en m.rbre blanc de ce cardinal, représenté les mains jointes et dans l'attitude d'un homme en prière: il semblait demander pardon à Dieu des maux qu'il avait causés à la France. Derrière lui, on voyait la figure d'un ange tenant des faisceaux, pièce principale de son blnson. Ce tombeau s"éîevaitsur deux marches en marbre blanc ; trois figures allégoriques en bronze, la Prudence, l'Abondance et la Fidélité, reposaient sur ces marches. Ce tombeau, un des bfaux ouvrages de Coizevox, a été transféré au Musée des monuments français, rue des Petits-Augustins.

La bibliothèque de ce collège avait été composée par le savant Gabriel Naudé; elle fut en partie dispeisée, pillée ou vendue pendant la Fronde. Elle était alors située au palais ISIazarin, occupé aujourd'hui par la bibliothèque du roi. On la recomposa dans ce colU^ge : elle abonde en livres dhisloire ; elle devint publique dès l'an 1688. Suivant les derniers recensements, on y compte cent quatre-vmgtquir)ze mille volanjes, dont trois mdle quatre cent trente-sept manuscrits, disposés dans les trois étitgcs de ses galeries. L'ancien fonds ne comprenait que quarar]le et uu mdle six cent quarante-trois volumes.

Cette bibliothèque est ouverte tous les jours au public depuis dix heures jusqu'à deux heures après midi, excepté le jeudi et les jours de fôtes et vacances.

Outre cette bibliothè ]ue, il en existe une seconde dans le niémc édifice; c'est celle de l'Institut, placée au-dessous du local de la première. Quoique moins nombreuse, elle est préci^'use sous beaucoup de rapports, et surfout sous celui des ouvrages modernes qu'on y trouve. Ces deux bibliothèques ont été réunies par ordonnance da 16 décembre 1819; mais une autre ordonnance du 26 décembre 1821 les a séparées, et chncnne d'elles a repris l'ancien régime administratif qui lui était particulier.

En 1806, les bâtiments du collège Maz^irin furent destinés aux séances et à la bibliothèque de l'Institut, aux diverses collections des arts, et reçurent le titre de Palais des Beaux-Arts. M. V^audoyer fut alors chargé de transformer l'église'de ce cu'.l'ge en une salle propre aux séances pubiques de l'Institut.

Plusieurs parties de cet édifice ont subi des changements. La lanterne du dôme a été entièrement reconstruite.

Deux fontaines fureiit établies aux deux côtés de l'avant-corps placé au centre de la façade; chacune est composée de deux lions en fer fondu qui jettent de l'eau dar.s un même bassin.

A l'extrémité de chacun des pavillons qui s'avancent vers la Seine, on a ouvert un passage au rez-de-cliaussée de ces pavillons, ce qui offre une grande commodité aux piétons dans un endroit où la route est étroite.

Il est remarquable que le plan du Louvre se trouve en harmonie avec celui du collège Mazarin, et que l'axe de l'église de ce collège, église placée au centre de sa façade, est le même que celui qui traverse les portes latérales du Louvre. Cette correspondance n'est point l'effet du hasard : elle a été combinée. On a voulu procurer à ces deux édifices,, séparés par le cours de la Seine, un© perspective agréable; on a voulu qu'ils se prêtassent un mutuel secours. On serai moins étonné de cette correspondance de plans, lorsqu'on saura que ces deux édifices furent commencés en même temps sur les plans du même architecte, sur ceux de Leveau.

On a complété les rapports qui existent

46 HISTOIRE DE PARtS

entre les plans de ces deux édifices, en établifs.int le pont des Arts qui forme la communiciition entre leurs deux façades.

Ce peut, destiné aux gens de pied seulement, fut achevé en -1803.

Le Louvre, pahùs situé dans le quatrième arrondissement, quartier du Louvre. J'ai parlé de sa première construction sous Philippe-Auguste, de l'état de ce château sous le règne de Charles V; j'ai dit que François l" en fit abattre la grosse tour, et qu'après plusieurs réparations dispendieuses, il prit le parti de recoi struire ce château sur un nouveau plan; que Henri II fit continuer cette construction qu'on a nommée depuis le vieux Louvre. J'ai fait mention aussi de ce corps de bâtiment qui commence à l'angle du vieux Louvre et s'étend jus- Cju'au bo:d de la Seine, et qui fit naître l'idée de la jonction de ce château aux Tuileries par la galerie du Louvre, galerie qu'on a construite à diverses époques. En parlant de létat physique de Paris sous le régne de Louis XIII, jai exposé celui du château du Louvre, encore entouré de fossés, et dont la façade du côté de Saint-Germain-lAuxerrois était caractérisée par quatre tours rondes : ceux au centre, et les deux autres aux angles de cette façade.

Ce, frontispice féodal et barbare, qui contrastait tiop évidemment avec le luxe du corps de bâtiment appelé vieux Louvre, ne pouvait subsister sous un prince magnifique et passionné pour les constructions. Louis XIV entreprit de reconstruire la façade et les autres vieux corps de bâtiment *. il s'occupa d'abord à terminer plusieurs parties imparfaites du Louvre et de sa galeiie; et, pour n'éprouxer nulle contrariété, aucun (bstacle, il fit, le 6 novembre 1060, publier à Paris une défense à toutes personnes d'élever aucun bâtiment sans sa permission expresse, sous peine de dix niille livres d'amende, et à tous ouvriers de s'y employer, sous peine de prison pour la première lois et de galère pour la seconde (1).

Cette ordonnance, qu'on croirait émanée de Constantinople ou de Maioc, ne fut pas le seul mo\en extraordinaire employé pour hâter les travaux, comme on le verra dans la suite.

Le 6 février 1 661 , dans le temps qu'une multitude d'ouvriers était livrée à cet ouvrage, le feu prit à la gr.lei ie des peintres : il se communiquait déjà à la grandç^ galerie du Louvre. On ne connaissait point encore l'usage des pompes. Le roi et la reine firent apporter le saint-sacrement de Saint-Germain-l'Auxerfois {■]].

Mais ce ne fut qu'en coupant la galerie ^u'on parvint à arrêter les progrès de 1 incendie.

L^ s bâtiments du Louvre, et même la façade orientale, commençaient à s'élever sur les dessins da Leveau. « Déjà, dit « Charles Perrault dans ses mémoires, « non-seulement des fondements étoient « jetés pour la façade principale du Lou- « vre, mais une partie de cette façade « étoit élevée de huit à dix pieds hors de « terre (2), » lorsqu'en 1664 Colbert fut nommé surintendant des bâtiments. Ce ministre n'était pas content des dessins de Leveau. 11 invita tous les architectes de Paris à venir donner leur avis sur le modèle en menuiserie de cette façade et à fournir chacun un dessin, avec promesse d'adopter celui qui serait jugé le meilleur.

Presque tous ces architectes censurèreîit le projet de Leveau, firent des mémoires où ils établirent les motifs de leur cen-ure, et fournirent des dessins de cette façade. Claude Perrault, encouragé par sou frère Charles, commis de Colbert, produisit aussi son dessin. Colbert eu fut charmé, et ne pouvait concevoir, dit Charles Perrault, « qu'un homme qui n'é- « toit pas aichitecte de profession eût pu « faire rien de si beau. La pensée du pé- « ristyle est de moi : il l'approuva et la « mit dans son, dessin, mais en l'embel- « lissant infiniment (3). » Ce dessin exposé en public fut très admiré. Colbert, qui avait à cœur de faire de cette façado

(1) Histoire de Paris ^ pa'g. 473.

(1) Cette pratique superstitieuse est con-. damnée par plusieurs conciles, et notamment par le synode de Paris de l'an 1674, qui porte, an. 7 : Le Saiut-Sacrement de l'autel ne pourra jamais être porté aux incendies, sous quelque prétexte que ce soit, etc. {Traité des Superstitions^ par l'abW Thiers. tum. II, p. 3H0).

(?) Mémoires de Charles Perrault, liv. H, pag. 59.

par Félibien, t. II, [i) Mémoires de Charles Perrault, liv. II, pag. 61.

Paris. — Tjp. Lacoir, rue SoufOol, 18,

sous LOUIS \IV

et qui n'était pas même temps le ministre

nn ouvrag© pcrfait, ev qui n eiait pas même temps le ministre fit écrire une assez connnisseur pour se décider, prit la longue- lettr ■ au c-'èbre Nicolas Le Puusresolution de soumettre les dessins de Le- sin. par laquelle il le charucait de recueil-

veau a la censure des plus célèbres archii'Ctes d'Italie, comme il les avait déjà soumis à celle des architectes de P>an':e. Il envoya plusieurs copies de ces dess ns à Rome. Les architectes étranger-; s'occupèrent à fournir des dessins d'un goût bizarre cjui n.» furent point goûtés. En

lir les opinions des plus habiles artistes dff Rome et d y joindre la sienne. Cette lettre rente ne fut point envoyée.

Pen lant ces con^iiit itioiis, le cardinal B-irborin et un abb^ Benedelti, ami de Colbert, parlèrent à ce ministre du cavalier Bernin, prônèrent i^a répula;ion et se*

pont Royal.

talents extraordinaires. Cet artiste était un de ceux qui avaient envoyé un dessin pour la façade du Louvre. Colbert, voulant l'attirer à Paris, détermina le roi à lui adresser par un courrier exlraordiuaire une lettre excessivement flatteuse. Le cavalier Bernin se rendit aux prières et aux offres brillantes de Louis XIV.

L'ambassadeur de Frai, ce alla en grande cérémonie chez cet artiste l'inviter^a partir pour Paris. Voici le détail des honneurs qu'il reçut sur sa route :

« Dans toutes les villes par où il passa,

iV DULAUaE

les officiers eurent ordre, de la part du roi, de le complimenter et de lui porter les présents de'ia ville. La ville de Lyon même, qui ne rend cet honneur qu'aux seuls princes du sang, s'en acquitta comme les autres. Des officiers envoyés de la cour lui apprêtaient à manger sur sa route ; et, quand il approcha de Paris, on envoya au devant de lui M. de Chambray, seigneur de Chanlelou, maître -d'hôtel de sa majesté, pour le recevoir, lui tenir compagnie... On le logea d'abord à l'bôtel do Froûtenac,

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