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extraordinaire sans en dévoiler l'origine.
diverses a^so observer reli--
Ce\\cdchfranche-7naçonnerie esiïncou' | uue aux maçons les plus instruits. Ils ne ; l'ont considérée que dans l'isolement, et ne se sont pas aper us qu'elle se rattache à d'antiquesinstitutions quilui ressemblent, sinon par le fond des choses, au moins par les formes. Cette ressemblance de formes en indique la source.
Dans presque tous les cultes de l'antiquité, il s'était formé des associations secrètes dont les rites et pratiques étaient nommés mystères. On croit que les prêtres de l'Egypte en donnèrent le premier i?xemple. Utiles au sacerdoce dont ils accroissaient la fortune et la domination, les mystères exerçaient aussi un empire puis* sant sur l'esprit des hommes. Par l'initiation, ils se croyaient régénérés, spécialement favorisés "par les dieux, et devenus meilleurs; ils . acquéraient parmi leurs iîemblables une distinction honorable, et retrouvaient affranchis de la crainte des châtiments futurs. Tels étaient les liens qui enchaînaient les trompeurs aux trompés et les prêtres à leurs crédules prosélytes.
Pour parvenir à l'initiaUoa, il fallait se soumettre à des épreuves, à des jeûnes, à des abstinences: puis on était puriné par une sorte de baptême qu'administrait un prêtre qualifié en conséquence d'hydrouos. 0:î recevait des instructions, on prêtait dessermeut^s; et, après avoir passé par les ténèbres, on voyait la lumière. Pour arriver au dernier degré de l'initiation, il fallait passer par divers grades; on avait des signes, des fables et des mots de reconnaissance, qu'on nommait symboles, cotations (1).
Ces documents suffisent à ceux qui sont inities dans ia franche-maçonnerie, pour reconnaître des conformités frappantes entre les initiations des anciens et celles des modernes, et pour y apercevoir leur origine.
Par quelles voies c^s rites, changeant d'objet, de lieux, et de noms, ont-ils été j ceux du christianisme se maintint jusqu'à
permit à diverses sectes, à ciations de les imiter, d'eu gieusement les pratiques.
Le christianisme, né au milieu du poly théisme et des mystères de diverses divinités, eut aussi les siens : il eut ses initiations, ses épreuves, ses signes, un secret, des serments, un baptême, etc.
Le secret était rigoureusement recommandé aux initiés du paganisme; ceux qui révélaient les mystères étaient considérés comme des infâmes et des homme»
dangereux. Les chrétiens étaient -oblig''-> d'observer un pareil secret, surtout pour le» mystères de la Trinité et de l'Eucharistie.
Avant la célébration des mystères du paganisme, un héraut faisait 'sortir les profanes en criant : Loin d'ici les profanes! les mystères vont commencer!
. . . Procul! hinc procul este, profana
Les chrétiens, avant la célébration do leurs mystères, employaient, dans le mêm'î cas", la même formule. Saint Chrysostôme dit : «.Quand nous célébrons les « mystères, nous renvoyons ceux qui ne « sotrt point initiés, et nous fermons les « portes (1). » Un diacre criait : Loin d'ici les profanes! fermez les portes, le-s mystères vont commencer! ou bien : Le* choses saintes sont pour les saints! hors d'ici les chiens! [Sonciasanctis! foris canes) (2).
Dans l'initiation des mystères du paganisme, on observait des grades • tels étaient ceux des myste? et des époptes. Cljez les chrétiens de la primitive Eglise se trouvaient aussi les grades d'auditeurs, de compétents et de fidèles.
Le sieur de Vallemont, docteur en Sorbonne et auteur d'un oavrage sur les mystères des chrétiens de la primitive Eglise, cite plusieurs témoignages qui établissent les traits de conformité qui se trouvaient entre les mystères des deux religions opposées, et nous apprend que le se:ret de
transmis de la plus haute antiquité jusqu'à nos jours? L'habitude, fortifiée par la barbarie des temps, fortifiée par la persécution, la plus puissante conservatrice des usages, fit continuer les mystères, et
(1) Voy« le roman di Sethos, par l'abbé Tcrrasson. — Riclierclies sue les Initiations anciennes et Tnoiif.'Hf.<, par i'abbé R... — Histoire criiique des Miifé'es >U l antiquité, etc.
la fin du sep'-ième siècle, ou au commencement du huitième, et qu'il ne cessa que parce qu'il devint le secret de tout le monde (3).
{l]Sancti chrysostomi Homelia 2Z,in}falth,
(2) Mœurs des c/tre^ierw, par l'abbé Fleury. sectiou 15.
{3} Le Secret dts Hystères, préface, p. xiij, et les chapitres 4, 5, 6, 7 , etc.
Ainîîî, la pratique eties rites des mystères de l'antiquité furent, par les chrétiens, maintenus jusqu'au huitième siècle.
Les païens, dont le culte, quoique secret, existait encore à cette époque, conservaient les formes et les dogmes de leurs mystères. Ces formes, avec ou sans les dogmes du paganisme, ont donc pu facilement être transmises aux hommes du huitième siècle.
Si l'on considère qu'à cette époque, sous les successeurs de Charlemagne, commencèrent d'épouvantables désordres et l'extrême bai barie ; que l'absence des règles, les incursions des Normands, les guerres des princes et l'ignorance des prêtres, dont la plupart savaient à peine lire, laissèrent à l'idolâtrie, qui subsistait encore, la liberté de se propager, de se fortifier, et d'opérer le mélange monstrueux des pratiques les plus hideuses de la magie avec les cérémonies du christianisme; on ne fera pas étonné de voir se continuer des mystères dont les religions païenne et chrétienne conservaient les formes.
Lorsqu'on se représente Tétat de cette période, son anarchie complète, le mépris de tous les droits, le peu de sûreté où se trouvaient les propriétés et les personnes; lorstîue l'on a la certitude qu'aucune loi n'était en vigueur, qu'aucun frein ne contenait les hommes puissants, qu'ils s'étaient fait une habitude familière du vol, du brigandage et du meurtre, on ne sera pas non plus étonné que les individus de la même profession, qui n'étaient point retenus dans les liens de l'esclavage, se soient concertés pour se fortifier et se protéger mutuellement contre tant de désordres; qu'ils aient formé des corporations; et que, pour se soustraire à la féroce avidité des seigneurs, ils aient donné à ces corporations je caractère des sociétés mystérieuses dont les religions païenne et chrtliLUuo leur avaient conservé des modèles.
En effet, on trouve à cette époque désastreuse des cor[iorations secrètes de plusieurs espèces : les unes politiques, les '/ autres purement religieuses, et les troisièmes dans l'intérêt des professions mécaniques, mais qui toujours participaient à la religion d'où elles dérivaient.
Les corporations secrètes et politiques sont connues. Te s étaient en Allemagne ces fameux tribunaux des francs-comtes, des francs-juges, nommés aussi saint tri-
bunalsecret. Ceite msJtution mystérieuse, l'etftoi des têtes couronnées, des criminels de tous les rangs, et trop souvent des innocents, laquelle se composait de dénonciateurs, de condamnateurs et d'exécuteurs, et qui offrait toutes les formes des mystères de 1-antiquité, paraît devoir son origine aux horribles persécutions qu'à plusieurs repri£esexerça,dans ces contrées, l'empereur Charlemagne. Cette origine est appuyée sur le sentiment des écrivains qui onttraité de cette institution politique(l).
Ces formidables tribunaux ont subsisté jusqu'au milieu du dix-septième siècle.
Une autre société mystérieuse existait encore dans les contrées germaniques; on en trouve des traces au quinzième siècle; miSis son origine devait remonter à des temps bien antérieurs. Voici ce qui atteste son existence :
Un voyageur français venant de Constantinople, va, en l'année 1433, loger ; Saint-Pœlten, chez le seigneur de Valc Pendant qu'il y séjournait, on annonc<:
l'arrivée d'un gentilhomme de Bavière. S cette nouvelle, un seigneur, nommé Jacques Trousset, se lève, et dit qu'il alhit faire pendre ce gentilhomme aux branches d'unef aubépine du jardin. Le seigneur de Valce prie Jacques Trousset de ne point offenser ce gentilhomme dans sa maison ; mais Trousset répond : Il ne peut l'échapper, il sera pendu. De Valce va au devant du gentilhomme qui s'avançait, et l'oblige de se retirer. « La raison de « cette colère, dit le voyageur français dans « sa relation, est que messire Jacques, « ainsi que la plupart des gens qu'il avait « avec lui, étaient de la secrète compa- « gnie, et que le gentilhomme, qui en « était aussi, avait mésusé (2); » c'est-àdire avait divulgué le secret ou violé le serment de la société mystérieuse.
En Danemark, au douzième .siècle, il existait une société appelée les frères Roschild; elle avait pour but de purger les mers des pirates qui les infestaient. On ignore si cette société avait des initiations et des mystères.
{V) EiiioxTt du tribunal secret j par Jean- Nicolas-Etienne de Bock, chap. 1,
(2) Voyage d'outre-mer pendant les anné» 1432, 1433 , par Bertrandon de La Brocquière, extrait d'un manuscrit imprimé dan» les Mémoires de l'Institut, sciences morale» et 'politiques, t. V, page 632.
sous LOUIS XV
A Langres, était, au comraenc3«nent du |jatorzième siècle, la société de la Bonne folonté (I); à Poitiers, au seizième siècle. Jelle des S.flleurs, etc. Plusieurs autres tilles avaient des sociétés mystérieuses fîi l'on prêtait des sermeats souvent sacrilèges.
Parlons des sociétés secrètes qui portent
un caractère religieux. Il est certain qu'à l'époque du huitième siècle plusieurs cultes de l'antique religion des Grecs et des Romains existaient en Europe. Parcourez les conciles de cette époque, les capitulai res des rois de la seconde race, les recueils de décre s relatifs à la discipline ecclésiastique par Reginon, par Burchard, et vous verrez des preuves incontesîables de la ccntinuatiou du culte des païens et de son existence à cette époque; culle qui, pour n'être ni public ni autorisé, n'en était pas moins en vigueur.
Ou adorait des pierres, des arbres, des idoles; on faisait brûler des chandelles devant ces objets sacrés (2).
On adorait Diane ou une divinité mâle appelée Dianus; on adorait les faunes sous le nom de divinités analogues, appelées Dusii (3).
On adorait des divinités' nommées Herodiade, Dame Dabonde, Hera, Holda (4).
On invoquait lesnymphes ou les fées (o). Au douzième siècle, dans l'Esclavonie, on rendait un culte public au dieu Priape, qu'on nommait Pripe-Gala (6).
Le culte de Jupiter, sur le Mont-Jou, a subsisté jusqu'à la fin du dixième siècle; et Bernard de Menlhon, archidiacre d'Aost, qui en fonda, en 980, l'hospice dit aujourd'hui du Mont-Saint-Bernard, renversa le premier l'idole de Jupiier, adorée sur lacimedecetie montagne, et parvint à en chasser le Démon, ou plutôt les prêtres de ce dieu, qui par leurs brigandages ren-
(1) Glossane de QjrperUwr, au motSoot^toj, n. 3.
(2) Regino, lib.. II, édit. Baluze, pages 342, 343.— Burchard, lib. X, cap. 1, 2, 3, 10.
(3) Glossaire de Ducange, aux mots Dusii et Dusiolus.
(4) Voyez. CQs mots aux Glossaires de Du- Hnge et de Carpentier.
(5) Glossaire de Ducange, aux mots Fadus, Yada.
(6) Àmplissima collectio veteruin scriptonim^ Wl. p, 625, 626.
daient le passage dangereux aux voya^ gours(l).
Si les cultes de ces divinités, que les chrétien:^ ont toijojrs qualiTiées de démons ou de diables, se sont maintenus si longtemps au milieu du christianisme, ils ont du s'y maintenir avec leurs rites et leurs mystères.
En effet, on voit que les autels de ces divinités païennes étaient honorés, par des luminaires, de l'encens, des olfrandes, et qu'on y faisait des sacrifices. On voit aussi que leurs adorateurs se réunis- -saient en assemblées, et qje ces assemblées avaient le caractère de réunions mystérieuses.
^Une grandemultitude de femm9s(iw;2»merâraidtitvbiine mulierwm,) se réunissaient pendant la nuit dans des lieux déserts pour honorer les divinités Diane ou Damj Habonde, y faisaient de: repas, des danses, s'y occupaient de diverses affaires, et disaient, pour étonner les personnes crédules, et cacher aux chrétiens le lieu de leur réunion, qu'elles étaient transportées dans ce lieu montées s ir des animaux, et qu'en cet équipag9 eile.^ parcouraient rapidement une partie des régions de la terre. On nommait ce voyage nocturne course dj Diane (2).
On rendait encore un culte à la lune, attribut de Diane ou Diane elle-mè.me, commeletémoigne le surnom de Nocùluna, donné dans ces assembléesà cette divinité. Les mêmes adorateurs étaient sans doute ceux qui, lors des éclipses de lune, se réunissaient pour cùqv - vince , luna (triomphe, lune)! usage très ancien, qu'on retrouve chez presque tous le? pijples de l'Orient, et dont Mixirae de Tyr fut un reproche aux chrétiens de son temps (3),
Ducange dit que ces réunions très nombreuses, et auxquelles, suivant l'auteur du Roman de la Rose, assistait un tiers
(1) D*jk Wont-Jou, par M, Mangoarit, élition de l'an ix, pages 39 et 40 ; et Gallia chn'sliana, tom. XII, page 730.
(21 c^pitularia Baluzii, tom. II, col. 365. — Glossaire di Ducange, aux mots Diana, Dianus. — Glossaire de Carpentier^ aux mômes mots; le Romande la Rose, vers 1304; et le Glossaire de ce roman, au t«m3 IV", page 209, édition de 1737.
[3] Glossaire de Ducange, au mot Finc#, I {urta.
delà population, rappelaient les réunions Tulgairement nommées sabbats (1).
Les associations qui portaient ce dernier nom étaient, à ce qu'il paraît, plus " fameuses et plus générales que celles qui avaient pour objet le culte de Diane. Si l'on écarte des nombreux récits des dénionographes tout ce qu'ils contiennent de merveilleux, si l'on s'attache aux principaux traiis sur lesquels ils s'accordent, il résultera que ces assemblées nocturnes, appelées sabbats, ne présentaient que la célébration des mystères de Pan, dieu des campagnes.
Ces assemblées étaient mystérieuses, puisque les démonographes nous apprennent qu'elles se tenaient pendant la nuit dans des lieux éloignés clcs habitations, dans l'épaisseur des forêts. Les agrégés portaient dessignes de reconnaissance, et s'engageaient par serment à garder le secret.
Ces réunions étaient consacrées aux mystères du dieu Pan, puisque le prêtre qui les présid it portait les traits qui caractérisent ce dieu : comme Pan, il était AÔtu d'une peau de bouc ; comme ce dieu, son front était orné de cernes, et son menton garni de la barbe de cet animal; c'esl-à-dire qu'un m.asque cornu et barbu donnait à ce prêtre les principaux traits de cette divinité agreste, masques ou plutôt têtières fort en usage dans les mystères antiques.
Les monuments de l'antiquité nous présentent Pan sous les formes du bouc; et l'on sait que les prêtres de plusieurs divinités, notamment de celles qui, comme ce dieu, étaient d'origine égyptienne, se présentaient en célébrant le culte sous les formes qu'on attribuait à la divinité dont ils étaient ministres. La table isiaque et plusieurs autres monuments égyptiens en offrent des preuves nombreuses.
Les peintres et sculpteurs ont emprunté les traits de ce dieu ou du prêtre qui le , représentait, pour figurer le diable.
\ Voilà bien des restes du culte idolâtre 4 et des associations mystérieuses du paga- ; liisme. Passons à la troisième espèce de ces '■ associations.
Ceux qui exerçaient diverses professions mécaniques se réunirent, comme je le j)ense, en sociétés pour se' soustraire aux
M) Errans aveques Dame Habonde, El dienl que par tout le monde Les tiers euf^iis de naeion Sont 4ç «Ile cendicion.
TâRw. — Typ. Lacoi'R, rue FoufBut, 48
ravagea de la féodalité, et adoptèrent di^ mystères qui n'étaient pas étrangers à la religion.
L'originede ces associations mécaniques, quoique les pratiques mystérieuses n'en aient été entièrement découvertes que dan-des temps voisins du nôtre, n'en est pa> moins très ancienne, parce que plus un usage est répandu, plus la source en est éloignée. Or, l'usage des mystères dans les professions mécaniques a existéet existe encore dans une partie de l'Europe. On sait que dans toute l'Allemagne les apprentis, les compagnons de divers métiers, ont pour se reconnaître réciproquement des signes, des attouchements, des mots consacrés, qui sont propres à leur grade et à leur métier. Un compagnon arrivant dans une ville n'est point admis à y travailler, à y recevoir l'hospitalité, avant que le syndic du corps n'ait obtenu de lui les mots secrets, les signes de reconnaissance; cet usage se pratique même en France.
« Depuis un temps immémorial, dit un écrivain moderne, les charpentiers, les chapeliers, les tailleurs d'habits, les selliers, les maçons constructeurs, et, en général, presque tous ceux qui exercent des métiers de ce genre sont dans l'usage de se réunir, sous des formes mystérieuses, pour recevoir compagnons les garçons qui ont fini leur apprentissage. Les membres de ces coteries sont connus sous les noms de compagnons du devoir. Dans quelques départements do la France, on les appelle encore les sans gêne, les bons enfants, les gavots, les gorets, les droguins, les passés, les dévorants,'etc. Ces compagnons ont adopté un mode d'initiation, dont l'objet est de former entre eux un lien universel, au moyen duquel tous ceux qui sont reçus deviennent membres adoptifs de la grande famille des ouvriers. Ils sont secourus par leurs camarades, dans quelques parties du monde qu'ils soient jetés par le sort; on leur procure du pai« et du travail dans un pays, lorsqu'il!
n'en trouvent pas dans un autre {^). " On trouve ici les caractères des mystères antiques, et, de plus, le motif que j'ai assigné a ces associations, celui de se protéger réciproquement.
jl) Histoire de la Fondation du Grand-Orim de France, page 328.
sots I.
A Paris, les compagnons de divers métiers observaient des règles semblables, et y joignaieut des pratiques mystérieuses que le basard ou quelques indisciétions ont fait découvrir. Le 21 septembre 1645, les compagnons cordonniers, appelés compagnons du devoir, furent dénoncés à la Facultt' de Théologie, h cause des pratiques de l'initiation d'un apprenti au grade de compagnon. Voici le détail de ces pratiques:
ris XV 495
Ces compagnons s'a.-^soinblaient dam
une mais'jn où ils occupaient deux cbani-
bres contiguës. L'aspirant recevait d'abord
le baptême avec les ct-remonies en usage
dans les mystères d'Eleusis ou dans lés
églises des chrétiens. On lui donnait un
parrain et une marraine; on lui taisait
prêter serment., sur sa foi, sur sa part en
1 paradis, sur le saint chrême, de ne jamais
i révéler ce qu'il voyait faire, ni ce qu'il en-
I tendait dire.
Hôtel Lambert.
Telle était, en gros, l'initiation des ^X)mpag^ons cordonniers, dont les pratiques découvertes furent condamnées comme impies par la Faculté de Théologie. L'official de Paris, par sentence du 30 mai 1648, et le bailli du Temple, par une autre sentence du 1 i septembre 1 651 , condamnèrent ces pratiques, et firent promettre aux maîtres cordonniers de n'en plus souffrir l'usage.
Cette découverte en amena d'autres.
On fut informé que les compagnons chapcli'-v-î, tailleurs d'h:i])it? et selliers, en
IV DllAlRB
éler-ant les apprentis de leurs métiers au grade de compagnon, observaient des cérémonies semblables et même plus sacrilèges encore.
Les chapeliers se réunissaientdansdeax chambres commodes et contiguës. Dans l'une était une table, sur laquelle ils plaçaient une croix et tous les instruments de la passion ; sous la cheminée, ils dressaient les fonts baptismaux. L'aspirant, après s'être choisi parmi les assistants un parrain et une marraine, était introduit dans la chambie du mystère: là, il jurait
yJ9i HISTOIRE
sur le livre ouvert des Evangiles, t par la « part qu'il préîend en paradis, qu'il ne « révélera pas, même dans la confession, « ce qu'il fera ou verra faire, ni un cer- « tain mot du gutt; duquel ils se server.t « conime d'un mot pour reconnaitre s'ils « sont corrpagnons. »
Après ce seiment, le récipiendaire était assujetti à plusieurs cérémonies qui ne sont par décrites; m:!is on sait que le sacrement de baj téme lui était administré avec le rite usité par l'Eglise.
Les comp:)gi:ons t ilUurs, pour le même objet, i^e réunissaient dans un lieu semblable. Sur une te b!e couverte d'une nappe à l'envers, étaient étalés une salière, un pain, une lasseà trois pieds, à demipleine, trois pièces de monnaie, trois aiguilles et leliviedes Evangiles, sur lequel, laspiront, après avoir choisi un parrain et une marraine, prononçait un serment semblable à celui des chr^pelieis. Puis, on ui f.:)isait le ré^it des aventures des trois premiers compagnons, récit plein d'impureté, dit l'écrivain qui me fournit ces détails, et qui avait rapport aux objets mystérieux placés dans la chambre ou posés sur la table. Dans ce récit, .ajoute-t-il, le mystère de la très sainte Trinité est plusieurs fois profané.
Les ccmpacnons selliers observaient,
dans l'initiaiion, des pratiques à peuprès
semblables. Après le seiment prêté parle
récipieV.daiie, ils dressaient un autel; un
\ d'eux y célébrait le sacrifice de la messe,
\ sans y ritn omt ttre, « et. dit notre auteur,
] « ils en contrefont toutes les actions av' c
« plusieurs cértmcnies et parties héréti-
« ques et impies.
« Lessermc! ts abominables, lessupers- « liticns inn, ie et les profanations sacri- € lépes qui s'y font de nos mystères, sont • si boriibies qu'on a été ccntrii.nt, dans « l'expcse, de n'en mettre que la moindre « partie. »
Un décret de la Faculté de Théologie, du 14 mais 1655, condamna cespraîiques qui oifrent des .ormes pareilles à celles des initiations de rantiquité, à celles de la franche-niaçcnnerie. On y parle d un eecrit. de ser;: ents, de signes et de mots de reconnaissance ; en purifie l'initié ; et il an ivf à un état nieilieur ; on lui conte une fable, comme on en débitait dans les initiations Oîiliques, et comm.eon en débite dans celles des maçons modernes, fable dont la matière offre un événement
malheureux, une persécution, un attentat ou une mort (1).
Les initiationspratiquées parlescompagnons de ces professions mécaniques n'ont, d la vérité, été découvertes qu'au dix -septième siècle; mais leur origine remonte à des temps plus anciens. La partie ostensible de ces initiations,* les règles des com^ pagnons du devoir, leurs mots secrets et leurs, signes de reconnaissance sont encore en usage dans une grande partie de l'Euro; e, et notamment dans les pays allemands; et, comme je l'ai dit, la grande extension d'un usage en prouve l'antiquité. La partie secr. te de ces initiations ♦* doit être aussi ancienne que sa partie ostensible. D'ailleurs, pour confirmer mes présomptions à cet égard, j'offrirai la preuve de l'ancienneté des mystèi es d'une autre profession mccanique, de celle des maçons constructeurs.
L'association mystérieuse des maçons remonte, suivant quelques écrivains de l'Angleterre, jusqu'au troisième siècle; mais ces écrivains, aveuglés par le désir de donner à ces établissements l'illustration de l'antiquité, n'ont pas assez solidement fondé leur gé-néalogie pour qu'on y croie. Voici ce qui paraît moins douteux.
Quelques maçons, au commencement du huitième siècle, quittèrent la Gaule, se réfugièrent dans la Grande-Bretagne, et trouvèrent un protecteur dans la personne de Kenrcd ou Ceiired, roi de Mer-. cie. qui les plaça sous la direct ou de Bennet, abbé du monastère de Virral.
Ou ignore le sort ultérieur ile cette colonie de maçons; mais, au dixième siècle, i en voit sur la scène historique figurer une as-^ociation de maçons qui construisaient {ilusieurs édifices en Angleterre.
Le prince Edwin, frère du roi Aldestan, fut, dit-on, nommé grand-maître de cette société, et en établit le chef-lièu à York: celieu devint célèbre. Là était la loge-maîtresse de toutes les loges anglaises. Les membres prenaient le titre de/Yee-ma^ so'ns, ou maçons libres.
Vers l'an î 150, l'association des maçons fit des élablissements en Ecosse. Le plus connu fut ceiui du vilhige de Kil- Winniug. Ces maçons construis; rent la
(1) Histoire critique des pratiques superstitieuses, par le P. Lebrun, tome IV, pages 54 et suiv.
sous LOUIS XV
tour de Tabbaye de ce village, et dans cette contrée, p'asicurs autres vastes édifices dont on voit encoie les ruines.
Au treizième siècie. florissaient en Allemagne des associations maçonniques.
Elles se com;iosaient, comme en Analeterre et en Ecosse, de véritables construc-
celle des frères pontifes, uniquement livrés à la construction de? ponts,,
Depuis le (iixièine siècle jusqu'au] quatorzième, ils bâtirent un grand nombr.e di» ponts en Italie et dans les provinces méridionales de la Franc.» (1).
Cette société avait des hosoices: sans
teurs d'édifices et se nommaient pareille- doute elle avait des secrets, ot certainement maçons libres. ment ceux de sou art, qu'elle ne trans- On a la certitude que ces associations mettait qu'à ceux qu'elle en-jugeait diobtinrent un état stable, une consistance gnes; mais l'histoire ne dit poin^ qu'elle honorable après l'an 1277, époque où fut eût ses mystères, ses mots et signes de commencé le temple magnifique de Stias- reconnaissance, et ne parle point do ses bourg; temple fameux [iw ses grandes initiations.
dimensions, par ses formes à la fois legè- De toutes les associations mystérieuses reset solides. La société maçonnique à îi- | dont j'ai parlé, celle âe-i francs-maçons a quelle on confia la construction d'un si j résisté aux atteintes du temps et d.^s goavasSte édifice devait exister bi-en aVant l'é- j vernements, s'est maintenue avec considération jusqu'à nos jours, et a s irvécu aux fiersécutions. A quelles circonstances
poque où il fut commencé; n:ais on ne sait rien de cert;>in sur sou existence antérieifre. Ervin dèSieinbach fut le t.rincipal architecte de l'église de Strasbourg. La gloire de sa construction rejaillit sur les membres de la société maçon nique'; ils furent invités à élever en Allemagne plusieurs édifices semblables.
Les diverses sociétés de maçons répandues en Allemagne se réunirent entre elles par un règlement daté du 2o avril 1459, et confirmé, en 4498, par l'empereur Maxi- 7uilien.- La société maçonnique de Strasbourg eut le titre et la prééminence de mère-loge, et une juridiction sur les autres loges de l'Allemagne il).
En France, existait-il âans ces temps anciens des associations ou loges de maçons libres ? Je l'ignore ; mais la comforraité de l'architecture des édifices des ireizième et quatorzième siècles, la coniormité de leur plan, de leur forme, de leurs ornements, portent à croire qu'ils l'ureiit construits [)ar desélèves de la même
doit-elle cet avantage? Pourquoi les mystères des autres professions mécaniques n'ont-ils pas eu la même fortune?
On ne peut attribuer cette différence de succès qu'à la supériorité de l'art du maçon, de l'art architectural, sur les autres professions mécaniques : les proJactions de est art sont plus savantes, plus historiques, et laissent des impressions plus durables. Cet art fut le s:ul qui, dans les temps 'oarbares, acquit une perfection qui nous étonne encore. En servant le luxe, la magnificence des princes et des corporations puissantes, il mérita leur protection et fut honorablement distingué; tandis que les autres mMiers, moins considérés, croupirent, ainsi que leurs mystères, dans une obscirité primitive.
Il reste une question à résoudre. A quelle époque ces sociétés mystérieuses, uniquement composées de nriaçons constructeurs, Kont-elles été par des homm?>î
école, d'après les p iucipes d'une société | regulatiice. Si nous n'avons que des cou- ; de tous les états? Ce changement est assez jectures à offrir sur les sociétés de con- ! récent. Depuis longtemps, pour être p;oslructeurs d'églises, de châteaux et de ! tégés dans k-urs réunion^, les miçons monastères en Fiance, nous avons la cer- * nommaient pour leur gand-maître'des tilude qu'il y existait une société de con- ' hommes puissants, des princes; et pour >irncteurs qui s'occupaient de travaux surveillants des hommes qui n'avaient de 'litVerents et non moins utiles. Telle était ' maçons que le titre. Cependant un lelè-
bre architecte d'Angleterre, Inigo-Jones, (1) Lettre de Vabbé Grandidier sur f origine \ des Francs-}f<içono, insérée dans l'Essai iur \ il] Recherches historiques sur les C'njrégjlaseclc des Illuminés, par deLuchet, p. 226; tions hospHa ières des Frères pontifes, p;-ir '"t dans les cérémonies religieuses de Bernard M. Grégoire, ancieEf évêque de Blois, 1818. Picard, édition da 1809, tome X. page 394. — Glossaire de Ducange, au mot Fratres
, pontis.
î96 rasTOii'.E
fut, au commencemeiil du clix-septiè[ne siècle, élu grand-maître.
Celte époque était celle des troubles civils et de grands désordres. Plusieurs loges maçonniques furent converties en clubs. On commença dès lors à recevoir i1ans les loges des particuliers qui n'exeroient poin*! la profession de maçons constructeurs. Les événements politiques changèrent l'usage ancien ; ce changement s'effectua avec lenteur; et, suivant un écrivain de la franch&-maçonnerie, il ne lut définitivement admis qu'au commencement du dix-septième siècle (1).
D'autres écrivains francs-maçons, pour donner à leur ordre l'illustration de l'antiquité et le prestige de la noblesse, ont désavoué son origine mécanique; mais ils l'ont fait sans preuves; et leur opinion vaniteuse n'a pas même le mérite de la vraisemblance (2j.
La franche-maçonnerie était en cet état lorsqu'elle fut introduite en France.
Vers l'an 1725, lord Dervent-Waters, le chevalier Maskelyne et quelques autres Anglais établirent une loge à Paris, dan la rue des Boucheries, chez un traiteur Jonglais, appelé Hure.
Ensuite, fut fondée la loge de Gousland, lapidaire anglais.
Dans l'auberge, portant pour enseigne le Louis-d'^Argent, située rue des Boucheries, fut, le 7 mai 1729, constituée, par un frère nommé Le Breton, une loge qui porta Te nom de l'auberge et celui de Saint- Thomas. Cette loge, quoiqu'elle soit la troisième, est considérée comme la première, parce qu* elle eut une constitution que n'avaient pas les précédentes. Aussi est-elle seule rangée, sous le n» 90, parmi les 129 loges dont, en l'an 1735, les francsmacons de l'Angleterre firent dresser un tableau (3).
(1) Acta lalomorum, tom. I, pag. 15.
(2) Les écrivains francs-maçons qui rougissent de descendre des maçons-pvatiques montrent plus d'orgueil que de connaissance dans l'histoire du passé. Ce reproche peut s'adresser à l'auteur, d'ailleurs fort estimable, de l'ouvrage intitulé Histoire du Grand- Orient de Francei (Koyez pages 9 et 10 de cet ouvrage.)
(3) Tableau des Loges de la constitution anglaise ^ qui se trouve dans le lome IV, pages 284, 285, des Cérémonies religieuses, ûition dr 1808,
En 1732, une nouvelle loge s établit rue de Bussi, dans la maison d'un traiteur, nommé Laudelle. Elle porta d'abord U* nom de la rue où elle était située, ensuit»'; celui de loge d'Aumont, parce que le dur de ce nom s'y était fait recevoir.
Le lord Dervent-Waters était considéi'comme grand-maître auprès de cee loges naissantes ; mais, de retour en Angleterre', il y fut décapité. Alors le lord d'Harnoues ter fut, en 1736, élu grand-maître par les loges parisiennes, dont le nombre, eu cette année, n'excédait pas celui de quatre.
Ce lord d'Harnouester, prêt à quitter la France, convoqua une assemblée pour l'élection de son successeur. Le roi, instruit de cette convocation et de son objel, dit que, si le choix tombait sur un Français, il le ferait mettre à la Bastille. Cependant, le 24 juin 1738, les maçons élurent pour grand-maître inamovible le du-d'Antin, qui ne .fut point empri.-onn^'.
Un événement qui se passa pendant s;i suprême magistrature contribua beaucoup à la propagation des loges. Des francsmaçons s'assemblaient chez un nomm<- Chapellot, traiteur, près de la Râpée : 1h lieutenant de police Hérault s'y rendit dans des intentions peu «favorables. Le duc d'Antin, qui s'y trouvait, reçut très mal ce chef de la police qui, piqué^ fit fermer la loge, murer ses portes, et prohiba toutes réupions maçonniques.
Des maçons, au mépris de cette défense, s'étant réunis, le 27 décembre 1738. dans une loge située rue des Deux-Ecus, pour y célébrer la fêle de l'ordre, y furent arrêtés par ordre du sieur Hérault et enfermés dans la prison du For-l'Evêque.
Rien n'est plus favorable aux institutions naissantes que la persécution. En 1736, on ne comptait que quatre loges ;i Paris; en ^742, il s'en trouva vingt-deux.
Le 1 1 décembre 4743, le comte de Clermont, prince du sang, succéda au dur d'Antin dans la fonction de grand-maître, et, dans une réunion solennelle, la loge mère reçut le titre de grande log« anglaise.
La persécution continua à s'exercer contre la franche-maçonnerie. Le 5 juin 1744. la chambre de police du Ghâtelet rend une sentence qui renouvelle les défense.'; faites aux maçons de s'assembler en loges, et aux propriétaires de? maisons ou c^baretiers de les recevoir, à peine de 3,000
sous LOUIS XV
livres (,i"amende. Ce fut alors que le granduiaître, le prince de Clermont, abandonna Jes loges, et laissa, pour le suppléer, un nommé Baure, banquier, qui cessa de réunir les membres de la grande loge. Il en résulta de nombreux désordres.
La manie des réunions mystérieuses ne se ralentit pas; mais les mnçous. dépourvus de leur société régulatrice, tombèrent dans un état d'anarchie. « Cette pé- « riode, dit un écrivain moderne, est « celle des constitutions illégales, des faux « titres, des chartes antidatées délivrées • par de prétendus maîtres de loges, ou
lébraient à l'hôtel do Soissons, rue dç3 De:ix-Ecus, la cérémonie d'une réception, arrive un commissaire, suivi d'une escouade du guet, qui trouble la fête, di^per-e l'assemblée, et se saisit des meubles et ustensiles de la loge. Le 18 de ce mois, la chambra de police; du Chàtelet réitère ses défenses, et condamne le nommé Le Roi, traiteur, à 3,000 livres damende, pour avoir contrevenu à ses ordonnances. Cette persécution n'em-iêcha point le chevalier Beauchaine, maître inamovible de la grande loge de France, de fonder, en 1747, l'ordre des Fendeurs, où les dames étaient admises, et" qu'on nomma en
fabriquées par des loges elles-mêmes, « dont qut:rlques unes s'attribuèrent une | conséquence ordre d'Adoption ''!). La • origine mensongère qu'elles -firent re- ' première réunion eut lieu, le 17 aoiît do « monter à loOO ou 1600. Les gefis de la ! cette année, dans un vaste jardin situi^ « suite du Prétendant ajoutèrent à ces ; dans le quartier de la Nouvelle-France, ' désordres, ei\ délivrant au premier venu près Paris. Le fondateur nomma ce jardes pouvoirs de tenir loge, en consti- | din le Chantier du Globe et de la Gloire. « tuant des mères-loges et des chapitres , Cette association n'avait, quant au fond, « sans nulle autorisation légale (1). » i aucun rapport avec c?lle des francs-ma-
Ge fut pendant cette anarchie que des ' çons. Il en est de même de plusieursautres coteries.ou ordres qui furent établis dans la suite-, tels que l'ordre de la Coignée, de la Centaine, de la Fidélité, etc. (2).
Cependant les habitants des provinces partageaient le goût de ceux de Paris pour les sociétés mvstérieases. Les An-
liommes entraînés par la corruption du -lècle, et voulant couvrir les débauches ■ l'un voile spécieux, empruntèrent celui de la maçonnerie. Ainsi se forma dans Paris l'ordre des Aphrodites, sur lequel j'ai peu de notions: lordre Hermaphrodite ou de la Félicité est plus connu. Ce
lernier, composé de personnes des deux j glais, surtout ceux du parti du Prétendant
et ce prince lui-même, favorisaient la propagation des loges maçonniques. Charles- Edouard Stuart, se trouvant à Arras, le 1 o avril 1 747, délivra aux maçons de cette ville « une bulle d'institution de chapitre « primordial, sous le titre distinclif d'E- « cosse Jacobite, dont il conféra le gou- « vernement aux avocats L'Agneau, Ro- « bespierre, et autres (3). »
Plusieurs villes de France, notamment Marseille, Lyon.Toalouse, Bordeaux, etc.,
-exes. de chevaliers et de chevalières, ca- ■hait sous des termes de marine le scandale de leurs discours. On a l'interprétation de ces termes mystiques : elle ne laisse aucun doute sur le motif de cette association plus que galante. Dans l'un les deux ouvrages qu'a fait imprimer ■ ette loge, on apprend que le sieur de Chambonas en était le foudateuret le grandmaître (2).
La persécution se renouvelle. Le 8 juin 17 i5, pendant que les francs-maçons cé-
(1) Acla latomorum, tome I, page 56.
(2) Voyez Formulaire du cérémonial ea oftge dans l'Ordre de la Félicité, observé ians chaque grade lors de la réception des
chevaliers et chevalières dudit ordre, avec un Dictionnaire des termes de marine usités îans les escadres et leur signitication en Tançais, etc., 174ô. Voyez aussi l'Ordre iitrmoftfirodite, ou les Secrets de la sublime Félicité, avec un discours prononcé par le chevalier H..., orateur au jariin d'Eden, chez N'K'o'as Martin, au Grand Mât. 1748.
j (l) Le chevalier Beauchaine pou?sait sou amour pour les travaux mystérieux jusqu'au fanatisme : il avait établi une lop;e daus le cabaret du Soleil-d'Or, rue Saint- Victor. Il couchait dans cette lo:;e; et, moyennant 6 francs , il conférait dans un même jour tous les grades à ceux qui se présentaient pour les recevoir.
(2j Histoire du Grand-Orient -de France, page 362.
(3) Histoire de la Fondation du Grand-Orient de France, page 18 4. — Àcta latomorjm, tom. L page 61.
avaient des loges maçonniques indépendan(cs de la grande loge de Paris.
Dans le quartier nommé !a Nouvelle- France (faubourg Poissonnière), en 1754, le chevalier de Bonneville fonda un chapitre des hauts L'rades, et l'installa le 23 novembre de cette année; il y avait fait élever un beau bâtiment où il réunit une soc'été d'hommes puissants de la cour et delà ville, qui, déjà fatigués des dissensions qui déshonoraient les autres loges de Paris, entreprirent de s'en séparer pour former cette réunion particulière, à laquelle ils donnèrent le titre de Chapitre de Clerracnt. On y fit revivre le système des Templiers.
Peu de temps après, en 1756, la grande loge anglaise de France se déclara grande loge du Royaume, s'affranchit de la dépendance de la grande Icge d'Angleterre, et s'attribua la suprématie sur toutes les loges de France, dont le régime était tombé dans de grands désordres.
Cependant l'orgueil dominait dans les loges. Le sieur de Saint-Gélaire intro'luisit", en 1757, dans Paris, l'ordi'e des Noachites ou Chevaliers prussiens. 11 fonda, en 1758, un chapitre dit des Empereurs d'Orient et d'Occident, dont les membres portaient le titre fastueux de souverains princes maçons.
Tandis que la 'grande loge de France travai lait à la régularisation de toutes celles du royaume, le prince de plermont, son grand-maître, d« goûté de ce travail, choisit, pour le représenter, un maître de danse appelé La Corne. Cem.èpris des convenances causa beaucoup de troubles
La grande loge refusa de le reconnaître. La Corne se retira et forma une seconde grande loge qu'il composa de personnes d'un rang inférieur. Il s'établit une rivalité et de violi nts débats que fil cesser le prince de Clermont, en retiiant les pouvoirs de La Corne, et en les confient au sieur Chaillou de Joinville. Une réconciliation s'opéra le 24 juin 1762; elle n'était pas sincère. Il n'y eut alors qu'une seule grande loge à Paris (1).
Elle s'occupa à régulariser toutes les loges de France; mais elle fut troublée dans ses travaux par le chapitre de Clermont, qu'avnit fondé le chevalier Bonneville, et par les conseils, chapitres et collèges des grades supérieurs. Elle fut trou-
(l) Actalatomorum, tome I, page 81, 82.
blée par ses propres membres. Ceux que La Corne avait introduits déplureuL aux anciens, qui les voyaient avec peine siéger parmi eux. A l'époque de l'élection des officiers, elle ne nomma aucun de ces nouveaux mem,bres,,qui, piqués, se retirèrent de la loge, et publièrent des libelles contre les anciens. Ceux-ci déclarèrent, le 5 avril 1766, les nouveaux membres bannis de la grande loge. Dissensions violentes-
Les bannis s'établissent dans le faubourg Saint-Antoine, se qualifient de grande loge, et, en cette qualité, constituent des loges à Paris. Le 4 février 1767, ils se portent dans la grande loge, le jour qu'on célébrait la fête de l'ordre, jettent le trouble dans la séance et y exercent des voies de fait. Le gouvernement saisit cette occasion pour ordonner ào la grande loge de cesser ses assemblées, qui ne furent reprises qu'en l'année 1771.
Pendant ce schisme, le grand-maître, le prince de C'ermonf, vint à mourir. Les frères bannis s'agitent et parviennent à faire nommer à la grande- maîtrise le duc de Chartres, qui nomme le duc de Luxembourg pour son substitut.
Les deux partis se réunissent en cette occasion solennelle; mais la haine qu'ils se portent les divise de nouveau.
En novembre 1772, le parti des bannis s'attache le duc de Luxembotu'g, et tient ses séances à l'hôtel de Chaulues, sur le boulevard. Là, après mille altercations, il arrête, le 24 décembre, que l'ancienne grande loge a cessé d'exister, et qu'elle est remplacée par une nouvel e grande loge na'ionale, laquelle fera partie intégrante d'un nouveau, corps qui administrera l'ordre sous le titre de Grand- Orient (1).
Le 5 mars 1773, le Grand-Orient tient sa première séance; on y confirme la nomination du duc de Chartres à la dignité de grand-maître; et celL> du duc de Luxembourg à celle d'administrateur général.
Cette loge fit beaucoup de règlements.
Contrariée par la grande loge, qui la regardait comme schismatique, elle répondit à ses anathèmes par des anathèmes; mais la loge du Grand-Orient, puissamment protégée, triompha de sa rivale. Cette loge, .qui tenait ses séances à l'hôtel de
(1) Aeta latomorunij tome I. page 102.
Chaulnes, sur le boulevard, prit, en l'ai;- i Envisagées sous la face la plus avjutanée 177i, possession d'un nouveau local j geuVe, ces loges tendeiit à réunir les hoiu-
dans le bntimont du Noviciat des Jésuites, rue du Pot -de-Fer; elle y est restée jusqu'en 1801. é oque où elle quitta ce lieu
mes, ;i tolérer, quement;
les fjire mieux connaître, a se se secourir, se corriger récipro-
elles ont, dans ces derniers
pour s'établir dans la rue du Four-Saint- temps, senti le besoin de faire disparaître Germain, no 47. lu.,^ :„,.f:i;.A «„ „„a„u„. * . ..__.: .
La loiïe du Gra- d-Orient a conservé sa
suprématie que l'on croit usurpée; elle a résisté longtemps aux altaqujs de la grande loge sa mère et sa rivale ; elle a résisté aux orages de la révolution (1 ; et, a ce sujet, je dois dire qu'en 1796 il n'existait que trois loges à Paris.
En 1799, la grande loge et le Grand- Orient, arrès plus de trente ans de débats, se réunirent (2).
Ces loges se sont divisées et fréquemment msultées : c'est uu vice inhérent à l'humanifé. Elles ont favorisé les arts, -la littérature, soulagé les malheureux et répandu les aumônes : ce sont les mérites de l'institution.
Mais ces loges n'ont jamais pu se garantir des ill isions de l'orgueil, ni renoncer à leur goût pour les mensonges imposants; mensonges que leurs membres ne croient pas el qu'ils feignent de croire. Leur origine, qu'ils font remonter au-delà des bornes trop circonscrites de l'histoire et qu'ils placent dans les temps fabuleux et héroï]ues; les titres pompeux magnifiques et étranges qu'ils se prodiguent à eux-mêmes : les décorations, les rubans dont ils s'affublent; l'air grave et sérieux qu'ils gardent dans de vaines pratiques, rappe'lerlt celui que mettent les enfants en jouant à la chapelle. C'est là le côté ridicule de leurs associations.
Sous un autre point de vue le mystère de leurs r unions, leurs nombreux associés, leurs secrets, surtout dans les hauts grades, inquiètent les gouvernements faibles et ombrageux.
(!)• L'auteur de V Histoire de 1% Fondation iu Grand-Orient dit à ce sujet : " Quoi! des '< trônes, des empires, des étab'issements de - plusieurs siècles, des institutions sacrées, M tout s'écroule et s'anéantit, et le chef-lieu " de la franche-maçonnerie reste intact au " tnilien de ces débris !... » La maçonnerie ne présentai: nul appât à l'ambition, à l'avarice; elle n'était en guerre contre aucun parti politique; elle faisait du bien à plusieurs, et ne faisait de mal à personne.
|2) Acia latomorum, torae I, page 204.
I leur inutilité, en prêchant et pratiquant exactement la bienfaisance Lorsque les francs-maçons renonceront à leurs litres et décorations féodales, à leurs pompeuses vanités, à la chimère de leur vaste et prétendue domination, à leurs d scours mensongers et à leurs pratiques puériles et sans objet utile, et qu'ds s'occjperont du perfectionnement de la morale publique, du irogrès des lumières et de la recherche de tant de vérités encore mé.:;onuues, de la destruction d'erreurs encore accréditées, ils acquerront des droits incontestabl s à la reconnaissance des contemporains e? de la postérité.
Ordre des Templiers. J'ai parlé des Templier- comme d'un ordre monastiqup et militaire, ici, je vais les considérer sous le rapport d'une société secrète qui prétend descendre directement, et être une continuation non interrompue de l'ancien ordre que Philippe le Bel, au commencement du quatorzième siècle, persécuta si cruellement et détruisit. Celte société prétend que l'ordre des Templiers, quoique dépouillé de ses biens et de sa dommation, n'a pas cessé d'exister ; que la grande-maîtrise, depuis la mort de Jac^ ques de- Molay, n'a jamiis été vacante; que Marc Larménius, de Jérusalem, en fut investi par ce dernier grand-maître, qu'en l'an 1334, François théoba'd, d'Alexandrie, lui succéda; el qu'en 1340 un Français, nommé Arnould de Bracque, fut élevé à ce^te dignité, qui depuis a toujours clé possédée par des Français rocommandables par leur dignité ou par leur talent.
Ces prétentions, qui paraissent chimériques, sont néanmoins fondées sur des monuments resj:ect3bles et dont l'authenticité semble à l'abri de toute critique. Ces monuments se divisent en manuscritgrecs et latins et en divers objets portatifs et ouvrages d'arts.
Les premiers monuments sont : un manuscrit grec dont l'écriture est du milieu du douzième siècle, qui contient plusieurs pièces très précieuses, parmi lesquelles on distingue l'histoire de l'initiation lévilique, depuis des temps très reculés jusqu'à
î'an 4i54; des documents sur la doctrine de l'initiation et sur la philosophie des prêtres égyptiens et juifs; des évangiles primitifs; 'rhistoire de la fondation du Temple; les témoignages de la transmission légale de l'autorité lévilique et patriarcale à HuEues des Payens, premier grand-maître de l'ordre des Templiers; enfin, la table d'or ou liste des grandsmaîtres. La plupart de ces pièces sont écrites sur vélin, en lettres d'or, dont l'éclat, ïltéré, offre Mne nouvelle preuve de l'antiquité de l'écriture.
Entre autres manuscrits, est une charte (atine, par laquelle Jean-Marc Larménius, successeur du malheureux Jacques de Molay, transmet la grande-maîtrise de l'ordre du Temple à Fiançois Théobald ou Thihaud, d'Alexandrie. Elle porte des caractères incontestables d'authenticité. A la suite de cette charte se trouvent les acceptations successives, manu pro2)riâ, de tous les grands-maîtres du temple, depuis Jacques de Molay.
Parmi les monuments ouvrages de l'art, sont plusieurs objets, tels qu'un coffret en bronze, en forme d'église, contenant un suaire de lin, enveloppant des fragments d'os brûlés qu'on dit être ceux qui furent extraits du bûcher où périt Jacques de Molay. Ce suaire de lin est brodé en fil blanc sur ses bords; à son centre est une croix des chevaliers du Temple pareillement brodée. Parmi ces monuments, se trouvent l'épée qu'on dit avoir appartenu à Jacques de Molay, et plusieurs objcis, comme crosse, mitre, qui caractérisent la dignité pontificale du grand-maître (1).
De ces divers monuments il paraît résulter que l'ordre du Temple était divisé en deux grandes classes : l'institut de l'initiation intime et l'institut militaire II résulte aussi de ces faits historiques que les Templiers, échappés aux bûchers, fugitifs, dénués de fortune et de puissance, et conservant sans doute l'espoir d'être rétablis dans leurs anciennes possessions, .se concertèrent, recueillirent les débris de leurs litres et documents, et reconnurent en secret un grand-maître; qu'un de ces chefs, Thibaud d'AlfXandrie, transmit, en 1340, la grande-maîtrise, avec les manuscrits et autres monuments de l'ordre, à Arnould de Bracque, issu d'une famille
i'i) Manuel des chevalier? de l'ordre du Tem jilp] pages 29. 33, 34, 35.
I>E PARIS
parisienne, très puissante en France sons les règnes des rois Jean, Charles V et Chai les VI (1).
Voilà comment ces titres et monumentsont parvenus en France et à Paris, et ont été mystérieusement conservés, jusqu'il nos jours, par les divers grands-maîtres, du nombre desquels fut Philippe, dur d'Orléans, régent de France. Le grandmaître actuel est le docteur Bernard- Raymond Fabré-Palaprat.
Parlons des liaisons de cet ordre avec les sociétés maçonniques. Les anciens chevaliers du Temple étaient affiliés à quelques ordres, séculiers ou religieux, qui observaient, comme eux, des initiations mystérieuses : de ce nombre on peut compter les Carmes. Ils essayèrent, en 1277, de s'associer avec les Frères Pontifes dont j'ai déjà parlé. Il paraît que ceux-ci refusèrent leur association (2;.
Ces chevaliers eurent aussi avec le-; francs-maçons des points de contact. Lorsque Philippe le Bel eut aboli leur ordre, dépouillé ou fait périr ses membres en France, ceux qui échappèrent à cette persécution se réfugièrent en Portugal, en Orient, et surtout en Ecosse, où, à l'instigation du roi. Robert Bruce, quelques Templiers apostats se rangèrent sous les baanières d'un nouvel ordre institué par ce prince, et dont les initiations furent calquées sur celles de l'ordre du Temple. Ce fut là, dit-on, l'origine de la maçonnerie écossaise et des nombreuses sectes qui en dérivent (3). Ce qui viendrait à l'appui de cette opinion, c'est que presque toutes les loges maçonniques ont un g' ade pris dans la maçonnerie écossaise, et qui se rapporte à la condamnation des Templiers et à l'abolition de leur ordre : telles sont principalement les loges qui ont adopté le K'-
(1) Vne rue de Paris porte encore le noia de cette famille. Arnould de Bracque et sou fils Nicolas, maître-d'hôtel de Charles VI ^ avaient un hôtel dans cette rue ; ils fondèrent ensemble, en 1348, un hôpital et une chapelle à yendroit qui fut occupé par les religieux de la Merci; religieux aftiliés à l'ordre des Templiers. Cette famille de Bracque avait ses tombeaux duns cette chapelle : Nicolamourut le 13 septembre 1352.
(2) itecherches hi:<lori;ues sur les Frère» Pontifes, par M. Grégoire, évoque de Hlois, pafTC? 26 et 27.
(H'' Manirl hi- cheraUcvc du Ttinple, p. U.
sors r gime rectifié, les loges ducs des Templiers réformés, des chevaliers Kadosches de tous les systèmes, etc.
Des auteurs prétendent qu'avant la persécution qui leur fut suscitée, les Templiers avaient coutracté une union assez intime avec les ma«--ous libres ou irancsmaçons d'AngletMre. Voici ce qu'on lit dans l'h^stoiie criliquede la maçonnerie: « Sous le règne de Henri II, les loges fu-