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HISTOIRE I

De 729 volumes in-folio et 1 ,588 in 4», provenant de la bibliothèque de M. Fouquet , manuscrits ou imprimés, acquis en 4667;

De 2,156 volumes manuscrits, dont 402 en langue hébraïque, 343 en arabe, samaritain , persan , turc et autres langues orientales; 229 en langue grecque, et 1,422 en langues latine, italienne, française, espagnole, etc. ; en outre, de 4,337 livres imprimés, tous provenant de la bibliothèque du cardinal Mazarin;

D'une partie des livres orientaux de Jean Golius et de 1,100 manuscrits hébreux, arabes, turcs, persans, grecs, latins, français, esclavons, et de près de 600 volunîes imprimés dans ces langues, provenant de la bibliothèque du savant Gilbert Gaulmin ;

De 62 manuscrits grecs, que M. de Monceaux reçue llit dans le Levant, où il fut envové exprès en 1667;

De la bibliothèque de Jacques Mentel, médecin, composée d'environ dix mille volumes , dont une cinquantaine de m.anuscrits, acquise en 1670;

De 146 volumes, que l'ambassadeur de Portugal avait fait acheter à Lisbonne, concernant l'histoire d'Asie, d'Afrique , d'Amérique, d'Espagne, etc. ;

De plusieurs livres imprimés ; reçus journellement de Hollande, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, etc. ;

De 340 volumes in-folio, contenant des copies de titres conservés dans les chambres des comptes, maisons religieuses, etc. ;

De 630 manuscrits hébreux, syriaques, coptes, arabes, turcs, persans, et d'une trentaine de manuscrits grecs recueillis par le père Michel Vansleb, savant orientaliste que Colbert, en 1672, avait envoyé dans le Levant ;

Enfin, en 1684, on comptait, dans la bibliothèque royale, 10,542 manuscrits, sans y comprendre ceux de Brienne et de Mézerai, et environ 40,000 imprimés, non compris les divers recueils d'estampes et de cartes de géographie.

Louvois succéda à Colbert dails la direction de cette bibliothèque : il continua son ouvrage, chargea les ministres franjçais dans les cours étrangères d'acheter des manuscrits et des imprimés : on en reçut de toutes parts. Le père Mabillon voyageait en Italie pour le même objet : il p'.ccura à la bibliothèque plus de 4,000 volumes imprimés et plusieurs ma-

)E PARIS

nuscrits. Louvois fit rendre, U 31 mai 1689, un arrêt du conseil, tendant à remettreenvigueurl'ordonnance de Henrill.

qui obligeait les libraires à fournir à la bibliothèque des exemplaires des livres qu'ils faisaient imprimer par privilège ; ce ^ qui procura à cette collection une source . intarissable de volumes.

On acquit dans le même temps les manuscrits de Chantereau-Lefèvre. Les savants, envoyés par Colbert dans le Levant, faisaient aussi à leur tour parvenir à la bibliothèque les fruits de leurs investigations de manuscrits grecs et orientaux.

En 1697, le père Bouvet, missionnaire, apporta 42 volumes chinois que l'empereur de la Chine envoyait en présent au roi. Avant cet envoi, il n'existait dans la bibliothèque que quatre volumes en cette langue; ils s'y sont, dans la suite, considérablement multipliés.

En 1700, l'archevêque de Reims donna j à la bibliothèque royale 500 manuscrits j hébreux , grecs , latins et français. On j acheta pour elle 35 volumes manuscrits sur la Lorraine; le père Fontenai, revenu ■ de la Chine, remit au roi 1 2 gros volumes, ' les uns chinois, les autres tartares.

En 1701 , 250 manuscrits, provenant de la bibliothèque d'un docteur de Sorbonne, appelé Faure, furent achetés : on y joignit deux manuscrits donnés par Sparwenfeld, maître des cérémonies de la cour de Suède, un Missel romain d'une grande antiquité, et une relation de voyage en langue russe. Cette relation était le premier volume en cette langue que possédât la bibliothèque. On acheta à Rome un manuscrit de Pétrone, où se trouvent le fragment du Festin de Trimalcion et plusieurs autres morceaux de cet écrivain licencieux ; Tibulle, Properce et Catulle en entier; l'Epître de Sapho, celle de Phaon et le petit poème du Phénix, par Claudien. Ce dernier manuscrit fut trouvé, dit-on , à Traw en Dalmà tie.

Une caisse était, depuis quinze ans, déposée à la douane sans être réclamée; on la fit enfin ouvrir : elle contenait 1 4 portefeuilles remplis de livres tartares qui furent remis, en 1708, à la Bibliothèque royale.

En 171 3, cette bibliothèque reçut, entre autres richesses, le legs de Caillé du Fourny, contenant l'inventaire des titres conserves dans la chambre des comptes de Lorraine et de Bar ; celui de Gallaud, consistant en 100 volumes ou portefeuilles de

sous LOLIS XIV

manuscrits arabes, turcs, persans, etc. En 171 i. François de Gaicnières fit a cette bibliothèque une donation d'une bien plus haute importance: il lui légua son immense et très riche i^binet.

Tous les jours des legs, des présents, des acquisitions et des tributs de la librairie augmentaient ce précieux dépôt des erreurs, des vérités et des connaissances humaines.

Le changement le plus notable qu'il éprouva, sous le règne de Louis XIV, fut sa translation de la" rue de la Harpe dans la rue Vivienne. La bibliothèque était devenue trop nombreuse pour être contenue dans le local quelle occupait. En 1666, Colbcrt acheta des héritiers de M. de Beautru deux maisons, voisines de son hôtel, rue Vivienne ; il les fit disposer convenablement , et les livres y furent transportés.

Sous la régence du duc d'Orléans, la biblioth'qae jouit de la même propriété ; mais , le local de cette collection toujours croissante étint insuffisant, on s'occupa de la placer ailleurs.

11 existait dans la rue de Richelieu un bôtel immense, qui portait le titre de palais, qu .vait fait construire et qu'avait autrefois habite le cardinal Mazarin. Cet nôtel, qui occupait l'espace qui se trouve între les rues Neuve-des-Petits-Ghamps, Vivienne, Richelieu, et celle de Colbert, aquelle a eié ouve:te sur l'emplacement ie ses bâtiments, était eucore plus remarquable par son extrême magnificence et par les objets rares et précieux qu'il contenait, que par son étendue. Après la mort ie Mazarin, il fut divise en deux parties: i"une, du côté de la rue Vivienne, fut le ot du duc de La Meilleraie, époux d'une Qièce du cardinal, et porta le nom d'Hôtel '«^ Mazarin jusqu'en 1719, époque où le !i fit l'acquisition pour la donner à la ^--:., agnie csLides. On y a depuis établi a Bourse ; l'autre partie du palais Maza- 'in, situce du côté de la rue de Richelieu, ^chut au mu quis de Mancini, et devint 'Hôtel de Ne. ers. On y avait placé la banque du sys.ème de Law; cette banque, ruilée de fjnd en comble, laissait un local vide. L'abbé Bi^^nou, bibliolh'caire, décida e régent à ordonner, en 1721, que la bijtïiëque serait placée a l'hôtel de Ne- - Sans retjrd, on transporta une grande fjaiue des livresque l'on plaça sur des tablettes faites à la hâte.

La possession de cet hôtel éprouva des difficultés qu'on n'aurait jamais pu surmonter sans le crédit de l'abhé Bignon, appuyé de celui du comte de Maurepas : ils parvinrent à obtenir des lettres patentes de 1724, enregistrées au parlement le 16 mai de la même année, par lesquelles le roi affecte à perpétuité cet hôtel au placement de >a bibliothèque.

Il est remarquable que cette bibliothèque fut déposée dans la partie du palais Mazarin où ce cardinal avait eu la sienne.

Ses richesses s'augmentèrent toujours, et avec une rapidité qui ne nous permet plus de les détailler. Je dirai qu'après l'an 1790, époque de la suppression des maisons religieuses, cette immense collection s'accrut d'un grand nombre de livres manuscrits ou imprimés, provenant des bibliothèques de ces maisons supprimées.

Voici quelques notions sur les bâtiments de la bibliothèque royale, sur ses objets curieux, ses divisior^s en différents dépôts, et sur la quantité de volumes im:iri m :^s ou manuscrits qu'elle renferme aujourd'hui.

Quand on a traversé le vestibule, on voit une cour dont la longueur est de oO toises et la largeur de 15 : cette cour est environnée de bâtiments servant à la bibliothèque qui occupe encore d'autres parties de bat ments contigus.

Cette bibliothèque se divisait autrefois en cinq dépôts : les livres imprimés, les médailles et antiques, les gravures et les titres et généalogies. Ce dernier dépôt a été supprimé pendint la révolution.

Les livres im; rimes remplissent le premier étage des bâtiments qui environnent la C3ur dans une- étendue d environ 130 toises; on y monte par un vas'e escalier situé à droite du vestibule; la rampe en fer est plus remarquable par son travail que par la beauté du dessin. Les diverses salles qui composent ce dépôt sont de plain-pied, de la m l-me hauteur, larges de 4 toises, et éclairées par trente-trois grandes croisées.

Parmi de longues et hautes murailles de l.vres, parmi plusieurs objets curieux, on remarque dans la principale galerie un monument appelé le Parnasse français : c'est une composi ion mesquin^' dj sieur Titon du Tillet. On y com,)te seize figures tu uioûze, en y comprenant le cheval Pégase , a peu près autant de génies tenant des m-daiilons; quelques autres médaillons sont suspendus a des branches de

TIISTCIRE DE PARÏ3

dessin de nombreux chanizesTienterr ces im erfections, qui résiillent du

laurier; le tout couvre corfiipément une • sances actuelles, il faudrait faire dan» forme de montagne haute ■ e 3 pieds ' 4 I oures. Les figures en | ied représentent les poètes et les musiciens de France ; ces figure^, qui ont i pied ou 16 ponces de hauteur, sont trop grandes, et la muntagneest Irôppetile. Une de ces figures, dans trois uu quatre enjambées, pourrait facilement franchir la montagne du Parnasse.

On a composé une ample description du Parnasse tre.nçais, ornée de gravures ; Parnasse qui n'est recommandable que par les portraits des hommes de lettres qui y figurent, et qui n'offre d'ailleurs rien qui soit digne d'être remarqué, si ce n'es: que l'auteur a signalé son adulation et sa vanité, en plaçant au faîte de sa l'ietite montagne Apollon sous les traits de Louis XIV, et sa propre figure dans la partie inférieure. Ce Parnasse ridicule, érigea la gloire de Louis XIV et des littérateurs de son règne, a été de nouveau dédié en 1718 à Louis XV.

On a ajouté, depuis, les figures en pied de Rousseau, Crébillon et Voliaire.

Une I ièce qui se trouve en retour d'une d'^s principales salles, pièce s[)écialement de^linee aux livres de géogra[)hie, a son parquet percé de deux ouvertures circuiaiies entourées de balustrades e;! fer. De ces ouvertures sortent les hémi-phères de deux vastes globes dont les pieds en bronze sont posés au rez-de-chaussée ; l'un de ces globe.- est terrestre et l'a itre céleste,

Ce> gltbes furent commencés à Venise par Pierre Goronelli, d'après I ordre du cardinal d'Entrées qui, en 1683, en fit prése. t à Louis XIV auquel il les avait dédiés. Buittrfield, à Paris, fut chargé de faire les deux cercles qui les entourent, le cercle hor.zontal et le cercle méridien, ainsi que les pieds qui les supi^ortent : le tout fut exécuté en bronze. Louis XIV, en 1704, fit [ lacer ces globes dans L-s deux der; lers pavillons du château de Marly : en 1722, on les lit transporter au Louvre dans un lieu humide, d'où on ne les retira qu"i n 4782 pour les placer au lieu où on les voit.

Le diamètre de chacun de ces globes est de 1 1 pieds 11 po ces et environ 6 lignes, ce qui donne une cnconfcrence de âô [)ieds 10 pouces 6 lignes.

C^s deux sphères marquent l'état des conuiiis^ances gLOgraphiqu.s et ast.ononii-

lenr Mak ^

progrès des lumières, ces sphères sont remarquables comme objets de curiosité:

on n'en connaît point d'une aussi grande dimension.

Les manuscrits sont déposés dans cinq pièces, dont quatre de moyenne grandeur. La rinquième est la plus vaste; elle offre l'aticienne galerie du palais Mazarin: elle a 23 toises 2 pieds de longueur; sa largeur est de 3 toises 4 pieds; elle est éclairée par huit croisses. Le plafond, peint à fresque, en 1651, par Romanelli, re;-résente divers sujets de la fable, distribués en compartiments.

Cette p'écieuse collection se compose dun grand nombre de manuscriis orientaux et en diverses langues européennes:

eilese divise en anciens fonds du roi : fonds de Dnpuy, fonds de Béthune, fonds de Brienne, fonds de Gaignières, fonds de , Me.smes, fonds de Colbert, fond-: de Doat, | fonds de Cangé. fonds de Lancelot, fonds de Baluze, fonds de Ducange, etc. Parmi' ces divers fonds se trouve un grand nombre de bulles, circulaires, lettres, ch.irtes, chroniques, etc., relatifs à l'histoire de Fiance.

Le cabinet des estampes et planches gravées, qui ô'cirpe plusieu's pièces de l'entresol du bâtiment, fut commeiscè par la colle, lion de peintures d'objets d'histoire naturelle, de plantes du jardin botanique et d'animaux de la ménagerie dei Blois, dont Gaston, duc d'Orléans, oncle' d Louis XIV, avait fait présent à ce roi. Dep lis, cette collection a été continuée pir les plus habiles artistes de son temps; elle >e compose de 60 volunies in-folio qui fuient, vers l'an 1717, donnés à la bibliothèque.

Puis elle s'enrichit de 264 portefeuillei de l'abbé de Maro les qui avait recueilli des gravures depuis 1470, époque de la naissance de cei art, jusqu'à s( n temps, On y joignit les gravures des évén-ineatî militaires du règne de Louis XIV, de; vues des maisons royales, etc.; les plaoches gravé.s du cabi^.et de Gaigni mvs, di sieur' beringhen, du maréchal d'Uxelles des si 'urs Fesret de Fonte'.le, de Begon de Mariette et de Gaylus, et la collcciioi de ditréientes estampes, faites pour orne

que.^de l éj.oqweoù tlk.-. tu:ent tubrupieis. ' une éd.tion du Dante, de .'an 1481. pour les mettre au niveau des couu..is- i En.ro autres peintures à gouache su

papier, sur vé'in, on remarqtie le ' ortrait du roi J -an, mort en 136t. mnnum'Pt 1*^ plu- ancien de la p in'ure en France : il est pe nt sur toili' coi! -e s ir bom ; il est repré.-sent • en lvi«;teet en proHI. On v voit

SOUS LOUIS -xiv 47

et suitoir pendacl les tlf'^ordres d-^ la Liene, cctli collection , c/ù consista t en antiquités de. ivcrn-s (s; ècs, en méiiailies, en pierreries, et nue les savants du temps, fort exa?"rateurs, plaçaient au

aussi le portrait de l'a-niral de Ooliirny, la ' rang des merveilles du monde fut prespremif're victinje de hi Sainl-Barlhôlémi. I que entièrement dispersée et i illée.

Caùn: el des w édaill 'S étant laues . On y ent'v par un bâtiment de 1* bibliothèque situé rue de CoVbert, ain-i que par |a grjnd' gd<Tie d'i d'pô: des livres imprimés, à i'Xtr mité de laquelle s'ouvre une porte qui forme la co i^municati-^'n. La pièce principale de ce é; ôt est éclairée par huit croisées: îestrureaux >ont ornés de t 'blés de marbie qui soutiennent des m'^daillers oujîrmoi es d'une menuis rie enrichie de don.res. Chaque armoiie offre 200 tiroirs, dans lesquels sont rangées les diff^^rentes suitesdemédaillesdor,d'arg"nt, de bronze, qui com: o<ent cette coU c ion, une des plus riches de l'Eirope. Cette s^^lle est décorée de plusieurs tableaux, de grands mai t tes.

Mais sa plus précieuse décoration consiste dans les médailles rares, et dans plusieurs autres objets d'antiquité conservés dans ce dé ôt.

Avant François I", aucun roi de Fr:.nce n avaii pensé à réunir des médailes antiques. Ce loi en possédait environ vingt en or et une centaine en argent. (]u'il avait fait enc!)àsser d.ins des ouvr.iges d'orfèvrerie comme ornement. Il rassembla encore quelques autre- médailles qu'il plaça dans son garde-meuble ou ailleurs. Le goût des lettres faisant des progrès sous c ■ règne, tout ce qui s'y rapportait obtint faveur; les mé iailles qui servent à fix r des époques de l histoire, à en écl lircir les points obscurs, el souvent à supiiléer à c^-s lacunes, commencèrent à trouver des amateurs zélés. H-nri H, aux m.^duilles de Fran- > 1", joignit celles qu'il avait recueil- . et Celles oui composi.ient la riche ■ct;on que Caih r-ue <ie Médicis, son ise, a^ait apportée e.! France av c les •s fiiiinuscrits de \\ bibliothèque de orence. (>harles LX. accrut encore cette jollecii n. lui destina un l eu par iculier dans le l.ouvre {.our la pla er con\enabler>ent,et fui lé premier qui créa une place spéciale de garde de ces m dailles et antique^. Il ac lut celte ccllecl o de celle du • 1 -b;e G:o-lier, morî en io6o.

Peu aui les troubles qui d -solèrent la b^rancc ^oas ce règ.ie el sous les suivants.

Henri IV essiya de réparer ces pertes.

Il recueillit plusieurs pièces soustraites, fît venir à Paris, en 1608, le sieur do Bagirris pour être le garde de ses médailles et a' tiques, qu'il voulait placer à F nlaineb'eau, près de sa bibliothèque; il fit quelques acquisitions. Bagarris '■econdait les v es de ce roi que la France perdit bientôt après. Alors cette collection, qui commençait à recevoir de la consistance, fut, sous Louis Xllï, roi d'' nec mplète nullité, entièrement abandonnée ; »t Bagarris. mali:ré?os efforts, se vit obligé de cesser ses fonctions de garde, et de se retirer dan-- son pays avec les médaill-^set les pierres gravées qu'il avait ap; Citées.

Louis XIV fit r ssembler toutes les médailles et raretés qui se trouvaient dans les divr-rses maisons royales, y j'ignit cellf^^ qu'avait réunies dans son château de Blois Gaston, duc d'Orléans, son oncle, et. du to;t, composa ce qu'on nommait au Louvrele Cabinet des Antiques. L'abbé Brunî^ai, garde des médailles de Gaston, :e devint de celles du roi. Cet abbé, au mois de novembre 1666, fut assassiné et volé dans le Lo ivre. On ju-;ea, d'après cet événement, que ce [>récieux dépôt n'était pas en sûreté dans ce palais. En 1667, tojt ce qui composait ce cabinet fut transféré à la Bibliothèque royale, alors située rueVivienne. Par lessoiusde Coibert, ce dépôt s'accrut con^dérablement: le sieur Vaillant, c^lèb e antiquai e, envové nir ce ministre en It.Uie, eu Sic. le et en Grèce, revint, au bout de quelques années . chargé d'une riche moisson. Les médailles du roi furent presqu-' augmentées de moitié.

Le succès de ce voyage en fit ordonner un second. Vaillant partit en octobre 1674 pour les côtes d^Vrique : malheureux dans ee te expétiilion, il fut pris par les Alg riens, et fait esclave pendant q latre niOis; il ( our t plusieurs au;res dangers. Apre- avoir o' tenu sa libert", i se vit oblige, pour -auver une vingtaine de médadL'S 1 or. les seules qu il a portait de son voyige, de l-s avaler.

Il lit un troisième voyage en E-;ypte,

en Perse, et en revint

grande quantité de médailles rares. Vaillant n'était pas le seul investigateur des médailles antiques : les sieurs Vansleb, Pétis de La Croix, Antoine Galland, de Nointel, ambassadeur de France à Gonstantinople, et le fameux voyageur Paul Lucas, avaient les mêmes ordres, et concoururent à enrichir le dépôt de plusieurs antiquités et objets d'une grande rareté.

Je ne puis parler ici de nombreuses acquisitions que fit le gouvernement pour ce dépôt, ni de plusieurs dons très considérables dont l'enrichirent divers particuliers et sociétés-, mais je crois ne pas devoir passer sous silence la réunion à ce dépôt de la collection de M. Pèlerin, collection composée de plus de trente mille médailles. Cette réunion s'opéra en 1776.

Dans cette collection de médailles,

chargé d'une des bas-reliefs qui représentent des com

s en trouve qui sont extrêmement rares et faucon.

bats ent; e les Turcs et les Polonais.

Dans un des tiroirs de ce buffet sont les objets précieux trouvés dans un tombeau découvert, en 1653, à Tournay, tombeau que l'on croit être celui de Childé;ic, père de Clovis: cette opinion est contestée. Ces objets consistent en ornements d'or, qui décoraient les vèîements^ les armes du défunt, les harnais de son^. cheval. Le maître, le cheval et un jeune homme qui en prenait soin furent ensemble enterrés dans le même tombeau. Un anneau d'oi-, trouvé dans le même lieu, anneau surlequel ona lu cette inscription: Childirici régis, est la seule autorité favorable à l'opinion de ceux qui assurent que ce tombeau est celui du roi Ghildéric, père de Clovis.

Tous ces objets ont été gravés dans le premier volume des Monuments de la- m 0 n arc h ie fran çaise , ;par 31 o n t-

même uniques. Celle de Marc-Antoine le fils est en or: on n'en connaît que celle-ci et celle du cabinet de Vienne. Il en est d'uniques, telles qu'une médaille restituée de Néron, une de Pescennius Niger, un médaillon grec en argent du même empeieur; une médaille d'or d'Uranius, surnommé Antonin ; une médaille satirique deGallien, où cet empei'eur nonchalant est représenté coiffé en femme; un médaillon en or, représentant Justinien, et qui a [lus de 3 pouces de diamètre ; un autre d'Alexandre, tyran en Afrique; un troisième de l'empereur Romulus.

On compte environ 80,000 médailles décrites et la plupart gravées dans l'oavrage de M. Mionnet.

D'autres tiroirs du même buffet contiennent diverses antiquités précieuses, telles que plusieurs chaînes d'or, une agrafe antique du même métal et quelques autres pièces. On y remarque une patère d'or, trouvée, en mars 1774, dans la ville de Rennes. Elle a 9 pouces 3 lignes de diamètre, et pèse 5 marcs 5 onces et quelques grains: au centre de la patère est un bas-relief représentant un défi entre Hercule et Bacehus, à qui boira le plus. Le limbs est orné de seize couronnes ou encadrements, où sont enchâssées au-, tant de médailles antiques en or. Dans lei premier volume, page 223, des Monuments antiques inédits àQ A. L. Millin, on trouve une ample description et unei

Cette magnilique collection, fruit de j gravure de cette patère, de son bas-relief

tant de recherches, de voyages lointains et de déi enses, qui était un objet d'admiration pour tous les connaisseurs, français et étrangers, fut, dans la nuit du 5 au 6 novembre 1831, enlevée en partie, dénaturée et réduite en lingots par Fossard, forçat évadé du bagne de Brest, et Drouillet, forçat gracié.

Au milieu de la salle se trouve un grand et magnifique buffet, chargé de plusieurs objets précieux, notamment d'un vase en ivoire, en forme de calice, fait d'une seule ; c'est a après dent d't léjihant, monté et doublé en ver- j meil et enrichi de pierres de diverses cou- i leurs. Ce vase a\ec son couvercle a 18 pouces de haut sur 6 de large. On y voit \

Paris. — Typ. Lacoi

et des seize médailles qui l'entourent

On voit dans ce dépôt deux disques enî argent, (jui ont à peu près un même poids, ' un même diamètre : les savants du règne de Louis XIV, et notamment Spon, out nommé ces disques des boucliers votifs.

Le plus curieux, à cause de son bas-relief, fut, en 16o6, trouvé dans le Rhône près d'Avi>;non: il a 26 pouces de diamètre, ef pèse 42 marcs ; il représente , suivaii! M. Spon, la continence de Scipion; el cette explication qu'on l'c nommé le bouclier de Scipion ; Winkelnaann y voit Briséis rendue à Achille L'opinion énoncée par ce savant a élé de montrée par A. L. Millin, dans le premie

B, rue Souff.'ot, 18.

sous LOUIS XIV

Monuments

volume, pace 99, de ses antiques inédits (1).

L'aulre disque, trouvé, en 1714, par un laboureur du Dauphiné, est honoré parles savants du nom de bouclier d'Annibal. Au centre est un lion sous un palmier ; de ce centre partent des rayons ciselés qui sYlarij;is'ent en s'approcha nt de la circonférence. Il a 27 pouces de diamètre et pèse 43 rnarcs. Les membres de

l'Académie des inscriptions jugèrent qu'il était un ouvrage carthaginois. Je ne s'jurais ni approuver ci contredire leur décision (t).

Je n'entreprendrai point de décrire, Di m'me d'indiquer toutes les richesses de ce dépôt. Je dirai seulement qu'il s'est enrichi de la coUectior. des antiques du marquis de Caylus, collection placée dans un étage supérieur; et que, depuis la ré-

Le P

Royal.

voluiion. ou y a transféré les antiquités coriltnu.s dans le trésor de la Sainle-Chapei.Mia Palais de Paris, antiquités dont lau p-artie le célèbre camée en a°ate-ouvx, représentant iapothéose d'Auguste." li D existait dans aucun c^ibinet de'l'Europe de camée d'une aussi grande dimension:

sa longueur est d'environ 1 pied, su largeur, de 1 0 pouces. Brisé au 7 mars 1618,

U) La gravure de ce disque se voit dans IV OCLAUHfi

il fut repa.e, cL en ISIO, enLno par des voleurs ; on parvint a le recouvrer quelques mois après (2j.

On y a tran-^fere aussi ies antiquités du trésor de labbave dy Saint-Denis où entre autres pièces précieuses, on d'i.Mngue un vase en agate orientale, entoure

(1) roysrleiome IX, pag. 154, des Mé tnoxres de l Académie des /;*^cri>f.ofw , où ce disque es: décrit et gravé.

1,2 Voyez tome 11 , 'S:i'n!3.Cuuy:iU du Palaù^ p. :i23.

de bas-reliefs représentant tous les objets nécessaires et les symboles relatifs au culte de Bacchus. Ce vase inestimable a été gravé dans VHistoire de Vabbmje de Saint- Denis, dans les Antiquités de MontfaiiCGn , et dans le premier volume de la présente histoire.

On y voit aussi le prétendu fauteuil du roi Dagoberl, provenu de Saint-Denis; la table "isiaque , décrite et gravée au tome VII duRecueil d'antiquités, de Caylus; l'armure de François I^r, tirée du gardemeuble; un manuscrit égyptien sur du papyrus, et une infinité d'autres objets rares et précieux, dont l'énumération pas^ serait de beaucoup les bornes que je me suis prescrites.

N'oublions pas de dire que, pendant les désordres et les besoins de la révolution, ce dépôt, qui renferme tant de richesses métalliques, a été constamment respecté.

Si, comme il est probable, l'accroissement successif du nombre des livres de la bibliothèque royale peut donner la mesure des divers degrés qu'ont parcourus, dans leur marche ascendante, les lumières et la civilisation, on pourra avec exactitude marquer les pas plus ou moins rapides de cette marche , leurs époques et leurs rapports respectifs dans le résumé suivant.

Sous leroiJean, au quatorzième siècle, cette bibliothèque se composait seulement de huit à dix volumes.

Sous Charles V, son successeur, le nombre de livres s'éleva à 910 volumes;

Sous François 1er, èi 1 ^890 ;

SousLouis'XIII,à 16,746;

En 1648, sous Louis XIV, le nombre de ces livres, sans y comprendre les manuscrits de Brienne et de Mézerai, ni celui de- divers recueils d'estsmpeset decartes, s'élevait à 50,542.

Avant la révolution, on évaluait le nombre des livres imprimés, non compris une grande quantité de pièces, détachées contenues dans les portefeuilles, à environ 200,000.

Aujourd'hui le nombre des imprimés s'élève à environ 400,000.

Celui des manuscrits à environ 80,000.

Dans le dépôt des estampes et gravures on compte 4 ou 5 cent mille pièces renfermées dans plus de 20 mille portefeuilles.

Dans le dépôt d'antiquités, plus de 80 mille médailles.

Ainsi, d'après cette méthode, l'état des

lumières, sous le règne de Jean, différerait de leur état présent, comme le nombre 10 diffère de 480,000.

Cette précieuse et immense collection s'accroît continuellement; et, malgré la vaste étendue des salles qui lui sont destinées, la place mauque; plusieurs livres sont à terre. Le nombre des volumes envoyés annuellement à cette bibliothèque se monte à neuf mille environ, six mille nationaux et trois mille étrangers. Si cet état de prospérité se soutient, dans cinquante ans la masse de ces richesses sera doublée, et, au lieu de quatre cent mille, on en comptera plus de huit cent mille.

La Bibliothèque royale n'était, avant la révolution, ouverte que deux jours de la semaine, les mardis et les vendredis, depuis neuf heures du matin jusqu'à midi ; aujourd'hui, elle est ouverte tous les jours, depuis dix heures du matin jusqu'à deux heures après midi, excepté les dimanches et fêtes, et le temps des vacances qui compte depuis le l^f septembre jusqu'au 13 octobre.

On y fait des cours de langues orientales et d'archéologie.

Bibliothèque des Avocats. Elle était

située dans une des salles de l'Archevêché, île de la Cité. Un célèbre avocat consultant, Etienne Gabriau, sieur de Riparfond, lé£ '.a en 1704 sa bibliothèque à ses confrères, -^-t ajouta des fonds pour son entretien. On la plaça dans une galerie du bâtiment de l'avant-cour de l'Archevêché. Le 6 mai 1708, l'ouverture de cette bibliothèque se fit avec solennité.

Les fonds légués n'étant pas suffisants, ., un arrêt du parlement du 31 août 1722 j augmenta d'un cinquième la somme de 1 vingt livres qui se payait à la réception | des avocats et procureurs, et attribua cette 1 augmentation à l'entretien de cette bibliO' « thèque.

Un jour de chaque semaine, huit ou neuf avocats s'y rassemblaient, et y donnaient des consultations gratuites aux pauvres.

Tous les quinze jours, il s'y tenait des conférences sur des matières de jurisprudence.

Cette bibliothèque était décorée des portraits de plusieurs avocats célèbres et de celui du fondateur. Le public y était ad-> mis tous les mardis et vendredis après midi.

sous Lons XIV

Sî

La bibliothèque des avocats fut, pendant la révolution, réunie à celle de la ville : mais elle n'en fait plus partie maintenant. Elle est située au Palais de Justice.

Manufacture des Gobelins, ou Manufacture royale des tapisseries de la Couronne, située rue Moutfetard, n^ 270, presque à l'extrémité méridionale de cette rue.

Dès le quatorzième siècle, dans le faubourg Saint-Marcel, et sur la rivière de Bièvre, dont l'eau était, disait-on. très propre à la teinture, il existait des drapiers et teinturiers en laine. Un de ces teinturieràii nommé Jean Gobelin, y demeurait en 1450: il s'était enrichi, et avait feit de grandes acquisitions sur les bords de cette liviere. Philibert, son fils, et Denise Lebret, son épouse, continuèrent la profession de leur père, accrurent sa fortune, et laissèrent des biens considérables à leurs enfants ; biens dont le partage fut fait en 1510, et qui Goosistaient en dix maisons, jardins, prés, terres, etc. Leurssucc^seurs travaillèrent avec le même succès, et donnèrent de la célébrité au nom de Gobelin, que le public appliqua au q lartier oii se trouvait leur établissement, et même ii la rivière de Bièvre qui le traversait.

La famille des Gobelins, devenue fort riche, renonça à la teinture, et occupa divers emplois dans la magistrature, dans les finances et dans le militaire; et quelques-uns parvinrent à obtenir l'insignifiante qualification de marquis (I).

Aux Gobelins succédèrent les sieurs Canaye, qui ne se bornèrent pas à teindre

(1) Le nom de Gobelin appartient à la mythologie gauloise, et s'applique à un démon, un lutin ou esprit follet, qui apparaissait dans les lenips où l'on croyait plus qu'on ne savait. Il était é\-idemment un sobriquet donné à la famille dont il est question , famille qui crut acheter de la considération en achetant des emplois et de la noblesse. Dès 1544, on trouve un Jacques Gobelin, correcteur des comptes, puis un Balthazar Gdbelin, trésorier de l'épargne, dont la fille Ciauda épousa en 1594 Raiinond Phelippeaux^ président au parlement; enfin, Antoine Ciobeliu, marquis de Brinvilljers, qui épousa en 1651 Marie-Marguerite d'Aubrai, fille du lieutenant civil de Paris- fameuse par ses débauches, ses empoisonne-

les laines en écarlate, mais qui coinmc.tcèrent, à ce qu'il paraît, à fabriquer des tapisseries de haute lice. Les Canaye furent. ver>ran 1655, remplacés dans cetfe fabrique par un Hollandais ai)pelé Gluck, et par un ouvrier appelé Jean Liansen, qui excellait sur tous les autres. La beauté des ouvrages qui sortaient de cette fabrique attira l'attention de Colbert : il i-'solut, pour la perfectionner, de la mettre sous la protection spéciale du roi, et de l'employer uniquement à son service. A cet effet il acheta, en 1662.' toutes les maisons et jardins qui forment aujourd'hui le vaste emplacement des Gobelins, et y fit construire des ateliers et des bâtiments considérables pour les logement? de? plus habiles artistes qu'il y at'tira. Ce ministre fit, en 1667, rendre un édit qui procura un étal stable à cet établisseme:-t. dont le célèbre Lebrun, premier peintre du roi, eut la direction.

Colbert avait établi dans les bâtiments de cette manufacture plusieurs ouvriers de diverses espèces, des bijoutiers, dés horlogers, etc. ; mais, le défaut de calcul et la conduite déréglée de Louis XIV ayant nécessité des économies, on fut réduit', en 1690, à retirer les fonds destines a l'entretien de la manufacture et à con^c-dier les ouvriers (1.

Les bâtiments de cette manufuciure n'ont rien d remarquable : ils paraissent avoir été construits sans plan, à diverses époques, et ajoutés les uns aux autres selon la nécessité.

Plusieurs salles ou galeries sont ornées de quelques figures en plâtre, de tableaux et de tapisseries anciennes et modernes: En 1819, on y remarquait la Mort d'E" tienne de Marcel, sujet exécute i'après le tableau du sieur Barthélemi ; plusieurs scènes delà Partie de chasse de Henri IV, des portraits de Louis XVI et dé Louis XVIII.

Les ateliers, qui sont au nombre dé quatre, offrent des tapisseries sur le métier et des parties de tableaux commencés.

L'artiste, placé devant son canevas, tourne le dos a son modèle, et y porte de

ments, et qui fut condamnée à être brûlée après avoir eu la tête tranchée, le 6 juillet 1676. (Voyez Tableau ffioral.]

(1) Sfémoires cU Dangeav , par Lémontey,

temps en temps les yeux, pour comparer la teinte des fils k celle des parties du tableau qu'il copie. En 1819, on travaillait à traduire en tapisserie plusieurs peintures d'un grand mérite : tel était le tableau représentant le Martyre de saint Etienne, vaste et belle composition d'un sujet pénible à voir : il a fallu construire exprès, pour cet ouvrage, un métier d\me grandeur extraordinaire. On travaillait aussi à celui de Phèdre et Hippolyte, par M. Guérin, un des tableaux les plus remarquables de l'école moderne. Il est difficile d'imaginer comment l'art d'imiter le pinceau avec des fils de laine pourrait être porté à un plus haut degré de perfection.

Outre une école de dessin, destinée aux ouvriers, il se fait chaque année, dans cette manufacture, un cours de chimie appliquée à la teinture.

Le public est admis dans les salles et ateliers de cette manufacture, tous les samedis après deux heures.

Manufacture des Glaces, située rue de Reuilly, n. 24, quartier des Quinze- "Vingts, au faubourg Saint-Antoine. La France était tributaire de Venise, d'où elle tirait toutesses glaces, lorsque Eustache Grandmont et Jean-Antoine d'Autonneuil obtinrent, le 1" août 1654, le privilège de fabriquer des glaces et miroirs à Paris. Ce privilège, dont la durée était de dix ans, fut, le 29 mars '1640, concédé, par ceux qui en jouissaient, à Raphaël de LaPlanche, trésorier général des bâtiments du roi. Cette entreprise, qui n'était qu'une spéculation financière, languissait. En 1666, Colbert donna à cette manufacture ^ une consistance qu'elle n'avait jamais eue, l'érigea en manufacture royale, et fit construire les vastes bâtiments qu'elle occupe dans la rue de Reuilly.

En 1688, Lucas de Néhon inventa la manière de couler les grandes glaces : leur coulage s'exécute à Saint-Gobain , d'où on les envoie brutes à Paris. Là, on leur donne le poli et le tain ; on est parvenu à y polir des pièces de i 0 à 1 2 pieds de hauteur.

Cette manufacture, dont les procédés sont très curieux, occupe environ 800 ouvriers.

Aqueducs, Fontaines et Pompes.

J'ai parlé de trois aqueducs destinés à embellir les fontaines publiques et particulières de Paris, de l'aqueduc du pré

Saint-Gervais et de celui de Belleville, dont les eaux alimentaient, dans la partie septentrionale de cette ville, dix-huit fontaines publiques. J'ai parlé de la pompe de la Samaritaine; enfin, j'ai fait m.ention de la construction de l'aqueduc d'Arcueil, qui conduit les eaux de Rungis au Chàteau-d'Eau situé près de l'Observatoire, et alimente les fontaines des jardin et palais du Luxembourg, et plusieurs autres distribuées dans les quartiers Saint-Jacques, Saint-Michel, Saint-Victor, et dans le faubourg Saint-Germain.

Ces trois aqueducs et cette pompe ne pouvaient plus suffire à alimenter les fontaines existantes; elles tarissaient de tou- • tes part^ par les vices de l'administration. , On faisait des générosités aux dépens des ! habitants; on détournait l'eau des fontai- i nés publiques pour en gratifier des fontaines particulières; l'administration des eaux de Paris était l'image du gourvernement de la France.

Depuis l'an 1634, l'usage s'était établi de gratifier de 4 lignes d'eau chaque prévôt des marchands et chaque échevin qui sortaient décharge. Ces générosités renouvelées faisaient tarir les fontaines. Alors l'administration, toujours imprévoyante, attendait que le mal fût à son comble pour y appliquer le remède; elle révoquait la plupart des concessions faites à des particuliers, remède souvent employé, mais qui n'empêchait pas le retour du mal. On recommençait à faire de nouvelles concessions, et même on établissait fastueuse- i ment de nouvelles fontaines, sans s'embarrasser si elles pourraient être alimentées. On était dans une grande pénurie d'eau, lorsqu'on construisit la fontaine de la place du Palais-Royal.

L'épuisement presque total des fontai- , nés obligea le prévôt des marchands, au 18 août 1^660, à réduire quelques concessions d'eau, et à en supprimer plusieurs autres : mais cette conduite n'était qu'une feinte; car, le même jour où ce magistrat ordonna ces réductions et suppressions, il créa dix nouvelles concessions qui excédèrent le pioduit de celles qu'il venait de réduire ou de supprimer.

Cependant, par le résultat des recherches faites, en 1651, aux environs du village de Rungis, on était parvenu à procurer à l'aqueduc d'Arcueil un accroissement de 24 pouces d'eau. Cet accroissement fut nomoié les nouvelles eaux d'Ar-

cueil. Chaque particulier puissant vint alors solliciter une part à cette nouvelle proie ; et les fontaines publiques n'en fu

sous Lonis XIV

20,000 livres. Le 27 f-'vrier proposition-; furent adoptées.

ces

V peii)e ce marché fut-il conclu, qu'un

ou regards

rent pas plus abondantes. Leur aridité autre méranicien, nommé Jacques Déextrême détermina un arrêt du conseil, du 6 novembre 1600, qui révoqua, sans exception, toutes les concessions que le bureau de la ville avait faites des eaux de Rungis. du pré Saint-Gervais et de Belleville, et ordonna la suppression des tuyaux particuliers à ces concessions.

Au 22 mai 1609, on procéda à une nouvelle distribution des eaux de Paris, et voici l'état qui en fut alors arrêté :

Les eaux de Rungis fournissaient, lors de leur abondance, 21 pouces 49 lignes (1 1 et alimentaient 15 fontaines publics, et 88 concessions.

Celles de Belleville, dont le volume total pouvait s'élever à 8 pouces, se divisaient en deux parties : l'une alimentait neuf fontaines ou regards ; l'autre, qui était de 5 pouces 48 lignes, se partageait entre 36 concessionnaires.

Les eaux du pré Saint-Gervais, dont le volume le plus considérable était de 1 0 pouces, fournissaient à 11 fontaines et k 28 concessions.

Enfin, il existait 34 réservoirs qui recevaient 13 pouces et 127 lignes d'eau, et alimentaient 152 concessions qui en consommaient 10 pouces 6 lignes.

Les fontaines de Paris se trouvaient dans c*?t état languissant, lorsqu'on imagina un nouveau moven de les alimenter.

Pompe du Pont Notre-Dame, contiguë à ce pont, et placée au milieu de sa longueur, du côté d'aval. Daniel JoUy, chargé de la direction de la pompe dite la Samaritaine, proposa, en 1669, d'établir au pont Notre-Dame une machine semblable.

Il se chargea d'élever 30 à 40 pouces d'eau de la rivière, pour la somme de

il) Comment se faisait-il que l'aqueduc d'Arcueil qui, dans son origine en 1624, devait conduire :i Paris plus de .30 pouces d'eau, qui en 1651, par suite de nouvelles recherches, reçut un accroissement de 24 pouces, ne produisait plus en 1669 que 21 pouces 49 lignes? Il faut expliquer cette différence par les abus de 1 administration, ou par le défaut d'entretien de l'aqueduc, et surtout par l'éboulement des carrières sur lesquelles C2t aqueduc était fondé. (Voyez ci-dessus Aqueduc d'Arcueil, )

mance, présenta le projet d'une seconde machine, composée de huit corpsde pompe, qu'il devait placer au-de-^sous du même pont Notre-Dame. Il promettait d'élever 50 pouces d'eau au 15 avril suivant, et demandait 40,000 livres. Le 21 mars 1670, ces propositions furent admises :

Demance remplit avec exactitude tous ses engagements.

Daniel Jolly, en 1671 , termina son mécanisme, qui n'éleva que 25 à 30 pouces d'eau. Par l'eiTet de ces deux machines hydrauliques, le volume des eaux de Paris fut augmenté de 80 pouces, et Paris y gagna plusieurs fontaines.

Un arrêt du conseil d'Etat, du 22 avril avril 1671, ordonna qu'il serait établi des conduites nouvelles pour la distribution de ces eaux, qu'une fontaine serait établie au faubourg Saint-Marcel, une autre au faubourg Saint-Victor; que la fontaine située près de l'église des Carmes serait transférée dans la" pince Maubert; qu'on en construirait une sur la place du Palais- Royal, une autre au-dessus de l'église Saint-Roch, et une troisième dans la rue de Richelieu : toutes alimentées par les eaux de Sa Majesté ; que les eaux provenant des sources du Pré-Saint-Gervais fourniraient à deux nouvelles fontaines établies, l'une aux Petits-Carreaux et l'aiitre contre le mur des Petits-Pères, rue du Mail ; que celles que fournissent les pompes du pont Notre-Dame seraient distribuées à de nouvelles fontaines placées au carrefour (de Buci) hors la porte Dauphine: au petit marché du faubourg Saint-Germain; au carrefour de la Charité (Tue Taranne; à la Croix-Rouge, dans le même faubourg; sur la place du collège des Quatre-Nations ; sur la place Dauphine ; sur la place de la Bastille; au bas de la rue Saint-Martin, à la pointe de la rue d'Arnetal.

Cet arrêt n'eut pas une entière exécution : quelques-unes de ces dispositions furent changées, et, au lieu de quinze fontaines nouvelles, il n'en fut établi que neuf. Celle qui devait être placée près de l'église de Saint-Roch le fut près des Capucins; on n'en plaça point au carrefour de la Croix-Rouge; la fontaine destinée a la place du collège des Quatre-Nations

fut établie sur le quai Conti, où une bouche d'eau, fort simple, ce fournit de l'eau que pendant quelques années.

Voici celles de ces fontaines qui méritent d'être mentionnées.

Fontaine de Saint-Michel , située sur la place de ce nom et à l'extrémité supérieure de la rue de la Harpe. Elle fut construite, en 1682, sur les dessins de Bullet, à l'endroit où était la porte de la ville, nommée de Saint-Michel. Elle présente une vaste niche, accompagnée de deux colonnes doriques, qui supportent un entablement et un fronton.

Fontaine des Cordeliers, située rue de ce nom, entre la rue du Paon et le passage du Commerce : elle fut bâtie, en 1672, à l'endroit où se trouvait l'ancienne porte de Paris, et feconstniite en 1682 et en 1717. Quoiqu'elle ait été supprimée en 1806, lors de la construction de la fontaine placée dans la même rue, en face de l'Ecole de Médecine, elle n'est pas entièrement tarie.

Fontaine des Capucins, aujourd'hui de CaSTIglione, rue Saint-Honoré, presque en face de la place Vendôme.

Fontaine d'Amour, située butte Saiut- Roch, au coin de la rue des Moineaux et de celle des jîoulins.

Fontaine de Sainte-Avoye, rue de ce nom, construite en 1682. '^

Fontaine de Richelieu, au coin de la rue Traversière.

Fontaine des Petits-Pères, rue de ce nom.

Fontaine de l'Echaudé, rue de ce nom, au Marais.

Fontaine de la Charité, rue Taranne.

Fontaine de Saint-Séverin, au coin de la rue de ce nom et de la rue de Saint- Jacques, construite eu 168b*, et réparée depuis à plusieurs reprises.

Fontaine de la place du Palais- Royal. Elle était isolée au centre de cette place; et, suivant un plan manuscrit des quartiers du Louvre et du Palais- Royal, son bassin avait la forme quadrangulaire. Construite en^^^ertu de l'arrêt de 4671, elle fut sans doute détruite en 1719, lorsque le duc d'Orléans, régent, fit bâtir le Chàteau-d'Eau, situé en face du Palais- Royal.

Fontaine d'Alexandre ou de La- BROSSE, située au coin des rues de Seine et de Saint- Victor :^ elle doit ce premier

de paris

nom à une vieille tour à laquelle elle est adossée, tour dépendante de l'ancienne abbaye de Saint-Victor. Un vase énorme, orné de guirlandes, est la principale dè- CGraiionde cette fontaine, bâtie en 1686.

Pendant qu'on augmentait le nombre des fontaines, la quantité d'eau qui devait les alimenter allait toujours dimi- i nuant. Les machines hydrauliques du f pont Notre-Dame ne donnaient plus que ]■ de faibles produits ; il fallut, en 1678, y faire plusieurs réparations.

Dans cet état de disette, une compagnie proposa, en 1689, d'établir de nouvelles machines au-dessous du pont de la Tournelle et au-dessous du Pont-Royal. Une seule de ces machines projetées fut, en < , 1693, construite au-dessous de la pre- i m.ière arche du pont de la Tournelle, du côté de l'île Saint-Louis : elle n'eut aucun succès; on la démolit en 1707.

En 1700, Servais Rennequin, célèbre mécanicien, reconstruisit une des machines hydrauliques du pont Notre-Dame; mais il ne fut pas plus heureux que ses prédécesseurs. Toutes ces machines, établies, réparées, ne donnaient que des produits incertains et peu durables. L'intérêt particulier essayait ce que le gouvernement aurait du, aurait pu faire beaucoup mieux.

L'eau manquait de toutes parts, et le gouvernement ne cessait de faire des concessions d'eau; plus il était pauvre, plus il se montrait hbéral : les fontaines existantes ne pouvaient plus être alimentées, et on en faisait construire de nouvelles. Voici la notice de quelques-unes qui furent établies dans les dernières années du règne de Louis XIV.

Fontaine de Louis le Grand ou d'Antin, située à l'extrémité de la rue Neuve-Saint-Augustin et au coin des rues de la Michodière et du Port-Mahon : elle est ornée d'architecture, et la pre-mière pierre en fut posée le 20 mai 1 707, d'après l'autorisation du contrôleur général Chamiliart.

Fontaine Desmarets ou de Montmo- RENci, située rue .yiontmartre, entre les n03 166 et 168. Elle fut établie, en 1713, par l'effet d'une concession cjue le contrôleur général Desmarets fit à la ville, et portable nom de ce financier.

Fontaine Saint-Martin, située rue de ce nom, au coin de la rue du Vert-Bois. Les religieux de Saint-Martin propose-

sous LC rent de cëder à la ville l'emphicemeiit de cette fontaine, à condiliuii qu'il leur serait accordé douze lignes d'eau. L'accord t rminé, la fontaine fui construite en 1712.

Fontaine de Garencière, située rue de Garencière. Anne Palatine de Bavière, propriétaire du Petit-Luxembourg, et qui, à ce titre, jouK-^it d'un demi-pouce d'eau d'Arcueil, demanda que le volume de cette concession fût augmenté, en offrant de construire à ses frais une fontaine publique qui serait alimentée de toute l'eau qui excéderait les besoins de son hôtel et des bâtiments qui en dépendaient. Les magistrats de la ville, qui ne savaient rien refuser aux princesses, accordèrent cette demande. Celle-ci ne fit pas de grands frais pour l'établissement de cette fontaine, qui cei endant fut considtrrée comme un bienfait, célébré par une inscription en lettres d'or sur marbre noir. Pendant la révolution, on effaça de ce marbre les qualifications de cette princesse ; en 1818, on y substitua un marbre blanc, et on rétablit l'inscription dans son intégrité. Pendant près d'un siècle, cette fontaine, privée d'eau, fut inutile au public : elle n'a cessé d'être stérile qu'en 1806.

Pont-Royal, qui communique des quais du Louvre et das Tuileries aux quais d'Orsay et de Voltaire. J'ai parlé du bac qui ser^ail à la communication du Pré-aux-Clercs aux Tuileries, et du Pont- Barhier'qui fut, en 1632, substitué à ce bac (I). Ce pont, qui n'était qu'en bois, tprès avoir été souvent endommagé, fut, le 20 février 1640, entièrement emporte par les glaces. Louis XIV ordonna qu'il serait reconstruit en pierres et à ses dépens. Les premières fondations furent posées le 25 octobre 1685. Mansard et Gabriel fournirent les dessins de cette construction, mais l'inspection et la con duite en furent confiées à frère François Romain, moine de l'ordre de Saint-Dominique, qui parvint, par son talent, à surmonter- divers obstacles que les localités opposaient à son exécution : il fut fonde sur pilotis avec enrochements.

Ce pont fut nommé Pont-Royal, soit parce qu'il aboutissait à une maison royale, ou parce que le roi en fit les frais

(Ij Voyez, ci-ùessus, Pont-Barbier.

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qui s'olevèrent à la somme de 7*2, 17!

livres i ! sous.

11 est boidé de trottoirs : il se compose de cinq arches à plein rintre, dont le diamètre moyen, est de 22 mètres; sa largeur, entre les tètes, est de 17, et sa longueur totale, entre les culées, de \ 28 mètres.

Pont de Grammont, qui communique du quai des Célestinsà l'île Louviers. La ville de Paris qui. en 1671, avait pris cette île à bail judiciaire, dans le dessein d'en faire un port pour la décharge des marchandises, fit, quelques années aprè^^ construire un pont pour y communiquer.

Ce pont, qui tombait de vétusté, exigeait de grandes et fréquentes réparations. En 1823, les marchands de bois, locataires de l'île, obtinrent la permission de le démolir, à la charge par eux d'en faire reconstruire un autre, à leurs frais, sur le même emplacement. Les travaux furent terminés dans l'espace de quelques mois. La charpente de ce nouveau pont, plus simple que l'ancienne, présente, en général, beaucoup de solidité: j'en excepte cependant les poutres qui servent de piles, dont les proportions un peu faibles ne s'accordent guère avec l'ensemble. Ce pont, comme l'ancien, est composé da cinq travées, chacune de S mètres 34 centimètres; sa largeur est de 10 mètres et sa longueur de 41 mètres 70 centimètres.

Il était plus étroit dans sonoriç?ine. En 1636, il fat élargi.

Cafés. En 1669. Sohmau Aga, ambassadeur de la Porte auprès de Louis XIV, introduisit l'usage du café à Paris. Quelques années après, un nommé Pascal, Arménien, établit un café à la foire Saint- Germain. Le temps de la foire écoulé, il transporta son établissenient au quai de l'Ecole, et attira un concours assez considérable d'amateurs. Il eut un suc(.:ès que ne purent obtenir ceux qui le remplacèrent. La mode du café commençait à passer, lorsqu'un Sicilien nomme François Procope la remit en \igueur. A l'exemple de Pa-scal, il s'établit d'abord à la foire Saint-Germain, orna magnifiquement sa boutique, attira beaucoup de monde par la bonne quaUté du. café qu'il servait; puis, vers l'an 1689, il tixa sa demeure et ouvrit son café dans la rue dt.s Fosses- Saint-Germain, en face uu théâtre de ia Comédie-Française. Ce voisinage y attira plusieurs auteurs Jramatiques et autres

devint le plus célèbre

gens de lettres café de Paris.

Cependant les succès de Procope firent naître plusieurs établissements de ce genre. Le café de la Régence, situé sur la place du Palais-Royal, obtint une grande célébrité, surtout à cause des joueurs d'échecs qui le fréquentaient.

Ces établissements se multiplièrent, et, sous le règne de Louis XV, on en comptait plus de six cents à Paris. On fait aujourd'hui monter ce nombre à près de trois mille.

Quoique plus élégamment décorés, plus commodes et plus agréables, si l'on en excepte un petit nombre, ils sont moins fréquentés qu'autrefois ; et les gens de lettres ne s'y rendent plus pour y juger les nouveaux ouvrages de littérature.

Spectacles. La scène française, protégée par le cardinal de Richelieu, avait déjà, sous le règne précédent, fait de grands et rapides progrès; la tragédie, illustrée par Rotrou, et surtout par Corneille, atteignait, à quelques égards, ou était près d'atteindre les limites de la perfection; mais, sortie récemment de la barbarie, elle en conservait encore plusieurs taches. Le goût n'avait pas suivi la marche rapide du génie.

ISlolière tira la scène comique de l'état d'obscurité et d'abjection où elle avait toujours croupi avant lui. Aux grossières boutfonneries, aux farces licencieuses succéda la vraie comédie, soumise à des règles certaines, la comédie à caractère ; dans la composition de quelques pièces, il paya son tribut au mauvais goût de son temps; mais, dans \çs, Femmes savantes, l'Avare, Tartufe^ le Misanthrope, il surpassa de beaucoup tous les auteurs dramatiques qui l'avaient précédé; il n'a pas par ceux qui l'ont suivi.

Paris, sous le règne de Louis XIV, eut plusieurs théâtres : ceux de l'hôtel de Bourgogne, du Palais-Royal, du Petit- Bourbon, de la rue Guénégaud et de l'Opéra; mais ces théâtres ne servirent qu'à trois espèces de spectacles : les Français, les Italiens et l'Opéra.

On va voir quels événements ils éprouvèrent.

Théâtre ue i/Hôtel de Bourgogne, situé rue Mauconseil, et dont j'ai parlé dans les périodes précédentes. 11 fut, pendant ce règne, occupé par diverses trou-

encore été surpasse, ni même égalé

pes de comédiens. Les confrères de la Passion conservaient toujours sur ce théâtre leur prééminence et leurs anciens droits, dont l'exercice était une source de querelle entre eux et les comédiens. Un édit de décembre 1676, enregistré au parlement le 4 février 1677, "mit fin à ces tracasseries; il supprima la confrérie de la Passion, et unit ses revenus à l'Hôpitalgénéral, pour être employés à la nourriture et à l'entretien des enfants trouvés.

Ainsi fut anéantie, pour ne plus renaître, cette antique confrérie de comédiens, dont le théâtre, berceau de la scène française, établi en 1 402, sous le règne de C.harles VI, dans l'hôpital de la Trinité, fut, en 1545, transféré dans l'hôtel do Flandre, puis dans une partie des bâtiments de Thôtel de Bourgogne, où les confrères de la Passion furent remplacés par une troupe de comédiens appelés les Énfants-sans-Souci, et dont le chef portait le titre de Prince des Sots.

A cette troupe de baladins succédèrent, dans l'hôtel de Bourgogne, des comédiens italiens que !e cardinal Mazarin, vers l'an 1669, fit venir à Paris.

D'après les pièces contenues dans l'ouvrage intitulé Théâtre italien, publié par Ghérardi, on peut juger de la nature de ce spectacle, où figuraient toujours les mêmes personnages : Scaramouche, Ar4equin, le Docteur, Isabelle, Colombine, Pantalon. Mézetin, etc. (1). Ces pièces, quoique fort gaies, ne méritaient que le titre de farce.

Dans cette troupe italienne, deux ac-; leurs se firent une réputation distinguée : Tiberio Fiorelli, surnommé Scaramouche, et Dominique, qui remplissait les rôles d'Arlequin.

Scaramouche, arrivé à Paris, fut présenté à Louis XIV; dès qu'il fut en présence du jeune prince, il laissa tomber son manteau, et parut en costume de son personnage, avec son chien, son perroquet et sa guitare. Alors s'accompagnant de cet instrument, il chanta deux couplets italiens, où son perroquet et son chien, qu'il avait dressés, firent leur partie.

Cet étrange concert plut beaucoup au roi qui conserva pour Scaramouche une

(1) Le Scaramouche devait être Xapolilain, le Pantalon Véniùen; le Docteur Bolonois; l'Arlequin, ainsi que le àMézetin, devaient être nés dans la Lonibardie.

sous LOUIS XIV

sorte d'affection. Cet acteur devint à la mode; son portrait gravé, son buste exécuté en marbre, se voyaient dans plusieurs salons. Ce comédien italien était très immoral. Angelo Constantini, qui jouait le personnaiie de Mézetin dans la même troupe, a écrit sa vie, et tout en louant ses talents, son oriainalité, il crut sans doute faire aussi son apologie en rapportant plusieurs escroqueries de son confrère,

dont quelques-unes l'avaient mené aux galères. Il mourut le 8 décembre 16S5 (1).

On lit dans les Mémoires de Dangeau, au 27 février 168:; : . On nous apprit la « mort de S'-irnmoache. le meilleur co- « médien qui .lit jamais été. Il jouait sans « masque, et, quoiqu'il eût plus de quatre- « vingts ans, il était encore fort bon ac- « teur (î). »

L'arlequin Dominique, plus grave, plus

Vase et c-oupe du xrie siècle.

instruit et plus considéré des gens de bie^i, excellait dans ses rôles. Au théâtre et sous son masque, il brillait par des traits d'esprit, de naturel, d'originalité, et par une gaîté qu'il communiquait facilement aux spectateurs. Hors du théâtre, il était un autre homme : il se montrait sérieux, pensif et même mélancolique : c^tte alteruative de caractère a été remarquée dans presque toutes les personnes qui font profession d'amus;r les autres.

Il avait l'esprit vif, le jugement sain, et il exerça souvent ces deux facultés avec

succès. Afin de déterminer ?anteul, son ami, à composer une inscription latine pour son théâtre, inscription qu'il craignait ne pouvoir obtenir de ce poêle fantasque, il se rendit dans sa communauté, vêtu en habit de caractère et recouvert d'un manteau. Il frappe à la porte de la chambre du poète, quitte son manteau, prend son masque, son petit chapeau et sa petite

(l) Vie de Scaramouche, chap. 24 ; 1095. (2i Elirait des Mémoires de Daiigeiu, par madame de Sartory, tom. I, pag. 15.

épée de hois, puis il entre et se met a cou- ] rir sans rien dire d'un bout de la chambre j à l'autre, en faisant des postares plaisan- j tes. « Santeul, étonné d'abord, ensrute ré- « joui de ce qu'il voyait, entra dans la « plaisanterie, et courut lui-même dans « tous les cdns de sa chambre comme « Arlequin, et puis ils se regardaient tous « deux, faisant chacun des grimaces pour « se payer de la même monnaie. La scène «ayant'^duré un peu de temps, Arlequin « leva son masque, et ils s'embrassèrent « tous les deux avec les ah î ah ! de deux « amis qui se revoient après une longue « absence-. » Santeul fit les vers ou l'inscription derr.andée (1).

Les Italiens jouaient des pièces françaises; les comédiens nationaux prétendirentqu'ils n'en avaient pas le droit. Le roi voulut être le juge de ce différend. Baron, célèbre acteur dés comédiens français, se présenta pour défendre leur prétention, et Dominique vint pour soutenir celle des Italiens. Après le plaidoyer de Baron, Dominique dit au roi : « — Sire, comment parlerai-je ? — Parie comme tu voudras, répondit le roi. Il n'en faut pas davantage, dit Dominique, j'ai gagné ma cause. » On assure que cette décision, quoique obtenue par subtilité, eut son effet, et que depuis les comédiens italiens jouèrent des pièces françaises (2).

Ces comédiens conservaient encore le cynisme des spectacles du temps passé ; leurs pièces, outre des indécences, intéressaient les spectateurs par des portraits malins, facilement applicables à des personnes puissantes. On ne les joue pas impunément. Les Italiens étaient sur le point de donner au public une pièce intit-ulée la Fausse Prude; la dame de Maintenon se crut désignée sous ce titre, et la disgrâce ' des comédiens fut résolue. Au mois de mai 1 697, un ordre du roi fit fermer leur théâtre, les scellés furent apposés sur toutes ses portes. Ces comédiens se présentèrent devant le monarque pour lui faire des représentations. Il leur répondit : « Vous ne devez pas vous plaindre de ce que le

(1) ArUquiniana^ pag. 5 et 6.

(2) Dans les Mémoires de Dangeau, on lit 1 50US le 2 août 1688 : Arlequin est mort

- aujourd'hui à Paris; on dit qu'il laisse 300 mille livres de biens. On lui a donné tous ses sacrements^ parce qu'il a promis de neplus monter sur le théâtre.

DE PAI^lS

cardinal Mazarin vous a fait quitter votfè pays ; vous vîntes en France i^i pied, et maintenant vous y avez gagné assez de bien pour vous en retourner en carrosse. » Les Italiens ne purent répliquer ; ils se retirèrent dans leur pays. Peu de temps après la mort de Louis XIV-, le régent fit venir une nouvelle troupe d'Italiens, qui, comme la précédente, occupa l'hôtel de Bourgogne.

Ce théâtre ne servait pas seulement aux Italiens: des comédiens français y jouaient alternativement. Le théâtre du Marais ayant été fermé et démoli en 1673, lesacteursde la troupe qui l'avait occupé, dont plusieurs étaient distingués par leurs talents, et qui jouaient avec succès les tragédies de Corneille, se réunirent en partie aux comédiens français de l'hôtel de Bourgogne.

En i 680, la troupe française de ce théâtre fut, par lettres du roi, réunie à celle de l'hôtel de Guénégaud.

Théâtre du Petit-Bourbon, placé dans l'hôtel qui avait appartenu au connétable de Bourbon, hôtel situé près du Louvre, du côté de Saint-Germainl'Auxerrois, démoli en grande partie en 1525, et dont il ne restait que la chapelle et une vaste galerie. Dans cette galerie on avait dressé un théâtre où la cour donnait des fêtes, des ballets, où les princes et Louis XIV lui-même dans sa jeunesse venaient danser publiquement.

Ce théâtre fut, en 1658, accordé à la troupe de Molière, comme je le dirai dans l'article suivant. Elle n'y resta pas longtemps : en 1660, pour agrandir la place ; du Louvre et construire sa façade, on démolit la galerie de l'hôtel du Petit-Bourbon.

Troupe de Molière. Le cardinal de Richelieu, en établissant deux théâtres dans son hôtel, en protégeant les acteurs, avait mis la comédie en honneur. Des jeunes gens de Paris, doués de ^quelques talents, à la tête desquels était Molière, entreprirent de former une troupe de comédiens ambulants. Ils firent, en '1650, dresser un théâtre dans le jeu de paume de la Croix-Blanche, rue de Bussy, faubourg Saint-Germain. Ils lui donnèrent le titre de Théâtre illustre. Après y avoir joué pendant^trois ans, cette troupe parcourut les provinces, et revint à Paris en

Sur un théâtre dressé au Louvre, dans

la salle des gardes, Molière et sa troupe I dtbutèrent le 2i octobre de cette année, I en présence de Louis XïV, par Nicomède et les Docteurs amoureux.

Le roi, satisfait des acteurs, leur accorda l'hôtel du Petit-Bourbon dont je viens de parler, où le 3 novembre suivant ils débutèrent par XÈtowrdi et le Dé^it amou- "reiiuC .

Eu 1660, l'hôtel du Petit-Bourbon devant être démoli, la troupe de Molière fut placée au théâtre du Palais-Royal.

Théâtre DU Palais-Royal" On a vu que le cardinal de Richelieu fit construire deux théâtres dans son palais : l'un était destine à une société choisie, et l'autre, plus vaste, avait le public pour spectateur. Sous Louis XIV, ce dernier théâtre fut, en 1660, accordé à Molière et à sa ;rou;^e. qui y débutèrent le 5 novembre de cette même année.

Louis XIV, après ce bienfait, gratifia Molière d'une pension de six mille livres, et voulut qu'il fiit le chef de sa troupe. Molière remontra au roi qu'il aimait mieux être l'ami de ses camarades que de risquer, en devenant leur supérieur, de les avoir pour ennemis. La pension fut donnée à la troupe entière, qui reçut le titre de troupe royale.

Ce théâtre, déjà illustré par les productions immortelles des Corneille, des Racine, r^ Molière, et même par les talents alor^ \tra ordinaires des acteurs Montfleuri, Lenoir de la Torillière, la Tuillerie, Ba- ; on, etc., se soutint avec un éclat toujours croissant jusqu'à la mort de Molière, arrivée le 17 février 1673. Sur ce théâtre fut joû'- le Tartufe, la meilleure pièce de ce célèbre comique. Ses premières représentations excitèrent beaucoup de rumeur parmi la classe des dévots. Après y avoir assiste. Louis XIV s'étonnait de ce qu'on s'en plaignait si fort, tandis qu'on ne disait rien contre une farce nommée Scaramov.che ermite, que jouaient les Italiens, farce fort licencieuse. On dit que le prince de Condé répondit : « Sire, les comédiens italiens n'ont offensé que Dieu, et les comédiens français offensent les dévots. « Après la mort de Molière, ce théâtre fut destiné au spectacle appelé opéra, dont je parlerai bientôt.

Théâtre de l'hôtel de Guénégaud.

La troupe royale, par cette mort et par la nouvelle destination du théâtre du Palais- Royal, fut affligée, déconcertée, et réduite

sous LOUIS XIV 8#

à chercher, dans différents quartiers de Paris, un lieu convenable à son spectacle. On voit qu'en novembre de la même année t673, elle jouait dans un local de la rue Mazarine, et sans doute dans le jeu de paume du Bel air, où l'Opéra avait pris naissance. C'est là que, le 3 juillet 1673, fut donnée la première représentation du Comédien "poete., pièce de Montfleuri et de Thomas Corneille.

Bientôt après la troupe royale éleva un théâtre dans le voisinage, rue Guén^'^gaud, dans l'hôtel de ce nom, et y débuta par la tragédie de Phèdre et par le Médecin malgré lui.

Lorsqu'en 1674 on s'occupa de l'agrégation du collège de Mazarin aux collèges de l'Université, les docteurs de Sorbonne exigèrent, comme condition préliminaire, que le théâtre de la rue Guénégaud fut transféré ailleurs. Voici ce que je trouve à ce sujet dans un ouvrage du temps : « Les « comédiens marchandèrent des places « dans cinq ou six endroits : partout où « ils alloient c'étoit merveille d'entendre « comme les curés cri oient. Le curé de « Saint-Germain-l'Auxerrois obtint qu'ils « ne seroient point à l'hôtel de Sourdis, « parce que, de leur théâtre, on auroit en- « tendu les orgues de l'église, et de 1'' gUse « on auroit parfaitement bien entendu les ' violons. Le curé de Saint- André- des- Ars, « ayant su qu'ils songeoient à s'établir rue « de Savoie, vint trouver le roi, et lui repréf seuta qu'il n'y avoit bientôt plus dans « sa paroisse que des aubergistes et des « coquetiers, et que si les comédiens ve- « noient, son église seroit déserte.

« Les grands augustins présentèrent « aussi leur requête, maié on prétend que « les comédiens dirent à Sa Majesté que « ces mêmes augustins, qui ne vouloient « point de leur voisinage, étoient fort as- « sidus spectateurs de la comédie, qu'ils « avoient offert de vendre à la troupe des « maisons qui leur appartenoient dans la « rue d'Anjou, pour y bâtir un théâtre, « et que le marché se seroit conclu si le ce lieu avoit été commode. L'alarme fut « grande dans tout le quartier, et les co- « médiens eurent défense de bâtir dans « la rue de Savoie... Si on continue à les K traiter comme on fait, écrivait Boileau « à Racine, il faudra qu'ils aillent s'éta- « blir entre la Villette et la porte Saint- « Martin : encore ne sais-je s'ils n'auront « point sur les bras le curé de Saint-Laa

« rent. Racine lui répondit : Ce seroit un « digne théâtre pour les œuvres de Pra- « don (1). »

Malgré ces plaintes et ce concert de réprobations, la troupe royale se maintint dans l'hôtel de Guénégaud ; et le roi, par ses lettres du 22 octobre 1680, réunit à cette troupe les comédiens français de l'hôtel de Bourgogne. L'année suivante, un règlement fixa le sort de ces acteurs.

La troupe, par cette réunion, devenue nombreuse, chercha un emplacement plus spacieux que celui de l'hôtel Guénégaud : elle acheta, dans la rue des Petits-Champs, l'hôtel de Lussan et une maison voisine ; mais le roi annula cette acquisition, et autorisa, par arrêt de son conseil du 4 er mars '1 688, les comédiens français à s'établir dans le jeu de paume de l'Etoile, rue des Fossés-Saint-Germaiu. Ils y firent construire une salle sur les dessins de François d'Orbay, ainsi qu'une maison contiguë, dont ils avaient aussi acquis l'emplacement. Cette troupe, sous le titre de comédiens ordinaires du roi, resta dans cette salle jusqu'au temps de Pâques 1770, époque où l'insuffisance et le peu de solidité de son bâtiment l'obligèrent à quitter ce lieu pour aller jouer sur le théâtre du palais des Tuileries, en attendant qu'une saBe nouvelle leur fût construite.

Paris vit, pendant ce règne, se former plusieurs troupes de comédiens, telle que celle de mademoiselle de Montpensier, qui, en 1661, vint s'établir rue des Quatre-Vents, faubourg Saint-Germain; et qui, après y avoir joué pendant quelques mois, fut obligée d'aller amuser la province.

Une troupe de comédiens espagnols, amenée par Marie-Thérèse d'Autriche, jouait concurremment avec les Italiens sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, et n'y faisait pas fortune; cette troupe fut obligée, en 1672, de retourner en Espagne.

En 1662, le roi accorda au sieur Raisin, organiste à Troyes, la permission de jouer la comédie à la foire Saint-Germain, et de prendre le titre de troupe du Dau« phin. Raisin étant mort en 1664, sa veuve maintint son spectacle, et Baron fit partie

(1) Galerie de l'ancienne Cour ou Mémoires et Anecdotes ronr servir à l'histoire des règnes de Louis XIV et Louis XV, t. II, p. ^390 «t suiv.

de ses acteurs. Mais, Molière ayant obtenu im ordre du roi qui obligeait Baron à se réunir à la troupe royalc,"celle de la Raisin tomba en décadence.

Théâtre des Machines, situé au château des Tuileries. Louis XIV, voulant remplacer le théâtre du Petit-Bourbon, qu'on venait de démolir pour élever la façade du Louvre, décida que dans la partie septentrionale du château des Tuileries serait construite une salle de spectacle, destinée aux représentations des ballets et des comédies. En 1662, Vigaranl, machiniste du roi, fut chargé de faire exécuter sur ses dessins cette salle qui servit peu à l'usage auquel on l'avait consacrée. Louis XIV avait alors renoncé à danser dans des ballets.

Sous le règne de Louis XV, cette salle fut mise à la disposition de Jean Servandoni, le plus ingénieux décorateur, le plus habile architecte de son temps. Il y donna, vers l'an 1730, des spectacles de décorations et de pantomime. La descente d'Enée aux Enfers, la F or H enchantée, tirée du Tasse, la représentation de Saint-Pierre de Rome, les Travaux d'Ulysse, etc., furent les scènes qu'il offrit aux yeux des Parisiens étonnés.

En 1770, les comédiens français jouèrent sur le théâtre des Tuileries pendant l'espace de- douze ans, comme je le dirai dans la suite (1).

Opéra ou Académie royale de musique. Ce fastueux spectacle a souvent ' changé de place.

La reine Anne d'Autriche aimait passionnément les spectacles : même pendant le deuil du roi son époux, elle y assistait, cachée derrière une de ses dames. Le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois fit tout ce qu'il put pour lui persuader que le plaisir qu'elle y prenait était un péché; mais les docteurs et les prélats de cour, moins rigides, parvinrent facilement à lui prouver le contraire. Mazarin, qui commençait sa fortune, sentant le besoin de flatter les goûts de cette princesse, fit venir en 1645, à grands frais, d'Italie, une troupe de musiciens de cette nation : cette troupe débuta en cette ville sur le théâtre du Petit- Bourbon, par la Festa Teatrale et la Finta Pazza. En 1647, le même cardinal appela d'Italie une autre troupe qui

(1) Voyez ci-dessus, article Thi'ûtre-Fran-

sous LOUIS XIV

représenta Orphée et Eurydice, la tragédie à' Andromède, et, aux noces de Louis XIV, YErcole Oinante, etc.

Les trouble? de la Fronde firent cesser les opéras et disparaître les chanteurs italiens; mais le gnùt de ces spectacles était resté. Labbé Pierre Perrin, les maîtres de la musique de la reine, Lambert et Cambert, conçurent le projet de donner des opéras français : ils hasardèrent la représentation d'une pastorale, qui, en 1659, fut jouée à Issi ; le roi y assista, et la pièce obtint son suffrage. Elle fut jouée de nouveau à Vincennes, où les auteurs reçurent du cardinal Mazarin plusieurs encouragements. Ariane était annoncée; elle devait paraître avec éclat : mais cette pièce ne fut pas jouée. La mort du cardinal Mazarin, protecteur de l'Opéra, en fut la cause, et déconcerta les trois entrepreneurs sans les décourager. Ce spectacle fut suspendu ; mais, après un intervalle de quelques années, il reparut avec plus de succès.

L'abbé Perrin parvint à obtenir, en juin 1669, le privilège d'établir des opéras a Pariset dans les auïres villes du royaume. Il composa avec ses associes la pièce de Pomone, qui, longtemps répétée dans la grande salle de l'hôtel de Nevers, fut enfin jouée, au mois de mars 1671, dans le jeu de paume du Bel air, rue Mazarine, vis-à-vis celle de Gaénégaud.

Les trois entrepreneurs, manquant de machiniste, s'étaient associé le marquis de Sourdeac, renommé par quelques connaissances en ce genre. Comme ce marquis avait fait plusieurs avances de fonds, il s'empara, pour se récupérer, de toute la recette produite par l'opéra de Pomone.

Grands débats entre l'abbé et le marquis. Le musicien Jean-Baptiste Lulli, surintendant de la musique de la chambre du roi, ce Florentin dont La Fontaine a peint le caractère rapace, profita de cette altercation pour solliciter le privilège accordé à l'abbé Perrin. Il réussit; et Louis XIV, par ses lettres patentes du mois de mars Î672, permit à ce musicien « d'établir, « y est-il dit, une Académie royale de « musique dans notre bonne ville de Pa- « ris... pour y faire des représentations « devant nous, quand il nous plaira, des « pièces de musique qui seront composées « tant en vers françois qu'autres langues « étrangères... pour en jouir sa vie du- « ra.nle... et, pour le dédommager des

grands frais qu'il conviendra faire pour lesdites représentations, tant à cause des théâtres, machines, décorations, habits, qu'autres choses nécessaires, nous lui permettons de donner au public toutes les pièces qu'il aura composées, même celles qui auront été représentées devant nous..., faisant très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, même aux officiers de notre maison, d'y entrer sans payer, comme aussi de faire chanter aucune pièce entière en musique, soit en vers françois ou autres langues, sans la permission par écrit du sieur Lulli, à peine de dix mille livres d'amende et confiscation des théâtres, machines, décorations, habits et autres choses... et, d'autant que nous l'érigeons sur le pied de celles des académies d'Itaiie où les gentilshommes chantent publiquement en musique sans déroger, voulons et nous plaist que tous gentilshommes et damoiselles puissent "chanter auxdites pièces et représentations de notredite Académie royale, sans que pour ce ils soient censés déroger audit titre de noblesse et à leurs prniléges. » Par ces lettres, le roi révoque et annule le privilège qu'il avait accordé au sieur Perrin (Ij.

Lulli établit d'abord son théâtre au jeu de pajme du Bel air, près de la rue de Guenegaud, et en fit l'ouverture par les Fêtes ^de l Amour et de Bacchus, spectacle où l'on vit danser plusieurs seigneurs de la cour.

Après la mort de Molière, arrivée le 17 février 1673, le roi donna le théâtre du Palais-Royal, qu'occupait la troupe de ce célèbre comique, à l'Académie royale de musique; elle y est restée longtemps. La sallede ce spectacle, brûlée le 6 avril 1763, fut reconstruite et ouverte au public le 26 janvier 1770. Brùlee une seconde fois, le 8 juin 1781, elle fut reconstruite ailleurs.

Je terminerai cet article par quelques notions qui feront sentir les progrès de la scène française, et les changements qu'elle a éprouvés depuis Louis XIV.

Autrefois, aucune femme ne figurait sur le théâtre; et, lorsqu'il arrivait qu'un personnage féminin fut nécessaire à la

(1) Histoire de Paris, par Félibien -, preuves, t. IV, p. 226.

pièce, il était joné par im homme déguisé. Une actrice du théâtre du Marais, appelée de Beaupré, est une des premières qui aient monté sur la scène. On lui attribue le discours suivant : « M. de Corneille « nous a fait grand tort : nous avions ci- « devant, pourtroisécus, des pièces de théâ- « tre que l'on nous faisoit dans une nuit : « on y étoit accoutumé, et nous gagnions « beaucoup. Présentement les pièces de « M. de Corneille nous coûtent bien de « rargent, et nous gagnons peu de chose. « Il est vrai que ces vieilles pièces étoient « misérables; mais les comédiens étoient « excellents, et ils les faisoient valoir par « la représentation (i). »

Aucune femme n'avait encore paru sur le théâtre de l'Opéra avant 1681 ; mais en cette année, dans le ballet du Triomphe de l'Amour^ l'on vit pour la première fois des danseuses : ces emplois étaient auparavant remplis par des hommes déguisés en femmes.

Avant Molière, chaque place au parterre ne coûtait que dix sous. On prétend que cet auteur, voyant le succès extraordinaire de sa comédie des Précieuses ridicules, haussa le prix de ces places, et les porta à quinze sous. Boileau a dit :

Un clerc pour quinze sous, sans craindre le holà, Peut aller au parterre attaquer Attila.

Les acteurs, dans la tragédie, étaient vêtus de l'habit français, portaient une écharpe en ceinture, et avaient la tète embarrassée dans la volumineuse perruque du temps. Ainsi les héros de la Grèce et de Rome figuraient, sur la scène, habillés en gentilshommes de la cour de Louis XIV. On ne connaît que Montdori, chef de la troupe du Marais, qui ne voulut point porter de perruque, et qui joua les rôles de héros en cheveux courts et crépus. La demoiselle Petitde Beauchamp, célèbre actrice du théâtre du Palais-Royal, joua le rôle de Rodogune avec un habit magnifique à la romaine, dont le cardinal de Richelieu lui fit présent (2). On ne peut citer que ces seules transgressions à la routine générale.

Dans les farces italiennes, les acteurs figuraient constamment avec l'habit de leur caractère, habit qu'ils ne changeaient point.

(1) Segresiana^ p. 156.

(2) Variétés historiques, t. I, p. 528,575.

A l'Opéra, les costumes étaient d'imagination, et ne ressemblaient à ceux d'aucun temps, d'aucune nation : les héros, les bergers, les rois, les dieux figuraient ornés de guirlandes de fleurs: et, ce qui était plus ridicule, tous portaient des paniers comme les femnaes d'alors.

Les hommes de la cour se plaçaient ordinairement sur le théâtre même et sur des bancs posés aux deux côtés et au fond de la scène; ce qui détruisait toute illusion.

On lit dans les Mémoires de Dangeau qu'en décembre 1691 il s'éleva une "dispute entre M. de Bouillon, grand chambellan, et les premiers gentilshommes de la chambre, à cause d'un banc que ceuxci avaient fa^it mettre sur le théâtre : le grand chambellan prétendait avoir droit de s'y placer (1).

Au mois d'août 1693, Dancourt fît jouer sa comédie de VOpéra de village. Le marquis de Sablé, après un ample dîner où le vin n'avait pas manqué, assista à cette représentation, et se plaça sur le théâtre, comme le faisaient les gens de* qualité; entendant un couplet de cette pièce où se trouvaient ces mots : les vignes et les prés seront sablés; et, se croyant insulté, il se lève furieux, s'avance au milieu du théâtre , et donne un soufflet à Dancourt (2).

Les femmes de la cour faisaient porter des fauteuils ou des chaises dans la salle qui était disposée en gradins. Sauvai, en parlant du théâtre du Palais-Royal, dit qu'il est « le plus commode et le mieux « entendu de tous, quoiqu'il ne consiste « qu'en 27 degrés et deux rangées de lo- « ges. . . Les degrés n'ont que 4 à 5 pouces « de haut... Les spectateurs du 27e degré ■ ne sont poin t au-dessus des acteurs (1 ). »

L'existence de ces degrés ou gradins expHque l'étrange attitude que prit la reine Christine de Suède au spectacle de Paris. Cette princesse « étant un jour à la « comédie avec la reine Anne, mère de « Louis XIV , elle s'y tint dans une pos- « ture si indécente qu'elle avoit les pieds « plus hauts que la tête; ce qui faisoit « entrevoir ce que doit cacher la femme la « moins modeste. La reine-mère dit à plu- « sieurs dames qu'elle avoit été tentée

(1) Mémoires de Dangeau, par Lémontey, pag. 69.

(2) Bibliothèque des Théâtres, pag. 235.

« trois ou quatre fois de lui donner un « soufflet, et qu'elle l'auioit fait si ce « nVùt pas été en lieu public. Mademoi- « selle (de Montpensier) , qui ne l'aimoit « pas, parce que cette reine des Goths. « disoit-elle, n'avoit pas jugé à propos de « lui rendre la visite qu'elle lui avoit faite, t dit aussi qu'elle la trouva un jour à la « comédie, habillée en homme, à l'excep- « tion de la jupe, uu chapeau sur la tête, « et les jambes en l'air, crpisées l'une sur « l'autre, assise dans un fauteuil au mit lieu ^e la salle de spectacle (2). »

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