IV. Etat physique de Paris
Cette ville, pendant le règne de Louis XVI, éprouva de grands changements, et continua à se dépouiller de sa vieille physionopjie. Elle vit naître pluj sieurs établissements nouveaux, les uns 1 utiles ou agréables, et quelques autres attentatoires à la morale publique: j'en ai déjà parlé.
Paris fut entouré d'une enceinte profitable au ministère, oppressive pour les habitants.
Une foire perpétuelle fut établie au milieu de cette ville; le jardin du Palais- Royal, ses galeries, ses tripots, devinrent le principal rendez-vous des étrangers, un foyer d'industrie, de commerce et de corruption.
ETAT
Il y- Vu t des quartiers qui s'étendire^ de teile'sorte, que des faubourgs deviiireafc des parties de la ville, et que de nouveaux faubourgs envahirent la campagne et les villages voisins.
Plusieurs rues furent ouvertes et prolongées.
On commença à démolir les maisons éleyées sur les ponts, et un pont nouveau fut jeté sur la Seine. Plusieurs autres changements plus ou moins avantageux s'exécutèrent : je vais les détailler.
Enceinte de Paris. Cette entreprise était toute fiscale. Les fermiers-généraux, pour arrêter les progrès de la contrebande, et assujettir aux droits d'entrée un plus grand nombre de consommateurs, obtinrent, en 178i, du ministre Galonné, l'autorisdtion de renfermer Paris dans une vaste muraille. Les travaux commencèrent au mois de mai de cette année, du coté de l'hôpital de la Salpêtrière. Malgré les oppositions de quelques personnes puissantes dont les intérêts étaient lésés, on continua l'exécution de ce projet, et l'on enserra les boulevards neufs.
Lorsqu'en 4786 l'enceinte du midi de Paris fut terminée, que l'on eut entrepris celle du coté du nord, et qu'on eut englobé les villages deChaillot, du Roule, de Mousseau, de Clichy, on attaqua le territoire de Montmartre. Les habitants et l'abbe5£e de ce village firent de vives réclamations qui obligèrent les entrepreneurs à faire subir à la ligne de circonvallation une inflexion, un'" angle rentrant, qui se remarque entre les barrières de Clichy et de Rochechouart.
Lorsqu'à la fin de cette année on s'occupa de jalonner du côté du village de Picpus, un propriétaire, fils du peintre Restout, s'opposa, tant qu'il put, à cette usurpation ; et quand il demanda de quel droit on lui enlevait sa propriété, un mai- Ire des requêtes, nommé de Colonia, lui répondit sottement, le droit canon. La muraille fut continuée.
Les Parisiens, s'apercevant qu'on les emprisonnait, firent, comme c'était alors leur usage, éclater leur mécontentement par des vers et des jeux de mots, tels que :
Le mur muranl Paris rend Paris murmuran!.
^ On fit aussi l'épigramme suivante, qui n'emporta point la pièce :
Puar augmenier son numéraire Et rjccourcir notre horizon,
La ferme a jugé nécessaire De meure Paris en piiion.
Les portes ou barrières d'entrée, élevées sur les dessins de l'architecte Ledoux, le furent avec une magnificence très déplacée, parce que pour des bureaux et des commis de barrières il ne faut ni vaste édifice, ni temple, ni palais ; d'ailleurs, cette magnificence était intempestive à une époque où les finances de l'Etat se trouvaient dans une situation déplorable; elle devenait insultante pour le peuple qui se voyait forcé de payer les frais des instruments de son supplice, et d'en admirer les formes.
Le ministre Galonné, prodigue au milieu de la disette, laissait l'architecte déployer toutes les ressources de son génie déréglé et dispendieux; mais, lorsqu'en 1787 un nouveau ministre eut succédé à celui-ci, tout changea de face. On ouvrit les yeux, et l'on fût offusqué du luxe de ces bâtiments et de ces énormes dépenses qui s'élevaient alors à plus de vingt-cinq millions. Un arrêt du conseil, du 7 septembre, ordonna la suspension des travaux de cette enceinte. Le 8 novembre 1 787, le sieur de Brienne, archevêque de Toulouse et ministre, accompagné de plu- ^ sieurs fonctionnaires, vint visiter cette mu- I raille. Dans les premiers mouvements de j sa colère, il voulut la faire démolir et en vendre les matériaux ; mais les travaux en parurent trop avancés. Il n'était plus temps de réparer le mal ; et la presque totalité de l'enceinte se trouvait achevée, lorsque le gouvernement s'aperçut de son existence. Le nouveau ministre se borna, par un nouvel arrêt du conseil, du 25 novembre de la même année, à suspendre les travaux, à prescrire diverses opérations avant qu'ils fussent continués, et à nommer d'autres architectes et d'autres inspecteurs.
Le 1er mai 4791, les droits d'entrée étant abolis, les barrières et les murailles devinrent inutiles.
Sous le Directoire, vers l'an v, il fut établi une légère perception à l'entrée de Paris ; on répara les barrières en cette circonstance. Cette perception, dont le produit était destiné aux hôpitaux, se nommait octroi de bienfaisance. Sous le règne de Bonaparte, on acheva les murailles de Paris, et on perfectionna considérablement la perception des barrières.
Dans le tableau chorographique de cette
Tille, je décrirai l'étendue de cette enceinte, les dimensions de ses murailles, le nombre et la forme de ses barrières.
Galeries ET Jardin du Palais-Royal.
C'est la foire perpétuelle, le rendez-vous de tous les étrangers, le centre de beaucoup d'affaires.
L'ancien jardin du Palais-Royal, plus •vaste que celui d'aujourd'hui, cornprenait, outre le jardin actuel, tout l'emplacement qu'occupent les rues de Valois, de Montpensier et de Beaujolais, et l'emplacement des corps de bâtiments qui encourent les trois côtés du jardin qu'on voit aujourd'hui. Son plus bel ornement était une large allée de marronniers, vieux, touffus, toujours peuplée d'oisifs, de nouvellistes et de filles publiques.
Cet ancien jardin présentait, dans son plan, un parallélogramme de 1 67 toises de longueur sur 72 de largeur. Dans cette étendue, d'après le prospectus des constructions nouvelles, publié en 1781, il fallut prendre sur les côtés et sur le fond des espaces suffisants pour faire place aux rues qui séparent les bâtiments nouveaux des anciennes maisons qui bordaient le jardin, et faire place à ces mômes bâtiments, La surface du jardin fut diminuée, et n'offrit plus dans sa longueur que 117 toises, et 50 dans sa largeur.
Au l<=r août 1781, on commença à porter la cognée sur les arbres antiques de cette promenade, et la désolation dans les cœurs de tous ses habitués. Les propriétaires des maisons dont les façades donnaient sur ce jardin condamné mirent à ce projet des oppositions souvent reproduites et toujours inutiles. Les libelles, les épigrammes, se renouvelaient chaque jour contre le duc de Chartres. En janvier 1782, les fondations des bâtiments nouveaux furent jetées; et, malgré les clameurs publiques, les trois faces des bâtiments qui environnent le jardin furent achevées sur les dessins du sieur Louis, La quatrième face du côté du palais, qui devait être la plus magnifique, resta longtem.ps à construire; et c'est là qu'on avait établi les constructions provisoires nommées barnques.
Les trois façades, quoique parfaitement régulières, ne sont pas sans .défauts. Le style de l'architecture est mesquin et peu convenable a un aussi vaste édifice; les cent quatre-vingts arcades qui communiquent de la galerie publique au jardin
sont trop étroites, mal exécutées. Le du?, de C'urtres aurait pu choisir un arch'r tedÇe plus habile.
Cependant le quartier du Palais- Roya.
fut embelli par ces constructions. Outre, les trois rues dont j'ai parlé, il s'opéra des communications nouvelles qui en étaient la conséquence. Une large ouverture facilita l'abord de la rue Vivienneau Palais-Royal, et des rues qui l'entourent; la rue de Valois, après la démolition de l'Opéra, fut étendue jusqu'à la rue Saint- Honoré; une place, devant la partie latérale du Théâtre-Français, favorisa la communication entre la rue de Richelieu et celle de Beaujolais.
Le jardin du Palais-Royal éprouva, eu 4787, d'autres changements; le duc de Chartres, devenu duc d'Orléans, le bouleversa presque entièrement pour faire construire au centre un vaste cirque, et s'attira de nouveau les sarcasmes du public.
Le Cirque du Palais-Royal, commencé en avril 1787, et terminé à la fin de l'an 17S8, offrait dans son plan un parallélogramme très allongé. Une partie de sa construction était soute: raine et avait treize pieds trois pouces de profondeur. L'autre partie s'élevait au-dessus du sol du jardin, à la hauteur de neuf pieds huit pouces.
La partie souterraine présentait une arène éclairée par en haut, séparée d'une galerie par soixante-douze colonnes dori ques cannelées. Cette galerie communiquait à une seconde par des portiques. A l'arène venait aboutir une route en pente douce et tournante, qui partait des bâtiments du palais. Il s'y est tenu des séances de diverses sociétés; on y a joué la comédie. La partie supérieure, qui s'élevait au-dessus du sol du jardin, était décorée de soixante-douze colonnes ioniques et entièrement revêtue de treillages. On avait projeté de placer, le long des face.^ latérales, des bassins avec des jets d'eau Cette décoration extérieure devait être en noblie par les bustes des grands homme.de France. Jamais les eaux n'y jouèrent jam.ais les bustes n'y furent placés.
Cet édifice fut, le 25 frimaire an vir ou 15 décembre 1798, entièrement ruim par un incendie.
Ce jardin a été planté et replanté souvent. Son plus bel ornement est, aujourd'hui, un bassin circulaire de soixante el un pieds de diamètre, d'où s'élève, pai
plusieurs tuyaux rapprochés, une gerbe d'eau qui produit un bel effet.
Dans le voisinage, la translation de rétablissement des Quinze-Vingts laissa un placement vide, où s'établit un quarr nouveau. Cette translation fut exécutée en 1780; et sur le terrain des Quinze- ^'ingts, on ouvrit, en 1784, les rues de artres et de Valois (\).
^.\cLos DU Temple. Vendu en 1779, : bail emphytéotique, il offrait un vide emplir. On y construisit, en 1781,1a 'ODcle, ou les Portiques du Temple, et, 1809, la halle au vieux linge.
Le Petit- Chatelet. démoli en 4782, andit la lainière dans le bas du quari.'-T Saint-Jacques, et laissa une place assez vaste à l'extrémité méridionale du Petit-Pont.
RcES NOUVELLES. La construction de : Comédie- Française, aujourd'hui TOdéon, ija naissance à sept rues : celle de TO- --„a, qui s'ouvre en face de cet édifice, celles de Corneille, de Racine, de Voltaire, de Molière, de Crébillon et de Regnard : toutes ces rues furent établies vers l'an 1782.
La construction du théâtre des Italiens, sur l'emplacement de l'hôtel de Choiseul, fut l'occasion de la créaticn d'un quartier assez consiJérable, et de la formation des ruesFavart. Grétry, Marivaux, d'Amboise, et de la place située devant ce théâtre. Ces constructions, cette place et ces rues furent établies en 17S4.
La rue de la Barillerie, située devant le Palais de Justice, rue si étroite autrefois, fut élargie considérablement, lorsqu'en 4787 on éleva la façade de ce palais ; alors une belle place, demi-circulaire, remplaça, dans la Cité, des constructions hideuses' et barbares.
Un arrêt du conseil, de l'an 1777, ordonne la démolition de la porte Saint- Antoine. Cette porte, vaine décoration qui gênait la circulation dans un quartier très fréquenté, cx)nstruite en 1585, réparée en 1670, fut démolie au mois de mai 1778.
Le même arrêt porte que les boulevards
(1) Par lettres patente! du roi, enregistrées le 31 décembre 1779, la translaiion des Quinze- Vingts fut ordonnée. Le roi vendit à cet hôpital l'hôtel des mousquetaires noirs , situé au faubourg Saint-Antoine , pour la somme de440,000 li\Tes.
ÉTAT PHYSIQUE iS
Saint-Antoine et du Temple seront pavés, et que les fossés, glacis et contrescarpes, jusqu'à la rue du Calvaire, seront démolis et comblés, afin d'y construire des maisons.
En 1775, on ouvrit la rue Neuve-Saint- Nicolas et celle de Bourgogne en face du palais Bourbon, aujourd'hui palais de la Chambre des Députés.
En 1776, on ouvrit les rues Chauchat et de Provence, et on répara considérablement la cour du Commerce, qui cornmuniqi;e de la rue de l'Ecole-de-Médecine à la rue Saint André-des-Ars. Ce pa-sage, saleet étroit du côté de la rue Saint- Andredes-Ars, a été, en 1823, élargi et vivifié par de nouvelles constructions.
Furent ouvertes, en 1777, la rue de Chabannais, qui communique de la rue Neuve-des-Petits-Champs à la rue Sainte- Anne, et celle de Laval, près celle des Martyrs;
Ea 1778, la rue d'Angoulême du Temple, la rue Etienne, la rue Neuve-de-Berry et la rue Boucher, qui donne dans les ru^ de la Monnaie et Thibautodé;
En 1779, la rue Le Noir, faubourg Saint-Antoine, et la rue Caumartin, par la rue Basse-du- Rempart;
En 1780, la rue de Miroménil, la rue Neuve-Saint-Jean, faubourg Saint-Martin; les rues de Malte, faubourg du Temple ; Martel, faubourg Poissonnière; Amelot, place St-Antoine: de la Tour, quartier du Temple ; de Trudon, de Beaujolais Saint- Honoré, d'Astorg et d'Angoulème-Saint- Honoré ;
En 1781 , larue Saint«-Croix, Chausséed'Antin;
En 1782, les rues des Petites-Ecuries, Grétry, Montpensier et de la Pépinière ; les rues Pinon, Biron, et la rue Neuve-
des Capucins, nommée en 1800 rue Joubert, parce que le général Joubert y demeurait, et qu'il y est mort en cette année;
En 1783, la rue Madame, près 1© Luxembourg;
En 1784,"ia rue de la Comète au Gros- Caillou; la rue des Trois Bornes, la rue Papillon, la rue de Ponthieu, la rue des Quinze-Vingts, la rue Roquepine, la rue de Rousselet, aux Champs-Elysées; !a rue de Valois, faubourg Saint- Honoré, la petite rue Verte, et celle de Jarente;
En 1785, les rues de l'Echiquier, d'Enghien et du faubourg du Roule;
16 niSTOlRE
En 1786, les rues du Contrat-Social, le Pelletier et de Tracy ;
En 1787, la rue Lenoir-Saint-Honoré;
En 1788, la rue Caron, la rue Neuvedu-Colombier, la rue Saint-Jean-Bapliste, la rue Saint-Michel, la rue d'Ormesson, Ja rue Richer et celle Necker ;
En 1790, la rue du Port-Mahon ;
En 1792, la rue de Lesdiguières.
On s'occupait beaucoup, comme on le voit, de percer des rues nouvelles. On élargissait celles qui étaient trop étroites; mais il fallait établir des règles à ce sujet : c'est ce que fit la déclaration du roi, du 10 avril 1783. Elle statue qu'il ne sera ouvert aucune rue qu'en vertu de lettres patentes ; que ces rues nouvelles ne peuvent avoir moins de 30 pieds de largeur; que celles qui n'auront pas cette largeur seront successivement élargies lors des reconstructions. On y fixe aussi la hauteur que doivent avoir les maisons: cette hauteur doit être de 60 pieds pour les rues de 50 pieds de largeur; et lorsque les maisons seront bâties en pierres, dans les rues qui auront moins de 30 pieds, la hauteur des maisons sera de 48 pieds, etc.
On conçut plusieurs projets de percements de rues qui n'ont été exécutés que longtemps après le règne de Louis XVI.
C'est ainsi qu'en 1781 on proposa d'étai)lir, le long du jardin des Tuileries, une rue qui, du Carrousel; irait aboutir à la place Louis XV. Ce projet a été exécuté, et cette rue porte le nom de Rivoli. En même temps fut proposée une autre rue qui, du jardin des Tuileries, serait perpendiculaire à la première, traverserait la place Vendôme, et irait aboutir au boulevard. Cette rue projetée a été, sans obstacle , ouverte et terminée en 1807 , sous les noms de rue Napoléon et de Castiglione. La partie de cette rue qui portait le nom de Napoléon reçut, après 1814, celui de la Paix, et l'autre partie a conservé son nom de Castiglione. Eu 1780, on proposa la prolongation de la rue de Tournon jusqu'à la rue de Seine. Cette prolongation s'est effectuée en 1812.
Sous ce règne, on présenta plusieurs autres projets de rues et de places qui ne , furent point exécutés.
Plusieurs places furent étendues ou créées. En 1774, la place située devant le Palais-Royal fut agrandie; on créa des places devant le Palais de Justice, de-
vant l'Odéon, devant le théâtre Italien.
On s'occupa aussi desponts et des maisons qui bordaient leur route. De[ ' longtemps l'opinion publique réclar.
leur démolition. Un arrêt du conseil, 14 août 1785, autorise le prévôt des n. chauds à donner congé aux locataires >, maisons appartenant à la ville, situées : le pont de Notre-Dame et sur le pont au Change, et lui ordonne de faire démolir ces maisons dans le mois de janvier 1786. On s'occupa de l'exécution de cet arrêt : le pont de Notre-Dame et le pont au Change furent débarrassés, en 1787, des maisons qui bordaient leur route. Les parapets du pont de Notre-Dame furent terminés au mois d'août de cette année.
Un édit du roi, de septembre 1786, ordonne la démolition des bâtiments situés sur les autres ponts.
En 1787, les maisons qui se trouvaient sur le Pont-Marie furent abattues; et ce ne fut qu'en 1808 que celles dont le pont Saint-Michel était bordé éprouvèrent le même sort. On démolit aussi celles qui, sur les quais aboutissant à ce pont , formaient, du côté de l'Université, la rue de Hurepoix, et, -du côté du Palais, celle de Saint-Louis.
Une compagnie, à la tête de laquelle était le sieur Beaumarchais, obtint, en décembre 1787, des lettres patentes q'ai l'autorisaient à faire construire un pont de fer entre le Jardin des Plantes et l'Arsenal, avec le droit d'y lever un péage; mais ce projet ne fut exécuté que quinze années après.
Pont de Louis XVI, situé en face de la place Louis XV et dans la direction de l'cixe de cette Dlace.
L'édit du miois de septembre 1786, ordonnant un emprunt de trente millions, dont une partie devait être consacrée aux embellissements de Paris, autorise la construction de ce pont, et affecte à ses frais la somme de douze cent mille livres.
On commença, le 10 juin 1787, à battre les pieux des pilotis de ce pont dont les travaux ont été achevés à la fin de la campagne de 1790. Le sieur Perronnet, prem.ier ingénieur des ponts et chaussées, en fournit les dessins : on employa, dans sa maçonnerie, une partie des pierres de la galerie qui n'avaient pas été mises en œuvre, et de celles provenant de la démolition de la Bastille. II est fondé sur pilotis et grillage, à 2 mètres 75 centimètres au-
l'ip. Lacolr, rut! Soulûot, 18.
dessusde la hauteur moyenne des eaux. Il a cinqarches surbaissées qui offrent une portion decercle. L'arche dumilieua.SI mètres d'ouverture, ou 96 pieds ; les arches collatérales ont 27 mètres, ou 87 pieds, et les deux autres attenantes aux culées ont chacune 26 mètres ou 75 pieds. La longueur totale entre les culées est de 150 mètres ou 461 pieds.
Chaque pile a 3 mètres ou 9 pieds d'é- !
paisseur, leurs avant-becs et arrière-becs présentent des colonnes engagées qui contiennent une corniche coumnnée par une balustrade qui sert de parapet aux trottoirs du pont.
Sur les piédestaux de la balustrade, et à l'aplomb des piles de ce pont, devaient être placées les statues colossales en marbre de douze hommes célèbres dans l'histoire de France (I).
Hôtel de la Monnaie .
Le Jardin du Luxembourg, diminué d'un tiers de sa surface, laissa, pendant plus de quinze années, un emplacement stérile, sur lequel on a ouvert des rues qui depuis se sont bordées de maisons.
Le Jardin des Plantes fut considérablement agrandi : avant -1782, la partie principale de ce jardin se bornait vers le milieu de sa longueur actuelle, et se terminait par une muraille au bas de laquelle avait^ autrefois coulé le canal factice de la Bièvre. Au-delà était un vaste terrain en culture : on a depuis étendu le jardin
V DUL.\URE
jusqu'auprès du bord de la Seine ; on l'a aussi agrandi sur une de ses parties latérales, et la belle serre que l'on voit aujourd'hui^ du côté de la ménagerie, fut élevée sous ce règne.
A rai-côte du monticule riant et pittoresque, ancienne voirie ou dépôt d'immondices, les naturalistes français érigèrent, en 1790, un monument au célèbre Linné.
Dans le même temps, on creusa, entre le bâtiment du Muséum et le cours de la Seine, un bassin carié dont le foudéiait
au niveau des eaux de cette rivière; ses talus, alors plantés d'arbustes et de plantes aquatiques, étaient protégés par une grille de fer, métal prodigué dans ce jardin, et qui, à beaucoup d'égards, remplace la maçonnerie. D'autres accroissements furent faits aux bâtiments qu'on nommait alors Cabinet d'histoirenaturelle, et qu'on romme aujourd'hui Muséum. On plaça en 1780, à l'entrée de cet édifice, la slatue en marbre de l'illustre ButTon, sur le socle de laquelle est celte inscription :
Majestati naturœpar ingenium.
Ces améliorations, ces agrandissements des bàtimenli et du jardin sont loin d'égaler ceux qu'on r- faits depuis Louis XVI. Les bâtiments r : t reçu un accroissement considérable, cî iimmense collection qu'ils contiennent leu: a valu le titre de Muséum d'histoire nalurdle. Une bibliothèque 2t de vastes galeries, contenant les productions les plus rares des trois règnes dans les diverses parties du monde, occupent le vaste édifice du Muséum. Un amphithéâtre est placé dans le jardm : on y fait plusieurs cours sur toutes les parties des sciences naturelles. Ce jardin offre, outre des sites variés et pittoresques, les plantes de toutes les contrées et une vaste ménagerie composée d'oiseaux et de quadrupèdes. Les animaux morts et empaillés figurent dans le muséum, et les animaux vivants dans la ménagerie. Cet en^emble offre les échantillons de toutes les productiens de la terre, et, pour ainsi ciire, un abrégé de l'univers. Il faudrait des volumes pour les décrire.
On s'occupa aussi de la salubrité de Paris. En 1779, on transfera les cimetières hors de cette ville.
Dans la même année, la police, enfin réveillée par les éboulemenls nombreux qui se manifestaient sur le sol de Paris, commença à entreprendre la consolidation du ciel dis carrières qui se trouvent sous la partie méridionale de cette ville. Les rues de Paris, depuis un temps immémorial, jouissaient d'une réputation solide et bien méritée de malpropreté.
Le lieutenant de police, au mois de janvier 1780, proposa un prix de 600 livres pour Tauteur d'un mémoire qui renfermerait les meilleures vues sur cUe partie importante de la salubrité publique. Il en résulta un ordre de choses qui diminua un peu l'excès du mal.
Paris n'était éclairé, la nuit, que pendant les absences de la lumière de la luno : il l'est, depuis le lieutenant de police Lonoir, en tous les temps de l'année. C'e>le même qui fit éclairer le chemin de Pnris à Versailles.
On avait, sous Louis XV, substitué V' réverbères aux lanternes; sous Louis XV! on a outa quelque chose à ces laminair' et à la commodité publique. En 1785, 1 lieutenant de police de Crosne ordonna qu'il serait placé des réverbères d'une forme particulière devant les maisons des commissaires au Châtelet, nomimés à présent commissaires de police, afin que, pendant la nuit, on pût, au besoin et sans embarras, recourir à ces officiers publics. Ce qui vient d'être exposé suffit pour faire connaître la nature des changements et améliorations qui, pendant le règne de Louis XVI, s'opérèrent dans l'état physique de Paris, et contribuèrent à embellir et assainir cette ville.