V. Paris sous le règne de Louis VI, dit le
Gros. I
Louis VI, qui succéda à son père en 1 1 08, fut sacré à Orléans, et non à Reims.
Ce roi, qui, pendant la fin du règne de son père, avait vivement combattu les seigneurs féodaux, toujours en état de rébellion contre le trône, continua avec la même ardeur, dès qu'il fut roi, à repousser leurs attaques, à châtier les brigandages qu'ils exerçaient contre les églises, les monastères et les marchands; mais ses remèdes furent violents et quelquefois pires que le mal. Il opposait la guerre à la guerre, le brigandage au brigandage, et la cruauté à la cruauté. Ses succès accrurent les calamités publiques.
Son embonpoint excessif, qui le fit nommer Louis le Gros, ne ralentit jamais soiv activité naturelle. Presque tous les instants de sa vie furent employés à des marches militaires, à des combats; son continuel état d'agitation lui valut aussi les surnoms
(1) Voyez, ci-dessus, Champ des Séimltures, et Notrs-Dame-des-Champs.
SOl'S LOUIS VI
de l'Eveillé ( non dor
? Batailleur :.t!(ns .
€ Il fut sans cesse occupé, dit un écri- « vain du temps, à repousser à main ar- « mée les attaques de Henri, roi des An- « glais, de Thibaud, comte de B!ois et de « Chartres, et des autres nobles de son « voisinage. Depuis, pendant un certain « temps, "il fut tellement pressé par ses « enntmis, qu'il ne pouvait point sortir
• de Melun, ni, quand il résidait à Paris. « se rendre de cette ville à Corbeil, parce « qu'il était, de ce côté, menacé par les « troupes du comte Odon. Voulait-il aller « de Paris à Etampes, il en était empêche « par les forteresses de Montlhéri, de « Château-Fort et de la Ferlé-Baudouin.
• Voulait-il d'Etampes se rendre à Orléans, « il trouvait un obstacle dans les troupes « du château du Puiset(l), »
Un autre écrivain de ce temps dit que ce roi pouvait à peine sortir de Paris avec sécurité, tant il était harcelé par les chevaliers et les barons de son voisinage (2).
Il fut le premier roi de France qui accorda ou plutôt qui vendit aux habitants de quelques villes ou bourgs le droit de commune, ou la faculté de régir eux-mêmes leurs propres affaires. Le souverain vendait ce qu il avait ravi, ce qu'il aurait dû gratuitement restituer. Les seigneurs ecclésiastiques s'él^Nercnt scandaleusement contre cette restitution.
Louis le Gros, le premier à qui on attribua la faculté miraculeuse de guérir les écrouelles par un simple attouchement, mourut le l'"" aoîit 1137.
Ecoles de Paris. Du milieu des affreuses ténèbres qui, depuis plus de trois siècles, abruti.ssaient l'espèce humaine en France, apparurent, sous ce règne, quelques étincelles de lumière. Les productions du génie des anciens, cachées dans les cloîtres, n'étaient accessibles qu'à un très petit nombre d'hommes : presque toutes les parties de la population, occupées à s'attaquer, à se défendre les armes a la main, désolées par des brijiandages continuels, désolées par de longues famines, par d'horribles maladies, ne songeaient guère à l'étude; mais ^ers la fin «u onzième siècle, des circonstances for-
(1) Becueil des Historiens de France, t. XII, p. 64.
(2) Recueil des HistorieM de France, t. XIII, p. 729, 730.
tuites firent jaillir des lueurs nouvelles, taibles, mcerlaines et souvent fausses, iî est vrai, mais qui devaient graduellement s'accroître, s'épurer, former" un immense foyer de clarté, et ne plus s'éteindre.
Les églises cathédrales, les monastères étaient ordinairement pour\-us d'écoles destinées à l'enseignement de ceux qui se consacraient à l'état ecclésiastique. Les plus connus h Paris étaient l'école Episcopale, l'école de Saint-Germain-des-Prés et celle de Sainte-Geneviève. Il a ete parle de leur origine.
Ecole Episcopale. Son existence, douteuse au neuvième siècle, ne lest plus à la fin du onzième •■ on connaît les noms de ceux qui y professaient. Au commencement du douzième, Adam de Petit-Pont y enseignait la grammaire, la rhétorique et la dialectique: et Pierre le Mangeur ou Cnme>tor, Michel de Corbeil, Pi'erre 1« Chantre y professaient la théologie.
Ces maîtres donnèrent à cette école une célébrité que lui disputaient celles des églises de Reims, d'Orléans, de Chartres, etc., et que parvint à lui assurer Guillaume de Champeaux, qui, à la fin du onzième- et au commencement du douzième siècle, y professa avec distinction la théologie. Cette école se tenait alors dans le cloître de Notre-Dame. Les enfants des rois venaient y recevoir les éléments de la grammaire.
Ecoles d'Abélard. Outre les écoles dont je viens de parler, il s'en établit à Paris qui furent indépendantes et particulières. Pierre Abelard, homme supérieur à son siècle par sa conception facile et son talent pour la discus.^ion, après avoir suivi les leçons de Guillaume de Champeaux, aspira, encore adolescent, h l'honneur de professer. S'il prévoyait alors ses succès, il ne prévoyait certainement pas les dangers, les outrages, les persécutions qui l'attendaient dans cette carrière nouvelle.
Il établit d'abord une école à Melun.
Quelques intrigues de prêtres l'obligèrent de quitter cette ville ; il se rendit à Corbeil, et y transféra son camp : c'est ainsi qu'il nommait lui-même son école, souvent tenue en plein air. L'excès du travail lui ayant causé une maladie, il se rendit à Paris, où sa santé, devenue meilleure, lui permit de sui\Te les leçons de rhétorique que donnait Guillaume de Champeaux. Il ou\Tit ensuite, dans cette ville, une école
OÙ il enseigna la dialectique. Persécuté à Paris, il retourna à Melun, et y trouva de nouvelles persécutions qui l'obligèrent de revenir à Paris. Ce fut alors, vers Tan 1 i 18, qu'il y établit une école où il réunit un très grand nombre de personnes qui accouraient à ses leçons.
Abélard jouissait du fruit de ses talents. Jamais professeur n'avait, à Paris, obtenu une célébrité si éclatante, n'avait attiré dans cette ville une aussi grande affluence d'écoliers. Il y était considéré comme le plus grand philosophe de son siècle, et comme le seul qui entendît bien Aristote. Au milieu de tant de gloire et de prospérité, un événement fatal, très connu, vint dégrader son existence, et empoisonner les jouissances que lui procuraient ses succès. Ses amours, l'affreuse mutilation qui les termina, ont obtenu de la postérité un intérêt bien plus vif que ses talents, que ses écrits, aujourd'hui oubliés.
Cet outrage que Fulbert, chanoine envieux de sa renommée, exerça sur la personne d' Abélard, interrompit le cours de ses leçons. Vers l'an 11 20, il quitta Paris, se retira à Saint- Denis, où il se fit moine. Cependant ses écoliers le pressèrent de reprendre son cours. Alors , autorisé par ses supérieurs, il céda à leurs prières, et transféra son école loin de Paris, théâtre de son malheur, à Saint-Aïoul de Provins, où il enseigna la dialectique et la théologie. Il n'y fut pas longtemps tranquille : accusé, en 1121 , d'avoir répandu quelques erreurs sur la Trinité, il se vit obligé d'aller se justifier au concile de Soissons. Déterminé par cette circonstance, il renonça à l'enseignement, et se retira dans son cloître de Saint-Denis. Là, il céda de nouveau aux sollicitations deses nombreux élèves, etrevint enseigner à Provins. L'envie l'y poursuivit encore, il fut forcé de se réfugier près de Nogent-sur-Seine, dans un lieu désert, où, quelques années après, il fonda une abbaye qu'il nomma le Paraclet. Ses disciples le découvrirent dans cette solitude, et l'engagèrent à continuer ses leçons ; il les continua jusqu'en 11 26, époque de sa nomination à l'abbaye de Saint-Gildas-de-Ruis, en Bretagne.
Il se rendit dans ce monastère, peuplé de moines sauvages, libertins , voleurs de grands chemins ; tous les biens de cette abbaye avaient été envahis par un seigneur leur voisin, et, pour vivre, ils étaient réduits à détrousser les passants, et plus
disposés à égorger leur abbé qu'à lui obéir. Il n'y resta pas longtemps et revint k Paris.
Quelques auteurs font monter le nombre des écoliers, si avides des leçons d'Abélard, jusqu'à trois mille. On ne trouvait point d'abri assez vaste pour les contenir; le maître professait en plein champ.
Cet homme extraordinaire pour son siècle, qui, dans ses nombreuses persécutions, fut suivi avec tant de constance par ses disciples, eut la gloire de voir plusieurs d'entre eux parvenir aux plus hautes dignités de l'Eglise. On en compte cinquante qui devinrent évêques ou archevêques, vingt cardinaux, et un qui fut pape, sous le nom deCélestin II. Parmi les personnes qui reçurent les leçons d'Abélard, je ne dois pas omettre l'amante ou l'épouse malheureuse de ce maître , l'intéressante Héloise, qui après la rupture des nœuds qui l'unissait à lui fut placée d'abord dans le couvent d'Argenteuil près Paris, puis élevée à la dignité d'abbesseau Paraclet qu' Abélard avait fondé.
Jocelin, qui fut depuis évêque de Soissons, professait en même temps la dialectique à Paris et au mont de Sainte-Geneviève ; Albéric de Reims vint aussi professer dans le même lieu ; mais leur réputation était bien inférieure à celle d'Abélard. 11 faut le dire, cet homme commença la réputation des écoles de Paris. Sa célébrité attira une influence considérable d'étudiants étrangers et nationaux qui accrut beaucoup la population de cette ville.
Il laissa des disciples et des admirateurs qui soutinrent sa réputation en propageant sa méthode. Bientôt après lui, dit un écrivain du douzième siècle, la multitude des étudiants surpassa dans Paris le nombre des habitants de cette ville, et l'on avait peine à y trouver des logements (1). Un ancien écrivain du temps donne à cette capitale hTiomhéhvevLde Cariât h-Sepher^ c'est-à-dire la Ville-des-Lettres par excellence. Enfin, il est évident qu'au seul Abélard est due la renommée des écoles de Paris, et que cette renommée produisit le rapide accroissement de la population de cette ville.
Abbaye et Ecole de Saint-Victor.
Il existait depuis longtemps, dans l'emplacement occupé par les bâtiments de
(1) Histoire Paris. — Typ. Lacolk, rue Soiifflot, 18.
littéraire de France, t. IX,
sors LOUIS VI
cptte nbbaye, une petite chapelle dédiée à par une charte de ce roi, de Van \\\1
saint Victor .elle était déjà érigée en prieure — f^-~- — ^-»- j,. ^..,„ n ^ n
iorsqu'en tlOS Guillaume de Champeaux, épuisé par ses efforts pour soutenir sa réputation dans l'école Episcopale de Paris, se retira dans ce prieuré. Il y avait établi ou avait déterminé Louis VI à y établir un chapitre de chanoines réguliers, avec tifre d'abbave : cet établissement fut doté
confirmée par une bulle du pape Pasciil II. Le premier abbé ne fut pas Guillaume de Champeaux, mais Gilduin. son disciple:
Tliomas en fut prieur i\).
En se retirant à Saint-Victor, Guillaume de Champeaux y continua d'enseigner la jeunesse. Abélard lui-même assista à ses leçons ; bientôt après l'école de Saint-Vic-
Le Grand Chfitelet.
lordwint une des plus célèbres de France.
Le désir naturel de surpasser ses semblables par une supériorité de connais- -iances acquises n'était pas le seul stimulant qui portait la jeunesse à l'étude; un mobile plus puissant agissait sur elle, et lui f.iisait. braver lois les dégoûts de l'école: l'ambition et l'espérance bien fondée de parvenir aux dignités ecclésiastiques, et de posséder les honneurs et les richessequi en dépendaient.
Depuis les premiers règnes de la troisième i-ace, on avait renoncé à l'usage antique de
ne conférer desévèchés, des abbayes, efr., qu'aux personnes de la caste nobiliaire'. Les évéques d' cette caste étaient si ignorants et si adonnés à la débauche, à la chasse et à la guerre (2), qu'on sentit la
(1) Ce prieur fut assassiné par \ ?, nevoiix îe Thibaud Not'er, archidiacre de l'église le Notre-Dame de Paris, et à son instigaion. Dans le tableaxa des mœurs de cette ériode, je parlerai de cet assassinat.
(2) Voyez, dans Grégoire de Tours, le portrait qu'il a fait de la plupart des évê-
nécessité de leur préférer des roturiers instruits. Ces derniers s'élancèrent avec ardeur dans la carrière de la fortune qui venait de leur être ouverte. Aussi vit-on, vers cette époque, presque tous les professeurs et les étudiants obtenir de riches bénéfices. Les résultats de cette concession nécessaire doivent être considérés comme les premières conquêtes que fit la civilisaiion sur la barbarie.
La réputation des écoles de Paris était relative au temps; nous trouvons aujourd'hui leur méthode vicieuse, leurs principes souvent erronés, les matières enseignées très futiles, et leurs connaissa:ices très bornées : ces écoles eurent à traverser une longue série d'erreurs avant d'atteindre quelques vérités.
Les maîtres de ces écoles étaient cruels : co n'était qu'à force de coups qu'ils inculquaient la science, dit l'abbé Lebeuf : ce qui rebutait beaucoup d'étudiants.
Saint-.) A€QUES-DË-LA-BoucHERiE, égl ise paroissiale,, située rue des Arcis. Cette église est pour la première fois nommée, en l'an 1119, dans une bulle de CalixtelL « L'église de Saint-Jacques, avec paroisse, « dans le faubourg de la ville de Paris, < porte cette bulle : la suburbio Pari- « siacœ urbis eccledam Sancti Jacohi « cum parochia. » Elle devait exister auparavant; mais l'on n'a rien de certain sur son origine.
Le curé de cette paroisse était du nombre des treize prêtres-cardinaux de l'église cathédrale de Paris.
L'église de Saint-Jacques devint, comme tant d'autres, la proie de quelques laïques puissants. Ponce Archambert en était propriétaire : il la donna au monastère de Saint-Martin-des-Champs, donation qui devint une source de procès entre ce monastère et les curés de Saint-Jacques, impatients de leur dépendance.
ques de la Gaule, et notamineTit la lettre que saint Boniface écrivit en 747 à Zacbarie, évêque de Rome, sur les mœurs de cc pays, où il dit que les sièges épiscopaux furent occupés par des laïques ou par des prêtres adonnés à la débauche ; que ceux qui se disaient exempts du reproche de libertinage s'adonnaient à l'ivrognerie, passaient leur temps à la chasse, à la guerre, et ne craignaient pas de tremper leurs mains dans le sang de leurs semblables. {Recueil des Historiens de France, t. IV, p, 94.)
Le bâtiment de cette église, circonscrit et irrégulier dans son origine, s'agrandit successivement pendant le cours des quatorzième et quinzième siècles. Quoique sa construction ne lut pas achevée, l'eNéque de Turin vint, le 24 mars 1414, en lairela consécration. Cet év'que, nomme Gérard de Montaigu, fut invitépar les paroissiens à un dîner qui ne coûta que soixante-dix sous parisis (1).
La construction de cette église ne fut terminée que sous le règne de François 1er • les indulgences accordées à ceux qui fournissaient des fonds pour les frais des travaux, et les libéralités de quelques paroissiens, et notamment de Nicolas Flamel, qui fit construire à ses frais le petit portail du côté de la rue des Ecrivains, cofitribuèrent à l'achèvement de cet édifice.
Nicolas Flamel, un des bienfaiteurs de cette église, mort le 22 mars 1417, y fut enterré. Quoique simple écrivain, cet homme, p;ir la rapidité de sa fortune, par des fondations pieuses, et par de prétendues merveilles, obtint une certaine célébrité, et devint pour plusieurs personnes un être mystérieux. Sa fortune, fort audessus de son état, causa de l'élonnement, et tout ce qui étonne les ignorants leur semble surnaturel. De là des contes débités sur Nicolas Flamel : il avait découvert la pierre philosophale ; les inscriptions et les sculptures qu'il a l'ait exécuter sur les différents monumentsdeParisétaientautant d'hiéroglyphes (2). Dans les caves de sa maison on a trouvé, longtemps après sa mort, des vases, fourneaux, matras, et autres ustensilespropresaugrand-œuvre(3).
(1) Ce repas était composé de poissons et d'une quarte d'hypocras. (Histoire de Saint- Jacques -de-Ia-Boucherie, p. 43.)
(2| Voyez la Bibliothèque des Philosophes chimiques.
(3) On a fait à plusieurs reprises de» fouilles dans cette maison ; elles .se sont renouvelées jusqu'en 1756. Un homme de distinction, en cette année, après avoir déguisé son véritable motif, obtint de la fafrique de l'église de Saint-Jacques la permission de réparer la vieille maison de Nicolas Flamel, maison située en face de cette église et au coin de la rue des Ecrivains. Cet homme fit fouiller les caves, enlevt-r plusieuis inscriptions gravées sardes pieire-i, et, ne trouvant rien de ce qu'il cherchait, fit exécuter les réparations, et
socs LOUIS VI
HT
Nicolas Flamel et sa femme Pernelle ne | sont point morts : ils feignirent une ma la- j die, s'échappèrent, et on enterra des bùchL-s j à la place de leurs corps. Paul Lucas, voyageur très véridique. qui a vu le diable Asmodée dans la haute Egypte, parla aussi à un derviche qui connaissait beaucoup Nicolas Fiame! et son épouse, et qui lui certifia que tous les deux jouissaient d'une
I parfaite santé, etc.
: Sa figure et celle de sa femme se trou-
vaient sculptées en plusieurs endroits de
|. cette église, et notamment sur la porte qui s'ouvrait du côté de la rue des Ecrivains. Getteportefut murée en 1781 et lesporlraits disparurent. Une inscription, faite pour ce bienfaiteur, placée dans les derniers temps sur un pilier delà nef, était ainsi conçue:
I' Feu Nicolas Flamel, jadis écrivain, a « laissé par son testament à l'œuvre de « cette église certaines rentes et "maisons « qu'ilaacquesteesetachetéesdeson vivant, « pour faire certain service divin et distri- • bution d'argent, chacun an par auniosne, « touchant les Quinze-Vingts, Hôtel-Dieu « et autres églises de Paris. »
Au-dessous était gravé un cadavre avec ces deux vers :
De terre suis Tenu, et en terre retornr,
L'àme reoiis i toi J. H. S. qui les péchiés pardonne.
Cet écrivain était membre de neuf ':ov.-
fréries : il avait la manie dc's inscriptions,
il en plaçait partout où il pouvait le faire.
L'église de >n''nt-Jacques-de-la-Bouche-
rie avait droit d'asile. En Ii05, on fit en
(onséquence bâtir sur la voûte de cet
iifice une chambre pour ceux qui venaient
V mettre en franchise, mais on a des
f^xemples qui prouvent que cet asile ne fut
pas toujours respecté par la justice.
Dans les solennités, cette église était au
quinzième siècle décorée d'un tapis qui
re rpsentait les scènes du Roman de 1 1
rose, et d'un autre tapis appelé le Dieu
iamour et de vieillesse, contenant plu-
urs personnages (1). On trouve un grand
nmbre d'exemples de ce mélange du'sacré
' (lu profane.
Quelques usages remarquables avaient : J dans cette égiise. Le jour de Noël on Irait à la curiosité publique le spectacle
dispanii sans les payer anx iracons. {Histoire dt Saint Jacques, p. 163, 164.)
(Ij Histoire de Saint-Jacques -de -la- Boucherie^ p. 67.
de la Gésine Notre-Dame, c'est-à-dire de l'enfantement de la Vierae Marie. L'Enfan! Jésus y paraissait coiffé de deux bonnets fourrés, d'étoffe d'or, et vêtu d'une robe pareillement fourrée et brodée en or (1).
Les confessionnaux étaient dans cette église, comme dans plusieurs autres, un objet de spéculation financière. Les confes- [' seurs percevaient sur les pénitents une ï^ contribution dont les marguilliers de Saint- Jacques exigeaient une part. En 1476, un cure de cette église voulut forcer les confesseurs il leui" remettre la contribution entière. En 1527, les marguilliers reçurent onze livres de quelques confesseurs qui avaient sollicité des places dans cette église pour entendre les confessions (2) : point d'argent, point d'absolution. Je rapporterai l'exemple d'une jeune fille qui se prostitua pour payer son confesseur à Pâques.
Aux fêtes de saint Nicolas et de la Pentecôte, on faisait, par un trou de la voûte, descendre dans cette église un cou- Ion blanc (un pigeon) et d'autres petits oiseaux ; on y jetait aussi des étoupes enflammées: on distribuait en même temps des oublies au peuple. Le même usage se pratiquait dans presque toutes les églises de Paris, et notamment dans celle de Notre-Dame (3).
De cette église, démolie pendant la révolution, il ne reste que la tour très élevée, qui est devenue la propriété d'un particulier.
Cette tour est une des plusfcautes de Pans et rivalise avec celles de Notre-Dame : ses fondements furent jetés en 1508 : l'ouvrage ne fut achevé que vers l'an 1522: il coûta environ 1350 livres. Sa hauteur, depuis lo sol de la rue jusqu'à la balustrade, esl de 155 pieds: elle est carrée, et chacun dn ses côt' s a hors d'œuvre 30 pieds 9 pouce^. Sur la calotte de l'escalier, s'élevait aune hauteur de 30 pieds au-dessus de la balustrade la figure de saint Jacques sculptée par un nommé Rault, tailleur d'imagesC-i).
(1) Histoire de Saint-Jacqxtes-de-la-Bourh(rie, p. 139.
(2) Histoire de Saint-Jacques-de-la-Bouche rie, p 140, 141.
(3) Histoire de Saint -Jacques- de-la -Bouchtrie, p. i:^8.
l4j Histoire de Saint Jacques-de-la-Bouckerie, p. 69 et saiv. An quinzième siècle, on nommait les sculpteurs tailleurs d'imaijes.
i48 HISTOIRE DE PARIS
Chapelle de Saint-Agnan, située rue Chanoinesse. dans la Cite. Elle fut fondée vers Tan 1 120, par Etienne de Garlande. r^.ancelier de France. Le pavé de cette chapelle offrait un des témoignages de l'exhaussement considérable du sol de la Cité. Il était beaucoup plus bas que celui de la rue (i).
Sainte-Geneviève-des-Ardents . dite autrefois Sainte -Geneviève- la- Petite, chapelle située rue Neuve-de-Notre-Dame, sur l'emplacement de la maison des Enfants-Trouvés.
Pendant que les écoles commençaient à fleurir à Paris, les guerres privées ne discontinuaient point. Les longues famines et les maladies contagieuses, et notamment la maladie des ardents, étaient presque continuelles. Paris ne fut pas exempt de ce dernier fléau ; l'art des médecins était impuissant pour en arrêter les ravages : on pria, on jeûna, on fît des prccessionsà l'église de Sainte-Geneviève ; on implora la protection de cette sainte; enfin, on transporta sa chàssedans l'église cathédrale. Les malades la touchaient,"et subitement, assure-t-on , ils étaient £uéris. On dit encore que depuis la translation de cette châsse et la découverte de sa vertu miraculeuse, la contagion cessa, non-seulement a Paris, mais par tout le royaume : assertion démentie par les nombreux témoignages de l'histoire. Le pape Innocent II ^int en France en 1 1 30 ; instruit de ce miracle, il en consacra, ajoute-t-on encore, la mémoire par unefCte. Ensuite on bâtit, près de Notre-Dame, une église appelée Sainte- Geneviève-la-Petite, ou Sainte-Genevièvedes-Ardents.
Tel est en substance le récit qui se trouve dans la volumineuse histoire de Paris, par Félibien et Lobineau, sur la fondation de cette église. Tout ce qu'il contient de merveilleux paraît être une fable. L'abbé Lebeuf soutient que ce récit n'est appuyé sur aucune autorité digne de foi ; que cette église ou chapelle existait longtemps avant l'époque des prétendus miracles ; qu'elle portait, et qu'elle
{!] Les en-virons de cette chapelle avaient autrefois servi de cimetière. En l'an 1799, en fondant une maison \oisine, on découvrit plusieurs petits pots de terre cuite, tels qu'il s'en trouve dans quelques tombeaux du moyen âge, ce qui fait présumer qu'on enterrait autour de cette chapelle.
a porté, plusieurs siècles après, le nom do Sainte-Geneviève dansla Cité ou la petite, et que ce ne fut qu'en 1518 que, pour la première fois, cette chapelle eut le nom du miracle des ardents : ce savant pense que cette fable fut imaginée par un curé, professeur en théologie, nommé Geoffrov Boussart (1).
Cette éghse fut démolie en 1747, poui faire placera l'édifice des Enfants-Trouvés. L'abbé Lebeuf dit avoir vu, lors de cette démolition, à une profondeur de 12 à 15 pieds sous terre, plusieurs fragments de tuiles antiques. Cette découverte donne la mesure de l'exhaussement que le sol de la Cité a éprouvé depuis la période romaine.
Saint-Pierre-aux-Bœt'fs, église paroissiale, située rue de ce nom, dans la Cité. On ignore son origine. Elle est pour la première fois mentionnée dans une bulle d'Innocent II, de l'an \ 136, qui l'appelle Capelld sancli Pétri de Bobiis. Le motif de sa dénomination n'est pas mieux connu. Sur la porte on voyait deux bœufs représentés en bas-reliefs. Ces figures ontelles fait ainsi nommer cette église, ou est-ce le nom de l'église qui a causé le placement des figures? Peut-être le nom de Bœuf était-il celui du fondateur. Ces questions peu importantes sont restées et resteront sans doutt^ longtemps indécises.
Cette église fut reconstruite au treizième siècle, et supprimée en 1790; les bâtiments conservés, ainsi que le porlail, sont devenus propriété particulière, et servent d'atelier à un tonnelier.
Saint-Martin, église paroissiale du faubourg Saint-Marcel, et dépendant de l'église de ce nom, était située à l'angle septentrional de la rue des Francs-Bourgeois. Elle existait en 1158, avec le titre de chapelle; vers 1220, elle fut érigée en paroisse, et dédiée en 1480. Son chœur fut bénit en 1544, époque de sa reconstruction. "En 1678, on y fit exécuter plusieurs réparations. Vers l'an 1808, elle fut démolie.
C'est derrière cette église qu'en 1656 un jardinier découvrit soixante-quatre tombeaux antiques, dont j'ai parlé cidessus.
Sainte-Croix, église située rue de la Vieille-Draperie, au coin de la rue Sainte-
[\\ Histoire de la ville, et de tout le dio'^'^st de Paris, part. 2, p. :îhT.
sous LOUIS VI
Croix. Elle est mentionnée dasis la bulle ! maison de Saint-Eloi d'Innocent II. de l'an 1 136. bulle conte- j ecus et une obole (t ; nant le dénombrement des ésl ses ou chapelles dépendantes de l'abbaye de Saint- Maur-de5-Fossé'=, laquelle possédait tous les biens et jouissait de tons les droits de l'antique abbaye de Saint-Eloi. Cette cha
devait payer six le obole (1;.
L'abbe de Saint-Maur-de:-Fossés, par des motifs inconnus, fut. quelques années après, forcé de céder le prieuré de Saint- Eloi à l'evèquede Paris.
, . Cet évèque en jouit jusqu'à l'an 1134.
pelle fut érigée en paroisse avant le quin- | époque ou il fut contraint, par une bulle
zième siècle. j du pape, de le restituer à l'abbé de Saint-
En 1450, on en commença la recon- Maur. Innocent II. par une bulle de 1136.
confirma cette restitution.
11 paraît que ce fut par suite de ce changement de maître que s'établirent, sur le territoire de la maison de Saint- Eloi, les chapelles de Saint-Pierre-des- Arcis. de Sainte-Croix, de Saint-Pierreaux-Bœufs, etc.
Une partie de ce monastère tombait en ruines: il fut abattu, et on y pratiqua une rue qui [ orte encore le nom de Saint- Eloi. Du chœur de cette église on forma celle de Saint-Martial, et de la nef, on composa une autre église, sur l'emplacement de laquelle on a"^ depuis bâti l'église des Barnabites.
Sous le règne de François I^^^ les religieux de Saint-Maur-des-Fossés s'avisèrent de tirer un parti très luci-alif du vaste enclos de ce monastère de Saint- Eloi : ils y ouvrirent des rues et y firent bâtir des maisons. Le revenu de ces religieux et la population du quartier en profitèrent. Cet enclos comprenait l'espace qui se trouve entre les rues de la Barillerie, de la Calandre, aux Fèves et de la Vieille-Draperie, et a poi té longtemps le nom de Ceinture de saint Eloi.
Saint-Nicolas-des-Champs, église paroissiale, située rue Saint-Martin, aujourd'hui paroisse du sixième arrondissement.
Elle est, pour la première lois, dans une bulle de Calixte II, de l'an 1119, mentionnée en qualité de chapelle. El'e fut vers l'an 1176 érigée en paroisse, rebâtie vers l'an 1420, et agrandie en 1o7'd. On construisit alors le portail méridional, dont les sculptures sont estimées.
Le grand autel, décoré par une ordonnance"coriuthienne, offrait un tableau de Vouet. représentant la sainte Vierge, e/ quatre anges en stuc, ouvrage de Sarazin. La chapelle de la Communion est élégamment dt Corée.
On voit dans cette église une figure en
reconstruction, qui ne fut terminée qu'en 1529. On y avait établi la confrérie des Cinq- Plaies de Xotre-Dame-de- Pitié. Démolie vers l'an 1797, elle est aujourd'hui remplacée par une maison particulière.
Sai.nt-Eloi, église et monastère situés dans la Cité, et sur l'emplacement du cidevant couvent des Barnabites. Ce monastère, anciennement abbaye de Saint- Martial, avait, comme il a été dit, changé de nom, d'habitants et de maîtres. La conduite déréglée des religieuses qui l'occupaient les en fit chas-^'r.""
Ce fut Galon, évèque de Paris, qui opéra ce changement. « Les religieuses de « cette abbaye, suivant la charte de Phi-
• lippe ler, se livraient, sans précaution, « sans pudeur, aux excès de la fornica- « tion : méprisant tous les conseils, toutes
• les corrections, elles persistaient publi- « quement dans leur désordre, et profa-
• liaient le temple du Seigneur par leur
• 'ibertinage accoutumé (1;. »
Des lettres du pape avaient autorisé
la conduite de l'évèque Galon ; et, en 1 an 1107, il fut convenu que cette maison serait donnée à l'abbé de Saint-Maurdes-Fossés: qu'au lieu du titre d'abbaye, elle recevrait c^^lui de prieuré : que douze moines de Sainl-Maur remplaceraient les religieuses ; que ces changements ne préludicieraient point aux anciens droits dont l'évèque de Paris jouissait sur cette maison ; et qu'elle fournirait, comme à l'ordinaire, aux chanoines de Notre-Dame deux repas par ans. Or, voici en quoi consistaient les fournitures de ces repas de chanoines :
Six cochons gras, deux muids et demi de vin, à la mesure du cloîlre, et trois setiers de froment suffisaient au premier repas. Le second devait se composer de huit moutons, d'environ deux nr.uids et demi de vin : de plus, pour ce repas, la
[\) Histoire <U Paris, par Félibien, preuves, t. III, p. 55.
(1) Histoire de Paris, par Félibien, preuves t, UI, p. 140.
marbre , représentant la Vierge, exposée au salon de 1817. Cette figure est l'ouvrage de M. Delaistre.
Cette église contenait le tombeau de Laurent Magnière, sculpteur habile, mort en 1700, ainsi que ceux de quelques morts illustres, tels que Guillaume Budé, Pie re Gassendi, Henri et Adrien de Valois, frètes, et savants historiens ; Madeleine Scudéri auteur de plusieurs romans ; Théophile Viaud, poète, brûlé en effigie, comme le Parnasse
auteur d'un recueil intitulé satiriqne, etc.
Saint-Dems-du-Pas , église située au chevet de TtgUse Notre-Dame ; elle existait certainement sous le règnedeLouisVI.
et peut-être auparavant. Son bâtiment tombait en ruines; il fut reconstruit après l'an 1148, et ne portait alors que la dénomination d'Oratoire: Oratortum sanctt Diosy-ii de l'assit Lorsqu'en 1748 fut abattue l'église de Saint-Jtan-le-Rond, le chapitre ,et le titre de paroisse de cette église démolie fuient attribués à celle de Sa i n t-Den i s- d u-Pa s .
Cette église, par suite des événements de la révolution, fut affectée au service de l'Hôtel-Dieu, ainsi que le Palais arch épiscopal, et convertie en une salle de réception pour l'admission des malades.
Chapelle de Saint-Bo.n, située dans la rue de ce nom, n^^ 8, septième arrondissement. On trouve, pour la première fois, en 1136, dans une bulle du pape Innocent II, la mention d'une chapelle de Saint-Bon , appartenant à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fo.-sés, et aupara\ant à rabba\e de Saint-Eloi. On crcit qu'elle portait primitivement le titre de Sainte- Colombe. Petite, d'une coubtruction fort ancienne, sou sol, beaucoup plus bas que le pavé des rues voisines, offrait une nouvelle preuve de l'exhaussement du sol de
On y voyait une tour qui, par sa construction, appartenait à l'époque du onzième siècle. Saint Bon , quoique vénéré en quelques villes, est très peu connu. On croit qu'il se nommait primitivement saint Boi.net, sducii'S Boni lus ou .^(nicti/s Baldus. On trouve dans sa légende, rapportée par l'abbé Lebeuf, que ce saint tua son père et sa mère, et fit pénitence (1)
Cette chappelle, démolie eu 1792, a d'a-
HlSTOIRE DE PARIS
bord été remplacée pir un corps-de-garde, puis par une maison particulière.
Eglise de Montmartre. Il existait alors une église dans le village de ce nom : elle était, suivant l'ancien abus qui s"e.-t perpétué jusque sous Louis XIV, poss''^dée par des seigneurs laïques : un ii0"imé Payen et son épouse Hodierne teii;;ient cette église en fief de BurchanI de >=ontmorenci. Ces deux époux, ayant obtenu le consentement de Burchard, la donnèrent ou la vendirent, en 1096, avec les produits des sépultures, ceux de l'autel, etc.. aux religieux de Saint -Martin - des- Champs (2j.
Louis le Gros céda, en 1133, à ces religieux de Saint-Martin-des- han.ps l'égilse de Sainl-Deius-de-la-Charhe ; et les religieux, en échange, lui cédèrent 1 église de Montmartre. Après cette transaction, le roi et son épouse Adélaïde fondèrent, à côté de l'église de Montmartre, un monastère de religieuses.
Fortifications de Paris. Jamais roi de Fiante n'eut plus que Louis VI l)esoin
(I) Dissertations sur l Hist.
Paris, t. m, p. 63.
ecclésiast. de
de se mettre en garde contre les attentats des seigneurs , et de fortifier la ville de Pdris, où il faisait sa demeure ordinaire. Les ducs et comtes voisins de son duché de France n'étaient pas les seuls qui l inquiétaient ; il avait a se d.'fendr;:? contre les barons de ce duché, contre ses propres vas-
(1 Les St-igneurs laïques possélaient un grand nfimtird de bénétices ecclésiastiques, (les évêchés, des abbayes, des prieurés, Il ême (les cures. Ils afFennaient ou taisaient valoir les revenus de ces bénéfices par des prêtres subalternes qui, pour eiifier le-, produits, s'appl.q'.aient à exploiter la crédulité publique, en inventant toujours de nouveaux moyens sup-r.-tiiieux : c'étaient des rcinages, d«'S confréries, des fêtes a l)âtons, dc-s miracles opères pir des statu*-s de bois qui pleuraient, baissaient la têt- et parlaient ; des bénédictions iiiuliipliéi-s, des reliques découvertes. Les détenteurs <ie ces béuétices les vendaient, les échangeaient, 1 8 partageaient, les léguaient à leurs enfants, comme ils auraient fait d'un^: propr été ordinaire. Un seigneur possed^dt 1". produit dea sépultures d'une égise; un autre, celui des offrandes ^ un troisième, celui des bénédictions ; d'autres, les oblalioiis, les baptêmes, etc. Les céré.nonies de l'église étaient devenues, dans ce bon vieux temps, une vraie marchandise.
saux. 11 avait aussi à protéger les biens des e£ii£35. les marchands, sans cessi attaqués, dépouillés par des seigneurs et leurs chevaliers. Il n'était pas même en sûreté dan^ Paris, lieu de sa résidence ( I ;.
Dans cette position embarrassante, il ne dut rien négliger pour mettre Paris en état de défense : il dut l'entourer d;- murailles, construire des forteresses ou tètes de pont, pour rendre l'accès de c^tte ville plus difficile.
TJn écrivaincontemporain nous apprend que : « Louis le Gros, en 1122 . ayant ■• vaincu ses euuemis et rétabli la paix. « tint une assemblée à Paris avec sesprin- « cipaui officiers, régla les affaires de son » Etat, et résolut, pour se mettre en garde - contre les événements futurs, de con-
• struire, dans un lieu nommé Karoli- « Vana, un château (castruin) destine à « protéger le pays parisien contre les at-
• taques de ses ennemis C2j. > Ce château fut, dit-on, ensuite nomm.' Saint-Germainen-Laye. Ce fait sert à prouver que Louis VI s'occupait de fortifications. On peut en induire que. s'il en établissait hors de Paris, il devait à plus forte raison en élever dans cette ville, où il faisait sa demeure, et de laquelle il ne pouvait sortir avec sécurité. Cest ce qui porte à croire qu'il fît construire le grand et le petit Chàtelet, et comprit les faubourgs de Paris dans une enceinte.
Gr.\nd Cuatelet. Il n'existe aucune notion certaine sur l'origine de cette forteress?. 11 et probable que Louis le Gros, a la place d'une tour en bois qui s'élevait, sous la seconde race, à l'extrémité septentrionale du Pont-au-Change. fit construire une autre tour ou forteresse aussi en bois, mais plus considérable.
C'est sous le règne de Louis VII, fils de Louis le Gros, qu'on a des preuves certaines de l'existence de cette forteresse. Dans une charte de ce roi, de l'an M 47, on lit qu'il fit don à l'abbaye de Montmartre de la pi .ce des Pêcheurs, située entre la maison des Bouchers et le chàtelet du roi, Inter doinum Garni fui mn et lieyis casteliuciiivi. Ces mots, chàtelet du roi. qui. dans aucun acte postérieur, ne se trouvent plus réunis, portent aussi à croire qu'ils
(Il Koyea, ci-dessus, article Louis le Gros (/) Notitia de coiistructione custri Kiroli-
Va^'p. {Recueil des Hisioriens de France,
t. ..iV, p. 221.)
sors LOUIS VI 451
signifiaient le chàtelet bâti par le roi.
On a aussi la certitude que ce chàtelet, sous le même règne de Louis VII, était la demeure du prévôt de Paris. Cette forteresse en bois ou en pierre a pu être construite sous le roi précédent, Louis VI, prince bien plus entreprenant que son fils. Voila tout ce que la disette des monuments historiques me permet de dire en fdve-ir de ma conjecture, qui est bien plus vraisemblable que celle qui fait remonter la construction de cett<? forteresse au temp> de Jules Ce.^r. Je reviendrai sur cet édifice, sur sa prétendue antiquité, et sur le tribunal qui y fut établi, lequel reçut la dénomination de Chàtelet (1;,
Petit Ch.\telet, situé à l'extrémité méridionale du Petit-Pont. Je présume que ce petit Chàtelet fut fondé en même temps que le grand. Lcuis VI avait besoin de protéger Paris du côté du midi comme du côté du nord. S'il a bâti le grand Chàtelet. il a dû bâtir le petit. L'une et l'autre de ces forterL-sses formaient têtes de pont. Les fortifications de celte ville eussent été incomplètes si l'une eût existé sans l'autre. Il est certain que le petit Chàtelet existait avec son enceinte sous le règne de Philippe-Auguste en 1222: ce roi, dans un accord fait avec l'évèque de Paris, en cette année, parle de cette forteresse et de son enceinte, et nomme l' une et l'autre 'arcinctus Ca.stelli Parvi Pontis } l'enceinte du château du Petit-Pont. U devait exister avant cette époque '2'.
C'était au passage du petit Chàtelet que se percevaient, du temps de saint Louis, les péages et droits d'entrée. Un tarif, cité par Saiiît-Foix, poite qu'un marchand qui y fera entrer un singe pour le vendre paiera quatre deniers; que si le singe appartient a un jongleur, cet homme, en le fais-int jouer et danser devant le péager, sera quitte du péage, tant dudit singe que de tout ce qu'il aura apporté pour son usage. De là vient le proverbe : payer en monnaie de singe. Les jongleurs seront aussi quittes du péage en chantant un couplet de chanson devant le péager (3).
■1) Voyez, ci-après, article Chàtelet.
(2) Chronique des évêques d'Auxerre.
(Ricueil des Ùisloriens de France, t. XVI II, |.. 740.
(3) Voici le texi' . ' 'd-s Etablissements des Mêtien de Paris, par ..^.i.ei.ne Boislève, . prévôt de cstte ville : « Li singes au marchtint
152 HI^TOïîUî um PARIS
Le 20 décembre 1^296, une inondation extraordinaire de la Seine abattit les deux ponts, les maisons qu'on y avait bâties, et abîma les moulins placés au-dessous. On allait en bateau dans les rues de la Cité; plusieurs bâtiments et le petit Chàtelet fu rent renversés par les eaux. Il est présumable qu'à l'exemple de la plupart des forteresses, ce chàtelet n'était encore bâti qu'en bois.
Charles V le fit reconstruire en pierre, en 1369, par le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, dans le dessein de contenir la turbulence des écoliers de l'Université, dont les émeutes se renouvelaient fréquemment, Charles VI, en 1402, destina cette forteresse sombre, ou espèce de prison, à la demeure du prévôt de Paris, comme un logenvnt honorable, honoj^abilis tncnisio.
En 1782, cet édifice, qui obscurcissait et attristait le voisinage, et sous lequel était une route éiroite, gênante et dangereuse pour les passants, fut enfin démoli ; et cette démolition répandit la salubrité et la lumière dans ce quartier, qui, depuis longtemps, en était privé par cette vieille et hideuse construction.
Seconde enceime de Paris. La Cité seule, vers la fin de la domination romaine, ainsi que pendant la première et la seconde race des rois francs, fut fortifiée par un mur d'enceinte. Louis VI dit le Gros, en butte aux attaques des seigneurs ses vassaux, fut, je crois, le premier qui eni reprit de protéger par une muraille les laubourgs du nord et du midi. Je sais que des écrivains, pro iigues d illustrations antiques, ont fixé l'époque de cette construction dans la période romaine; que d'autres, plus réservés et moins généreux, se sont bornés à la placer sous la seconde race. J ai déjà établi que cette dernière opinion était affaiblie par le silence d'Abbon, auteur d'un poème sur le siège de Paris par les Normands, poème où il décrit diverses attaques, divers combats, et où il ne fait nulle mention de lenceînte des faubourgs dé cette ville. Jai aussi établi que l'unique
« doit quatre deniers, se il pour vendre le .< porte, et se li singes est à home qui l'ait " acheté pour son déduit, si est quites; et .' si li singes est au joueur, jouer en doit " devant le paagier, et por son jeu doit «' être quite de toute la chose qu'il achète à « son usage; et aussitost li jongleur sont .« quite por un ver de chanson. «
fondement de cette opinion consistait dans les expressions d'une charte, et que ce fondement était ruiné par la preuve de la fau seté de cette pièce (1).
En outre, il est certain, au moins pour la partie du -nord de Paris, que l'église de S.int-Jacques-de-la-Boucherie n'était patncore, en l'an 1119, comprise dans k seconde enceinte. Une bulle du pape Calixte II, de celte année, qualifie l'emplacement de cette église de faubourg de Paris {ui saburbio Parisincœ ur 'is eccles ani sancii Jacohi), etc. Si le (juartier de l'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie eût été compris dans l'enceinte de cette ville, ce pape ne lui aurait pas sans doute donné le titre de faubourg.
Voici la description certaine en quelques points, conjecturale en quJques autres, de cette seconde enceinte ; je la commence par la partie septentrionale.
Le mur devait partir de la rive droite de la Seine, dans le voisinage de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, église qui.
parce qu'elle avait beaucoup souf.ert des ravages des Normands, devait a\oir été plus spécialement mise à couvert de pareils événement-. Le mur ensi riait cette église et ses dép* ndances ; une rue \oisine atteste, par sa denomiiiation des Fi>ssés-Saint-Germain-l'Auxerrois, que cette ég.ise a eu longtemps des fortifications a sa proximité.
La muraille, parlant de la rive droite de la Seine, et s'étendant jusqu'à la rue des Fossés-Sainl-Germain l'Auxerrois, devait suivre la direction entière de celle rue, de celles de Bethibi, des Deux-Buuie^, anciennement nommée de Mal-Parole, de la rue et place du Cheval er-du-Guet, enfin de la rue Perrin-Gasselio, et aboutir à la rue Saint-Denis. Là était une poi te de ville, située au nord, en face et à peu de distance du grand Chàtelet.
Cette porte n'est indiquée que par le surnom d'un changeur appelé Guehéri, qui possédait les boucheries et une maison qui leur était conliguë ; ces propriétés attenaientà la porte de la ville; et ce fut, à ce qu'on présume, à cause de cette circonstance que ce changeur fut nommé Gueheri de la Porte. Il donna sa maison à l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs :
les religieux de ce monastère la cédèrent à Louis VI, qui, en 1134, en lit don à
(1) Voyez, ci-dessus, Etat physique de Paris.
sous LOUIS VI
l'abbaye de Montmartre, qu'il venait de fonder (I). . ,
D? cette porte, qui devait être située au point où la rue d'Avignon débouche dans œlle de Saint-Denis, le mur d'enceinte se dirigeait le Ions de cette rue d'Avignon, le long de celle des Ecrivains, enserrait l'église "de Saint-Jacques-de-la- Boucherie, et aboutissait à la rue des Arcis. oii se trouvait une porte de ville.
Cette porte est suffisamment indiquée par l'abbé Suger qui déclare avoir acheté une maison au-dessus de la porte de Paris, du côté de Saint-Merri ; domum qux superest portse Parisiensi^ versus Satictum Medericum {\). Les produits de cette porte avaient, depuis quelque temps, été concédés à l'abbaye de Saint-Denis : l'abbé Suger dit que ces produits, avant d'appartenir à son abbaye, ne se mou-
Objets ayant appartenu à Dagobert.
talent pas à plus de douze livres par an, et qu'il parvint, par son industrie, à les élever jusqu'à la somme de cinquante (2). Cette porte, par laquelle on passait pour aller à Saint-Merri, fut nommée la porte l'archet de Saint-Merri. Raoul de
ou
(1) Toutes ces transactions, qiù constatent l'emplacement des boucheries et de la porte de ville, se trouvent réunies dans le Traxié de la police, par de Lamare, t. U, p. 1206, 1207.
(2) Recherches sur Paris, t. III, p. 43.
Presles, qui vivait sous Charles V, dit que de son temps on en voyait encore des jambages.
De cette porte, le mur d'enceinte se continuait dans la direction des rues Jean- Pain-Mollet et Jean-l'Epine, et aboutissait à la place de Grève, de cette place au bord de la Seine, et là se terminait, du côté du nord, la seconde enceinte.
Ce qui me détermine à adopter cette opinion, c'est que, sous le règne de
{l]Dachesne, t. IV, p. 332.
Louis VII. la place di^ Grève et le quartier du Monceau-Saint-Gervais sont considérés comme étrangers à la ville de Paris. Ce roi, par une charte donnée à Château- Landon en 1141, vend aux bourgeois de la Grève et du Monceau-Saint-Gervais la place de Grève, proche la Seine, laquelle est vide de bâtiments, et où se trouvait un ancien marché fi). Paris n'est point nommé dans cette charte. Quelques maisons, situées sur les bords de la place et nu Monceau-Saint-Gervais. formaient un bourg situé hors de la ville. C'était anciennement à l'entrée des villes que se tenaient les marchés; c'est pourquoi il s'en trouvait un sur la place de Grève. Cette vente se fit moyennant la somme de 70 livres. Si la place de Grève eût fait partie de Paris, Louis VII n'eût pas manqué de l'exprimer dans cette charte.
Cette seconde enceinte se terminait donc, en 1 1 41 , à la place de Grève ; mais dans la suite, à une époque inconnue, le mur de cette enceinte, prolongé, enveloppa le bourg du Monceau-Saint-Gervais.
Dans ce bourg se trouvaient l'église de Saint-Gervais, un hôtel appelé le vieux Temple, des moulins sur la Seine, et une tour nommée du Pet-au-Diable.
Cependant la partie méridional-3 de Paris, qui contenait plusieurs édifices religieux, restait sans défense et ouverte à tous les brigands : elle supporta cet état d'inquiétude pendant l'espace de vingt années. Enfin, il fut résolu que celle partie de Paris serait close d'une miuraille. 'Voici la ligne de direction que je crois devoir donner à cette clôture.
Cette ligne devait partir du bord de la Seine qui'avoisinait les bâtiments et dépendances du couvent des Grands-Augustins, aujourd'hui marché à la volaille. Sur cette rive, il a existé depuis longteirps un vieil édifice qui ne fut démoli que sous le règne de Louis XIV. Cet édifice ou espèce de fortification était remarq\iable par une tour ronde. 11 a porté le nom de Chàteau-Gdlard. Il était isolé, et on ignore le motif de sa construction ; on ne s'en ervait nullement, excepté Brioché qui y a donné quelquefois le spectacle de ses marionnettes.
De ce point fortifié qui correspondait alors à la pointe de l'île de la Cite et ser-
I 1 Ihstoire de Paris, par Felibien, t. I, fol. xcv.
DE P.\RIS
vait à sa défense, la ligne d'enceinte atteignait la rue de Saint-André-des-Ars.
Là se trouvait une porte, indiquée par le nom de la Barre ; deux rues voisines du couvent des Augustins portaient le même nom ; c'était à la barre que Ton percevait les droits d'entrée.
Ce mur aboutissait ensuite à la rue d* Hautefeuille, qui portait anciennement h nom de la Barre, nom qui indiquait un( autre porte. De la rue de Hautefeuille. h mur devait suivre la direction de la ru Pierre-Sarrazin, et traverser la rue de In Harpe. Cette rue était coupée là, puisqu'elle portait deux noms : depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des Mathurins, elle se nommait rue de la Herpe ou rue de la Harpe, et depuis la rue des Mathurins jusqu'à la place Saint-Michel, elle recevait les noms des Hoirs d'Harcourt, de Saint-Cosme, etc.
De ce point, le mur devait se diriger à peu près comme la rue des Mathurins, et aboutir à la rue Saint-Jacques. Sur cette rue. et dans l'espace qui se trouve entre l'extrémité de la rue des Mathurins et celle de la rue du Foin, devait se trouver une porte. Il en existait certainement une dans cette rue, qui . depuis longtemps, était une voie publique, une voie royale, la grande rue. Lorsque, dans sa partie supérieure, fut établie une chapelle de Saint-Jacques, cette partie en reçut le nom. ainsi que ceux de Saint-Benoît, de Saint-Mathelin ; la partie inférieure conserva celui de. rue du Petit-Pont. Cette différence dans les dénominations données à une même rue me fait conjecturer que la partie inférieure, séparée par une porte, était dans la ville, et la partie supérieure dans le faubourg (1).
(1) Cette conjecture s'appuie sur ce que la rnêine rue porte deux noms, et s'appuie aussi sur le fait suivant ; Il existait autrefois près et au dehors des villes une nnaison religieuse qui servait d'hospice ou d'hôtellerie aux étrangers. L'église de Saint- Julienie-Pauvre et les bâtiments qui en dépendait-nt, avec l'établissement de la seconde Hiicente, étaient destmés à cet u^age, dans 1h rue Saint- Jacques, qui présent, lit une des principales entrées de Paris ; lorsque cette se onde encehite fut établie, une autre hôtellerie ou hospice fut fondé sur cette rue, au-delà et près de l'enceinte nouvelle. Cet hospice était l'aumônerie de Saint-Benoît.
sous LOUIS vn -155
« punis : et il en fit mourir plusieurs dans « les supplices. 11 partit de la pour Paris, c siège de son royaume, où. à l'exemple « des rois ses aïeux, il fit sa résidence or- « dinaire (1). •
Cet exemple et plusieurs autres prouvent que ce roi, entièremerft dirigé par les ecclésiastiques, n'imita pas son père, qui avait accordé ou plutôt vendu des chartes de commune à diverses viî'es.
Louis VII détestait autant que le clergé ces chartes d'affranchissement ; il prit même les armes centre les habitants de Vezelai. qui. ayant obtenu du comte de Nevers une cherté de commune, ne purent en jouir parce que îes moines delabbé de Vezelai s'y opposèrent fortement (2).
Ce roi avait pour les ecclésiastiques un
Le mor d'enceinte suivait évidemment, de cette porte, la direction de la rue des Novers. jusqu'à la place Maubert, où se trouvait une autre porte qui s'ou%Tait sur la voie qui conduit à Sainte-Geneviève, à Saint-Marcel, etc. De là le mur. se prolonsf-aht entre les rues Perdue et de p. ~ atissait à la rive gauche de la
le point de cette rive, appelé
- <j! a m s- Degrés, point qui correspondit à l'extrémité orientale de l'île de la :ite.
En cet endroit de la rive était une tour, nommée tour de Saint-Bernard et To ;rnelle des Bernardins, qui devait terminer l'enceinte. Cette tour est indiquée par des articles de deux comptes du domaine de Paris, l'un de l'an 1462. et l'autre de 1475 : ils en fixent la position sur la rive ' respect prodigieux. Dans les cérémonies
de la Seine, près du point de cette rive appelé les Grands-Degrés, et aux extrémitésdesrues Perdue et de Bièvre (1).
Voilà tout ce que j'ai pu recueillir sur la seconde enceinte: la description de la troisième, établie par Philipp^e-Auguste, n'offrira point de pareilles incertitudes.