‹ Histoire de ParisChapitre 215 sur 261 · E DE 1820 A 1S · texte numérisé non relu

E DE 1820 A 1S

élevée au moyen d'une souscription nation- '•-'.

A raison de .«on double voisinage d" la

maison où Molière était mort et du Théâ-

tie-Français où Molière revit tous les

soirs, cejieu était bien choisi. C'était là

j une occasion unique, une affaire toute de

I sentiment et d'à-proros, et cette occasion

perdue, il serait peut-être impossii'le d'en

' faire naître une seconde aussi favorable.

En effet, ce projet avait l'avantage de ! présenter une certitude de réussite qu'aucun autre ne pouvait offrir. La ville de Paris s'associant à la souscription sechar- ' gérait d'exécuter la m:onun;ent, èf, par conséquent, veillerait aux soins de sa conservation. M. Régnier adressa au préfet de la Seine une lettre dans ce sens, qui f'jt ai prouvée. Les membres du comité d'administration du Théâtre -Français se portèrent souscripteurs à l'unanimité. ' Dans la mèm.e séance, il fut décidé que la ' Comédie-Française donnerait une repré- I sentation à bénéfice a laquelle les autres ; théâtres royaux seraient appelés à con- ' courir. En même temps un comité fut chargé d'organiser la souscription.

• Le 25 mars ^838, ce comité s'assem- : bla pour la première fois au Théâtre- ' Français.

Une fois constituée, la nouvelle coramis- \ sion tint ses séances quatre fois par mois, \ et ne cessa d'aviser aux moyens d'éten- ■ dre et de propager la publicité de la souscription. Une correspondance s'organisa dans les départements et plusieurs préfets annoncèrent la souscription de Molière dans leurs actes administratifs. La presse parisienne enregistra les listes des sous- ' cripteurs, et la plupart des théâtres, iraij tant l'exemple donné par le Théâtre-Fran- ; çais, offrirent avec empressement des re- ' présentations à bénéfice. L'Académie Française elle-même, qui navait pas daigne admettre au nombre de ses membres l'un des plus grands génies dont s'honore la France, expia ce ridicule en s'associant , au projet de la commission.

Jusque-là ces efforts ne pouvaient aboutir qu'à un résultat douteux. Le monument, pour être digne de sa destination, devait coûter cher. Heureusement la ville ; de Paris vint en aide à la souscription. I Par une délibération en date du 21 juin 11838, le conseil municipal apj liqua à ! l'érection du m.onument consacré à Moj lière une somme de 41,000 fr. votée le

\6 août 1839, pour la construction d'une fontaine a l'an^'le de la rue Traversière. En outre un vote unanime décida que la ville de Pans s'inscrirait sur les listes de souscription pour une somme de 30,001 fr.

Réalisant alors le montant des offrantes obtenues, la commission versa une somme de 40,000 fr., ce qui, avec les crédits alloués par la ville, compléta un chiffre disponible de Ml ,000 fr., déjà suffisant pour permettre de commencer les travaux.

Mais la dépense présumée devait être de beaucoup supérieure à cette somme.

Le conseil municipal, qui avait déjà votj 71,000 fr., s'imposa un nouveau sacrifice.

Presque en même temps les chambres appliquèrent aux frais du monument un crédit de 100,000 fr., et ce chiffre fit monter la somme des voies et moyens d'exécution à 373,000 fr.

Rien ne s'opposant plus à ce que les travaux commençassent immédiatement, on se mita Tœuvre et le monument sortit de terre.

Mais quand on vint à énumérer toutes les charges de l'entreprise, on s'aperçut qu'il serait bien difficile de veiller à leur complète exécution. Le conseil municipal fut frappé du danger qu'il y aurait à exposer, dans l'avenir, un monument tel que celui de Molière à l'éventualité d'un indigne voisinage. Et par un de ces nobles scrupules, j.ar un de ces honnêtes mouvements qu'on ne saurait trop louer, cette assemblée, qui avait déjà voté à trcis reprises plus de 200,000 fr., jalouse de terminer dignement son œuvre, décida en principe et à l'unanimité que la maison attenant au monument constituerait une propriété nationale.

Ainsi se trouva garantie à toujoursl'inviolabilité de cette statue consacrée à la gloire d'un grand homme.

Après avoir rappelé la curieuse origine de la souscription, après l'avoir suivie dans sa marche, aidée du double concours de la ville de Paris et de l'Etat, il nous resie à décrire le monument luimême dont l'exécution fut confiée à M. Visconti.

La localité dont on avait fait choix imposait ph^.s d'une difficulté à l'architecte, tant à raison de ses abords que par l'irrégularité de l'étroit et long pignon que la démclilion de deux maisons avat laissé à découvert. Le moyen de dissimuler autant

' que possible ce pignon était de diviser le monument en deux parties bien distinctes : un soubassement que surmonterait un ordre architectural. Parce moyen, les lignes horizontales coupant les lignes verticales le parallélogramme perdait de sa hauteur tout en masquant le mur dont on vient de parler.

Sur le soubassement s'élève donc un ordre corinthien accouplé, au milieu duquel s'ouvre une niche circulaire, portmt sur sa c'ef une table de marbre avec cette date : 1844. Le fronton, dans le goût de Mansard, supporté par un riche entablement dont la frise est ornée de mascarons et de branches de laurier, offre à son centre la figure assise d'un génie qui couronne le poète.

Les ligues des faces latérales viennent se raccorder à celles de la façade principale, qui forme en quelque sorte le frontispice, au devant duquel s'élève le piédestal en marbre blanc portant la statue de Molière.

Cette statue en bronze, assise dans un fauteuil, est l'ouvrage de M Seurre aîné.

Au-dessous de chaque côté du piédestal, sontdeuxstatues en marbre dues à M. Pra dier : figures allégoriques, l'une sérieuse, l'autre enjouée et représentant le double aspect de la corné lie de Molière. La liste chronologique des ouvrages de ce poète se dérouie sur des légendes à la main de ces deux muses.

On s'est efforcé de rendre le monument aussi spécial qu'il pouvait l'être; etlebut que l'on se proposait se trouve atteint, puisque l'image de Molière frappe d'abord l'attention et domine tout dans l'ensemble de l'édifice.

L'inscription suivante a été gravée sur le piédestal :

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