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PRISONS

Parmi les prisons nouvelles construites a Paris dans cette première partie du xixe siècle sont, la prison de Clichy, Ma-, zas, la Roquette (p ison des jeunes détenus), la Roquette (dépôt des condamnés), la maison d arrêt civileet militaire, Sainte- Pélagie qui a été l'objet de nouvelles dispositions extérieures, etc. Nous nous occuperons d'une manière | lus spéciale de la prison de Clichy, qui a été i.ne sorte de révolution dans le systèmedes prisons pour dettes et qui peut servir à mesurer les urogrèsdela civilisation depuis le lempsoii les lois romaines permettaient aux créanciers

espace, air, salubri:é, clarté, distribution d'e^u et de chaleur, détails d'habitation, promenade d'hiver et d'été, facilité de réunion ou d'isolement, tout y a été prévu, tout y a été cbtenu.

Là, comme dans d autres prisons, ce ne sont plus des guichets à porte basse, des geôles à poternes écrasées, les geôliers n'y répèlent plus aux débiteurs cette humiliante formule : baissez la tête !

I des grilles vastes, élevées comme celles d'un parloir de couvent, donnent entrée dans la salle du greffe, qui touche ellemême au cabinet'au directeur et à un salon destiné aux confidences des céteaus avec les personnes qui ne peuvent pas pénétrer dans l'intérieur de la maison.

De ce heu, le premier où l'on dépose le débiteur saisi pendant l'accomplissement des formalités de transcriplion et d'ecrru, on aperçoit une vaste cour bien sablée avec quelques arbres hauts et verdoyants, des bancs de gnzon. Au pied du mur d'enceinte opposé au bâtiment, dans la longueur de cette cour, un beau parterre tour émailié d'arbustes et de tleurs, au centre d'une prison, rassérène F à me du prisonnier et lui ferait oublier qu'il a perdu sa liberté, si quelque chose pouvait jamais consoler de sa perte.

24g HISTOIRE

Dans tout le rez-de-chaussée de l'édifice ^è^ne une large galerie supportée par un rang de colonnes; c'est en quelque sorte la place publique de la prison, le passage et le centre de tout le mouvement qui y règne. Là aussi est la première série des chambres qu'habitent des prisonniers.

Trois grilles ouvrant sur la cour et une fîle de hautes fenêtres éclairent cette galerie chauffée par un conduit de chaleur souterraine, qui s'échappe par les ouvertures des planches percées à jour qui recouvrent ce conduit.

Cette même disposition se retrouve dans toute la maison : un vaste caléfacteur dontle tuyau s'élève dans la hauteur de l'escalier, à" peu près comme les poêles des salles de spectacle, fournit et distribue le calorique destiné à chauffer toutes les chambres.

Cet endroit est le marché de la prison. Le long des cellules, de l'autre côté de la galerie, sont disposés des bancs. Un petit tafé, quelques marchands de vin, un débit de tabac et d'épicerie, un petit buffet de pâtisseries, occupent quelques chambres. A l'une des extrémités de la galerie, est un grand café-restaurant, rendezvous de^l'aristocratie de l'argent du lieu, tant l'égalité dans la vie est une chimère et ne su trouve même pas dans une prison. A côté du restaurant est la cantine. A l'autre extrémité de la galerie, est un cabinet de lecture. On y reçoit les principaux journaux et les nouveautés. Quelque.^ romans forment le fonds de la bibliothèque.

Au premier, au deuxième et au troisième étage, de longs corridors aérés et éclairés par deux fenêtres sur la cour et deux larges ouvertures aux extrémités forment le local de détention. 130 cellules s'ouvrent sur ce corridor.

Chaque prisonnier est seul. A un prix qui varie depuis cinq sous jusqu'à deux francs par jour, la maison lui fournit un mobilier convenable.

Pour cinq sous par jour il a une couchette en fer, une armoire, une table, deux chaises, un matelas, une paillasse, une couverture et une paire de draps qu'on change tous les quinze jours. Moyennant un supplément de loyer, il peut se procurer des tables, des chaises, des couvertures, un oreiller, des draps blancs plus fréquemment et des serviettes. Les autres

menues ustensiles doivent être ach?'t:^? par lui.

A l'extrémité de chaque corridor, to i' a été prévu pour que rien ne manqi'.;^ aux prisonniers sans nuire à la salubnt ■ de leur habitation. Des postes de surveillants sont aussi établis pour chaque division dos différents étages : des hommes de j^eine leur sont adjoints sous le nom ^X auxiliaires- Ces derniers sont spécialement chargés de tenir l'établissement dans la plus grande propreté possible.

Il y a des chambres fort élégantes. Des rideaux, des lapis, des tableaux les embellissent. Une vue qui s'étend d'un côté sur le nouveau quartier de Tivoli, de l'autre sur le panorama de f-aris, est aussi tantôt un motif de consola! ion, tantôt un sujet de regret. Pour le prisonnier le souvenir ou l'espoir naît également dans ces contemplations du dehors.

Autour de la prison pour dettes on prend les mômes précautions que celle-^ qui sont en usage pour la surveillance des autres prisons. Des murailles élevées, un chemin de ronde, des sentinelles rapprochées, des barreaux solides, des bandes de gardiens et des patrouilles fréquentes conservent l'appareil de vigilance chargé de conserver intacts les effets vivants déposés dans ce mont-de-piété de chair humaine.

Prison des jeunes détenus. — Dépôt

DESCOND.\MNi:S. — MAISONS d'.MIRÊT CI- VILE, MILITAIRE. — Mazas. — Les autres prisons récemment construites, sauf celle de Mazas élevée d'après un nouveau système sur le boulevard de ce nom, en face la gare du cheniin de fer de Lyoïi, sont l'une la prison affectée aux jeune.détenus, l'autre un dépôt des condamnes et portent l'une et l'autre le nom de Roquette.

La Roquette dite prison des jeunes DÉTENUS. La Roquette avait été construite pour l'application du système d'Aubuin. L'isolement des détenus ne devait avoir lieu que la nuit. Tous devaient dans le jour travailler en silence dans les ateliers communs. Aussi les cellules n'y ontelles que l'étendue que sembleraient exiger le séjour constant que le détenu y fait et les travaux auxquels il s'y livre.

Cette disposition primitive a éîé chaii-

Une double destination a été aftèctée à cette prison. On y renferme les condamnés

à la rérlusion et principalement les jeunes détenu? dont on se propose d'opérer l'araeudement.

Les deux catégories de prisonniers n'ont aucune espèce de communication entre elles. Pour tous les détenus, dont les travaux ne doivent pas s'exécuter en commun, on a adopté un système de séparation de nuit et de jour.

Le silence y est sévèrement exigé, mais, à proprement parler, ce n'est pas là l'emprisonnement solitaire. Tout au contraire, la règle de cet établissement est de multiplier chaque jour les communications qui peuvent encourager le prisonnier, relever son moral, exciter en lui le goût du iravail qui lui est d'un si grand secours, qui lui offre une si consolante distraction.

A la Roquette ces communications sont répétées huit fois par jour au moins : parfois même se reproduisent-elles beaucoup plus souvent. Le directeur, l'aumônier, l'instituteur, l'entrepreneur des travaux exécutés par les détenus, les préposés au service et les visites faites de l'extérieur, autorisées par l'administration, ôtent à cette détention l'intimidation du confinement solitaire absolu, et y substituent une action individuelle et morale qu'aucune force contraire ne combat.

Chaque détenu peut respirer le grand air et se livrer à l'exercice, pendant une demi-heure, dans des préaux pratiqués dans le chemin de ronde et dans d'autres parties de la maison.

Placée à l'extrémité de Paris, aux portes du cimetière du Père-Lachaise, entre la ville des joies et la ville des morts, la Roquette semble une des stations de la peine et de la douleur qui sillonnent la vie et conduisent de la première de ces villes à la dernière.

La première pierre de cette prison située rue de la Roquette, no IH, fut posés le i novembre 826. Dès le M septembre 1836, elle fut affectée aux jeunes détenus du département de la Seine, et elle coula la somme de 2,640,000 francs.

Elle fut élevée sur les plans de M. Hippolyte Lebas, membre de l'Institut.

Cette prison ressen.ble à un chàteaafort avec ses quatre tours aux angles et ?a chapelle au milieu.

Dans celte prison, dite Prison modèle, les détenus sont de deux sortes : l'^ les jeunes garçons détenus par autorité ie justice :

DE 18Î0 A ISoS

2o Ceux sous le coup de la puissance paternelle.

Ces deux classes de détenus ne sont pas confondues.

Cet établissement par sa construction panoptique est l'un des établissements les plus curieux de ce genre. Les conditions de sûreté, de salubrité, de surveillance et d'art n'y laissent rien à désirer. En le visitant toute idée de prison disparaît. On dirait une vaste manufacture où se prépare par le travail ramélioration morale des jeunes détenus, confiés à leur sortie de prison à la Société du patronage.

Le pourtour des bâtiments est de forme hexagone. Six corps de bâtiments en rayons, séparés par autant de préaux, tendent à un centre commun d'où la surveillance générale de toutes les parties de la prison peut être exercée par une seule personne. Une vaste cour circulaire, plus basse que le sol de Ja prison, occupe c? point central. Là sont établies la cuisine et ses dépendances. Le parloir public et ceux des détenus sont au-dessus, et au même sol que le rez-de-chaussée. De niveau avec le premier étage et au-dessus des parloirs, est une grande rotonde consacrée à la chapelle. Douze ponts en fer jetés sur la cour basse établissent une communication entre chacun des étages des six bâtiments en rayons, les parloirs et la chapelle.

Au rez-de-chaussée, où sont placés douze ateliers de travail, éclairés sur les préaux, et trois étages divisés en cellules et en chambres de punition, composent les bâtiments en rayons.

Deux corps de bâtiments destinés, l'un à l'administration, l'autre à l'infirmerie et contenant les pièces nécessaires à ce double service, sont en avant et en arrière de l'hexagone.

Un chemin de ronde aboutissant d'an côté au corps de garde, de l'autre au logement du concierge, situés i'un et l'autre à l'entrée de la prison, entoure tous ces bâtiments.

Des eaux abondantes provenant d'un puits artésien, distribuées dans toutes les parties de l'édific-e, complètent l'ensemble des améliorations introduites dans cette prison modèle.

Prison de la Roquette, dite Dépôt DES CONDAMNÉS. Celle prison, située rue de la Roquette, n» I i 2, en face la prison des jeunes détenus, a été construite

pour remplacer la maison de Bicetre, spécialement affeclée à la vieillesse et aux aliénés. L'asile de la vieillesse et du malheur n'est plus ainsi confondu dans l'opinion avec la répression des crimes com.mis contre la société.

Le nouveau dépôt des condamnés ne contient que des détenus frappés d'une peine aftlictive ou infamante. Aussi at-elle été bâtie avec un luxe de précautions qui, sans avoir rien d'affeclé, rendent les évasions sinon impossibles par les moyens ordinaires, tout au moins excessivement difficiles.

Trois iirilles en fer et quatre portes en chêne séparent la rue de la Roquette du grand préau de la prison.

Ce préau est vaste. Des bancs de pierre l'entourent de tous côtes.

Au milieu, sur une légère éminence, est une fontaine à réservoir, et tout auprès un bel arbre en fer pour le réverbère.

Des bâtiments à trois étages encadrent le préau à lest, au nord, à l ouest.

Au sud est la chapelle de la prison.

L'adn.:inistration occupe le bàtim.ent du nord ; ks ateliers et les cellules des détenus, ceux de l'est et de l'ouest.

Au rez-de-chaussée du premier sont les tailleurs, les cordonniers, les chaussonnieis ou natteurs.

Au rez-de-chaussée du second sont les ébénistes, les semeleurs et les serruriers.

Les cachots occupent le rez-de-chaussée dans le quartier de l'infirmerie placée a la suite du Làtiment principal, et séparée de ce bâtiment par la chapelle.

^ Dans des cellules dont le nombre est d'environ 700, couchent séparément les condamnés destinés à subir leurs peines dans les bagnes.

Cette prson, achevée en 4 836, a coûté environ 1,300,000 francs.

^Iaison d'aurèt civile, militaire. Depuis longtemps ou avait scnti la nécessité de rem,!lacer l'ancienne maison de la Force comir.e maison d'arrêt.

D'après un projet présentant une dépense de 3,600 000 francs et adopté en 4844 par le conseil général, la nouvelle prison formant un vaste îlot, et renfermée dans une double enceinte, aurait eu son entrée sur la phice circulaire de l'hôpital de la Salpétrière.

Elle devait se composer :

D'un bâtiment pour l'administration;

De deux autres bâtiments séparés par

une cour, l'un pour l'infirmerie, l'autre pour les vieillards ;

De six divisions ayant chacune leur entrée, leur spécialité;

Les adolescents;

Les prévenus de rxe et d'accidents;

Les prévenus d'escroquerijs ;

De vols simples ;

De vols qualifiés et autres crimes justiciables des cours d'assises;

Enfin, pour les prévenus de délits ou de crimes politiques était une sixième division, dite è^/m(?;i^ réserré. •

Cette maison, d'après ce plan, pouvait contenir 1 ,300 détenus. La prison Mazas construite depuis en a tenu lieu.

Quant à la M lison d'arrêt militaire en 4851 , le génie militaire livra officiellement à l'administiation de la guerre la nouvelle maison d'arrêt et de correction, construite dans la rue du Cherche-Midi, .sur l'emplacement de l'ancienne manutention des vivres de l'armée.

^ Celte prison, construite d';iprès !e système cellulaire, a été fournie de tout le matériel nécessaire au logement des détenus et des personnes préposées à leur surveillance.

Dès que les officiers supérieurs de la Ire division militaire eurent pris po.'ïsession de cette maison d'arrêt, il fut procédé au trans èrement de tous les militaires condamnés correctionnellemeiit, qui se trouvaient dans la maison de just.'ce située dans l'hôtel même des conseils de yuerre.

On transi'éra également dans l'a nouvelle prison les prisonniers militaires que renfermait -l'ancienne mai.-on de détention, dite de V Abbaye,' ^\i\ a été depuis démolie pour l'élaigissement de la voie publique.

Sainte-Pélagie. De nouvelles dispositions extérieures ont aussi été exécutées à la prison Sainte-Pélagie.

Cette prison avait déjà subi de grandes modifications depuis vingt ans. D'importantes constructions avaient été élevées sur la rue de la Clef, depuis l'époque où les prisonniers pour dettes écroues dans les anciens bâtiments ont été transférés dans la prison nouvelle, construite rue de Clichy, sur l'emplaceuient de deux anciens hôtels acquis en 1826 par la ville de

Avant la suppression des ordres religieux de 1790, Sainte Pélagie était una communauté dont la fondation était dud

en grande partie y la p. été de madame de Beauharnais de Miramion , et qui fat placée sous l'invocation de sainte Felaijie a Antioche, célèbre pénitente du ve siècle. On y renfermait les femmes et les filles débauchées. Celles qui venaient à résipiscence occupaient un local séparé et vivaient comme des religieuses dans un monastère. Les bàlimenls dans lesquels habitaient les premières étaient connus sous le nom de Refuge; les autres portaient plus communément celui de Sainte-Pélagie.

Peu de temps après sa suppression comme communauté, Sainte-Pélagie de vint une prison politique et par une coïncidence étrange, mademoiselle Tascher de la Pagerie, veuve du comte Alexa- dre de Beauharnais, l'un des descendants de la fondatrice de Cette maison, y fut incarcérée. On y voyait encore, il y a quelques années, dans l'aile droite, la chambre qui servit de prison à la première impératrice des Français.

Sous la Restauration Sainte-Pélagie ne désemplit j as de condamnés [olitiques.

Là se trouvèrent en même temps en 1821 , MM. Cauchois-Lemaire, de Jouy, Fontan, Magallon, Paul-Louis Courier et Béranger. Ce dernier, à qui comme ^^oète national on a rendu à sa mort en 1857 des honneurs publics, occupait une chambre au premier étage donnant sur la cour, dite coui' du miliet>j et que l'on montre encore.

Nous terminerons cet aperçu sur les prisons de Pans par quelques détails sur la dépense, la nourriture et entretien des prévenus.

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