V. Etat civil de Paris
Depuis le commencement de ce règne jusqu'à l'époque de la révolution, il ne s'opéra, dans les cours de justice, dans les administrations parisiennes, dans l'état des citoyens, aucun changement notable.
On adoucit la rigueur de quelques lois anciennes, et la féodalité peidit (>; terrain. ^ ,.
Dans un gouvernement dont l'origine est barbare, "il ne faut, pour raméliorer, que détruire: on détruisitsou- Louis XVL
La question préparatoire, supplicequ'oQ faisait subir à l'accusé avant qu'il fut convaincu de crime, existait depuis longtemps malgré l'indignation des hommes justes : la cour du Châlelet s'abstenait de l'ordonner. Un édit, enregistré au parlement le o septembre 1780, supprima cette question préparatoire.
Un édit, bien honorable pour le ministre qui en est 1 auteur, est celui qui supprima, au mois d'août 1779, le droit de mainm.orte et de servitude dans les domaines du roi, et dans tous ceux tenus par engagement, et qui abolit le droit de suite sur les serfs et les mainmortables(1).
(1) La féodalité exerçait encoie, so Louis XV et Louis XVI, son odieuse tyran-
Mais on ne supprima point, dans la banlieue de Paris, l'usase féodal et désastreux, nommé les plaisirs du roi. Une immense quantité de gibier, perdrix, lièvres et lapins, y dévorait chaque année les moissons. On les voyait par troupes de cinquante, de cent, sur un même champ.
Il était défendu, sous des peines sévères. de les dctruire ; leur conservation était au contraire l'objet des soins du gouvernement. A une distance d'environ cinq cent toises les uns des autres, on avait établi des bouquets de bois appelés remises, pour héberger ces animaux destructeurs. En hiver, on y portait du foin; et, en été, de l'eau dans une auge placée à demeure.
Le rci, avec sa suite, venait une fois l'an chasser dans ces plaines ; on lui présentait' un fusil tout chargé, qu'il tirait sur la foule de lièvres qu'on faisait passer devant lui. Pendant plusieurs heures, sur toutes les routes, les voitures, les ca^ valiers et les piétons étaient arrêtés; le
nie. Je lis, dans les papiers du président de Meinières, qu'un habitant d'Auvergne, né dans une terre du marquis de Toumelle (ou plutôt Tourzèle), était poursuivi par ce marquis qui le considérait comme son serf. Un arrêt du parlement de Paris, du 17 juinl760, condamna le marquis.
Les seigneurs main mortables du Jura, et notamment ceux du chapitre de Saint-Claude, ont eu la barbarie de maintenir leurs sujets dans cet état de servage jusqu'au temps de lémancipation générale.
Les seigneurs, outre les droits de lots et de ventes, les cens, etc., qu'ils percevaient sur tous les héritages de leurs terres, jouissaient encore de prestations ou servitudes i'une origine barbare. Le chapitre de Re- Uiremont, en Lorraine, exigeait des habiîants de. Fougerolle , chaque année, à la Pentecôte, un plat de neige, et, à son défaut, une paire de bœufs. L'hiver de 178.3 ayant éré fort doux, ces habitants ne purent fourrfir de la neige àlabbesse. Ils imaginèrent de lui présenter un plat d'œufs à la Heige, et d'y ajouter les vers suivants :
Ce simple meU, par les goarmeU vanté.
D'un irihui dû c'eti la irop faibie ima^e; Mais la fig'ire, aux yeux irumpes du tage, Va«l souvent mieux que la réalité.
. La dame abbesse se contenta de cette manière dépaver la redevance, avec la réserve qu'elle ne tirerait pa» à conséquence.
ETAT CIYIL ^9
service public était suspendu. La révolution fît justice de cette oppression féodale.
Un mandement de l'archevêque, et des lettres patentes du roi, du mois de février 1778, enregistrées au parlement, supprimèrent treize fêtes dans le diocèse de Paris. Ce furent treize jours rendus aux travaux de l'industrie. On fit alors, comme on avait fait sous Louis XIV en la même occasion, des couplets contenant les plaintes des saints dont les fêtes furent supprimées (1).
Prisons. Depuis longtemps on s'indignait de l'insalubrité des prisons, et du sort des prisonniers qui, simplement accusés, étaient traités comme des coupables ; et l'indignation publiq'je avait de l'influence sur le gouvernement de certains ministes.
Le ministre Necker engagea Louis XVI à supprimer les prisons du For-l'Evèque et du Petit-Châtelet ; et une ordonnance du roi, du 30 août 1780, porte que les prisonniers seront transférés dans l'hôtel de la Force, dont le vaste emplacement promettait plus de salubrité aux détenus, et facilitait les moyens d'établir entre eux des séparations et distinctions nécessaires.
Le For-l'Evêque était situé rue Saint- Germain-FAuxerrois, dans l'emplacement de la maison numérotée 65.
On fit disposer Ihôtel de la Force, près de la rue Saint-Antoine, pour re.nplacer ces deux prisons ; il fut divisé en huit cours.
On était fort émerveillé de voir s'établir des pri>0DS spacieuses ; Jt le sieur de Caraccicli fit à ce sujet une pièce de vers où il manifeste son ravissement pour cette nouveauté (2).
Alors seulement on renonç:^ aux cachots du Grand-Chàtelet, et les criminels furent renfermés dans des prisons moins meurtrières.
Par lettres patentes d'avril 1783, on
(1) Voyez , ci-dessus , les vers composé», sous Louis XÏV, à l'occasion de la suppression des fêtes. Ceux qui le fureur sous Louis XVI se trouvent dans les Mémoires secrfts de Bachaumont, tome XI, au 19 mars 17 78.
(2) Voici les deux premiers vers :
Je l'ai baisé dix fois, cet édit précieux
Qui sur des malheareux éiead sa bienfaisance, etc.
BISTOinE
supprima la prison de Saint-Martin, consacrée spécialement aux filles publiques ; elle était fort incommode ; et l'on transféra les prisonnières à l'hôtel de la Force, dans une partie de cet hôtel, séparée de la prison des hommes, et qu'on nomme la Petite-Force.
Etat civil des Protestants. Depuis le règne de François I^r jusqu'à celui de XouisXVI, si l'on en excepte le règne de Henri IV, les protestants n'ont éprouvé, de la part des différents rois, que des persécutions. Brûlés vifs sous les règnes de François I^r et de Henri II ; trahis et égorgés par milliers sous Charles IX; pendus et poursuivis les armes à la main "sous Henri III et sous Louis XIII, ils éprouvèrent, sous Louis XIV, une persécution lente, progressive et savamment combinée; persécution sinon plus horri- >ble, certainement aussi criminelle que les précédentes. Elle se continua sous le règne de Louis XV. Les agents de ce roi, indignés de tant de violences et de tant d'iniquités, la ralentirent ; et les lois centre les protestants, par l'effet de leur propre atrocité, commençaient à tomber en désuétude : elles étaient nulles ou faiblement exécutées.
En 1775, on conçut quelques espérances de voir ces lois rapportées, de voir des Français fugitifs ou dépouillés rétablis dans leur patrie et dans leurs droits. On espérait au moins voir leurs mariages validés. L'assemblée du clergé, composée de prélats fanatiques, qui ne s'occupaient que de conserver, d'accroître leur puissance et leurs richesses, et de maintenir le peuple dans un aveuglement salutaire, trompa l'attente générale. Le sieur Legouvé avait présenté, en cette année, une requête très détaillée qui n'eut pas de suite. On y voit que les protestants étaient encore en France au nom.bre de trois millions. On publia, à cette époque, un Dialogue entre un écêqiie et un ci'/ré, s^LV les mariages desprotestaiits, ouvrcge qui fit une grande sensation. Les ministres d'alors, et quelques archevêques, cherchaient à faire cesser le scandale des lois qui obligeaient les persécutés à des impostures et à des profanations continuelles.
En 1778, l'affaire des protestants, ou la validité de leur mariage, fut portée au parlement. On publia, en" cette année, un Dialogue sur l'état civil des protes-
tants. 11 fut suivi d'un autre intitulé : Réflexions d'un catholique sur les lois de France relatives aux proies^ tants.
Ceux qui désiraient l'abrogation des lois barbares promulguées par Louis XIV ou ses jésuites, avaient pour but de restituer les droits d'un grand nombre 61 Français, de rétablir la morale cruellement outragée par ces lois, de faire cesser les parjures, les profanations de sacrements, auxquels ces lois forçaient les protestants; ils faisaient aussi valoir l'intérêt de l'Etat, fort obéré, à qui la ressource de cent mille familles, sorties de France, et qui y rentreraient avec leurs richesses, offrirait des secours plus certains que ceux qui résultaient des emprunts et de l'agiotage.
Mais le temps n'était pas encore venu, et les protestants ne recueillirent alors que des espérances.
En octobre 1786, le baron de Breteuil mit sous les yeux du roi un Mémoire ou Rapport détaillé sur la situation des calvinistes en France; sur les causes de cette situation, et sur les moyens d'y remédier (1). Ce mémoire, fort de faits et de raisonnements, démontrait tous les vices, tous les résultats funestes des lois de Louis XIV contre les protestants. Il ne produisit point l'effet qu'on devait en attendre : la majorité des évêque opposait toujours avec succès sa cruelle résistance. L'Assemblée constituante fit justice, et restitua à la classe persécutée les droits dont les lois impie? de Louis XIV l'avaient dépouillée.
Clergé de Paris. J'ai parlé des moyens employés par les prélats et autres ecclésiastiques pour accroître leurs richesses et leur domination, j'ai cité ce capitulaire de Charlemagne qu'aucun historien n'avait encore osé traduire et publier, ou cet empereur reproche aux évêques leur avidité insatiable, où il les accuse d'envahir la succession des mourants, en abusant de leur faiblesse, de leur crédulité, en les flattant de l'espoir des béatitudes célestes, en les épouvantant par la perspective des supplices de l'enfer.
J'ai cité les capitulaires qui s'élèvent
(1) Ce mémoire est inséré dans le tome II, p. 19, des Eclaircissements historiques sur les causes de la révocation de l'édit de Nantes, etc.
Fa
fréquemment contre les débauches du clergé, et contre ces prêtres qui ne vivent que d'iniquités, d'oppressions et de rapine : capitulaires qui prouvent quel em- -[)loi les prêtres faisaient de leurs richesses a plupart mal acquises.
J'ai souvent eu occasion de parler des nombreuses fourberies de certains ecclésiastiques, de leurs fraudes pieuses, de leur fabrication de fausses chartes, de fausses légendes, de leurs faux miracles et des fausses reliques; fourberies tendantes à augmenter les richesses du clergé. J'ai aussi donné la preuve de la fabrication de trois fausses lois, que des évêques ou leurs partisans interposèrent à la suite du code théodosien.
J'ai dit et prouvé que le clergé s'était arrogé le droit de contraindre, sous des peines graves, tous les mourants à faire un legs en sa faveur.
J'ai cité plusieurs exemples de ces ecclésiastiques qui, lorsqu'on leur confiait l'administration des hôpitaux, en excluaient les pauvres, et envahissaient leurs biens.
Mais j'ai dit aussi que, dans chaque siècle, il existait un petit nombre d'ecclésiastiques vertueux qui s'indignaient de ces abus, et qui avaient le cou'rage de les dénoncer, sans avoir le moven demies faire cesser.
Ces faits, et une infinité d'autres que je passe sous silence, l'abus bien connu que la plupart des ecclésiastiques faisaient autrefois de leurs richesses, joints aux besoins de l'Etat, amenèrent une réforme salutaire et désirée, et déterminèrent l'Assemblée constituante à imiter l'exemple des rois qui, dans la disette deleurs finances, et avec l'autorisation du pape, faisaient vendre et s'appropriaient une partie des biens du clergé.
Le 2 novembre 1789, pendant que cette Assemblée siégeait au Palais archiépiscopal de Paris, les ordres monastiques furent supprimés et tous les biens du clergé furent déclarés propriété nationale et aliénable.
A cette époque, il se trouvait à Paris cinquante paroisses, dix églises qui avaient le même droit, vingt chapitres ou églises collégiales, quatre-vingts églises cu'chapelles non paroisses, trois abbaves d'hommes, huit de filles, cinquante-trois couvents et communautés d'hommes, et
cent quarante-six couvents et communautés de filles (1).
On n'a point le tableau de tous les chapitres et églises collégiales, ni celui des quatre-vingts autres églises ou chapelles, dont l'ensemble des révenus devait être considérable.
Municipalité de Paris. Elle siégeait à l'Hûtel-de- Ville. Le prévôt des marchands,
^ (1) D'après les tableaux qui furent dressés sur les biens des maisons religieuses seulement et d'après les déclarations des intéressés, les revenus annuels, sans j comprendre les menses abbatiales et prieurales, ni les lieux claustraux, ni les revenus éventuels, étaient, pour les
communautés d'hom- 1. s. d.
mes, de 2,762,176 17 7
Les charges s'élevaient à 1,763,357 10 «
Reste 998,819 7 7
Pour les communautés de filles, avec les mêmes réserves, les revenus annuels s'élevaient à 2,023,859 7 11
Les charges montaient à 1,001,100 10 5
Reste,
Les revenus de rarche\'êque, sans j comprendre ceux des biens situés hors de l'enceinte de Paris, s'élevaient, d'après les déclarations du clergé, 1. s. c* à 366,772 7 1
Les charges se montaient à 118,315 8 K
Les revenus de quinze chapitres de Paris montaient à 1,238,427 12 il
Et leurs charges à 854,078 19 3
Les revenus des cinq abbayes et prieurés commendataires s'élevaient à 56,913 5 10
Total des revenus, 2,217,469 2 5 Total des charges, 1,029,307 13 1
Reste,
Si l'on joint à cette somme le revenu net des maisons religieuses des deux sexes, celui de Tarchevêché, des abbayes, et prieurés, on aura un total de 3,214,739 14 5
les quatre échevins et les vingt -six conseillers de la ville cessèrent leurs fonctions après la prise de la Bastille. Les électeurs de Paris les remplacèrent, et exercèrent les fonctions municipales jusqu'au 30 juillet -1789. Un décret de T Assemblée nationale, du 27 juin 1790, organisa une nouvelle municipalité, compo^ée d'un maire, de seize administratei,; -. de trente-deux membres du conseil, de quatre-vingt-seize notables, d'un procureur de la commune, de deux substituts, etc. Tous ces membres ttai nt élus par bs habitants de Paris, divisés en quarante-huit sections.
Cette municipalité comprenait, en outre, un conseil général de la commune, qui se coniposait du maire, des quatre- ■vingt-seize notables et des trente-deux membres du conseil.
Cette municipalité, ainsi ordonnée, se maintint jusqu'au 10 août 1792; elle éprouva divers changements pendant les orages de la révolution, et cessa d'exister après le 9 thermidor an ii. Elle fut réorganisée par décret du 14 fructidor suivant. Ensuite, par la loi du 19 vendémiaire de l'an IV (11 octobre 1795), la ville de Paris fut divisée en douze municipalités, et Test encore (4).
(1) Chacun de ces arrondissements municipaux comprenait quatre divisions, ainsi qu'il suit :
l^f ArTondissement municipal : 1° division des Tu leries; 2° dixision des Champs- Elysées, y compris Chaillot; 3° division du' la place Veudôme, ci-devaut section des Piques ; 4o division du Roule, ci-devant section de la République.
2* Arrondissement : 5» division Lepelletier, ci-devant section des Filles-Saiut-Thomas ou de la Bibliothèque ; 6o division du Mont-Blanc, ci-devant section des Capucins, — G r auge-Batelière, — Mirabeau; 7» division de la butte des Moulins, ci-de- |vant section de Saint-Roch, — de la Montagne ; 80 division du faubourg Montmartre.
3^ Arrondissevient : 9° division du Contrat-Social, ci-devant section des Postes; 10° division de Brutus, ci-devant section delà Fontaine de Montmorency, — de la ï'ontaine de Molière; li» division du Mail, ci-devant section des Petits-Pères, — de la place des Victoires, de Guillaume-Tell; 12» division de la rue Poissonnière.
4e Arrondissement : 13o division des
DivisiON DE Paris EN districts. Lorsqu'il fut question de procéder à la nomination des électeurs qui devaient nommer des députés auxétats-généraux, la villede Paris fut divisée en soixante districts ; à chaque
Gardes-Françaises, ci devant section de l'Oratoire ; 140 division des marchés, ci-devani section de Sainte-Opportune; 15o division du Muséum, ci-devant section du Louvre; 16» division de la Halle-au-Blé, ci-devanti section de Grenelle.
5® Arrondissement ; 17o divison de Bonne- Nouvelle ; 18° division de Bonconseil, cidevant section de Mauconseil; 19o division du Nord, ci-devant section des Filles-Dieu ou du faubourg Saint- Denis ; 20» division de Bondi, ci-devant section des Récollets.
6« Arro7idissement : 2lo division des Lombards; 22o division des G rav illiera; 230 division du Temple; 24o division des Amis-de-la- Patrie, ci-devant section de la Trinité, — du Ponceau,
7e Arrondissement : 25o division de la Réunion, ci-devant section de la rue Beaubourg; 260 division de l'Homme- Armé, cidevant section des Enfants-Rouges, — du Marais; 27o division des Droits-de-l'Homme , ci-devant seation du Roi-de-Sicile ; 280 division des Arcis.
S^ Arrondissement : 29o division des Quinze-Vingts; 30O division de l'Indivisibilité, ci-devant section de la Place-Royale, — des Fé<lérés ; 31*^ division de Popincourt; 3 20 division de Montreuil.
9« Arrondissement : 33» division de la Fraternité, ci-devant section de l'Ile-Saint- Louis ; 34** division de la Fidélité, ci-devant section de la Maison-Commune; 35° div'sion de l'Arsenal ; 36o division de la Cité, cidevant section de i'Ile-Notre-Dame.
lOe Arrondissement : 37» division de l'Unité, ci-devant section des Quatre-Nations ; 38® division de la Fontaine de Grenelle; 390 division de l'Ouest, ci-devant section de la Croix-Rouge, — du Bonnet-Rouge ; 40» division des Invalides.
11« Arrondissement: 4lo division de* Thermes, ci-devant section Beaurepaire ; 420 division duLuxembourg,ci-devantsection de Mucius-Scévola; 43o division du Théâtre- Français, ci-devant section des Cordeliers, — des Marseillais, — de Marat ; 44» division du Pont-Neuf, ci-devant section d'Henri IV, — de la Révolution.
12e Arrondissement : 45o division es»
Plantes , ci-devant section du Jardin du
district on assigna un édifice public pour la réunion des habitants. On n'accorda à chacun de ces districts que vingt-quatre heures pour se réunir, élire les membres du bureau, et nommer des rédacteurs de cahiers ou doléances, et des électeurs.
Ce fut le 20 avril 1789 qu'eurent lieu ces brusquiîs et nouvelles réunions, dont plusieurs, ne voulant point reconnaître les présidents que le bureau de la ville leur avait envoyés, en nommèrent un de leur choix.
Le i 3 juillet suivant, les habitants de Pans, pressés par les événements, sentant le besoin de se protéger eux-mêmes, et d'agir de concert, se rappelèrent les lieux où, deux mois auparavant, ils avaient été réunis en district-, s'y rassemblèrent spontanément, et conservèrent les officiers qui en composaient le bureau.
Depuis le 13 juillet 4789 jusqu'au 25 juillet 1790 , les soixante districts ont gouverné Paris, et ont offert le tableau d'une pure démocratie. Lorsque la majorité des districts exprimait un vœu, ce vœu était porté à la municipalité, qui se chargeait de son exécution. Jamais Paris n'a été plus tranquille, plus libre que pendant l'année où cette ville s'est gouvernée par elle-même; jamais les propriétés et les personnes n'unt ete plus en sûreté.
Un décret de l'Assemblée constituante, sanctionné le 27 juin 1790 , changea la division de Paris : aux soixante districts (1) succédèrent quarante-huit sec- Roi; ■— des Sans-Culottes ; 460 dinsion de l'Observatoire ; 47» division du Finistère, ci-devant section des Gobelins ; 48o division du Panthéon , ci-devant section de Sainte-Geneviève.
(1) Les soixante districts de Paris, établis en 1789 , prenaient leurs noms dos principales églises situées entre leurs limites.
Voici ces noms, classés par divisions de la garde nationale :
1" Divisioîi : l'r district, Saint- Jacquesiu-Haut^Pas ; 2e, Saint-Victor; S", Saint- ^dré-des-Ars ; 4« , Saint-Marcel ; 5e , Saint-Loids-en-l'Ile; 6e, le Val- de-Grâce ; 7^, Saiut-Etienne-du-Mont ; Se, la Sorbonne; 9e , Saini-Xicolas-du-Chardunaet; 10, les Mathurins.
2e Division : lie district, les Prémontrés; 12e, Henri IV; 13®, les Cordeiiers; 14e, Notre-Dame; 15, Saint-Séveric : J6e, les Pé-
tions : chacune d'elles reçut un nom de localité. Toute la partie septentrionale de Paris était diviséeen trente-quatre sections dont les noms suivent :
Les Tuileries, les Champs-Élvsées , le Roule, le Palais-Roval, la Place Vendôme, la Bibliothèque, la" Grange-Batelière, le Louvre, l'Oratoire, la Halle-aux-B!és, les Postes, la Place de Louis XIV Cci-devant place des Victoires) ; la Fontaine de Montmorenci, Bonne-Nouvelle , le Ponceau, Mauconseil, le Marché des Innocents, rue des Lombards, rue des Arcis, Faubourg-Montmartre, rue Poissonnière, rue de Bondi, le Temple, Popincourt, rue de Montreuil, las Quinze-Vingts, lesGravil-
tits-Augustins ; 17«, l'abbaye Saint-Geïmain ; 18», les Jacobins-Saint-Dominique; 19e, les Théatins ; 20e, les Carmes-Déchaussés.
3e Division : 21e district, les Récollets, faubourg Saint-Martin; 22e, Saint-Nicolasdes-Champs; 23e, la Trinité, rue Saint- Denis; 24«, Saint-Médéric; 25e, les Carmélites, rue Chapon; 2oe, les Filles-Dieu, rue Saint-Denis; 27«,Saint-Martin-des-Champs; 28e, les Enfants-Kouges ; 29e, Sainî>Laurent; 30e, les Pères-de- Nazareth, rue du Temple.
4e Division : 31e district, Saint- Jacquesde-l'Hôpital ; 32®, Bonne-Nouvelle; 33e, Saint-Leu, rue Saint-Denis ; 34*, Saint- Lazare; 35e ^ Sainte-Opportune; 36e^Saint- Jacques-de-la-Boucherie ; 37e. les Petite- Pères; Sye^Saint-Eustache; 39e, Saint-Magloire, rue Saint-Denis; 40®, Saint-Joseph, rue Montmartre.
5e Division : 41e district, Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Antoine; 42*, les Minimes; 43e, le Petit-Saint- Antoine ; 44", Saint-Gervais ; 45e, Saint-Jeau-en-Grève; 46e, Saint-Louis-la-Culture; 476, les Blancs- Manteaux; 48e, Popincourt: 49e, les Capucins-du-Marais; 50e, les Enfants-Trouvés, faubourg Saint- Antoine.
6e Division : 51^ district, l'Oratoire; 52*, les Feuillants; 53e, les Filles-Saint- Thomas; 54e, Saint-Philippe-du-Rotde ; 55^ , Saint- Germain-l'Auxerrois; 56*, les Jacobins- Saint-Honoré; 57», Saint-Honoré; 58e, les Capucins-Chaussée-d'Antin; 59e, les Capucins-Saint-Honoré ; 60e, Saint-Roch.
Chacun de ces districts fournissait ua bataillon à l'armée parisienne, qui, par leul réunion, se trouvait forte de 33,000 hommea.
2^ BISTOIRE
liers, le Faubourg-Saint-Denis , la rue Beaubourg, les Enfacts-Rouges, rue du Roi-de-Sici!e, rHôtel-de-Vifle , la Place Royale et l'Arsenal.
L'île de la Cité formait deux sections : celles de Notre-Dame et de Henri IV.
La partie méridionale de Paris fut divisée en onze sections: les Invalides, la Fontaine de Grenelle, les Qaatre-Nations, le Tbéàtre-Français , la Croix-Rouee , le Luxembourg, les Thermes de lulien, Samte-Geneviève, l'Observatoire, le Jardin des Plantes et lesGobelins.
Ces réunions étaient considérées comme des sections de la commune ; celles qui portaient des noms un peu monarchiques en changèrent pendant la république, ou en reçurent de plus analogues aux circonstances : elles se maintinrent jusqu'en octobre 1795 , époque où Paris fut divisé en douze municipalités, division qui est encore en vigueur (<).
(1) Paris a encore été divisé depuis en huit arrondissements électoraux :
1er ARRONDISSEMENT ELECTORAL.
l*r et 4e arrondissements municipaux.
ire section, rue de Grenelle-Saint-Honolé, no 45.
2e section, à la Halle aux draps ;
3e section, rue du Faubourg- Saint-Honoré, no 64 ;
4e section, rue Saint-Lazare, n» 59.
2e ARRONDISSEMENT,
2e arrondissement municipal.
lï'e section, à la Loterie; 2e section, au théâtre Favart; 3e section, rue Chantereiue, n© 48.
3 e ARRONDISSEMENT.
3e et 5e arrondissements municipaux .
ire section, au Vaux-Ha]i; 2e section, au Conservatoire de Musique: 3e section, aux Petits-Pères.
6e et 8e arrondissements municipaux.
l^e section, au Conservatoire des Arts-et- Métiers ,
2e section^ hôtel Sain t-Aguan, rue Sainte- Avoye ;
y section, hôtel des Quinze- Vingts.
7e et 9e arrondissements municipaux.
ne section, Hôtel-de-Ville , salle du Trône ;
Population. Nous manquons encore de notions suffisantes pour donner sur celte matière des résultats aussi précis qu'il serait désirable. Voici ce qui existe de plus certain :
Sous Louis XV, l'abbé d'Expilly avait vaguement déterminé le nombre des habitants à 600,000
Suivant le célèbre Buflfon, il était, en 17~(), de ^ 658,000
Suivant le sieur Moheau, en 1778, de 670,000
En 1784, M. Neeker évalue la population de Paris à 640,000 et ù 680,000, suivant les saisons de l'année : ce qui donne pour terme moyen une population de 660,000
En 1786, les papiers publics donnèrent le résultat des mouvements de la population pendant l'année 1785- ('i).
Le nombre des naissances était de 19,859
Celui des mariages, de 5,234
Celui des enfants trouvés, de 6,918
Celui des morts, da 20,365
Si l'on suit la méthode que le sieur Messance a adoptée pour la population de Paris, et qu'on multiplie la somme des naissances par le nombre de trente, il résultera, pour l'année 1785, une population de 595,770
Ce résultat diffère de 65,000 de celui que donne M. Neeker.
2e section. Archives du royaume ; 3e section, Ilôtel-de- Ville, salle du Jardin.
6e ARRONDISSEMENT.
lOe arrondissement municipal.
l" section, palais de l'Institut ; 2^ section, palais Bourbon.
7e ARRONDISSEMENT.
Ile et 12« arrondissements municipaux.
l^e section, rue des Irlandais ;
2e section, rue du Cherche-Midi, n© 3'J;
3e section, à la Sorbonne.
8e ARRONDISSEMENT.
Arrondissements de Sceaux et de Sainî-Dcnis réunis.
Hôtel-de-Ville, salle Saint-Jean.
(i) Journal général de France, n. 16, p. Cl, du 7 fc-
ÉTAT En 1790, nn état de la population fut pubHé(l).
Le nombre des naissances était
de
Celui des mariages, de
Celui des enfants trouvés,
de
Celui des morts, de
En 1791, le nombre des
nais-
«ances s'élevait à
Celui des mariages, à
Celui des enfants trouvés,
Et celui des morts, à 17,952
Si l'on compare les états de ces deux dernières années avec ceux de l'année 1785, il résultera que la population, dans les premières années de la révolution, avait obtenu une amélioration sensible.
En comparant les nombres de l'année 1785 et ceux de l'année 1791, il résultera que celui des naissances s'est accru de 495
Celui des mariages , de 2,176
Théâtre de l'Opéra.
Que celui des enfants trouvés a diminué de 1,7 78
Celui des morts a diminué de 2,413
Ces résultats incontestables démontrent les bienfaits de la liberté, et devant eux s'évanouissent les faux raisonnements, les déclamations de ses ennemis.
Si l'on applique la méthode de Messance an nombre de naissances de l'année 1791, c'est-à-dire si l'on multiplie le nom-
(1 ) Etat des baptêmes, mariages, mortuaires et enfants trouvés de la ville ei des faubourgs de Paris, chez Lollia, rue Saint-Audré-des-Ars, n. »7.
I bre 20,354 par 30, on aura pour la population de Paris, sous Louis XVI, le nombre de 610,620
Consommations de Paris. D'après une vérification faite en 1775, par ordre da ministre Turgot, il entrait à Paris, année commune, prise sur dix années . en nature, de blé ou de seigle, setiers 14,330,880
Livres de pain, en nature, de farine 465,457,344
La consommation totale ^
des livres de pain par an-
uée, était alors de. . . 479,788,224
Pour obtenir une juste appréciation de la quantité de pain consommée à Paris, il faut supposer que la quantité qu'on y introduit du dehors égale celle qui en sort: c'est-à-dire, il faut que les quantités qu'on apporte des villages voisins dans les marchés de Paris égalent celles que des habitants d'autres villages emportent avec eux, en revenant de vendre leurs denrées.
En 1791, le savant Lavoisier remit au comité d'imposition de l'Assemblée constituante un tableau des objets consommés ou entrés à Paris, chaque année, antérieurement à la révolution. C'est l'ouvrage le plus complet qu'on ait sur cette matière. Voici les objets les plus intéressants qu'il contient :
Livres de pain, 206,000,000
Livres de riz, 3,500,000
Muids de vin ordinaire (1), 250,000
Muids de vin de liqueur, 1,000
Muids d'eau-de-vie (en supposant que tout entre en eaude-vie simple, et en éva-
luant la fraude à un
sixième).
Muids de cidre,
Muids de bière,
Muids de vinaigre.
Bœufs du poiis de 700 livres.
Vaches du poids de 360 livres,
Veaux du po'ds de 72 livres.
^i<7utons du puids de 50 livres,
Porcs du poids de 200 livres,
Viande en livres,
Livres de poisson de mer,
frais, sec et salé.
Nombre de carpes,
Nombre de brochets,
Nombre d'anguilles.
Nombre de tanches,
Nombre de perches,
Nombre d'écrevisses,
Cordes de bois (2),
(1) Le muid contient deux cent quatrevingt-huit pintes de Paris, ou deux cent îoixante-quatorze litres.
(2) En 17 82 et 1783 il se fit sentir à Paris une grande disette de bois : on s'occupa beaucoup de cette matière. Le sieur Telles d'Acosta publia, en 1782 , une instruction sur les bois à brûler, d'où il résulte qu'en
Voies de charbon de bois,
Voies de charbon de terre,
Nombre d'œufs,
Livres de beurre frais,
Livres de beurre salé et fondu,
Nombre de fromages frais, de Marolles et autres.
Livres de fromages secs faisant partie du commerce de l'épicerie,
Li\ res de cire et bougie,
Livres de sucre et cassonade.
Livres d'huile de toute espèce,
Livres de café,
Livres de cacao.
Livres de girofle,
Livres de poivre,
Livres de pruneaux,
Livres de savon,
Livres de potasse, soude et candresgravelées,
Aunes de toiles,
Livres de cuivre,
Livres d'acier,
Livres de fer.
Livres de plomb,
Livres d'étain,
Livres de vif-argent,
Livres de cuirs et peaux,
Livi-es de pelleteries,
Bottes de paille,
Bottes de foin,
Muids d'avoine (1),
Muids de vesce et grenailles,
Muids d'orge,
Pieds cubes de bois carré propre à bâtir,
Pieds cubes de pierres de tulle dures,
Pieds cubes de pierres de taille de Saint-Leu,
1730 on ne consommait à Paris que 3 6 6,60voies de bois, et qu'en 1782 cette consom mation s'élevait à 640,920 voies.
Il se faisait plusieurs gaspillages sur ce bois ; les marchands ne donnaient que troi quarts de voie pour une voie entière. L fisc, qui retirait un écu par voie, gagnait i cette fraude et ne l'empêchait pas L'admi nistration de la ville montra alors, comme ; l'ordinaire, beaucoup d'indifférence pou l'approvisionnement de Paris.
(1) Le muid de Paris était, pour les grain» de douze setiers; le setier comprenait dou» boisseaux ; le mmd équivaut à dix- hvyit hec tolitres.
oises robes de moellons ds meulière et autres,
[nids de plâtre contenant chacun trente— six sacs.
[uids de chaux.
iombrfr d'ardoises fortes,
ombre d'ardoises tines,
ombre de tuiles, grandmoule, -"bresde tuiles, petit moule, re de briqnes,
;. s.sans compter ceux qui sont destinés au pavage de Paris,
TABLEAU
A ce tableau le sieur Lavoisier en joint
un autre qui offre l'évaluation en argent de toutes les denrées et marchandises mentionnées dans le premier : d'où il résulte que la consommation annuelle de Paris s'élevait à environ 260 millions Ensuite, estimant par approximation les bénéfices et économies de la partie industrieuse des habitants de Paris à 40 millions, ce savant en conclut que l'ensemble des habitants doit avoir en revenus 300 millions, sur lesquels le fisc retirait environ un cinquième.
Un tableau pourles années 1786 et 1787 donne à Paris la consommation suivante pendant les carêmes de ces deux années :
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