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« rent c:ouvernées par le srand-maitre des « chevaliers du Temple.' En 1155, il les ' emplova à bâtir leur temple dans le « Fleet-Street. La maçonnerie resta so\i$ ^ la pro!ection des Templiers jusqu'à l'an- • née 1199 (1). . Ainsi, entre les Templiers et les francs-maçons, il aurait existé une liaison ancienne et constante ; et, cela ttant, je présume que si, au cominencemenl du quatorzième siècle, on eùl fait eQ
Intérienr de l'église Saint-Se vérin.
une
Angleterre, contre les francs-maçons, orocédure pareille à celle qu'on fit .„ rrance contre les Templiers, peut-être au- *ait-on obtenu des résultats semblables.
Les erreurs et les vices du temps passé me sortent à le croire (1).
remple faiî', se composa e i
• 1) L'ordre des chevalijrs Ju iit-on. be.ii;cou-j de bie:i. Il çenéral d'hoîiimcs tenant un ranjg disiingaé, oit dans l'Etat, soit dans les scie.uc.:s, les •ittres et les arts ; aussi ai-jc de la peine à omprendre pourviuoi, daiis cette association mmemmeat phi!osopî:i(|iic, on trouT« des
GoLisÉE, édifice et jardin, destiné à il6« danses, à dés chants, à des spect-icles et; des fêtes. Il était situé à l'extrémité occi-
(1) Cérémonies religieuses de Bernard Pi card. tome X. page 385 -, édition de 1890. — Acta l.ilomjn.iT:,. tome I,. page 5.
tilrcs ta.>rueux, ùcs [ r^iuves d'un orgueil nobiliaire 4ui semblrîn: coi;tr.iires à la vraie morale oi à la bicafaisancc. Dan» le Aljituil det Tenipllirs, pages 190 et suivante.-», l'on voit que l'ompire de ces cUovaliers s'étend sur les quatre partie» de la terro, quel»
502 FÎISTOTBE DE PARIS
dentale des Charrips-Èlysées, au uord de ' fice qu'ils élevaient avait, dit-on^ descoû' l'avenue de Neuilly. " formitésavpcceluidu GoiiscedeVespasien,
Ce fui d'abord pour y cTonner des fêtes \ ils le qualifièrent de Golisée. à l'occa?ion du mariage du dauphin; Les frais de cette construction étaient (Loui=i XVI), que le bureau delà ville per- j immen>es; les entrepreneurs manquaient mit cet établissement. Une société d'en- j de fonds; les ouvriers,- mal pavées, intertrepreneurs obtint, en conséquence, un i rompirent leurs travaux. On parlait même, arrêt du conseil, du 26 juin 1769, qui ■ en janvier 4774, de démolir cet édifice autorise sa construction. Dans le mois sui- : avant qu'il fut achevé. Le gouvernement vaut, les tiavaux commencèrent sur les: vint au secours des entrepreneurs, et l'addessins et sous la direction de l'architecte | ministralion de la ville donna la somme Le Camus, et ne purent être achevés au , de cinquante mille livres pour contribuer
46 mai 1770, époque où fut célébré le mariage.
A'ors cet établissement reçut une nouvelle destination : on le contera à des danses publiques, à des spectacles hydrauliques, {)yrrhiques, étrangers aux autres spectacles de Paris.
Cet établissement, semblable à ceux que les Anglais nomment Vaux-Hall, reçut des entrepreneurs une dénomination plus distinguée; et parce que le plan de l'édi-
grand-rraître a des lieutenants-généraux d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique ; qu'il a un conseil privé, une cour perceptoriale ou haute-cuur de justice, un grand-sénéchal, un grand-counétable, un grandamiral, un grand-chancelier, un grand-trésorier, un intendant général des ambassades, etc. , qu'il considère comme propriétés de l'ordre les préceptoreries, les graudsprieurés, les bailliages, les coramanleries, les abbayes que posséda jadis l'instiiution, et une infinité d'autres dans tous les Etats de la terre, lesquels Etats forment autant de grands-priciirés. En Asie, par exemple, se
à ses frais.
Le 22 mai 1771, quoique les travaux ne fussent pas terminés, ce lieu de plaisir fur, pour la première fois, ouvert au public, qui ne s'y porta point avec autant d'il fhuence que les entrepreneurs l'avaient espéré.
Le grand salon en rotonde était achevé, on y arrivait, du côté de l'Etoile des Champ-s-Elysées, par. une vaste cour, un vestibule, une galerie dite des Marchands, et, après avoir franchi deux gah ries circulaires, on descendait sept marches, et l'on se trouvait dans la grande rotonde ou salle de bal, salle dont le diamètre était de 78 pieds, la hauteur de 80, et dont la principale décoration consistait en seize colonnes corinthiennes de 34 pieds de proportion. Elles étaient couronnées par un entablement, au-dessus duquel seize cariatides, dorées, colos.-ales, et posées sur des piédestaux à l'aplomb des colonnes, supportaient une couj oie terminée par une lanterne de vingt-quatre pieds de diamètre.
Autour de cette rotonde étaient quatre
salles décorées en treillages, trois galeries
trouvent entre autres les grands- prieurés de garnies de boutiques et quatre cafés. Od
Perse, de la Chine, du Pégu, des Moluques, du Japon ; en Afrique, les grands-prieurés du Congo, delà Cafrerie, duMonomotapa, etc. ; en Amérique, parmi les grands pii.urés, on distingue ceux du Brésil, du Chili, des Amazones, des Etats-Unis, du Canada ; en Eu-
sorlait par un vestibule sembUible à celui par lequel on était entré, et placé sur la ligne du premier; l'on se trouvait dans une salle de verdure qu'on nommait le Cirque, au centre de laquelle était une grande pièce d'eau, dont le plan, à pei
rope, on trouve de même les grands prieurés près de forme ovale, atteste le mauvaif de France, d'Aquitaine, d'Italie, d'Espagne, goût de l'architecte. C'était sur ce bassis d'Angleterre, de Pologne, de'Moscovie, etc. que se donnait le spectacle des joutes, el Mais on m'assure que cette domination, qui au-delà celui des feux d'artifice, embrasse presque toutes les régions de la A l'extérieur, cet édifice était entièreterre, n'existe qu'en souvenirs et en espé- ment recouvert de treillages peints en vert rances, que ces titres pompeux ne sont que dont les dessins représentaient des colondes allégories, des voiles spécieux qui ca- nés, des entablements, des frontons, etc chent au vulgaire des lumières dont les yeux Cette décoration de jardin donnait à ce des initiés peuvent seuls supporter l'éclat, édifice un caractère de fragilité qui senlqui cachent des vérités utiles et des inten- l blait présager la prochaine décadence di lions pure». / l'établissement. Les jardins, assez biei
.-inés. qui renfermaient de petites mai-
:\-' cil boudoir? qu'on louait à des ama-
;rs. ne pouvaient encore être agréables :
-: arbrt's, nouvellement plantés, croissant moins rapidement que les édifices, n'offraient aux promeneurs que l'espérance de l'ombrage.
Les jardins, les cours et bâtiments occupaient une surface d'environ (6arpenls.
Les entrepreneurs avaient plu>ieurs fois trompé l'attente du public en lui promettant des jouissances qu'ils ne lui donnaient joint. Ils épuisaient leur imagination à créer et à promettre des spectacles étonnants q ù n'étonnaient pas. Ces entrepreneurs s'étaient trorniiés eux-mênies :
ils avaient compté sur une dépense de sept cent mille livres, et elle s'éleva à deux millions six cent soixante-quinze mille cinq c^nts livres.
La demoiselle Lemaure, célèbre cantatrice, fit pendant quelques années l'agrément du Golisée; mais ses caprices ridicules, les conditions qu'elle imposait aux entrepreneurs, ses absences, leur firent songer à fournir d'autres attraits au public. On iraagiua, en 1772, de faire venir d'Angleterre des coqs que l'on ferait combattre; puis on renonça à ce projet. En *773. on essaya de donner des joutes sur
eaux croupies du ba-sin. En 1776 et ."!77.onyfit des expositions de tableaux; les entrepreneurs du Colisée prcnnirent des prix aux artistes dont les ouvrages seraient jugés dign(?s de le? obtenir. M. d'Angevilliers s'opposa à ces expositions qui commençaient à être goiilées par le public. Alors le Golisée fut réduit à des danses el à des feux d'artifice.
Enn78, on attendait au mois de mal l'ouverturedu Colisée ; elle n'eut point lieu. Le peu de sqlidité de l'édifice nécessitait des réparations et de grands frais : les créanciers s'y opposèrent. Le Golisée fut fermé \ our toujours.
Vers l'an 1780. on démolit le Colisée, et l'emplacement fut vendu. On y ouvrit la rue d'Angoulème ou de l'Union, et, vers l'an 1784, celle de Ponthieu. Plusieurs maisons particulièies ou guinguettes y furent cons'ruites depuis.
Thèatre-Fba>:ç AÏS, situé rue des Fossés- Saint-Germain, ensuite au château des Tuileries. Dans la périoie précédente, j'ai dit comment les Cjn^edieiis français transportèrent lejr théâtre delà rae de Gsénégaud dans le jeu de paums de l'Etoile^
sous LOUKS XV 203
rue de-; Fossés Saint-Germain. Ils y joué rent de uis 1689 jusju'en 1770, é;>oqae où, leur théâtre menaç<int ruine, et l'Opéra laissant vacante la salle des machines du château des Tuileries, ils vinrent s'établir dans celte salle.
Le 25 a\ril de celte année s'ouvrit ce théâtre provisoire dont la disposition fut l'objet de plusieurs criti]ue5; elle les méritait. Les conédiens français y jouèrent pendant l'espace de douze ans.
Le 9 avril 1782, l'édifice de la nouvelle salle construite sur l'em; lacement de l'hôtel de Condé, salle depuis nomm -e de l'Odéon, étant achevé, les comédiens français en firent l'ouverture. J'en parlerai soi'.s le rèi^ne suivant.
La scène tragique, illustrée sous Louis XIV par les chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine, le fut encore sous Louis XV par ceux de Voltaire et de Crébi'Ion, elc-
II s'ouvrit dans la carrière théâtrale une route nouvelle; on y exploita un genre mixte qu'on nomma le drame. Nivelle de La Chaussée fut le premier qui mit ce genre en vogue, dans sa pièce intitulée le Préjugé à la mode. Plusieurs écrivains l'imité ent, et prouvèrent qu'il est possible, sans employer ni le poiî;nard de MelpomèriC, ni le mnsque de Thalie, d'intéresser vivement les spectateurs. Ce genre nouveau, contre lequel s'éLnèrenl les partisans de la routine, offre un nouvel attrait pour la scène, augmente la somme de nos jouis.sances, et choque bea^ucoup moins que les autres genres la raison et les vraisemblances.
Parmi les acteurs renommés pendant c« règne, on cite les s'eurs Bellecour, Armand, Préviile, Auger, Brisard, Mole, Le Kain (4); et parmi les actrices, les demoi-
(1) En 1767, Le Kain disait dans une conversation : « Nos part.s n'approchent pas " de celles des Italiens ; et, en nous rendant " justice, nous aurions droit de nous appré- " cier'un peu plus. Une part aux Italien» « rend vingt à \ingt-cinq mille livres, et la " mienne se monte au plus à dix ou douze " mille livres. Commeut, morbleu ! s'é- « cria nu chevalier de Saint-Louis qui en- M tendait le propos, comment ! un vil his- M trioa n'est pas content de douze mille « livres de rent^; et moi qui suis au service .. du roi, qui dors sur un canon, tt qui pro- - digue mon sang pour la patrie, je sais trop
^04 nrsToiïvE de paris
«^îles Gaussîn, Dumesnil, Dangeville et les qui sont utiles. Mais, quand le tîiéàtie
Clairon. Ces artistes, fiers de leurs talents insinue la morale dans l'âme des specta-
et de l'admiralion qu'ils produisaient, se teurs par le véhicule du plaisir, l'utile se-
sentirent humiliés d'être séparés de leurs ; mêle à l'agréable; le succès est complet;
concitoyens par des lois avilissantes, des ' la profession d'acteur s'ennoblit (1).
préjugés absurdes. Les comédiens français 1 Les comédiens
étaient excommuniés, et les comédiens ita- ' règne de Louis XV, par un
se signalèrent
iiens, fameux par l'obscénité de leur scène, ne l'étaient pas. Les pères de l'Eglise, les <:anons, les conciles ont prohibé, dans les temps anciens, les jeux scéniques; ils avaient raison, parce qu'alors le théâtre n'offrait que des indécences et des actes révoltants de la débouche la plus effrontée. Mais , les spectacles d'autrefois étant fort ditférents de ceux d'aujourd'hui, pourquoi la prohibition a-t-elle subsisté lors même que son motif n'existait plus? Sur certains hommes, la routine a plus d'empire que la raison.
Les comédiens français, atteints par un préjugé qui n'avait plus de fondement, essayèrent sous ce règne de le faire évanouir, et de réclamer les droits et les prérogatives des citoyens. Appuyés fortement par le sieur Saint-Florentin, et excites par la demoiselle Clairon, qui faisait dépendre sa rentrée au théâtre de la concession des droits réclamés, ils redoublèrent leurs efforts pour les obtenir.
Au mois d'avrilITôG, le sieur de Saint- Florentin, ayant composé en faveur des comédiens français un mémoire, s'apprêtait à le lire au conseil d'Etat en présence de Louis XV : ce roi, à la seconde phrase, t'interrompit, en disant ; « Je
• vois où vous en voulez venir. Les comét diens ne seront jamais sous miOn règne
• que ce qu'ils ont été sous ceux de mes
• prédécesseurs; qu'on ne m'en parle
• plus (1).
Les comédiens français n'étaient pas assez persuades que, dans une société bien ordonnée, et dans l'opinion des personnes raisonnables, une profession qui n'a que les plaisirs publics pour objet, quels que soient d'ailleurs les talents de ceux qui l'exercent, doit toujours être çoneiderée comme inférieure à toutes cei-
♦• heureux d'obtenir mille livres de pen- « sion ! >. Alors Le KaJn, avec la dignité •. d'un trjigéd'.en, lui répliqua : «Eh ! comp- ». tez-vous pour rien, raociienr, la liberté de " me parler ainsi? »»
(1) ilémoirti êicrêtt^ tome III, au 6 avril
sous le trait de fierté louable dans son principe, et qui, poussé trop loin, devint répréhensibîe et ridicule.
Un acteur médiocre, nommé Dubois, s'était rendu coupable d'une bassesse, en refusant de payer un salaire légitimement dû. Tout l'aréopage comique, entraîné par la demoiselle Clairon, en parut indigné, et résolut de ne plus jouer avec lui.
Au mois d avril 1765, on jouait la tragédie du Sïége de Calais, par Dubelloi : celte pièce, qui obtint un grand succès, et qui attirait la foule des spectateurs, était annoncée sur l'affiche. Les principaux acteurs, en se rendant au théâtre, informes que Dubois devait y remplir le rôle de Mauni, et qu'un ordre du roi lui enjoignait d'y représenter ce personnage, persistèrent dans leur résolution de ne plus jouer avec lui, et le firent annoncer aux spectateurs qui remplissaient la salle. A cette nouvelle, le public, déjà instruit de la véritable cause de cette annonce, et qui avait payé pourvoir le Siège de Calais, et non une autre pièce, fit éclater son mécontentement par des murmures, des cris et des menaces. Il n'y eut point de spectacle, et l'argent de chaque spectateur fut rendu à la porte.
Tout Paris fut ému de cette affaire, alors d'une haute importance. Un grand comité de gentilshommes s'assembla che/ le lieutenant de police : il y fut décide que les acteurs coupables seraient punis parla prison. Le 16 avril 4765, Brisa rd. Dauberval, Mole, Le Kain, furent arrêtés et conduits au For-l'Ëvêque. Deux jour.après, la demoiselle Clairon subit la même peine : et sa prison devint un triompha pour elle. Elle y fut conduite honorablement par madame de Sauvigny, éponge
(1) Les comédiens, et notamment les acteurs tragiques, accoutumés à représenter des personnages éminents, contractent une habitude de fierté qu'on leur a reprochée. C'est ainsi que les juge», les prêires et le» professeurs, habitués k régenter , prennent pour la plupart un caractère grave, empesé ou pédautesqud qu'ils conservent jusqu'au tombeau.
SOIS LoClS W
- l'intendant de Paris, et dans la voi- L^ de cette dame, qui. pour marquer le intérêt qu'elle preuat au sort de cette :ice, la mit f^ur ses genoux. La demoi- -eiie Clairon fut visitée dans sa prison par 1j cour et la ville. Les perles étaient continuellement obstruées par de nombreuses voitures.
On faisait sortir ces prUonniers pour .dler faire leur service sur le théâtre: ensuite on les reconduisait en prison.
Le 10 mai, l'afîaire fut terminée. Dubelloi, pour plaire à la demoiselle Clairon, ! étira au théâtre sa tragédie du Siège de Calais. Le comédien Dubois demanda sa retraite et l'obtint. Les causes du mécontentement n'e^^istant plus, les acteurs et j trices furent mis en liberté.
Bollecour, au nom de tous ses camarades, tit à la Comédie-Française un disco'irs rempli d'excuses humiliantes où il déplora lemalheurd'avoir manqué au public.
Cet événement, qui aujourd'hui serait a peine aperçu, et que publieraient en quelques lignes nos feuilles journalières, fit alors la plus vive sensation.
En parlant, dans la période précédente, des théâtres de la capitale, j'ai cité quelques exemples d'acteurs tragiques qui se ▼étirent d'habits arp;!rtenant au temps, pays et à la dignité de ceux qu'iis repentaient sur la" scène. Ces exemples étaient encore rares: ils devinrent dans la suite plus communs. Le. Kain et la demoiselle Clairon ne négligèrent rien pour i% conformer à l'exactitude du costume, si propre à augmenter l'illusion.
ao'i
et dn
I du parterre au niveau du théâtre le rabaisser à volonté.
Le premier bal de l'Opéra fut donné le I 2 janvier <7t6. Telle fut l'origine de c^^ bals fameux.
L'édifice, le théâtre et ses dépendance;» éprouvèrent dans la suite un accident funeste.
Le 6 avril 1763, dès huit heures du matin, le feu s'y manifesta. Des ouvriers vou'urent l'éteindre seuls, et ne réussirent qu'à retarder l'explosion de l'incendie, qui éclata entre oiizes heures et midi. "Toule la salle, l'aile de la première cour, et toutes les machines, devinrent h proie du feu. Deux mille hommes furent employés à l'éteindre. Trois jours après, la fumée s"élevait encore des souterrains de ce théâtre.
Aussitôt furent présentés des projets d'un nouvel édifice : les uns proposaient de le placer dans les bâtiments du Louvre, et les autres au Carrousel. Le duc d'Orléans vint demander au roi qu'il fijt rétabli au même lieu. Il offrait de donnera la salle plus d'étendue, d'acheter pour cela les maisons qui se trouvaient entre le culde-sac et la rue des lions-Enfants, et de fournir cent mille écus pour le prix /ie ses loges. Ces offres furent acceptées.
Mais, en attendant la reconstruction de celte salle, les acteurs, fort en peine pour trouver un théâtre, demandèrent aux Italiens d'occuper le leur pendant trois jours de la semaine; ne pouvant rien conclure avec eux. ils se décidèrent à fair? réparer le théâtre des machines du château des
Opéra ou Académie royale de Musi- j Tuileries, et à s'y établir. Cette salle pro- QUE, située au Palais-Royal. J'ai parlé | visoire ne fut réparée que le 24 jandans la période précédente de l'origine et i vier 4 76i ; les acteurs de l'Opéra y debu-
du lieu de ce spectacle (i) L'entrée était sur la place du Palais'
tèrent par la pièce de Castor et Pollux. Cette réparation, due au sieur Soufflot,
Royal, et on y parvenait par un cul-de- i architecte, fournit ample matière aux cri sac étroit qui s'ouvrait sur la façade du i tiques
palais. Ce théâtre, qui lui était contigu, n'avait rien qui le caractérisât.
Leduc d'Orléans, régent, voulut tirer nu nouveau parti de ce théâtre, et lui procurer le double avantage d'être à la fois salle de spectacle et salle de danse. Lo chevalier de Bouillon, qui avait conçu ce projet, en fat récompensé par une pension de six mille livres; et un moine carme, Dommé le père Sebastien, habile mécanicien, trouva le moyen d'élever le plancher
(î| Voyti î'trticl« Optra.
Le roi. par lettres-patentes du \\ février 1764, donna une décision qui fixa le rétablissement du nouveau théâtre de l'Opéra. Alors commencèrent, d'après les dessins du sieur Moreau, architecte, les travaux de cette reconstruction sur le même lieu et sur un plan plusjraste. Ces travaux furent terminés en -1770; et, le 2 janvier de cette année, la nouvelle sallo de l'Opéra fut ouverte au public qui s'y porta avec une affluence extraordinaire : il y eut beaucoup de tumulte : on > joua ZorQQstrt.
206 nisTOJRE
La façade était parallèle à la rue Soint- Honoré *eL attenante aa Palais- Royal :
rouverture de la scène avait 36 pieds; ie théâtre était très profond; l'avantscèno décerée de quntre colonnes qui, affaiblies par des cannelures à jour, faisaient appréhender la chute de l'entablement.
On y trouvait quatre rangs de loges; on voyait dans le foyer i rincipal les bustes de Quinault, de Lulli et de Rameau.
Cette salle nouvel'e, malgré les précautions que l'on prit pour la préserver du malheur de la soUe précédente, éprou^a le même sort. Apre.? environ douze ans d'existence, elle devint, le 8 juin 4781, la proie d.s fiammes, comme je le diiai dans !a suite.
L'Opéra, qui languissait depuis longtemp>, prit qi:e!que faveur sur ce nouveau théâtre, où lirillaicnt plusieurs talents remarquables : ceux de Dauberval, de Le Gros et de Sophie Atnould, parisienne, célèbre par la vivacité de son esprit, ses heureuses et fines reparties.
C'est vers ce temi)S que Voltaire fit ainsi l'éioge de l'Opéra :
11 fntil se rendre h ee palais magique, ' Où It'S lieaiix vers, la danse, la mu;> que. L'an (l(! cliar.ner k"S yeux par le» couleurs, L'art plus lieu i eux de sudiiirè les cœu:s. De cent plji^iib foui un plaisir unique.
- En 1719, l'Opéra était encore éclairé par de^ chandelles; en cette année, par la munificence -du femeux Law, on leur sub.-iiiua des bougies (i|.
HÔTEL D. S Menus-Plaisirs du Roi, situé rue Bergère. Cet hôtel se compose de vastes cours et bâtiments destinés au service de 1 Oj éra. Les bâtiments contenaient des maga^ins de machines, de décorETtions, et un théâtre où se fciisaient les rêpétithcns des pièces qui devaient être jouées sur celui de l'Opéra. Sous NapoiéOD, cet hôtel a reçu une autre destination : on y a placé le Conservatoire de Musique, aujourd'hui nommé Ecole royale de musique et de déclamation.
Théâtre des Italiens, situé dans l'ancien hôiei de Boi.ri.ogne, rue Mauconseil, et sur l'emi lacement du marché aux cuirs. Louis XiV avait, en 1697, expulsé les comédiens italiens, en 1716, le duc d'Orléans, régent, en rappela d'autres;
(Ij Extrait des Mémoires de Daugeau, par madame de Sartory, tome 11, page 187.
DR PARÎS
ils s'établirent dans l'ancien hôtel de Bourgogne, et y débutèrent, le 18 mai, • par une pièce intitulée l'Inganno Fortunaio.
Ce théâtre offrait un mé'ange de scènes chantantes et bouffonnes, de langage français et italien. Parmi les acteurs, on distinguait d'abord Antoine Vinentini, célèbre. sous le nom d^ Thomassin, qui, pendant près de quarante ans, amusa les Parisiens par ses rô'.es d'Arlequin où il faisait briller des saillies s[)irituelles et piquantes : son jeu était naturel. Il me ' rut le 19 août 1737 11).
Charles Berlinazzi, plus connu sous nom de Carlin, lui succéda, et montra . talents pareils. Le célèbre acteur ang:
Garrick voulut les connaître, el les .; mira. Carlin mourut en 1783. On lui cette épitaphe :
D" Carlin pour peindre le sort Très pou <!e mots dnivenl suffire :
Toute, sa vie i! a fait riie; n a fait pleurera ta uiur .
Parmi les autres acteurs, Français d origine, on distinguait La Ruette, Caillo', Clairval, qui jouaient les amoureux : ce df rnier pas.^a de l'Opéra-Comique aux Italiens ; Audinot,qui peignait les mœurs delà classe inférieure du peuple., et qui depuis fut directeur d'un théâtre foiaiii.
Madame Favart était céli bre par ses < talents d'actrice, par soc esprit et par ses j liaisons avec l'abbé de Voisenon, qui. '^' l'o.n en croit la malignité publiquv, l'auteur d'une partie des pièces quV .. publiait sous son nom ou scus celui de son mari (2). Elle fut longtemps l'héroïne de la co!! édie italienne; elle y avait debuté en 1749; elle mourut en 1772,
Le thiâtre des Italiens, qui jouissait des privilèges accordés aux comédier.s uu roi, fut, en 1762, réuni à celui de l'Opéra-Comique. Cette réunion, après de
(1) J'ai déjà eu occasion de faire remarquer que ceux qui, par profession, sont chargés d'amuser les autres, et d'exciter la eaîté, sont eux-mêmes tristes et iiioroses : Thomassin l'éprouva. Il alla consulter h médecin Dumoulin, qui, ne le connaissant pas, lui conseilla d'allt^r voir Arlequ n. Dans ce cas-là, reprit Thomassin, il faut que je meure de ma maladie, chr je suis moi-même cet Arlequin auquel vous me renvoyez.
(2) On fit beaucoup de satires sur cette liaison. Voici deux couplets, les plus dé-
aons LOUIS xv
longs délais et de graves discussions, fut arrêtée le 7 mars de cette année; et, le 9 avril suivant, les deux troupes réunies jouèrent sur le même théâtre la pièce des Trois Sultanrs qui fut montée avec un soin extraordinaire, car, pour obtenir une parfaite exactitude des costumes OD le&fit fabriquer à Constantinople.
Ces deux troupes réunies attirèrent la foule : leur spectacle "fut le plus fréquenté de Paris. En 1780, il n'y eut plu- d'Italiens dans celtfc troupe, qui cependant continua de porter le nom de Comédie Italienne.
Les comédiens italiens ne joussaient pas seuls des fruits de leurs travaux '..ils avaient, dans Tadminislralion de l'Opéra. un seigneur suz.ram qui en prélevait une partie, ils payaient d'abord par abonnement la somme de 22,000 fr. par an. En <76o, ce. te somme s'accrut presque du double; elle fut fixée, en 1767, à 40, 490 livres.
Ces comédiens, en 1783, quittèrent l'ancierne salle de l'hôtel de Bourgogne, pour occuper celle qni fut bâtie sur le
multt-
I ou bouffonnes, qui ravissaient la
tude.
! Le Sage, Fuzelier et Dorneval, auteurj lies pi us jolies pièces de ce théâtre, firent I sa fortune : les comédiens français, jaloux j de sa prospérité, se pr valurent de 'eurs
privilèges, et parvinrent à ûler la parole aux \ acteurs de 1 Opéra-Comique. Ceux-ci ne ; purent plus jouer que des pantomimes. Ce
genre de sj ectacle attirait encore beaa-
coup de spectateurs. Les coméJiens fran- \ caisse plaignirent de nojvau;et, en 1718, : ce spectace fut supprimé. Il se releva en ; 1724, se maintint jusqu'en 17io, époque
où il fut encore puni de ses succès, ëd , 1731, ce spectacle reparut et acquit une
grande vouue sous la direction du sieur
Je^n Monet.
En 176i), Monet publia un recueil de ..chansons, intitulé Anthologiefrançaise, I il avait pris pour épigraphe ces trois mots I latins: Mulcet.Movet, Moneé. Ces mots j lui parurent si heureux qu'il en fit la' 1 devise de son théâtre. Ce spectacle- fo* j rain. qui des boulevards passait h la f^ire
Saint-Germain, obtin' assez àe coïisis-
boulevard des Italiens, dont je parierai j. tance pour mériter d'être ré
dans la suite.
Opéra-Co5iique. Ce n'était qu'un spectacle foram, état li sur les buulevisrdsdu nord et à la foireSaint-Germain. Son origine remonte à l'an 4714. Cette troupe, qui avait éprouvé beaucoup de persécutions de la I art des théâtres supérieurs, et qui, pour échappera leur tyrannie, opposait toujours de nouvelles ruses, obtint
ini aux ce- I mediens privilégiés , dits les Italiens. Cette [ réunion s'opéra, comme il a été dit, le 19
avrd 17-62.
Depuis, la comédie purement italienne.
j qui se jouait à certains jours delà semaine, I ne put se soutenir, malgré les talents dis- I tinguésdesarienr.insThomassin etCa:liD, j et p T.iit insen-iulemeiit uneur. Le genre
de rOpéra-Comique prévalut ; et, en i780,
en cette année l^e titre d 0/;^Va-Co?/Z2-^«^; j il domina seul sur ce théâtre, qui' fut alors et 1 Académie de Musique lui accorda la 1 ■ • . -i
permission de jouer de petites pièces en]
vaudeville, mêlées de danse, à condition -
qu'aucune parole n'y serait proférée qu'en
chantant. ' |
Ce spectacle, conformeau goùtdutemps, !
offrait des scènes gracieuses, spirituelles
cents, d'une chatison faite qu'on attribue à Marmontel
a ce sujet, et
H éuit une femme Qui, pour »f fa re honnenr.
Se joijinit à .-on confesseur, Fai>.jii5, d.i-eil.-, ei s uiljje Que qi;e ouvragr- d'esprit; El ïiUbé le lui fil.
Od prétend qu'un ipoisièmo Au ird\;til roiK-uurut, Et que Fjvanl .'e ^ec.iurut.
En cliose de sa fen^me, C'e»i bieiJ le Jrûildujeu Que l'époux entre un peu.
abandonné par les Italiens.
Ambigd-Comique, théâtre situé boulevard du Terni le, n°s 74 -et 76. Le sieur Audinot, après avoir été acteur dans la troupe des Italiens, se trouva sans emploi, par la réunion de cet'e troupe avec ce. le de lOpéra-Comique. Ap;è.s plusieurstentatives pour mettre ses taient- à pro'it, il éleva, au mois de fcviier I7û9, uu théâtre à la foire Saint-Germain, et y attira beaucoup de monde. Il fit construire sur les boulevards une pe;ite salle, dont l'ouverture eut lieu le 9 juillet suivant. Ce spectacle, dont les acteurs étaient des marionnettes, fut nonané les comédiensdo bois. Audinot obtint des succès qui le m rent à même de faire construire und jolie salle de spectacle sur le boulevard da Temple, et, au lieu de marionnettes, OQ y fit jouer des enfants, parmi lesquels se
208 niSTOIRK DE PARIS
(distinguait sa fille, Eulalie, qui, dès l'âge | tateurs des usages des anciens, c'était rede huTt ans, se faisait remarquer par sa procher au portrait de ressemblera sonoriliclle voix et son intelligence précoce. | ginal.
Ce speclaclenouveau attira la foule, au Le lieutenant de police laissa jouer la préjudice des comédiens français, qui éle- I pièce du Triomphe de V Amour et dt \èrent des plaintes fréquentes contre le \ l'Amitié, avec ses accompagnements et théâtre d'Audinot. En 1768, une sentence | ses costumes sacerdotaux, de police lui ordor.na, ainsi qu'aux autres , -spectacles forains, de ne jouer que des '
bouffonneries et des parades
A l'exemple de Monet, Audinot donna à son théâtre cette devise latineoù se trouvait son nom : SicvA infantes audi nos.
L'abbé Delille a peint l'empressement du public pour ce genre de spectacle dans ce joli vers :
Chez Audinot, Tenfance aUire la vieillesse.
Tout Paris courait au théâtre d'Audinot; celui de l'Opéra étak désert; lo" administrateurs de ce dernier spectacle , jaloux de ses succès, parvinrent à obtenir, à la fin de l'année 1771, un arrêt du conseil qui réduisait l'Ambigu-Gomique à l'état de spectacle de la dernière classe. On lui retrancha la plus grande partie de son orchestre , on lui interdit les danses, etc. . ce qui occasionna une rumeur I considérable. Peudejours après, ilfutcon- I venu que le théâtre d'Audinot recouvre- Ce spectacles'annonça avec avantage parw rait tout ce qu'on lui avait retranché, une pièce intitulée le Triomphe de VA-\ qu'il paierait une contribution de 12,000 mour et de V Amitié, pièce qui charma | livres à l'Opéra : c't'tait le but que se pro-
^resque tous les Parisiens, et dont le sujet était tiré de l'opéra d'Alceste. On y vovait un grand pontife et des chœurs de prêtres cos'tumés à l'antique. Ces costumes ressemblaient un peu à ceux des prêtres chrétiens (1). Les dévots firent entendre à l'archevêque de Paris que les cérémonies de l'Église , ainsi que le clergé, y étaient tournés"en dérision. Cet archevêque écrivit une lettre au lieutenant de police de Sartines, où il se plaignit vivement de c<>s prétendues profanations. Audinot représenta que , sur plusieurs théâtres, on voyait des prêtres, des processions et des sacrifices, conformément aux rites des religions antiques; qu'd l'Opéra dépareilles représentations étaient fréquentes; qu'à la Comédie-Française, dans Athalie, ou étalait toute la pompe de^ anciennes cérémonies religieuses des Juifs, sans qu'au* (•une plainte se fût élevée à cet égard. En repiochant aux acteurs d'être fidèles imi-
(1) Cette ressemblance provient de ce qu'a- ,^>rès Constantin les prêtres chrétiens adoptèrent plusieurs pratiques du paganisme, et surtout les vêtements sacerdotaux de cette religion antique. En effet, la mitre, l'étole, Taube, la chappe, la chasuble, etc., appar- •fenaient aux ministres des autels des divinités ^taïennes. Il en est de même des processions, des aspersions, des bénédictions, etc. L'arrhevéque de Paris ignorait que les prêtres chrétiens avaient beaucoup emprunté du pa- ^aniime.
Pl»i». — Tvp. Î*C'
posaient le^ administrateurs.
MadameDuBarry,pourégayerLouisXV dévoré par l'ennui, fit venir, au mois d'avril 1772, la troupe d'Audinot à Choisy, où ses acteurs enfants jouèrent devant ce roi les pièces suivantes : Il Ji'y a plus d' Enfants, la Guinguette, et une pantomime intitulée le Chat botté. Les pantomimes à grands spectacles caractérisaieol particulièrement ce théâtre, qui s'est maintenu sous le même nom jusqu'au moment présent.
Théâtre db Kicolbt ou des grands Danseurs, situé boulevard du Temple, n»^ 68 et 70.
Ce théâtre s'établit, en 1760, dans les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, Ou y représentait des danses, des tours de force et des danses sur la corde. La troupe du sieur Nicolet avait succédé à celle de Gaudon, laquelle fut précédée par celle de Restier.
En 1757, Nicolet faisait jouer un acteur qui devint l'objet de l'admiration dé tous les Parisiens. Cet acteur, fort instruit, était un singe qui exécutait avec beaucoup d'intelligence plusieurs scène;* bouffonnes. Pendant la maladie de Mole, acteur des Français, et dont la fatuité était alors plus célèbre que ses talents, en parvint à faire jouer à ce singe le personnage du comédien malade. Cet animal, en pantoufles, en bonnet de nuit, imitait le moribond, et cherchait à exciter la com;iiisératiou publique. Ce fut à cetie
;ii, te: ^-.-yfnn. «S. -
socs LOUIS XV
occasion que le chevalier de BùafHers publia une pièce de vers sitr lu comédien et le singe qui le représ'nbit. En voici qu-:!- «l'irs couj'lels :
Vnus eu les. êUrneU badau^ls.
Vos (laiiiins ei vos R^iUixiiiiieaiix.
Français, von» rerez l- iij.mrs iliipe».
Qii»i autre j u'y-u vous occtipe* Ce r.e jjojl cUc que MoU-l, On le lOMge de NicoUt.
L'animal, un peu lihcrlir, Tonit>e malai*- un beiàv, malin :
Voiu loul Pjris dnis Iû peine; (hi croil voir la ni. rt d- Turenn* Ce neUit po:irUnl que Milet, Ou le tiii}.'e de Nicolel.
Généraux, caiins, ma^iitraU, «'.ra:ids érriTaiii>, p »ux prélaU.
JrmiU's de rour liien jfîl ?;•»•.•..
Voni tous lui |k)iîer d •> Jr.ijiv»; Ce ne !« m élre que Mo'r-t, Ou îe.-ing'î de Nicolel.
La Vill«tt0.
Canal Saint-Martin.
Bientôt, sur c^ théâtre, aux exercices du singe et des danseurs de corde, on joignit de petites pièces comiques de la «•omposition du sieur Taconnet, qui, par des parodies, des farces et des parades pleines d'une gaîté populaire, s'acquit le ^'umom de Molière des boulevards (1).
(1) Taconnet, bon ivrogne et doué d'un talent original, auteur de plus de soixante pièces de théâtre, mourut eu janvier 1775, *gé de quarante-cinq ans. Lorsqu'il voulait ! IV DULAUU
Parmi plusieurs pièces d'un genre trivial on distinguait les Areux indiscreU, et surtout le Baiser donné et rendu. Ces pièces étaient dignes de figurer sur UQ théâtre plus relevé: la dernière, jouée pour la première fois le 14 janvier 1768, valut à ce théàlr.* un grand concours de spectateurs et la jalousie des théàties privilégiés.
marquer son dédain pour quelqu'un, il lui disait : « Je ta méprisa comme un vtrrt d'eau. <»
ÎW
niSTOIRE r»E PARIS
La Bourbonnaise, chanson plas bouffonne que Scitirique, était alors fort à la mode. Elle devint le sujet d'une pièce gaillarde portant le même titre, et qui fut jOuée, en 1768, sur le théâtre de Nicolet. L'abbô Latteignant, chanoine de Reims, digne émule de l'abbé Voisenon, en était l'auteur.
Les succès de ce théâtre, lés gentillesses du singe de Nicolet, et les traits licencieux dont ses pièces étaient assaisonnées, attiraient une grande ai"fluence à ce spectacle, et excitaient la jalousie des comédiens puissants, et surtout des directeurs de l'Opéra, qui, en 1769, firent interdire la parole aux acteurs de Nicolet, et les réduisirent à jouer des pantomimes; mais cet ordre rigoureux ne fut pas longtemps en vigueur, et Nicolet continua à donner au public des scènes dialoguées.
Nicolet eut, comme Audinot, en 1772, l'avantage de faire jouer sa troupe à Choisy, devant le roi et la dame Du Barry. Ce fut alors que son théâtre obtint le titre de grands danseurs du rpi- Ce théâtre a depuis changé de nom; il porte aujourd'hui celui de Théâtre de la Gaîté.
Autres spectacles. Sous LouisXV, les t.péc!acîes, ei surtout ceux qui paraissaient propres à inspirer de l'intérêt à la classe inférieure de la population, se muliplièrent.
Le but caché de ces nombreux etablissemehts de plaisirs se découvre facilement; on voulait que ie peuple ne s'occupât que d'acteurs comiques et de scènes frivoles, afin qu'il ne fît aucune attention à la scène politique, alors fort en désordre. Je vais offrir de courtes notices sur divers autres spectacles de Paris.
Théâtre de Gaudon, situé rue Saint- Nicaise. Il fut établi en 1769. On y donnait des farces, des parodies. Ce spectacle avait pour objet d'amuser le peuple du quartier, trop éloigné des boulevards pour participer aux théâtres qui s'y trouvaient; il n'existait plus en 1779.
Spectacle pyrrhique etWaux-Hall.
Le sieur Torré, artificier italien, possédait le génie de son art, et lui fit faire de grands progrès eu France. Le 29 août 1764, il ouvrit pour la p:emière fois son spectacle, fitue sur le boulevard Saint-Murtin, à l'endroit où la ri.e de Lanciy débouche sur ce boulevard (1). Son local était vaste,
- ^1) La rue de Lancry a été ouverte sur l'emplacement du Waux-Hall da sieur Torré.
et le parterre contenait seul plus de douze cents personnes Ses feux d'artifice étaient d'une perfection jusqu'alors inconnue. Il y mêlait des décorations pompeuses ou agréables, et des panlominnes dont les sujets nécessitaient l'explosion du feu •. telles étaient les Forges de Vulcain, piècequi fut donnée au moisde juillet 1766, où l'on voyait les travaux des cyclopes, et Vénus demandant à Vulcain des armes pour son -fils Enée. Ce spectacle fit fortuné.
Son auteur établit solidement sa réputation par le feu d'artifice qu'il fit exécuter à Versailles, à l'occasion du mariage de Louis XVI, feu où l'on vit une explosion du mont Etna, et, du milieu des torrents de flammes, s'élever des palmes triomphales qui conservèrent la fraîcheur de leur coloris.
Torré, physicien habile, naturaliste et doué d'un génie actif, inventa le feu grégeois, dont l'usage connu des anciens, reproduit en France, au douzième siècle, par 1 ctîet des croisades, était heureusemf'nt plongé dans l'oubli. Louis XV applaudit a I invention, muis il eût la sagesse de défendre qu'elle fût mise en pratique. Les hommes ne sont que trop habiles a se détruire.
Le spectacle de Torré fut interrompu, en 1768, par un procès que lui intentèrent les habitants du voisinage; il obtint, comme -un dédommagement, la permission de donner des bals publics et des fêtes foraines. En cette année, il donna le divertissement du Màt de Cocagne, exercice qui, en 1425, pendant la dominilion des Anglais, fut offert aux yeux des Parisiens, et qui, depuiscette époque jusqu'au temps de Torré, n'avait pas été renouvelé.
En septem'bre de la même année 1768, il introduisit sur l'avant-scène des bouffons qui y représentaient des farces et chantaient des ariettes italiennes.
En 1769, il fit presque entièrement reconstruire son théâtre, et donna, pour l'ouverture, les Fêtes de Tempe.
Torré variait les objets de son spectacle. Au mois d'août 1774, il offrit le tableau d'un tournois; en 1775, des illuminations de diver:?es couleurs; et en 1777, la Fête du mai attira un grand concours de spectateurs. En 1773-, Torré avait donné des fêtes au Colisée ; mais il ne négligeait pas son spectacle, qui fut le premier ù Paris qui porta le nom de Waux-
sous LOUIS XV
Celui de Waux-Hall d'été
Hall. 11 reçut
dès qu'il exista dans Paris un Waux-Hall
d'hiver (1).
Spectacle de Riggierï, établi dans un jardin situé aux Percherons. Les sieurs Ru2gieri frères commencèrent, en 1765, à donner au public des spectacles de feux d'artifice et d'illuminations; en 1769, ils s'établirent sur les boulevards, où ils firent construire une salle élégamment décorée, mais peu étendue E^le était sous la direction de l'Opéra, qui en retirait les profits. Le plus connu des deux frères fut chargé d'exécuter, sur la place Louis XV", le feu d'artifice que la ville de Paris donna Jors des fêtes de la C' lébration du mariage de Louis XVI, tandis que Torré offrait à Versailles un pareil spectacle. Ces deux étrangers rivaux avaient, par leurs ta- \enU particuliers, des droits à l'estime publique.
Waux-Hall d'hiver, situé dans la partie ouest de l'euclos de la Foire de Saint-Germain, près du point où la rue Guisarde débouche dans cet enclos, aujourd'hui marché. li fut construit, en 1 769, sur les dessins de l'architecte Le Noir. Ce spectacle s'ouvrit le 3 avril 1770. Le plan de la principale salle avait la forme vicieuse d'une ellipse. Cette salle était ornée d'un péristyle de vingt-quatre colonnes ioniques, en trei-lage, entourées de guii landes de fleurs. C'est en ce lieu que fie jeunes danseuses a gages exécutaient des danses et ballets.
Autour de cette salle régnaient deux rangs d-j galeries ou de log- s ; lii circulaient et se reposaient les spectateurs.
L'objet apparent de cet établissement était, comme celui de beaucoup d'autres • de ce genre, d'amuser les Parisiens; mais l'objet secret consistait à les corrompre, les étourdir et attirer leur argent. Les danses et les filles publiques, dont ce lieu était le rendez-vous et le marché, n'offraient cependant pas des attraits assez puissants [our y amener raffluence. Les administrateurs stimulaient de temps en temps la curiosité des habitants de Paris
Ear d'autres moyens. En 4 '70, ils y étalirent une lot riedont le plus fort lot était de 1,200 livres Pour y prétendre, il suffisait de donner un ecu à la porte. Eu Î772, on y aonna un concert au profit des
( 1 ) Torrc monrut au corumenceTnent de •inai 1780.
écoles gratuites de dessin. En 1774, un célèbre escamoteur juif, appelé Jonas. y faisait des tours étonnants, et donnait des leçons d'escamotage. Toutes ces ressoui ces furent vaines; l'entreprise échoua, et le Waux-Hall fut démoli en 1785.
Joutes SLR L EAU. Le 4 septembre 1768, on donna pour la première fois à Paris, sur la Seine, et dans une enceinte établie du côté de la Râpée, un spectacle sur l'eau. Des mariniers exercés en furent les act^eurs. Des luttes étaient exécutées avec des lances par des hommes montés sur des bateaux. Ils étaient vêtus d'habits de couleurs dififérentes, qui distinguaient les deux partis des combattants Cette lutt;était accompagnée de spectacles où l'on voyait les bateliers associés aux dieux de la Mythologie. Une déesse, sortie du fond desaaux, venait couronneHes vainqueurs.
A l'extrém.ité de la scène aquatique, Neptune, monté sur un char traîné par des chevaux marins, sortait d'un rocher caverneux; et, par un contraste singulier, le dieu du feu s'unissait à celui de l'onde. A l'autre extrémité de i'enceinle se trouvait l'autre embrasé de Vuîcaiu, où Ton voyait ce dieu forgeant avec ses cyc'opes.
L'année suivante, les entrepreneurs de ce spectacle changèrent le lieu de la scène, la transférèrent sur la rive opposée, du côté de la Gare, lui appliquèrent un? dénomination plus savante : celle de J ux pîéiens, et même lui donnèrent le mérite de l'utilité. Ils en firent une école de navigation, où des élèves, choisis par les magistrats de la ville, s'exerçaient aux manœuvres de la marine et dans 1 arl de nager, et montraient au public tes progrès de leur instruction. Cette utile partie de ce spectacle n'en excluait pas l'agrément. Od y voyait aussi des jout s et des divinités de la mer se familiariser avec les bateliers.
En 1770, au mois de juin, le spectacle se rouvrit avec plus de magnifice )ce et de nouveaux agréments. Il renonça au litre scjeutifique de Jeux pleiens, et prit simplement celui d'Exercice des élèves de la navigation.
Ce^ spectacle, continué dans la suite, a changé de direction, de local, et même d'objet. Au mois d'octobre 1770, les joutes cessèrent sur la rivière. Ce S;>ectacle fut transféré au Cotisée ; ce qu'il avait d'utile disparut bientôt, ainsi que ce qu'il avait de pompeux. Au lieu d'y voir figurer
le dieu de la mer, on y .représenta des scènes bouffonnes ; enfin il fut réduit à de simples fêtes que donnaient les mariniers duGros-Caillou. Les divers gouvernements ont souvent, dans les fêtes publiques, fait concourir les joules sur l'eau.
Le Concert spirituel avait lieu dans tiiiC des salles du château des Tuileries: il fut établi en mars 1725, et se donnait les iours de fêtes solennelles et pendant la quinzaine de Pâques. Ce concert, où l'on chantait les Stabat, les Miserere, les De profuoidis^ était exécuté par les acteurs ♦^t actrices de l'Opéra, qui exerçaient momentanément les fonctions du sacerdoce.
On voulait remplir le vide des spectacles leimés pendant ces fêles; on voulait payer :^on tribut à la religion, ot on amalgamait le sacré et le pr*)fane, le plaisir et la dévotion. La révolution filjustice de ce mélange.
Splctacles bourgkois. Sous ce règne, | la cour et Paris étaient {^ossédés par la i manie des spectacles. On ne donnait point de fêtes sans y faire intervenir des décorations, des scènes théàtra'es. La plupart des maisons royales (' talent pourvues de théâtres où l'on appelait à volonté les comédiens de Paris.
Les piinces et les seigneurs imitèrent cet exemple; ils en eureijt dans leurs maisons de ville et de campagne. Le duc d'Orléans en avait un i ans la maison de Bagnolet, fameux par les pièces nouvelles et même un peu licencieuses qu'on y donnait. On y joua pour la première fois, ' n 1 7ô2, la Partie de chasse deHenrilV. Le duc d'Oiléons y remplissait le rôle de fermier, et Grand'val, acteur des Français, celui de Henri IV.
Le maréchal de Richelieu avait un théâtre dans son hôtel, oii, en 1762, pour la première fois, fut jouée i4^?W(?//<? et Lubin%
La duchesse de Villeroi avait aussi dans son hôtel un théâtre; en 1767, la célèbre Clairon y joua plusieurs fois; dans l'année suivante, y fut joue le drame de \ Honnête Criminel^ qui n'avait j as encore la permission de paraître en public, et, en novtmbie 1763, le roi de Danen aïk y assista et \it jouer la den.oiselle Clairon et le sieur Le Kain.
Le baron d'E.-clapon avait un théâtre au faubourg Sainl-Germain, où les acteurs des Français venaient jouer, et où fut donné, en 1767, un spectacle au profit du comédien Mole.
On parlait alors beaucoup du i.héâtrede
la Folie Titon, sur lequel, en avril 1762, fut donnée une représentation à'Annettf et Lubin , pièce souvent jouée dans le> snectacles particuliers de Paris, avant de l'être sur les théâtres publics.
La duchesse de Mazarin avait r'anssou hôtel un théâtre sur lequel, en septembre 1769, on représenta, devant la princesse Madame, la Partie de chasse de Henri IV. Cette pièce fut jouée par des acteurs français.
La demoiselle Guimard , danseuse de l'Opéra, célèbre par son luxe, sa maigreur, ses grâces, par quelques actes de bienfaisance et par ses amants, avait, dans so maison de campagne à Pantin, une salle de spectacle où fut jouée, en juillet 1772, une parade [uùluK'e Mada'nie Bn g uei'.IÎr. Elle avait un autre théâtre à Paris, dans son élégant hôlel de la Chaussée d'Antin (i), dont l'ouverture se fît solennellement, au mois de décembre 1772, parla Partie de chasse de Henri IV. On devait jouer, pour petite pièce, la Vérit'' dans le z:zw, pièce un peu gaillarde; mais, l'archevêque de Paris s'ctant donné beaucoup de mouvement, en empêcha la représentation; pour être.en paix avec lui, on substitua à cette pièce une pantomime intitulée Pygmalion.
Cttto salle était le rendez-vous ordinaire des courtisanes les plus recherchées et des hommes frivoles et aimables. On y jouait quelquefois des pièces faites exprès pou» ce tht âtre. Les acteurs et les actrices étaient la demoiselle Guimard et ses camarades de l'Opéra. Le sieur de Laborde, premier valeL de chambre du roi, se chargeait de diriger les spectacles que doiinait la demoiselle Guimard. C'est pour eux que Collé composa les pièces contenues dans son Théâtre de Société, et Carraontel ses proverbes dramatiques.
Les demoiselles Verrière, riches courtisanes (2), avaient pareillement deux théâtres, l'un à la ville et l'autre à la campa- ■gne. Ces théâtres étaient vastes et ornés-
(1) Cet hôtel, situé à l'entrée de la rue de la Chaussée-d'Antin, n» 9, et construit par l'architecte Le Doux, fut noramé le Temple. de Terpsichore. Après la mort de la demoiselle Guimard, il eut successivement pour propriétaires MM. Ditmer, Perregaux, Lafiitte, etc.
(2) L'une d'elles avait été entretenue par le maréchal de Saxe, et en avait une fille.
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avec beaucoup de faste. Dans celui de j Paris on comptait sept loges on baldaquin, ' drapées avec élégance. Ces demoiselles, et ! "leurs amis "des deux sexes, remplissaient | les rôles des pièces nouvelles qu'on y : leuait. Le poète Golardeau en composa j plusieurs pour ce théâtre; et le poêle La ; Harpe le remplaça dans cet emploi. L'un ; et l'autre jouaient dans les pièces dont ils : t'taient les auteurs.
Le sieur de Magnanville avait aussi, ; dans son château "de la Chevfette, un | théâtre vaste et bien conditionné, où jouaient plusieurs d^mes de la cour. { En 1748, on y joua Y Engagement télnéruire, comédie en trois actes de Jean-Jacques Rousseau.
Le prince de Condé avait un théâtre à Chantilly; la dame Dnpin, a Chenonceau, etc.
Ces théâtres particuliers, dont je ne fais qu'indiquer ici les plus connus, et où jouaient les meilleurs comédiens des grands "théâtres, occasionnaient leur absence, et frustraient le public d'un plaisir qu'il payait. En décembre 4768. il futdeft-ndu aux comédiens du roi de joJer, sans permission, ailleurs que sur leurs théâtres. Cette défense obli;iea les amateurs de l'art dramatique à jouer eux-mêmes sans l'aide des comédiens.
Dès lors, la manie théâtrale s'empara d'une multitude de jeunes gens de toutes les classes; chaque quartier, chaque faubourg de Paris eut sa comédie bourgeoise, et le nombre des salles destinées ''à ces spectacles gratuits se multiplia sous le rè-
§ V. Etat physique de Paris.
Plusieurs changements et réparation-,
la construction d'un arand nombre d'édi- ;
fiées, des ouvertures, des élaraissement
de rues, l'érection de quelques monuments €t l'établissement de quelques places | avaient, sous le règne de Lo iis XIV, ra- j jeuni une partie du vieux Paris; mais il i restait encore beaucoup à faire, et encore plus à défaire, pour lui donner une physio- ! nomie moderne, pour assainir cette ville et • en rendre les communications plus com- ; inodes. Sous ce règiie, on avait beaucoup tait pour l'utilité pub'.ique; on avait fait bien plus encore [ our une splendeur stérile, i pour un faste personnel. j
Sous Louis XV, on suivit à peu près la 1
même marche; mais l'utiiité eut ui.e part [lus ample dans les améliorations.
Paris, sous ce règne^ s'accrut coosiJenblement. 0:i adjoignit à cette ville quelques lieux circonvoisins. Le bojrg du Roule fut, en t7i?, érigé en faubour» de Paris. On commença :;près l'an 1720. ;i construire un quartier nouveau qu'on nomma d'abord quartier Gaillon, à cause du voi-inage de la porte de ce nom, et qui, depuis, a reçu le nom de la Chausséed'Antin. Ce quartier, dont la population égale aujourd'iiui celle d'une des villes du troisième ordre, ce quartier, le plus régulier de tous ceux de Paris, renommé par ses beaux hôtels et l'opulence; de ses habitants, mérite que son origine so.t exposée avec quelques d-tails.
Quartier de la Chaussée-d Antin, mtué au nord-ouest du boulevard des Italiens, entre ce boulevard et le boulevard extérieur. Sans avoir délimites certaine^, il est confine à l'ouest par les quartiers de la Madeleine et du Roule, et. à l'est, pa: la rue du Faubourg-Montmartre. Ce vaste espace était anciennement rempiî par de^ champs en culture, par des marais, des jardins et des maisons de campagne; par le village des Porcherons: le château du Coq, dit aussi château des Percherons (1); parunefermenûmméeG-.ange-Batelière(2), une petite chapelle dite de Sainte-Anne, une chapelle de Notre-Djme-de-Lorette.
une voirie, lecimetièrede Saint-Eustache.
et par quelques habitations particulières. L'ensemble était traversé par un chemin qui partait de la porto Gaillon, s'avançait en furmnnt des sinuosités, coupait li ru" Saint-Lazare, et allait aboutir au villagedes Percherons et à ceiui de Clichv. C'f^t espace était aissi traversé dans un sen< contraire, c'est-à-dire de l'est à l'oiic-t, par la rue Saint-Lazare dont je viens de parler,
(Il Porcherons est le nom dan hameau ou village près duquel était le château (hi Coq, oui fat aussi nommé château des, Porcherons, Le village érait situé rue Saîr,t-L:izare, et le château presque en fac« de Li rue de CjiL-hy, autrefois nommée rue du Coq. Sur la porte de ce château, on lisait : Hôte! du Coq, 1320.
• 2) La Grange-Batelière existait au douzième siècle, au milieu de terres en culture. La partie de la rue de ce nom qai aboutit au boulevard fut ou-.erte en 1704 : l'autre partie qui est eu retour était construite auparavant.
et par le grand égout de la ville; égout qui, commeje l'ai dit ailleurs, était l'ancien lit du ruisseau de Ménil-Montnnt; à découvert, encombré dans plusieurs parties, il contenait des eaux croupissantes qui Infectaient l'air du voisinage.
Le chemin qui de la porte Gaillon conduisait aux Percherons, traversait cet égout; et au point d'intersection, se trouvait un pont nommé dans un ancien plan Pcnt-Arcans. Voilà l'ancien état de l'emplacement occupé aujourd'hui par le magnifique quartier de la Chaussée-d'Antin.
Le séjour que, dans les premières années de son règne, Louis XV fit à Paris, attira dans cette ville une suite nombreuse de courtisans et de serviteurs. La noblesse et la domesticité ne pouvaient trouver à se loger. Les magistrats de la ville obtinrent des lettres patentes, du 4 décembre 1720, par lesquelles le roi les autorisa à faire construire un quartier nouveau entre ceux de la Ville-l'Evèque et de la Grange-Batelière, et à ouvrir une rue sur cet emplacement, qui, à partir du boulevard et en face de l'extrémité de la rue Louis-le- Grand, s'étendrait jusqu'à la rue Saint- Lazare. Cette rue devait avoir huit toises de largeur.
Ces lettres autorisaient aussi les magistrats à creuser un nouveau canal ou grand égout, à le porter au-delà de la ligne qu'il occupait, à le faire construire, et à le couvrir d'une voûte ; de plus, à faire l'acquisition de toutes les maisons, terres et héritages depuis le boulevard jusqu'à la rue Saint-Lazare, et depuis la Grange-Batelière jusqu'à la continuation de la rue d'Anjou de la Ville-i'Evêque, continuation qui faisait partie du projet, et qui devait atteindre la rue du Faubourg-Montmartre.
Ce plan eut un commencement d'exécution : les propriétés furent acquises, et des rues furent ouvertes; ou y construisit d'abord quelques hôtels et peu de maisons. A la fin de ce règne, la principale rue de ce quartier nouveau qu'on nomma Chaussée-Gaillon, rue de l'Hôtel-Dieu (1), enfin rue Chaussée-d'Antin (2), n'offrait
(1) Cette rue fut r.oiriméede l'Hôtel-Dieu, parce qu'elle conduisait à la ferme de l'hôpital de ce nom, située rue Saint-Lazare.
(2) Le nom de Chaussée-d'Antiu vient de ce que cette rue s'ouvrait sur la chaussée
, du boulevard, en face de l'hôtel d'Antiu, V nommé depuis hôtel de Richelieu.
alors que des constructions éloignées les unes des autres; elle était même encora ; bordée de jardins et de champs en cuUure. I Ce ne fut que pendant et après le fègUB i de Louis XVI qu'elle fut garnie d'habita» 1 tiens nombreuses et contigues. Les rues Chantereineetdu Rocher ne furent tracées I que vers l'an 1734, et ne méritèrent le titre I de rues que plusieurs années après. La rue ! de Provence ne fut ouverte qu'en 1776. j sur l'égout qu'à cette époque seulement on ; venait de couvrir. La rue Neuve-des-Maj thurins fut ouverte en 1778 ; celle de Jou- I berten 1780; celle de Saint-Nicolas ainsi j que celle de Caumartin en 1784. Les au* j t. es rues de la Chaussée-d'Antin sont I encore plus récentes. Ainsi ce quartier, ' entrepris dans les premières années du : règne de Louis XV, ne fut réellement 1 construit que sous celui de Louis XVL i C'est dans ce quartier, au nord de la ruo ! Saint-Lazare, qu'on a construit le quari tier de la Nouvelle-Athènes.
I Nouvelles hues. Outre celles de ce 1 quartier, plusieurs autres rues et avenues : furent ouvertes-sous îe règne de Louis XV : I telles sont, en 1718, la rue de Saint-Phi- ; lippe-de -Bonne Nouvelle, qui commence rue de Bourbon-Villeneuve et finit rue de Cléry ; et, en 1720, celle du Ilarlay au Marais, qui commence boulevard Saint - Antoine et finit rue Saint-Claude.
En 1723, on planta l'Avenue d'Antin, qui doit son nom au duc d'Antin, surintendant des finances : elle commence au Cours la Reine, et finit à l'étoile des Champs-Elysées.
Les Champs-Elysées furent entièrement replantés en 1770. Deux autres avenues qui aboutissent à cette promenade, celles de Marigny et des Veuves, furent plantées sous le même règne. Cette dernière conduit du lieu appelé Barrière de la Conférence à l'Etoile des Champs-Elysées, A la place des marais qui se trouvaient entre ces avenues, on a commencé, en 1822, à construire le Quartier de François 1^»'.
En 1739, on ouvrit la rue de Malle, faubourg du Temple , qui commence rue de Ménil-Montant et finit rue de la Tour.
Lorsqu'en 1 762 ou commença, sur remplacement de l'hôtel de Soissons, la construction de la Halle aux blés, sept rues I furent ouvertes -.celles de Sartines,d'Oblin, de Vannes, de Varennes, de Babille et de Mercier, qui aboutissent à l'édifice de cetta
halle: et celle de Viarrnes, qui l'entoure.
Lorsqu'en 176b on construisit le marché Saint-Martin, plusieurs rues, qui aboutis^ «enta cet ancien marché, furent alors ouvertes : telles sont les rues de Henri, Marché-Saint-Martin, Sainl-Marcoul, Saint- Maur, Saint-Martin et la rue Royale-Saint- Martin.
• Dans la même année, le passade de Les- (liguiëres, qui de la rue de la Cerisaie mène a "la rue Saint-. \ntoine, fut ou\ert. Ce passage, du temps de la révolution, a été converti en une rue. "
En 1767, la rue de Menars fut ouverte. Avant cette année, ce n'était qu'un culde-sac qui conduisait à l'hôtel du président Menars, et que l'on prolongea jusqu'à la rue de Grammont.
En 1770 fut ouverte la rue d'Artois, longtemps nommée Cerutti : elle communique du boulevard des Italiens à la rue • de Provence.
Boulevards du Midi. Sous Louis XIV, on planta les boulevards du nord ;ceux du midi le furent" sous Louis XV. Ce travail dura plusieurs années, et fut eniièrement achevé en 476^ . Je parlerai, à la fin de cet ouvrage, des dimensions de ces deux boulevards, de cette agréable ceinture qui entoure et embellit la ville de Paris.
Les avenues qui se trouvent entre le boulevard et l'Ecole-Militaire, entre l'Hôtel des Invalides et Vaugirard, fuient plantées pendant ce règne T telles étaient les avenues de Lowendal, de Segur, de Breleuil, de Villars, de La Molhe-Piquet, ainsi que celles qui entourent le Champde-Mars. Ces avenues se bordent aujourd'hui de jolies maisons : et une plaine, jadis aride et sablonneuse, va devenir un beau quartier de Paris.
Pendant la campagne de 4768, on commença à construire le Pont de Neuilly, l'ancien pont en bois ayant été ruiné par les glaces de l'hiver précèdent. On entreprit aussi les travaux de la magnifique avenue de Neuilly. Cette avenue et ce pont furent terminés en 1772.
Gare, sur la rive gauche de la Seine, près de l'Hôpital général ou de la Salpétrière. On commença, en l'an 1769, les travaux d'un bassin propre à mettre les bateaux du commerce à l'abri des glaces et des débordements. L'emplacement était vaste ; son plan présentait une demi-luue d'environ cent toises de rayon, qui n'était i^éparée du cours de la Seine que par le 1
chemin du halage. Aux deux extrémités de cette demi-lune, deux ouvertures, couvertes par deux ponts, devaient y introduire les eaux de cette rivière. Déjà 1'* terrain était creusé tout autour; des talus dessinaient le plan de la Gare; et, audessu> d'une terrasse revêtue de maçonnerie, s'élevait un bâtiment solidement construit, destiné à l'adramislration de cette gare. Ce projet, qui avait toutes les apparences de l'utilité, et dont l'exécution était fort avancée, fut abiindonné parc»* que le parlement refusa d'enregistrer le» lettres patentes qui autorisaient cetty construc:ion, et rit même des remontran* ces à ce sujet.
Pendant près de trente ans ce terrain est resté inutile, désert et sans culture. Depuis la révolution seulem.ent, on a commencé à y établir des guinguettes.
Petit-Pont de P.aris. Dans les vil ie> anci nnes. mal bà ies, mal percées, de-; accidents très fâcheux pour les particuliers ont toujours des conséquences avantageuses au public. On est alors obligé de reconstruire, et l'on reconstruit mieux que dans le t?mps passé ; les traits souvent hideux des siècles barbares s'etfacent. Le Peiit-Pont. comme la plupart des ponts de Paris, était bordé de maisons qui rétrécissaient la route, interceptaient le courant d'air et y maintenaient l'humidité. Un accident changea son état.
Ce pout , fort endommagé par les débordements des années 1649, \6'6i et 4 639, fut rétabli ensuite. Il était borde de maisons, lorsque, le 27 avril 1718, deux bateaux de foin enflammés, et dont on avait coupé les cordes, vinrent s'arrêter sous ce pont, et consumèrent la plupart des maisons qui s'y trouvaient (1^. On ordoi;na des quêtes pour soulager les habitants de ces maisons incendires. Ce pont endommagé fut rétabli; les maisons
(1) On rapporte que Ciîs bateaux furent emb^a:^és par suite d'une pratique superstitieuse. Un* mère dont le His s"é:ait noyé daus la Seine crut , pour trouver son corps, qu'il tallait abandonner au cours de la rivière un vase de bois ou un pain sur lequel serait placée une chande 1- a Inmé^., et que saint Antoine de Fade .'èraiî arrCver cciîo chandelle flottante à l'endroit où c^; corp? était gisant. La chandelle rencontra un bateau chargé de foin et l'enflamma. Voilà ua des résultats des croyances superstitieuses.
vie
qui bordaiem sa route ne furent pas reconstruites ; des trottoirs les remplacèrent, l/ubsence de ces maisons fut un bienfait pour les habitants de ce quartier, autrefois très obscur et très malsnin.
Une grande quantité d'édifices ajoutèrent, sous ce règne, aux embellissements que Louis XIV avait commencés dans Paris. J'ai parlé de l'EcoIe-Militaire, de l'église de Sainte-Geneviève, de l'hcjte! des Monnaies, 'des deux vastes bâtiments qui décorent la place de Louis XV, de l'église de Saint-Philippe-du-Roule, de la Halle aux blés et de quelques autres édifices moins considérables. On peut y joindre la fontaine de Grenelle, l'hôtel d'Armenon- \ille, reconstruit et réparé pour l'administration des postes ; le Palais-Bourbon, commencé en 1722, devenu depuis le Palais de la chambre des députés.
La plus grande partie du Louvre, dont' la construction n'était pas achevée, ressemblait déjà à une ruine : la cour était hideuse; des échafauds, tombant de vétusté, masquaient une partie des fa'^-.ides; • t des amoncellements de gravois s'élevaient en quelques points jusqu'au premier étage. De petites échoppes, placées >ans ordre dans cette cour et devant la i'olonnade, contribuaient encore à déshonorer ce palais. Vers la fin de 1772, on commença à déblayer la colonnade et la cour dt; Louvre, à les dégager des gravois, des échafaudages pourris et des échoppes, et l'on adopta le projet de diviser la cour i'Q quatre pièces semées de gazon et protégées par des barrières. Ce projet fut exécuté, en 1776, par les soins de M. d'Angevilliers, ordonnateur général des bâtiments (1).
Les jardins publics, et notamment celui des Tuileries, servaient de latrines aux habitants du voisinage, et les vieux ifs, .dent il était hérissé, leur offraient un abri commode. Ces désordres cessèrent sous cet administrateur.
Cinq incendies notables causèrent des changements et des améliorations dans diverses parties de Paris. Ces malheurs
(1) Ce gazon semé dans la cour du Louvre, et près de la ^alle de l'Académie française, fît naître ce quatrain injurieux à cette Académie :
Des favori? ilfi In niiis<^ frsuçaiie D'Arijîevillicri m In suri assuré :
Jievani 1^ fiorio il a f:iii (!rolir« un pré 9$[iT que ch icnn v i>iH palire à ton aiw.
DE PARÏ3
ont toujours des résultats favorables à Pétât physique des villes.
Deux fois l'Hôtel-Dieu fut embrasé, en août 1737 et en décembre 1772; la foire Saint-Germain, en mars 1752; l'Opéra, en avril 1763; et le Palais de Justice, en janvier 1766.
Ces constructions et embel'issements adoucirent les traits hideux et barbares de la vieille physionomie de Paris, mais no les firent pas entièrement disparaître.
VL Etat civil de Paris.
Un des actes les plus remarquable- du règne de Louis XV^ ou plutôt un des actes les plus audacieux de ses ministres, et particulièrement du chancelier Maupeou, acte qui intéressait également la politique intérieure et l'état civil de.5 Français, fut le coup porté contre les parlements, et notamment contre celui do Paris. Le cardinal de Richelieu aval dominé cette cour par la corrojUion et la terreur; Louis XIV lui ferma la bouche, le régent lui rendit la parole, et Maupeou l'jbolit. Ce dernier acte de tyrannie ne servit qu'à mettre en évidence' la perversité des courtisans, la basse servitude, l'ignominie de quelques magistrats et jurisconsultes , et le généreux courage de quelques autres; ne servit qu'à ajoul'^i une lâche nouvelle au règne de Louis XV.
Le parlement de Paris fut dissous a'»
mois de février 1771 ; on lui substitua un conseil supérieur, composé de créatures des ministres; et. le 30 novembre L77i. sous le règne de Louis XVI, le parlement, rétabli, fit sa rentrée solennelle. On avait répandu beaucoup d'écrits et de vers .sati» riques lors de l'expulsion du parlement: a sa rentrée, les écrivains, échos de la joit* publique, la firent éclater per des chansons.
Les jésuites furent, en 1763, chassés de France et de Paris (1) ; le collège de Loui-le- Grand, resté vacant, lut réorganisé et
(l) On composa plusieurs épigraram< -.
sur l'expulsion des- jésuites. En voici une faite après la clôture du collège de Louif\le-Grand ; elle se chante sur l'air Comment faire ?
Vous lie snve/. pas le latin ; Ne cr cz p:is irop au destin, r:ir vous niiUtcz au njasciilin Ce qu'.in n« met qu'au féminin; tom-neni faîre?
professé par d'autres maîtres. On y transfera, par arrêt du parlement du 7 septembre 1763, le collège de Lisieux. Le 10 octobre 1764, les commissaires du parlement filent en grande cérémonie Vouverture de ce collège.
Aucun changement notable ne s'opéra dans les administrations civiles.
L'administration fl<" la police de Pari<
fit, pendant ce règne, d'utiles et déplorables progrès. Si elle contribua à prévenir beaucoup de crimes, elle en favorisa plusieurs autres. Les maisons de jeu qu'elle autorisa, les maisons de débauche qu'elle voulut diriger, accrurent l'immoralité publique Enfin, comme on le verra dans le paragraphe suivant, elle se souillait des ordures qu'elle s'habituait à remuer. Je
La ooiriDj Xjtr3-Dr;n)C.
n'en parle ici que sous le rapport de la sûreté individuelle. Aucun asile nélait respecté par la police. Ses perHdes investigations, contenues dans de faibles limites,
La suivante moins méchante ot plus historique :
Que fragile ««si ion son, srciélo perverse ! In boiieux l'a fondés, un bossu *te renverse.
Ignace, foniateur des jésuites, était boiteux ; et Tabbé Chauvclin , conseiller au parlement, qui contribua beaucoup à leur expulsion, était bossu.
troublaient tous les ménages; le pnisibii? habitant n'en était point à l'abri. Les societs de famille, les plus minutieux détails de la conduite des personnes, rien n'échappait aux perquisitions de la pouce.
La police accrut le nombre de ses suppùls immondes, enrégimenta des scélérats pour les opposer à d'autres scélérats, di minua par ce moyen le nombre d^-s voleurs el dts meurtriers: mais ce bienfait coûta cher aux Parisiens ; leur indépendance fut fortement compromise. Ils eurent moins de poignards à craindre, et plus de chaînes à porter.
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Cependant cette police, quoique très supi^rieure à celle des règnes précédents, n'avait pas encore atteint le degré de perlection où e'ie est arrivée depuis : elle ne taisait pas, je crois, usage d'agent^s provocateurs.
Etat cîvil des Protestants. Ils étaient très peu nombreux à Paris sous le règne de Louis XV, ou peut-être n'en existait -il aucun. Quoi qu'il en soit, l'horrible persécution que les jésuites avaient imaginée contre ces sectaires, que Louis XIV avait eu la faiblesse ou le fanatisme de faire exécuter par des agents qui en augmentaient la rigueur, pesait encore sur cette portion malheureuse des habitants de la France {1). La raison, étendant son empire sous ce règne, désarma insensiblement les persécuteurs, dont plusieurs partagèrent l'intérêt qu'inspiraient généralement leurs victime?. Des lois plus que draconiennes tombaient en désuétude, et n'étaient guère plus exécutables : on les adoucit par des palliatifs , mais on n'eut pas le courage de les abroger. On commença à renoncer, à l'égard des persécutés, à la qualification injurieuse de huguenots; des écrivains ecclésiastiques el monastiques même donnèrent des exemples de ce retour à la fraternité; ils les qualifièrent de « nos frères séparés, DOS fères égarés, nos frères errants. »
L'honneur de réparer un peu les torts de Louis XIV appartint, non à Louis XV, mais à son successeur.
Dans le mémoire qu'en 1786 le baron de Bretenil présenta au roi, on voit que, vers les dernières années de Louis XV, Paris était un asile assuré pour les protestants : « Enfin, la ville de Paris fut, y est- «• il dit, secrètement érigée en ville de to- « lérance absolue;*il fut ordonné, avec le « plus profond mystère, au lieutenant de « police de ne faire, au sujet de la reli- « gion, aucune recherche, ni des vivants, « ni des morts, pourvu qu'il n'y eiàt point « d'assemblée ni de scandales publics. » Ce sont les expressions de ce mémoire, lequel nous a seul conservé le souvenir d'un fait si remarquable (2).
(1) Voyez, ci-dessus. Etat civil des pro- Udtants.
(^2) Eclaircissements historiques sur les causes de la révocation de Vedit de Nantes et sur l'état des protestants en France, seconde partie, page 91.
Ainsi, les protestants auraient pu trouver un asile contre l'exécution des lois iniques et sacrilèges qui les menaçaient, si cette mesure n'eût pas été secrète; mais quel avantage peut-il résulter d'une tolérance dont les persécutés ne peuvent jouir, faute de la connaître?
Le même mémoire ajoute ; « Le duc d'Orléans, régent, laissa aux protestants une tolérance assez étendue ; ses sentiments n'étaient pas douteux; mais les grands intérêts personnels qu'il avait à ménager l'empêchaient de renverser ouvertement^ ce qu'il trouvait établi. Il délivra des cachots et des galères toliceux de ces infortunésqui y gémissaient . Il maintint les édits contre les assemblées; on condamna quelques réf, actaires, il leur fit grâce. La sortie du royaume fut libre; et cette indulgenc»" suspendit l'émigration.
« Après sa mort, le duc de Bourbon, devenu premier ministre, se laissa persuader que ce serait prendre un grand parti, un parti décisif, et fii.ir pour jamais cette longue et importune affaire, que de renouveler les déclarations de Louis XIV (1). » La persécution allait reprendre sa primitive activité; et les prisons, les galères, les échafa jds semblaient menacer de nouveau les protestants; mai-; le ministère de ce duc fut peu durable.
Petite Poste. Cette institution, propre à accélérer les communications dans Paris, et dont la nécessité était depui» longtemps sentie, commença en 4758. Elle est due au bienfaisant Chimousset, dont l'existence devint pour cette ville une véritable providence, et fut entièrement consacrée au soulagement et au bonheur des Parisiens. Cet établissement formait une administration particulière; elle a depuis été réunie à celle de la grande poste, située rue J.-J. Rousseau.
Paris contient douze bureaux où l'on peut affranchir les lettres pour cette ville et pour les départements, savoir : neul bureaux principaux et trois bureaux pre> des autorités, et plus de deux cents boîtes oii on les dépose.
Les lettres sont distribuées cinq fois p ni jour en hiver, et six fois en été ; elles \v
(1) Eclaircissements historiques sur les causes de la révocation de ledit de Nantes et sur l'état des protestants en France, secoude partie, pages 99, 100,
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sont trois fois par jour dans la petite banlieue, etune fois seulement dans les communes de la grande banlieue.
RÉVERBÈRES. Les lanternes avaient existé jusqu'en 17^6. A cette époque, le sieur Badly entreprit d'y substituer des réverbères. Déjà, au mois d'avril de cette innée, près de la moitié des rues étaient éclairées par des réverbères de sa façon, lorsque le bureau de la ville préféra les modèles du sieur Bourgeois de Chàteau- Blanc, qui. avec plus d'économie, rendaient plus de lumière. Ce dernier entrepreneur se chargea de pourvoir la capitale de trois mille cinq cents réverbères alimentant sept mille becs de lumière (1).
Le 30 juin 1769, le sieur Bourgeois fut chargé de leotreprise de l'illumination des rues de Paris pendant vingt ans.
Ce fut alors qu'on publia une pièce de vers de très médiccre fabrique, intitulée : Plainte des flous et écumeurs de bourses ànos seigneurs les réverbères. Elle contient un éloge indirect de l'administration du lieuteui?nt de police de Sartines, qui contribua à cette augmentation de lumière. *
Foires. Quoique les foires de Paris soient en général plutôt consacrées aux amusements qu'au commerce, je plactrai, comme je l'ai déjà fait ailleurs, cet article dans le présent paragraphe. Voici celles qui existaient pendant cette période.
Foire Saint- Germain^ située dans l'emplacement qu occupe aujourd'hui le marché de ce nom J'en ai déjà parié à l'époque de son établissement.
Le plan de cette foire offrait plusieurs rues alignées, se coupant entre elles à angle droit. La charpente des édifices était admirée.
Dans la nuit du 16 au M mars 1762, le feu piit à ces constructions, et détruisit toutes les boutiques, loges et salles qui s'y trouN aient. Il fallut tout reconstruire; maison reconstruisit d'une manière moins recherchée. Outre les boutiques, les cafés, les loges des ma;chands, on '.lablit quatre grandes salles de spectacle, où jouaient des danseurs ou comédiens forains : telles étaient les salles des Variétés, de l'Am-
(1) Le nombre de ces luminaires a successivement augmenté. En 1769, on comptait sept mille becs; en l'an 1809, onze mille cinquante ; en 1818 , onze mille huit cent .trente-cinq.
bigu-Comique, des Grands danseurs et des Associés. Les acteurs quittaient leur salltj des boulevards pour se rendre à celle-ci, et y joaaient pendant la durée de" la foire, qui s'ouvrait le 3 février et se fermait lo samedi avant te dimanche des Ram-aux.
L'établissement des galeries du Palais- Royal nuisit beaucoup à la pro nérité do celle foire, qui cessa en l'an 1786. Son emplacement est aujourd'hui occupé par l'utile Marché dit de STnt Germain.
Foire Saent-Laurent, située entre les r^ies du Faubourg-Saint-Denis et du Faubourg-Saint-M irtin, près la rue Saint- Laurent, et dans un emplacement nomm^'' encore enclos de la foire Saint- Laurent;^).
Louis le Gros avait accordé à la léproserie de Saint-Lazare le droit de foire, droit qui fut confirmé par Louis le Jeune. Philippe-Auguste, en 1811, acheta cette foire, et la transféra aux halles de Paris, dans le territoire de Ghampeaux. Ce roi, par l'acte de cette acquisition, accorda à Saint-Lazare un jour de foire dans le local de Sain -Laurent. Dans h suit-', lu durée de cette dernière foire reçut de l'extension : au lieu d'un jour elle en euf huit et puis quinze.
Les [urètres de la Mission, qui avaient succédé aux religieux de Saint-Lazare, obtinrent, au mois d'octobre 1651. des letties qui les confirmèrent dans la possession de cette foire, et de tous les droits et privilèges qui y e! aient attachés.
Munis de cette autorisation, ces prêtres consacrèrent pour le champ de foire un emplacement de cinq arpents entouré de murs, où ils firent construire des boutiques, loges et salles, et percer des rues bordées d'arbres. Cette foire durait trois mois-: depuis le l^r juillet jusqu'au 30 septembre.
Le sieur Colletet fit, peu d'années après, en l'année < 666, une descri[)tiun en vers burlesques de la foire de Saint-Laurent, de laquelle il resuite qu'on y voyait des marchands de joujoux, de pàiisseries, de limonade, d'ustensiles de ménage: des cabarets, un théâtre de mario:iuettes, et qu'elle était peuplée de lilous. L'auteur donne à la foire Saint-Germain la préfé-
(1 1 L'espace compris entre ces deux rtiea a longtemps porté le nom de Faubourg de Gloire. On ignore Torigine de cette ancienne dénomination.
niSTOIRE DE PARIS
lence sur celle-ci ; cependant la foire de Saint-Laurent reçoit des éloges :
Celle-ci pourlanl a sa grâce.
Elle est dans une l)elie place;
El ses liàtioiPiils, bi' n raugés.
Sont épalemenl partages.
Le temps qui nous l'a destinée
Est le plus beau temps de l'année (1).
Cette foire se tenait en effet au mois d'août.
Malgré les agrémenls que les prêtres de la Miss'on répandirent sur cette foire poury altirerdes marchands, desacheteurs, des oisifs, elle fut abandonnée, et cessa d être ouverte en 1775.
Ces ecclésiastiques ne se rebutèrent point. Ils redoublèrent de soins pour stimuler le public à s'y rendre; ils étudièrent ses goûts licencieux, et cherchèrent à les flatter.
La foire de Saint-Laurent fut rouverte le 17 août 1778. On vit avec plaisir ses rues larges, alignées, plantées d'arbres; on y trouva des boutiques garnies de toute espèce de marchandises, des cafés, des salles de billards, des sa41es de spectacles, des traiteurs. Sous le rapport des amusements, des plaisirs, cette fuire ne le -cédait en rien à celle de Saint-Germiain; elle lui était de beaucoup supérieure par la beauté et l'étendue du local, et par sa situation riante et champêtre. Comme les religieux de Saitit-Germain, les prêtres de îa Mission voulurent avoir leur Waux- Hall. Ils firent construire dans l'enclos de leur foire, sur les dessins de M. Mœnch, une redoute chinoise où se trouvaient des escarpolettes, une roue de fcirtune, des balançoires, un jeu de bague et autres petits jeux peu connus; de plus, un jardin, un salon chinois pour la danse, une grotte pour un café, un bâtiment chinois pour un restaurateur, des décorations charm.antes ou bizarres : c'était un Waux- Hall d'été.
Dès son ouverture, y futélablie la salle despeclacle du steurLécluse, où se jouaient des pièces dans le genre qu'on nomme poissard.
La nouveauté de cet établissement y -attira d'abord la foule. Cette foire jouissait d'ailleurs de franchises pareilles à celles dont se prévalait la foire de Saint-Germain; néanmoins, soit parce qu'elle était
(1) La Ville de Paris^ en vers burlesques, ■deuxième panio, page 12.
trop éloignée du centre de la ville, soil pour d'autres causes ignorées, elle fui insensiblement abandonnée, et n'existail plus en l'année 178§.
Foire Saint-Ovide, située d'abor^ place Vendôme, ensuite place Louis XV Le pape ayant envoyé aux Capucines dt la place Vendôme un prétendu corps dt saint Ovide, ces religieuses célébrèrent I; fête de ce saint, et exposèrent sa relique q.ui attira chaque année un grand cou cours d'amateurs. Plusieurs marchand>.
appelés par l'affluence, étalèrent leurmarchandises devant l'église des Cap'; cines; puis, une ordonnance de police h'oblii:ea, eu 1764^ à s'établir sur îa placi Vendôme, où on leur constiuisit de pcl!tesbaraquesen charpente. Cette foire s'ouvrait le 30 : oùt : les amateurs, en trtgrand nombre, s'y rendaient le soir, et \ restaient jusqu'à minuit. On y voyait despectacles, des bateleurs et des marioi nettes. On y vendait des joujoux, du pam d'épice et autres objets d'une semhlablr importance. En 1762, on y mit en vont. des figures représentant un jésuite sortaf d'une coquille d'escargot et y rentrant : c- ~ figures furent à la mode.
Au mois de juillet 1771, il fut ordoni que la foire de Saint-Ovide serait transfc rée de la place Vendôme sur la place de Louis XV. Les marchands se plaignireni vainement de cette translation qui it> exposait à la poussière dans les temps sec-, et à la boue dans les temps pluvieux.
Cette foire ne resta pas longtemps en < n lieu. Dans la nuit du 22 au 23 septembre- 1777, le feu prit aux baraques, boutiqu^> et salles de spectacles; elles furent promptement consumées : ce qui causa des pnites considérables.
Les directeurs de spectacles, Audinot, Nicolet et autres, donnèrent plusieurs représentations au profit des incendié-; ce fut le premier exemple d'un acte df bienfaisance de cette nature. lia, depui-, été souvent imité.
Après cet accident, cette foire, qu'uiif^ relique avait fait naître, que le feu détruisit, fut supprimée; et on s'occupa de r^ tablir celle de Saint-Laurent dont je vie»;de parler.
En 1725, sous le ministère du duc de Bourbon, les Parisiens éprouvèrent une famine causée par l'intempérie des saisons et l'imprévoyance du gouvernement.
Le prix du pain, à Paris, s'éleva iusnu'à
'Ux sous la livre. Les accaparements de
-eux qui spéculent sur la misère publique,
■f les moyens de lépression employés con-
• eux par de> magistrats inhabiles aug-
•ntèrent la disette et la cherté.
Cette famine fut accompagnée de soulè-