‹ Histoire de ParisChapitre 32 sur 261 · PARIS DEPUIS HUGUES CAPET JUSQU A PHILIPPE- AUGUSTE · texte numérisé non relu

PARIS DEPUIS HUGUES CAPET JUSQU A PHILIPPE- AUGUSTE

Ipr. Paris sous Hugues Capet(2),

Louis V, ce dernier roi de la race carlovingienne, après moins de deux ans de règne, mourut le 21 mai 987, sans en-

(1) Histoire littéraire de France^ t. VI, p. 2,4, 5.

(2) Les monuments historiques étant, pendant cette période, plus abondants que

faut (1). Charles, duc de Lorraine, son oncle, et frère du roi Loihaire, avait seul,

dans les périodes précédentes, je pu s com- Uicncer ici à diviser la matière par règnes ; je suivrai cette méthode dans le reste de cet ouvrage.

(1) La chronique d'Adliémar de Chabanne porte que ce roi fut empoisonné par Blanche, son épousa adutère. Un autre écrivain dit que Hugues Capet épousa Blanche.

sors HUGl-E

- ;ivant l'ordre établi, le droit de lui succéder: mais pendant qu'il perdait du temps à délibérer . Hugues . surnommé Capet . comte de Paris, duc de France, abbé ie Saint-Germain-des-Pres. abbé de Saint- Martin de Tours, abbé de Saint-Denis près ^e Paris, abbé de Saint-Aignan d'Orléans. \m avait hérité de l'esprit de révolte de son père Hugues le Grand et de sa

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haine contre la famille régnante, se hâta de convoquer à Xoyon une assemblée qui, vers la fin de mai 987, le proclama roi de France (I).

Cette assemblée, n'étant composée que des vassaux de Hugues Capet et de quelques seigneurs ses partisans, ne représentait point la nation, et ne pouvait légalement procéder à un acte d'une si haute

Petit Chatelet.

importance; mais alors la force et l'audace tenaient lieu de règles et de droit. Le 3juillet suivant, le nouvel élu se fit sacrer rpi par Adalbéron, archevêque de Reims, -on partisan.

A cette . nouvelle . le prince Charles adressa de vifs reproches à ce prélat rebelle, et résolut de soutenir sa légitimité par la force. A la tête d'une armée nom- Lireuse. il s'empara de la ville de Laon.

Recueil des Historiens de France, t. X, p. 165. note r.)

Hugues Capet vint, en 988. l'y assiéger. Charles fit une sortie, mit en fuite son ennemi, et brûla son camp. Hugues Capet. revenu à la charge, fut de nouveau repoussé. Voyant la force inutile, il eut recours à la perfidie. Il parvint à corrompre l'evêque de Laon, nommé Adalbéron Ascelin. sujet et conseiller du prince Charles. Cet évéque n'hésita pas a trahir son maître; et, pendant la nuitdu2avril 991,

\\) Abrégé de l'Histoire de France. Recutil des Historiens de France, t.X*, p. 313.

ouvrit à l'ennemi une porte de cette | litiques, contenant de semblables principes

ville.

Hugues Capet y entre avec de grandes forces" surprend Ch ries et son épouse dans leur lit, les fait enlever et conduire à Orléans, où ils sont renfermés dansur.eOtroite prison. Ils y périrent bientôt tous les deux ; mais, avant sa mort, l'épouse de Charles avait donné le jour à deux jumeaux qui, devenus grands, se réfugièrent auprès de l'empereur. Ainsi finit la seconde race, et commença la troisième.

Hugues Capet eut beaucoup de peine a se mamtenir sur son trône usurpé. Outre la guerre contre Charles, il en soutint plusieurs autres contre des comtes et des ducs qui refusa itnt de le reconnaître pour roi: tels étaient le comte de Flandre, le duc de Normandie, le duc d'Aquitaine, le comte de Périgueux, etc., etc., etc. On sait que ce dernier comte, nommé Aldebert, lui fit, en 990, pendant qu'il assiégeait Tours, une réponse qui présente le trait le plus saillmt du règne de Hugues Capet. Ce nouveau roi, n'osant It- combattre, j-e borna à lui faire parvenir cette demande: Qui t'a fait comte? Aldebert lui répondit: Qui t'a fait roi ?

, Arnoul, archevrque de Reims, fils naturel de Lothaire. qui prétendait à la couronne , fut encore son ennemi le [ilus acharné: le propre fils de Hugues Capet, Robert, lui fit aussi la guerre. Tels furent les fruits amers de son usurpation.

Hugues Capet résidait à Paris lorsqu'il était c'omte de ct4te ville; il continua d'y résider lorsqu'il fut roi II mourut dans cetieville, et on l'enterra à SaintDenis(l). Pourquoi la troisième dyn.stie fut-elle bcau(Oup. plus durable que la pren-ière et la seconde? Pourquoi le régime de la troisièn e, aussi vicieux que ceux des deux premières, tourmenté par ks mêmes crises poli j Tous les faits relatifs à l'usurj ation du (h.-f de la troi^iè^le race sont attestés par les chroniques df Hujrnes de Fleiiri de Girard de Clugni, de Sigebert, de Saint- Murtinl <le Lin oges, de Sitliiu, etc.; p: r la généalogie de Cbarlemagne, par l'Abrégé des Gestes des rois de France, et par une infinité de monumerits bist^r ques conteiius dans le tome X dii Recueil des Hisloiien}: de France. Les hist<.riens qui soutiennent que Hugi'CS Cbpet Béiait point un usurpateur sont plus rares, plus récents, et par conséquent plus suspects de partialité.

de destruction, sest-il, interruptions récentes,

malgré quelques maintenu iusqu'à

nosjours?On pourrait assigner a c^tte longue existence le concours de circonstances nouvelles, et plusieurs causes que je ne déduirai pas ici; mais la principale, à mon avis, consiste en ce que les rois de la troisième race n'imitèrent point ceux des deux premières, et ne partagèrent point, par portions égales, leurs Etats entre leurs fils. Ce vice de moins, dans le régime de la race des Capétiens, préserva cette dynastie de sa ruine.

Ce chef de la branche des rois capétiens, après un règne de dix ans, cessa de régner et de vivre," le 24 octobre, l'an 996.

n. Paris sous le roi Robert IL

Sous le règne de Hugues Capet, Parii ne s'enrichit d'aucun établissement civil ou religieux.

Robert, déjà proclamé et sacré roi du vivant de son père, lui succéda après sa mort. Hugues Capet, pour assurer le trône de France a ses descendants, avait eu la précaution de faire couronner son fils à Orléans, le l^r janvier 988, et a Reims en 991. Robert, dont l'éducation était celle d'un aspirant à la prêtrise , se distmgua par beaucoup de dévotion. Il fut en conséquence surnommé le Dévot, et mérita ce surnom. Il avait un goût dominant pour les chants et les cérémonies de l'église ; il composa même quelques hymnes. Il excellait SU! tout dans l'art de chanter au lutrin. Voici l'éloge que l'on trouve de ce roi dans une pièce hislorique de son temps : « Il avait coutume de se rendre chaque « année, toute affaire cessante, au monas- « tère de Saint-Denis, le jour de la fête « de saint Hippolyte. Là, dans le chœur, « parmi les chantres et autres officiants, il « figurait, revêtu d'une précieuse chape « de soie, faite exprès pour lui, et tenant « en main son sceptre d'or : il chantait « avec tant d'ardeur, que sa voix faisait « retentir les voûtes de l'église , psalmo- « diant gravement et d'un ton solennel « avec ceux qui psalmodiaient. Si l'on « entonnait des airs gais et allègres, alors « on le voyait, transporté de joie, chan- « ter très gaîment et exciter les chanteurs « à la gaîté {ijaudens cum gaiidenti- « biis)[\). »

Un autre écrivain, son admirateur, parle

ainsi de ce roi : • Il jurait souvent par la foi da Seigneur. Il fit fabriquer un

■ phylactère "fou reliquaire) en cristal, . orne tout autour d'or pur , qui ne ren- . fermait aucune relique. Sur ce reli- « quaire vide, il faisait prêter serment de « fidélité aux seigneurs de ses Etats, qui j . ne savaient rien de cette fraude pieuse . {hor f)>a l'uude nescii) (\). »

Robert en usait ainsi afin que les reliques ne fusseiit pas profanées par des parjures. Il croyait que h force du serment résidait dans' les reliques, et non dans l'intention de celui qui le prêtait. Il donnait, par c^i'tle précaution, une idée peu avantageuse de son jugement, de sa croyanee, et de la loyauté de ses grands vassaux.

Le même écrivain ajoute : « Il fjt aussi « fabriquer un autre reliquaire en argent.

■ dans lequel il pla'^ait un œuf de giiNe. « Ce reliquaire était destiné à recevoir le « serment des hommes d'une condition « médiocre, et des paysans '2). »

Ce roi. par seslib-.ralites envers les églises, son talent à chanter au lutrin, son aveugle dévoùment aux volontés des prêtres, et son titre d'abbé de Saint-Aigoan d'Orléans, gagna 1 affection du clergé. Les écrivains monastiques lui prodiguèrent des éloges, mais avec si peu de di.-cernement, qu'ils en ont laissé un porlrait ri- Jicule, comme on a pu s'en a[ ercevoir.

Une chronique lui attribue plusieurs miracles. L'n jour de la fêle de saint IIi)>polyte,^aint favori de ce roi, il quitla brusquement le siège d'une fortere.-se qu'on ne nomme pa-; . pour venir à Saint-Denis chanter au lutrin. Lorsqu'il p>almodia ces ■nots : .-ignus Dei, doua nohis paceni, jussitôt la forteresse assiégée s'écroula.

Tant de titres à la \éneralion sacerdotale, tant d actes méritoires ne preseivèrent pas notre roi dévot des foudres de Rome. Pour la première fois l évèque de c^te ville essaya sa puissance sur cette tête couronnée. Robert avait épousé Berthe. sa cousine issue de germain ; c'était alors, aux yeux du clerg*^, un des plus grands crimes dont on put se rendre cou-

(1) Déjà les fourberies du ':lergé étaient just fiéfS par celte épiiliète imposante, mais inco iipatible avec son substantif. Une fourberie peut quelquefois être salutaire ; elle n'e*t jamais pieuse.

(2| He'ueil des Histjriens de France, par dom Bouquet, t. X, p. 103.

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