VI. Pari.3 sous Louis VII, dit le Jeune
Le leraoût 1137. Louis VII hérita de
il leur cédait toujours le pas: « Par îes saints de Bethléem (c'était son juron)! je ne marcherai pa«. c'est à vous à passer devant. » disait-il au moindre prêtre. Il était faible, dissimulé, facilement irritable. cruel et peu propre à arrêt '^r le torrent des maux qui inondait ses Etats. Il n'aurait pu se soutenir sur le trône sans les conseils de l'abbé Suger. qin tint, pendant son expédition dans la Palestine, les rênes du gouvernement. Il se brouilla, pour de
la couronne de France: il avait déjà, en ' légers motifs, avec le pape, qui l'excom
muniaet mit son royaume en interdit.
Louis VII, pour se venger du saint père, pilla la maison de l'evêque de Paris, s'empara de s(*s biens et de .ses serfs: puis s'en prit à Thibaud, comte de Champagne, ravagea ses terres, brûla le bourg et le château de Vitry, et fit périr dans les fiammes treize cents personnes qui s'étaient réfugiées dans le château ou dans l'église de ce bourg. Il fit bien d'autres maux.
Quelques années après, il partit pour la croisade. Le succès de cette expédition, maigre les promesses de s-iint Bernard et ses "^prédictions . qui ne s'accompirent point, fut déplorable. Sans talent, sans courage, ce roi fit presque toujours la guerre à ses voisins; guerre où l'on dévastait plus qu'on nese battait. Il fut trompé et méprisé par son épouse Ali^nore. qui. après son divorce . reprit l'Aquitaine qu'elle lui avait apportée en dot. et donna
(1) Recueil des Historiens de France,^ t. XII, p. 124.
(2) Recueil des Historiens de France, t.iXII, p. 206, etc.
octobre 1131. été sacré a Reims. • Il se « hâta, dit un contemporain, de prévenir
• les maux qui arrivent ordinairement à
• la mort des rois, c est -à-dire les émeutes, « les rapines, les scandales, et se rendit « promptement de Bordeaux à Orléans.
« Cette dernière ville était troublée par « quelques hommes insensés qui, au pré- « judice de la majesté royale, demandaient « une charte de commune: il réprima ces « mouvements audacieux : plusieurs de ■ ceux qui en étaient les auteurs furent
(1) " Maison eise au port Saint-Bernard,
• devant la rue Perdue (en face des Grandsu Degrés) tenant par derrière à la tour « dudit Saint-Bernard. » {.Antiquités de Paris, par Si. uval, t. III, p. 411.) « Maison sis? •« en !a ru-; par laquelle on va du pavé de « la place Maubert à la Toumelle des Ber- " nurdms, frisant le coin d'ieelle rue, du •• côié du pavé de ladite place Maubert, et " aboufssant par derrière à la rivière de « Seine. " {Antiquitég de Paris, par Sauvai. t. III, p. 41 1 I Voyez Plan de Paris sous Philippe- Auguste.
sa main à Henri, duc de Normandie, ennemi puissant de Louis VII.
Le 1 8 septembre 1 1 80, ce roi mourut et fut enterré à l'abbaye de Barbeau, près Melun, abbiiye qu'il avait fondée en 1 \ 47. Plusieurs écrivainsde ce siècle attribuent à Louis VII un songe qui, vrai ou supposé, est toujours propre à caractériser son règne. En 11 65, peu de temps avant la naissance de son fils, ce roi crut voir, pendant . îe sommeil, ce fils tenant en main une coupe d'or, remplie du sang de ses sujets, l'offrant aux princes de son royaume; il les vit chacun, tour à tour, se désaltérer de cet horrible breuvage (1).
L'auteur de la Chronique de Tours dit que, sous ce règne, plusieurs villages furent bâtis, que les anciens lieux d'habitation reçurent de l'accroissement, que plusieurs forêts furent coupées, et qu'une grande quantité de monastères de divers ordres furent fondés (2j.
L'auteur, courtisan, garde le silence sur le grand nombre de villages, bourgs, châteaux, villes, églises, dévastés, incendiés pendant les guerres continuelles de cette époque : toutefois, la destruction des forêts, considérée alors comme un bienfait, semble annoncer la prospérité de l'agriculture.
Sous le règne de ce prince, Paris s'accrut par les établissements suivants:
Collège des Danois ou de Dace, situé d'abord rue Sainte-Geneviève, ensuite rue Galaude.
Voilà le premier collège fondé à Paris ; voilà un heureux résultat de la célébrité des écoles de cetteville,et le premier exemple d'une institution destinée à la fois au logement, à la nourriture et à l'enseignement de la jeunesse. Les Danois, (jui donnèrent cet exemple, eurent bientôt après, parmi d'autres étrangers et parmi les nationaux, plusieurs imitateurs.
On ignore les détails de cette fondation. On saTt seulement qu'elle fut effectuée vers l'an 1147; que ce collège, d'abord établi rue de la Montagne-S inte-Geneviève, fut, en 1380, lorsqu'on agrandit le cornent de- Carmes de la place Maubert, transféré dans un autre bâtiment de la
même rue; et, par un échange fait, le tS août 1430. entre les écoliers du collège de Laon et ceux du collège de Dace, il fut accordé à ces derniers une maison située près le Petit-Pont, sur la rue Galande.
Saint-Lazare, rue du Faubourg-Saint- Denis, n» 117, était une ancienne léproserie, ou maladrerie, nommée autrefois Saint-Ladre, et dont on ignore l'origine. Louis VII, avant de partir pour la croisade, et revenant de Saint-Denis, où il était allé, en 1 L47, prendre l'oriflamme, visita cette léproserie, laquelle était composée d'un assemblage de baraques (officinas). 11 y passa quelques instants, dit un écrivain du temps : action louable et peu imitée (1).
Les administrateurs de cette léproserie possédaient une foire que Philippe-Auguste acheta, en 1183, pour l'accroissement de son fisc, et qu'il transfera à Paris, au lieu de Champeaux. Il donna à la léproserie une pension annuelle, qui fut réglée d'après l'estimation du produit de cette oire.
Cette léproserie avait une église, qui fut, à ce qu'on croit, élevée sur l'antique basilique de Saint-Laurent.
Dans l'enclos de Saint-Lazare était un bâtiment appelé le Logis du Roi, où se rendaient ordinaiiement les rois et les reines pour y recevoir le serment de fidélité des habitants de Paris, avant de faire leur entrée dans cette vil.e, et où l'on déposait leurs cercueils avant de les porter à Saint-Denis.
Les prêtres, chargés de desservir l'église de cet hôpital , en\ahirent les revenus destinés aux pauvres malades. Pareils abus ont existé à Paris dans plusieurs maisons hospitalières (2).
Les désordres étaient excessifs à Saint- Lazare, lorsqu'en 1032 cette maison fut donnée au bienfaisant et respectable Vincent de Paul, qui, après avoir régie les af-
(1) Recueil dts Historiens de France, p. 214,, 232; t. XVII, p. 4; t. p. 124. '
{2i Rtcueil des Historiens de France, t p. 478.
t. XII, XVIII,