V. Etat physique de Paris
Pendant ce règne , outre les nouveaux établissements dont j'ai parlé' dans les sections piA^cédentes, il s'opéra dans cette ville de nombreux et utiles changements dont je vais donner uu aperçu rapide.
Les fossés, les murailles, les tours de Paris étaient, au commencement de ce règne, dans un état de dégradation qui les rendait inutiles. Le prévôt des marchands obtint du roi des lettres patentes, du 7 juillet 1646, qui accordèrent à la ville ces anciennes fortifications, pour y établir des rues et construire des maisons"^. On commença par démolir les murailles et combler les fossés du côté de l'Université; mais les événements politiques suspendirent ces travaux, et le roi dans la suite s'appropria ces emplacements.
Au mois de mai 1659, le roi vendit les terres vagues de l'ancien fossé de la porte de Ne^e, fossé fort large, surtout à l'endroit où il débouchait dans la rivière. Sur ce fossé et sur une partie de l'hôtel de Neîle fut élevé, en 1661 , le collège Mazarin, aujourd'hui Palais des Sciences et des Arts.
Boulevards et accroissement de l'enceinte septentrionale. Dans les premiers mois de l'année 1670, on travailla au grand mur du rempart de la porte Saint-Antoine, et l'on entreprit de planter d'arbres le boulevard qui s'étend depuis la porte Saint- Antoine jusqu'à la rue des Filles-du-Galvaire. Ce boulevard, qu'on nommait le Cours, fut revêtu de murs dans toute sa longueur, qui est de 600 toises.
Par arrêt du 7 juin 1670, la continua-
(1) Antiquités de la ville de P"-,» r.-^r <-.,ival, tom. lil. pag. 47.
État pnrsiQrE 63
tion du boulevard fut autori.<;ée depuis la rue du Calvaire jusqu'à la porte Saint- Martin.
En 1671, on abattit la vieille porte Saint- Denis, pour établir l'arc de triomphe dont j'ai parlé , et pour continuer le boulevard depuis h ntiie Saint-Denis jusqu'à la porte Saint-llonoré.
Le mur du rempart et les plantations d'arbres, sur les boulevards, étaient poussés jusqu'à la porte Poi.ssonnière, dite Sainte-Anne : et, pour l'exécution de ces projets, ou avait démoli l'ancienne porte du Temple, lorsque le roi, par arrêt de son conseil du 4 novembre 1684, ordonna la reconstruction de cette porte au-delà du rempart, et, par un autre arrêt du 7 avril 168o, fit enlever les terres, aplanir les buttes, et continuer le remj'art et le cours plantés jusqu'à la rue Saint-Honoré.
Cette nouvelle enceinte de la partie septentrionale de Paris s'étendait plus avant dans les faubourgs, et comprenait \\n espace plus vaste que celle qui, en 1631, fut établie par le sieur Barbier.
Le rempart de Louis XIII s'élevait dans le quartier Saint-Martin , sur l'emplacement des rues Meslai et Sainte-Apolline : on retendit jusqu'au point où est aujourd'hui le boulevard Saint-Martin.
Ce rempart de Louis XIIl aboutissait ensuite à la rue Montmartre, entre la fontaine de cette rue et la rue des Jeûneurs, ou plutôt des Jeux-Neufs, presque en face de la rie Xeuve-Saint-Marc; il fut porte jusqu'à l'emplacement actuel du boulevard Montmartre.
Le mur de ce rempart s'étendait ensuite jusqu'à la rue de Richelieu, près de l'endroit où vient y aboutir la rue Feydeau : on le transféra' à une distance d'environ 70 toises, sur le boulevard actuellement nommé des Italiens. De la, le boulevard s'étendit jusqu'à l'entrée de la rue Royale, où était la nouvelle porte Saint-Honoré.
Ces données suffisent pour faire connaître l'accroissement opéré sous LouisXIV et la ditîérence entre l'enceinte de ce roi et celle de son prédécesseur.
Boulevards du midi. Pendant qu'on bâtissait et plantait des remparts du côté du nord, on comblait les fossés, et on démolissait les portes de l'ancienne enceinte du côté du midi.
En 170i. les boulevards du nord étant plantés et ter;ninés jusqu'à la rue Saint-
Honoré, le roi, par arrêt du 18 octobre de cette année, ordonna que de pareils boulevards seraient plantés autour de la partie méridionale de Paris; mais cet ordre fut exécuté lentement ; car ces boulevards, appelés boulevards neufs, ne furent entièrement achevés qu'en 1761.
On ne se borna pas, sous le règne de Louis XIV. à emfeellir les parties extérieures de Paris. On s'occupa des communications intérieures, encore fort étroites et tortueuses : en certains lieux le sol fut aplani; plusieurs buttes ou m^onticules factices, élevés au-delà des anciens murs de Paris, furent rasés.
Butte Saint-Roch, située entre la rue Sainte- Anne et l'église de Saint-Roch , à peu près au carrefour formé par la rencontre des rues des Moineaux, des Orties et des Moulins. Cette butte, si l'on en juge par les anciens plans de Paris, formait un groupe de deux ou trois monticules plus ou moins élevés, à la cime desquels étaient, au moins, deux moulins à vent. J'ai parlé au commencement de cet ouvrage de la formation factice de cette butte (1).
Les anciens plans lui donnent une hauteur considérable ; et un rimeur du temps la décrit de cette manière :
Dieu \ous garde de malenconlre, Gentille butte «e Saint-Roch, ' Montagne dt célèbre estoc,
Comn;e votre croupe le montre; Oui, vous arrivez jusqu'aux cieux, Et tous les gèan» seraient dieux S'ils eussent mieux appris la carte.
Et mis dans leur rébellion Celle butte-ci sur Montmartre, Au lieu d'Ossa sur Pélion (2).
Quatre particuliers, pour tirer parti de son emplacement, entreprirent d'aplanir cette butte; ils en obtinrent l'autorisation par arrêt du conseil du 1 5 septembre 1 6 67. Ils achetèrent de l'abbé de Saint-Victor le terrain qu'il possédait en ce quartier; et , sur un plan peu régulier, où ils paraissaient s'être plus occupés de leurs intérêts que du soin d'embellir ce quartier, ils ouvrirent douze rues, dont la plupart existaient déjà comme chemins, y firent construire des maisons, des hôtels, et n'achevèrent leurs travaux qu'en 1 677.
Ce quartier était autrefois appelé Gail-
(1) Article Causes des Inégalités du sol.
(2) Epigrammes sur quelques choses qui sf^ sont passées à Paris, etc. — Tableau de la Vir. et Gouvernement des cardinaux Richelieu et Musarin, et de Coibert, pag. 240.
pAni». — Typ. Lacoui
Ion, à cause d'un hôtel ainsi nommé, situé sur une partie de l'emplacement de l'église Sainl-Pvoch. Il existait une j cite de ville, appelée porte Gaillon, qui fut démolie en 1760. Une rue qui aboutissait de l'emplacement de l'hôtel Gaillon à celui de la porte de ce nom. , conserve encore la même dénomination. Par l'aplanissement de la butte Saint-Roch, le quartier Gail- i Ion, qui n'offrait que des granges , des ' jardins et des terrains en culture, fut couvert de maisons, et procura à la ville de Paris un vaste accroissement. On chercha en même temps à faciliter les communications. en construisant de nouveaux
quais.
en élargissant les rues existantes.
Rues nouvelles ou élargies. La plupart des rues de Paris étaient alors si étroites qu'une \oiture ne pouvait y pénétrer. Blondtjl, qui présidait aux embellissements de cette ville, fit ouvrir et élargir plusieurs rues, dont voici l'énumération :
La rue de la Ferronnerie. Elle fut, en 1671, considérablement élargie; et le rang de maisons situé du côté du midi fut reculé et reconstruit. Dans cette rue, auparavant'fort étroite, le vendredi 14 mai 1610, Henri IV fut assassiné au milieu de ses courtisans , dans son carrosse , longtemps arrêté par un embarras de voitures. Un propriétaire, après l'élargissement de cette rue, plaça sur la façade de sa maison le buste de ce roi , et fit graver audessous le distique suivant :
Henrici magni recréât prœsoitia cives, Qiios un œterno fœdere junxit amor. '
Ce buste et cette inscription s'y voient encore.
La rue de Savoie fut ouverte, en 1 672, sur l'emplacement de l'hôtel de Savoie vendu et démoli en cette année. L'hôtel de Luynes, situé dans le voisinage, fut dans le même temps démoli, et, sur une partie de son emplacement , on éleva plusieurs des maisons qui bordent le quai des Augustins.
La rue des Arcis, située en face et dans la direction du pont Notre-Dame, fut très élargie en 1670, et devrait l être davantage.
La rue de la Verrerie fut élargie en
En 1672, ]i}5 portes Dauphme, Buci ^i de Saint-Germain furent démolies, et leurs fossés comblés.
n. rue SoufOi^t. t3.
ÉTAT PHTSIQnj
Furent ensuite élargies, en 1672. les rues Galande, de la Vieille- Draperie, des Mathurins, des Noyers.
La rue de l' HOpital-Saint-Louis, qui coDduit à rhôpital de ce nom, fut ouverte en 1673.
La rv.e du> Pas-de-îa-Mide, qui ne s'étendait pas au-delà de la rue des Touroelles, fut, en celte année, prolongée jusqu'aux boule\ards.
La rue des Fosses-Satnt-Vtctor était impraticable aux voitures par la ntideur de sa montée : en 168o, M. de Fourcy, prévôt des marchands, entreprit d'eu adoucir la pente; il fit combler les fossés de la ville, enlever une grande quantité de terre sut* la hauteur"; et cette rue, quoique toujours montueuse, n'e>t pas inaccessible aux voitures.
Dins les cours des maisons qui sont à
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gciuche, en descendant, en voit encore des restes de l'ancienne muraille de Paris ; et, dans celles des maisons qui sont à droite! ou voit, par la hauteur de leur sol, con;bien de terrain il a fallu remuer pour parvenir à diminuer la rudesse de la pente dans ce côté de la rue où plusieurs portes sont devenues fenêtres.
La rue de la Monnaie, au nord du Pont-Neuf, fut, en 1692. continuée jusqu'à la rue des Prouvaires. On fit. à travers plusieurs maisons, une trouée dont la longueur formi^ celte partie de la même JV DULAuaa
j rue qui porte le nom du Roule, à cause d'un fief ainsi nommé, situe dans le voisinage.
En 1703, il fut ordonné que la rue Neuve Saint- Augustin serait continuée depuis la rue Neuve-Saint-Roch ou de Gaillon jusqu'à onze toises du mur de clôture des Capucines : que 'à serait formée en retour une autre rue, appelée de Louis-:e-Graad, qui, commençant à la rue Neavedes-Petits-Champs, s étendrait jusqu'au rempart, près la barrière de Gaillon.
Le 18 octobre 1704, le roi ordonna que