IV
Elle a environ 3o0 toises dans sa plus
grande dimension, et 100 toises dan> s'a
largeur. Aux quatorzième et quinzième
siè -les, elle était inhabitée et servait h des
jeux et au blanchissage des toiles. Voici
ce qu'en dit 'un écrivain d y quinzième»
siècle : « Au mois de mai 14 40, une dou-
« zaine do ces écorcheurs (c'est ainsi
u'on nommait alors, à Paris, les gens-
i parti d'Armagnac et du dauphin
Charles VU) (1) se rendirent à Paris, et,
après dîner, vinrent jouer en lîlo'':»
Notre-Dame, avec autres sens; re^'ir-
« dèrent les toiles des bourgeois de Paris
« qu'on blanchissait à m nuit vin-
« renten ladit? île, en prirent toutes Ir-^ % toiles de lin sans prendre une seule d;> « chanvre. » C^ ne futqu'aprè.s 1614 qu3 l'on commança à y bâtir.
Ile de l\ Cité, dite aussi quelquefois Ile du Palais. Dans son origine, sa longueur était environ de 370 toises:
mais, vers la fin du règne de Henri III, lorsqu'on commença à construire le Pont- Neuf, cette île fut agrandie, à son extrémité occidentale, par l'adjonction de* deux îles qui s'y trouvaient, et dont j^ parlerai. Elle reçut aussi del'accroissement à son extrémité orientale, par sa réunion à un vaste amoncellement de gravois appelé la Motte-aux-Papelards, ou le Terrain, sur lequel a depuis été bâti le quai Catinat, achevé en 1813. Ces divers agrandissements ont donné à cette île une longueur d'environ 535 toises; sa largeur moyenne est de 125 toises.
Celte île contient le Palais de Ju-tice, l'église cathédrale de Notre-Dime.l'Hôtel- Dieu, etc. On y comptait, avant la révolution, vingt églises ou chapelles.
L'Ile-aux-Juifs. Elle a porté différents noms; on l'a nommée Ile-aux-Vaches.
parce que les Parisiens, en payant un» contribution à l'abbayedeSaint-Germaindes-Prés, y faisaient paître leurs vaches; l'abbé et les moines de cette abbaye en étaient seigneurs. Il est difficile de lui assigner tous les noms qu'elle a reçus, sans^ craindre de les confondre avec ceux d'une île voisine pareillement inhabité^', et à laquelle, lors de la construction du Pont-Neuf, elle a été réunie. L'Ile-aux- Jui^s avoisinait le jardin du Palais et le couvent ou le quai des Auguslins.
{i) Journal de Paris, première partie, {]) Journal de Paris ^ sous Charles TII, 109, 110. iP. 1B4.
IIISTOTRE DE PARIS
C'est dans cette île que furent brûlés ->ifs Jacques Molay, grand maître des Templiers, et Guy, commandeur de Normandie. Bientôt après, l'abbé de Saint- Gerniain-des-Prés.seigneur de cette île etde ]'îlevoisine, seplaignitauroi de ceque, par cette exécution, il avait attenté aux droits de sa seigneurie. Philippe le Bel, dans sa réponse, désigne ainsi cette île : « Derniè- « rement à Paris, dans une île delà Seine, « située près de la porte de notre jardin, « entre notredit jardin et un bras de la ri- « vière, entre un autre bras de la rivière « et le couvent des Augustins, furent exé- « cutés et brûlés deux hommes ci-djvant « Templiers. » Ce roi déclare qu'il n'a pas voulu attenter aux droits de cette abbaye (i).
Cette île paraît êtrecelle qu'on nommait lie à la Gourdaine, mot qui signifie hac ou bachot, dont on se servait pour y aborder.
Ile de Buci. Une île moins grande que celle d nt je viens de parler, située au nord de l'Ile-aux-Juifs, en était séparée par' un canal étroit. Ce nom lui fut donné à cause du moulin de Buci, situé auprès de cette île. Elle devait occuper une partie de l'emplacement du quai de l'Horloge et de la place Dauphine. Cette île, que je nomme avec hésitation Bussi ou Buci, pourrait aussi avoir été appelée l'Ue-au-Bureau, parce qu'une de ces deux îles appartenait, en 1462, à Hugues Bureau.
Elle a porté, à ce que je conjecture, le nom de ITle-aux-Treilles, parce qu'il existait à l'occident du palais une Ileaux-Treilles. Louis VII, en 1160, ' t don à son chapelain de sa chapelle de Saint- Nicola.s-du-Palai>, de six muids de vin de ITle-aux-Treiiles, mais l'Ile-aux- Treilles paraît être la même que l'Ileaux-Juifs.
Chapelle et hôpital des H audriettes , situés quartier de l'Hôtel-de-Ville, rue des Haudriettes, no 1, fondés par Etienne Haudri, panetier du roi. Une charte du mois d'avril 1306 est le plus ancien et le plus certain monument que l'on connaisse s\y cet établissement. On y lit que le roi Philippe le Bel permet à Etienne Haudri « de bàiir une chapelle sur la place qu'il a nouvellement acquise a la Grève, tenant d'un long à l'hôpital des pauvres
(1) Histoire de Paris, par Félibien, t. III, P. 274.
qu'il a fondé. »> Cet hôpital, qui existait avant la chapelle, était destiné à recueillir un certain nombre de femmes pauvres et veuves. Etienne Haudri y av^it fondé un chipelain ; ses fils en fondèrent trois autres. On voit, dans une bulle de Clément VII, de 1386, que l'hôpital contenait trente-deux veuves, qui sont nommées bonnes femmes de la chapelle d'Etienne Haudri,
Cet hôpital fut administré par des femmes qualifiées, dans des statuts de 1414. de femmes hospitalières, et présidées par une maîtresse. Il arriva dans cet hôpital ce qui est arrivé dans plusieurs autres : les administrateurs s'emparèrent insensiblement et jouirent des biens des administrés. Au commencement du dixseptième siècle, il n'existait déjà plus d'hôpital. Ces bonnes femmes prenaient toujours le titre d'hospitalières et leur maîtresse celui de supérieure; mais on n'y voyait plus de pauvres veuves. Cetto maison n'était qu'un simple couvent, dont les religieuses furent, en 1622, transférées dans celui de l'xVssomplion, rue Saint-Honoré.
CoLLÉGR Des Cholets, situé rue des Cholets, no 2. Jean Cholet, cardinal et légat en France, laissa de grands biens qu'en 1291, année de sa mort, il destina à des fondations pieuse-;. Ses exécuteurs tes'amentaires fondèrent un collège à Pari>, dans la rue de Saint-Symphoriendes-Vignes, rue qui depuis a 'pris le nom des Cholets. Seize écoliers des diocèses de Beauvais et d'Amiens y devaient être entretenus, logés, nourris et enseignés.
Dans la suite, par les dons de quelques personnes bienfaisantes, les revenus et le nombre des étudiants furent beaucoup augmentés. En 1768, ce collège fut réuni à l'Université. Il est aujourd'hui entièrement détruit, et son emplacement dépend du collège de Louis le Grand.
Collège du cardinal Lemoine, situé rue Sa irit- Victor, n» 76. Il fut fondé pa? le cardinal Jean Lemoine, légat du saint' | siège, dans le clos du Chardonnetet danr ' l'emplacement qu'avaient autrefois occupé les augustins, avant de s'établir sur la rive méridionale de la Seine. Ce cardinal en fit \ etrefit les règlements dans les années 1302, 1308 et suivantes; et dans l'acte d'une donation nouvelle, dressé en l'an 1303, il ' désigne ainsi ceux qui habitent ce collège : I « les pauvres maîtres et écoliers étudiants,
sous PHILIPPE IV
à Paris, dans la maison du Chardonnet. » Ce prélat mourut à Avignon en 1313, et voulut que son corps fût transporté à Paris, dans la chapelle du collège qu'il avait fait bâtir. Son frère, André Lemoine, évoque de Noyon, mort en 1313, fut aussi enterré dans la même chapelle.
Ce collège ne fut point appauvri, comme beaucoup d'autres, par la bai>se de la valeur des monnaies. Le fondateur régla le montant des bourses sur le poids de l'argent ; les bourses desartiens valaient quatre marcs d'argent Çn, au poidSk,de Paris, et celle des théologiens six marcs. C'est le premier exemple de cette précaution conservatrice que présente l'historique des fondations des collèges de Paris.
Des parents du cardinal Lemoine se plurent à augmenter, par des bienfaits nouveaux, les revenus et le nombre des boursiers de ce collège : un d'eux, sans dou^e grand amateurde spectacles, y établit, en mémoire du fondateur,, une fête, nommée la solennité du cardinal Lemoine, dont voici quelques détails :
Le 13 janvier de chaque année, un familier de ce collège jouait, pendant cette fête, le personnage du cardinal : vêtu des habits de sa dignité, il le représentait à l'église et à table, et recevait gravement les hommages, les compliments, en vers et en prose, que venaient humblement lui adresseras écoliers de cette maison. Pendant la messe célébrée en cette g' ande solennité, on voyait figurer les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, qui exécutaient des morceaux de musique en l'honneur du cardinal, et s'acquittaient d'un tribut de reconnaissance pour les bienfaits que leur théâtre avait reçus des personnes de la famille de ce prélat, qui possédaient, dans !a salle de ces comédiens, une loge longtemps nommée loge du cardinal Lemoine.
Trois hommes célèbres ont profe.«se dans c« collège : Turnèbe, Buchanan et Muret .
En 1737, on fît des réparations considérables dans les bâtiments, qui sont aujourd'hui occupés par des manufactures, et dont le jardin a été converti en chantier de bois à brûler.
Collège dz Navarre, situé rue de la Montagne-Sainte- Geneviève, et fondé en 1304. par Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel. La première pierre de la chapelle fut posée le 2 avril 1309, et. dès l'an 1315, les autres bâtiments furent en état de recevoir les maîtres et les écoliers.
Pendant les troubles qui, sous le règne dô Charles VI, désolèrent la France, et notamment les environs de Paris, ce collège fut ruiné. Rétabli par Louis XI, en 1464, il se soutint avec quelque distinction, obtint des privilèges et un accroissement de revenus et de territoire.
Coquille, dans son Histoire duNivernais, nous apprend sur ce collège une singularité que je ne dois pas omettre. Il dit que le roi en est le premier boursier, et qie le revenu de sa bourse est affecté à l'achat des verges destinées à la correction des écoliers; ce qui suppose l'emploi très fréquent de cette correc'ion.
Dans les registres manuscrits du parlement, aux -23 et 27 janvier 1-376, on lit un fait qui prouve l'abus des fustigations dans ce collège. Julien Pelletier, soasmaître des arliens, avait fait fustiger un écolier, nommé Denis Lebègue; « l'avait, « portent ces registres, si extrêmement et « cruellement fouetté et battu, qu'à le voir « il faisait horreur. » Le parlement condamna le sous-maître à s'abstenir, pendant un an entier, de la sous-maîtrise, a payera l'écolier soixante livres de dommages, et à garder la prison jusqu'à l'entier paiement de cette somme.
Nicolas Clèmangis, docteur de Sorbonne, proviseur de ce collège, un des écrivains du quinzième siècle qui, avec le plus de talent et de vigueur, ont dévoilé les abus de la cour de Rome et de la corruption du clergé, fut enterré dans la chapelle et sous 11 lampe qui brûlait devant l'autel. Cette circonstance n'a pas été négligée dans son épitaphe, où on lit ce vers :
Qui lampas fuit Ecclesiœ, sub lampade jaeet.
Le docteur Jean de Launoy, célèbre critique, et surnommé le dénicheur de saints écrit l'histoire
L'enseignement a cessé dans ce collège pendant la révolution, et ses bâtiments, presque entièrement reconstruits, ont été et sont encore destinés à l'Ecole polytechnique.
Collège de Baveux, situé rue de la Harpe, no 93. Il fut fondé en 130S ou 1309 par Guillaume Bonnet, évêque de Baveux, qui donna sa maison, située rue de la Harpe, d autres maisons voisines, et des biens a Gentilly pour sa fondation. Les règlements de ce collège, faits en
grand-maître de ce collège, en a
ir>l5, refaits en 1543, furent en lool réformés par le parlement.
En 1763, ce collège fut réuni à l'Uni- Yersîté. Son emplacement est aujourd'hui une propriété particulière.
Collèges de Laon et de Presles, situés rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, u» 22. Guy, chanoine de Laon, trésorier île la Sainte-Chapelle de Paris, et Kaoul de Presles, clerc du roi, les fondèren'^, en 1314, pour deSjécoliersJes diocèses dé Laon et Soissons. Par l'imprévoyance des fondateurs, de vives querelles s'élevèrent entre les habitants de ce collège : il en résulta, en 1323, la division de cet établissement en deux parties, en collège de Laon et en collège de Soissons ou de Presles. Ces deux collèges furent,' en 176^, avec quelques autres, réunis à celui de Louis le Grand. Aujourd'hui la partie dite collège de Laon a été vendue à un particulier, ainsi que l'autre partie, nommée collège de Presles. ^
Parlementa 'Èes' rôfs/"}^ ducs, les comtes devaient, sous la première race, rendre la justice au peuple : les rois et les ducs se déchargèrent très souvent de cette peine sur les comtes, et ceux-ci sur les v^ comtes ou vicaires, qui s'en acquittèrent avec plus ou moins de partialité et d'arbitraire. Cependant, alors, il existait des lois : le code Th^odosien, qui^ sous la domination romaine,, formait la 'loi générale des Gaules, était encore invoqué par les Gaulois; mais les Francs ne s'y assujettirent jamais.
lj\i evèqaes ayant usurpé, dès le règne «le Clovis, l'autorité judiciaire dans la partie des cités qui leur appartenait, ainsi que dans leurs terres, chaque cité eut deux juges suprêmes, l'éveque et le comte. Ces deux autorités rivales, ne connaissant pas exactement les limites de leurs attributions respectives, furent souvent en querelle et même en état de guerre. Pour y mettre fin, on vit l'éveque et le comte se partager le leriiloire d'une cité, et chacun, dans la même ville, s'entourer de murailles.
^ Les rois de la seconde race montrèrent d'abord des idées grandes et utiles; mais bientôt, dominés par la double aristocratie des no: les et du clergé, leur gouvernement retomba dans les ornières de la barbarie. Charlemagne se distingua par ses soins à rétablir l ordre dans la justice ; mais il bâtit sur des fondements ruineux. Tous ces projets de régénération peuvent
être comparés a une branche vive greffée sur une tige morte.
Après son règne, on vit bientôt, sur le.« débris de ses institutions, l'anarchie féodale s'élever, et acquérir de funestes développements. Pendant plus de quatre cents ans, depuis Charles le Chauve jusqu'à la fin du règne de saint Louis, la vaste contrée qu'on non. me aujourd'hui la Franco n'eut point de loi, n'eut point d'admini^stration gcSîiîrale.
Dans les commencements de la troisième race, les rois avaienQes conseils, composés des barons et des evèques, où se traitaient les grands intérêts de l'Ltat. On commença, à la fin du douzième siècle, à donner à ces assemblées extraordinaires le nom de parlement. Les matières contenlieuses s'accrurent au treizième siècle à la cour de France. L'autorité des rois était moins circonscrite : aux combats judiciaires, employés pouf vider les causes douleuseâ, on avait jBÙbstitué la preuve par témoins : les ^ranfchises accordées aux communes ayant multfjplié le nombre des propriétaires, îl y^eut une plus grande masse d intéj;êts h diéfendre. Il fallut des juges pour vider les procès toujours plus "nombreux : les ofliclers du conseil du roi ne pouvaient y suffire ; on en augmenta le nombre. Alors ce conseil suprême, à la fohs politique, administratif et judiciaire, xonùnua à porter le nom de parlement.
Ce parlement ne s'assemblait point à des époques fixes: on le convoquait au besoin.
Pour la première fois, en 1291, le parlement commence à obtenir une organisation. Philippe le Bel, en cette année, ordonne que quelques membres de son conseil écouteront les requêtes, que d'autres les expédieront, H donneront leur décision; que quelques autres liront les enquêtes, et en feront leur rapport ; et que? les enquêteurs ne viendront à la chambre des plaids que lorsqu'ils y seront mandés (i ':.
En 1302, le même roi ordonne qu'il sera tenu à Paris deux parlements par année, c'est-ii-dire deux sessions, l'une après l'octave de Pâques, et l'autre après cjlle de la Toussaint; et que chacune de ces sessions durera deux mois (2).
\\) Ordonnances du Louvre, tom. l, pag. 320.
(2) Ordo7inances du Louvre, tom. I,, pag. 366, 547.
sous pniLippE nr
Une autre ordonnance de Philippe le Bel, de l'an 130i-, porte que le parlement «^era co «posé de dejx prebis, l'archevêque de Narhonne et l'évéque de Renne-;; deux laïq^ies, le comte de Dreux et le comte de Bourgogne; de treize clercs et de treize laïques; que la chambre des enquêtes aura cinq personnes, et celle djs requêtes dix, do:it cinq pour la langue d"hoc, et cinq pour la lanuue d'oil ou Lto- ^ue française (Ij.
Dans les premiers temps où le parlement fut organisé et sédentaire, c'est-à-dire dans les quatorzième et quinzième siècles, ses jugements, dictes par le caprice et l'arbitraire, étaient des plus cruels, et disproportionnés avec les crimes et les délits. Les coupables de meurtres, de mutilations, subissaient une peine moindre que celle qu'on infligeait aux vn'eurs. Ceux-ci, traînés à la queue d'un cheval jusqu'à la potence, y perdaient la vie par la slr.ingula-
Oti.ES
Basse
Détails d'architecttira du •Xiil^ tîècle.
tion. On condamnait les meurtriers à des amendes, à des fondations de chapelles, à des pèlerinages, à l'exil, etc. La pénalité n'était basée sui aucune loi.
Cet ordre de choses lut, dans la suiteun peu améliore : au lieu d'avoir deux sessions de courte durée, le parlement fut permanent; et cette continuité commença
(l) Ordonnances du Louvre, loin. I, p. 547. Les deux dialectes parlés dans les Etats du roi de France avaient formé cette division ; dans le mi.ii, oa parlait la langue d'hoc ; on disait hoc pour dire oui ; et, dans le nord, la
vers l'an î31() (Ij. Le nombre des chambres de cette cour s'aecrut ainsi que celui des membres qui les comi)Osaient. Voici les noms et les attributions de ces chambres :
La Grand'Chambre du parlement était, dans les derniers temps de son existence, composée d'un premier président et de
langue d'oil, parce que cette syllabe aftirmative se prononçait oil ou oui.
Il) Recueil manuscrit des registres criminels du parlement, par M. Dongeois, greftip»" en chef de cette cour.
neuf présidents à raortier (espèce de toque de velours noir, bordée d'un galon d'or, qui les distinguait des conseillers), de vingt-cinq conseillers laïques et de douze conseillers clercs ou prêtres. Il s'y trou- ■vait en ou re un nombre indéterminé de présidents et de conseillers honoraires, c'est-à-dire inutiles.
La chambre de la Tournelle était destinée aux jugements des affaires criminelles : on comptait, de plus, trois chambres des Enquêtes et une chambre des requêtes.
Le parlement de Paris se qualifiait de cour souveraine et capitale du royaume.
Cette cour a eu pendant longtemps la haute police sur les habitants de son vaste arrondissement. Elle jouissait du droit de sanctionner, par ses enregistrements, les ordonnances, édits, kttres, etc., des rois; de faire des remontrances sur ces ordonnances, et même de refuser de les enregistrer : ce qui leur ôlait force de loi. Ce droit fut surtout exercé depuis l établissement de la vénalité des charges. Sous François I«r, les membres du parlement étant, dès lors, propriétaires de leurs offices, et cessant d'être officiers à gages, se montrèrent plus indépendants dans leurs décisions, et devinrent, dans l'Etat, un pouvoir politique qui balança souvent celui du monarque. Ces deux pouvoirs, dans l'action de l'un sur l'autre, n'étaient point séparés par des limites certaines et solidement fixées. Il en résultait des luttes fréquentes, desquelles le pouvoir monarchique sortait toujours triomphant, mais non pas toujours applaudi.
Lorsque le refus d'enregistrer paralysait les actes despotiques du roi ou de ses ministres, le monarque, contrarié, employait les moyens extrêmes des jussions, des lits de justice, des exils; et, comme la résistance du parlement avait souvent des motifs d'intérêt public, il résultait que l'odieux des lois tyranniques, dont le parlement refusait 1 enregistrement, retombait sur la cour du roi, et que la gloire attachée aux actions courageuses ainsi qu'à l'intérêt qu'inspirent les persécutés était le partage du parlement.
Les membres du parlement se montraient autrefois fort intéressés. Lorsque les rois, toujours nécessiteux, ne pouvaient payer leurs gages, ces membres suspendaient le cours de la justice, et fermaient leur audience : c'est ce qui est arrivé plusieurs fois.
La vénalité et la conduite partiale des conseillers du parlement leur sont vivement reprochées dans les discours qu'à diverses époques y prononça le chancelier de l'Hôpital, et notamment* dans la séance du 26 juillet 1567, où il accusa plusieurs membres de cette cour d'être vendus à des hommes puissants, de leur être attachés par des places et des pensions. « Rendez « la justice, leur dit-il, quand ce serait au « plus malheureux homme du monde...
« N'est pas honnête que l'on die d'un pré- « sident, d'un conseiller : voilà le chance- « lier d'un tel seigneur. Ils ne doivent re- « connaître que le roi. »
On pourrait, avec raison, reprocher au parlement ses formes routinières, son fanatisme, ses persécutions, sa lâche condescendance pour les actes des rois ou ministresdespotes,lorsquecesactes n'atteignaient passes intérêts personnels; on pourrait lui reprocher plusieurs vices et abus qui tiennent à la nature humaine, surtout dans les siècles passés ; mais, dans les derniers temps de son existence, dans des temps { claires, ce corps a montré beaucoup de dignité, de talents, un courage imperturbable, quoique souvent inutile, pour préserver la nation des empiétements du despotisme, des édits bursaux, des actes extrajudiciaires, et pour la préserver notamment des atteintes de la cour de Rome contre les libertés de l'Eglise gallicane.
En 1771, Louis XV, ou plutôt le chancelier Maupeou, parvint à supprimer tous les parlements, et à leur substituer des conseils supérieurs. Toute la France fut en rumeur : de nombreux écrits pour et contre cette suppression se répandirent avec profusion. Cette révolution dans la magistrature fut alors considérée comme un des plus grands attentats qu'on eût portés à l'ordre social. En 1790, le parlement fut dissous : on ne connaît aucune plainte produite par cette dissolution. A peine le public s'en aperçut-il. On sent pourquoi de la même cause résultèrent des effets si différents : en 1771, on travaillait pour !e despotisme, et, en 1790, pour la liberté.
Depuis que le parlement fut devenu permanent, il siégea constamment dans le palais des rois, qu'on nomme aujourd'hui le Palais de Justice.
Palais de Justice. Je ne reviendrai pas sur 1 origine et les accroissements de ce palais; j en ai déjà parlé : je me bornerai à dire qu'habité par les rois de la première
SODS PHILIPPE IV
e, il De le fut point par ceux, de ia seiiJe, et que les douze premiers rois de ia troisième y résidèrent. Le roi Robert le fit rebdtir. Quelques-uns de ses succcs- -eurs l'agrandirent, et saint Louis fut de ' e nombre. Ou al ribue à ce roi les salles basses, situées au-dessous de la grande salle du Palais, dites des Pas-Perdus, salles basses dont l'ui e porte encore le nom de Cuisines de saint Louis; à l'étage supérieur, la grand'chambre, qui sertaujoird'hui à la Cour de cassation, a longtemps porté le nom de chambre de saint Loui-. Ces traditions sont presque des preuves.
Après saint Louis, Philippe le Bel, dans
les dernières années du treizième siècle, fit
?ntreprendre, dans l'intérieur de ce palais,
- tiavaux considérables, qui ne furent
. inés qu'en 1313. Dans l'Epitome des
grandes Chroniques de France, on lit « Icelui roi Philippe le Bel fit faire, en son « vivant, le palais à Paris et le Montfau- « con... et de ce faire eut la charge mes- « sire Enguerrand de Marigny (1). »
Mais ce roi ne rebâtit pas entièrement :e palais; il se borna à y faire exécuter de grandes réparations et plusieurs accroissenents. Il enferma dans son enceinte la îhapelle de Saint-Michel-de-la-Place, chamelle qui a donne son nom à un des ponts jui communiquent près de ce palais, et y it construire plusieurs boutiques. Quoique juelques-uns des successeurs de ce roi iient habité le château du Louvre, alors JÎtué hors de Paris, le palais de la Cité fut încore la résidence la plus ordinaire de iJes princes. Charles V v résida longtemps, it ce ne fut qu'en U3l que Chades Mi 'abandonna entièrement au parlement.
On y voyait, comme dans tous les anciens châteaux ou palais des hauts barons, me vaste salle qui servait à la réception les hommages des vassaux, aux audiences les ambassadeurs, aux festins publics, et lux noces des enfants des rois. Cette salle, ùmple dans sa construction et seulement .-ouverte eu charpente, était ornée des effigies des rois de France, depuis Pharamond usqu'à François 1er. Au-dessous de chacune d'elles se lisait une inscription indicative de l'avènement de chacun d'eux au
(1) Rosier où Epitome historial^ fol. 63. ^ est le Gibet de Mont faucon, que tit Enguer- -and Je Marigny : il y fut pendu lui-même înl315, par ordre durci Louis leHotin, à ^'instigation d'un de ses courtisans.
trône et de sa mort. On vovait, vers unr des extrémités de cette salle, la fameuse table de marbre dont la grandeur devait être considérable.
Sur cette table, dans le=; i^randes solennités, se faisaient les festins rovaux: autour d'elle s'asseyaient alors les personnages à tète couronnée; les princes et seigneurs mangeaient sur des tables particulières.
A diverses époques de l'année, cette table servait de théâtre où les clercs du Palais, dits clercs de la Basoche, montaient et jouaient publiquement des scènes bouffonnes ou satiriques, appelé.^s farces, soties moralités, sermons.
Autour de cette table si'^geaient aussi trois tribunaux, la Conn-tablie. l'Amirauté, les Eaux et Forêts de France: tribunaux qui, malgré la destruction delà table, lors d'un événement dont je vais parler, ont conservé jusqu'en 1790 la dénomination de Table de Marbre.
Dans la nuit du 5 au 6 mars 1618, le feu prit à cette sylle: favorisé par un violent vent du midi, il la consuma ainsi que plusieurs autres parties du Palais; les statues des rois et la table de marbre furent brisées et anéanties pour jamais.
Il fallut réparer tant de ravages et construire une salle nouvelle. En 1620. le roi ordonna la vente des places vagues qui se trouvaient au long des fossés de Saint- Germain-des-Prés, et le prix de leur vente fut affecté aux frais de cette reconstruction. Jacques de Brosses, habile architecte, fut chargé de ce travail; il le termina en 1622.
Il n'existe point en France de salle plus vaste. Sa longueur est de deux cent vingtdeux pieds, et sa largeur de quatre-vingtquatre. Son intérieur est, par un rang de piliers et d'arcades, divisé en deux nefs égaies. Ces piliers et ces arcades contribuent à supporter les deux voûtes a plein cintre et en pierres de taille qui la couvrent. L'architecte y a employé l'ordre dorique, qui donne à cet édifice un caractère mâle, solide, et convenable a sa destination. Quelques irrégularités de détail n'empêchent pas d'admirer l'ensemble imposant et majestueux de cette construction.
Cette salle, nommée salle des Procureurs, puis Grand'salle ou salle des Pas- Perdus, sert de rendez-vous et de promenoir aux plaideurs et à tous les habitues
du Palais. On. y des tribunaux de
voit diverses entrées Paris, doût les noms
«iont inscrits au-dessus de chaque porte.
Elle est éclairée par de grandes ouvertures cintrées et vitrées qui se trouvent aux exlrémitcs de chaque nef, et par des œils-de-hœuf pratiqués sur les flancs des deux voûtes.
Au-dessous de cette ville est un étage inférieur aussi étendu qu elle, mais que des murs de refend divisent en plusieurs pièces. L'architecture de cet étage inférieur est sarrasine; les voûtes sont en ogive avec des nervures qui en dessinent les arêtes. On y trouve une salle très vaste, bâtie dans le même style, et plus élevée que les pièces contiguës; aux quatre angles sont quatre cheminées de grandes dimensions et remarquables par leur construction; cette salle est nommée les Cuisines de saint Louis. On voit, dans ces cuisines, un escalier par lequel on montait à la salle supérieure, sans doute pour y transporter les mets, lorsque les rois y donnaient des festins. Près de ces cuisines un autre escalier descendait jusqu'à la rivière. Le sol de ces cuisines est d'environ dix pieds plus bas que celui du quai de l'Horloge. Lorsqu'on construisit ce quai, on proportionna la hauteur de son col à celle du Pont-au-Change où il aboutit, et par cet exhaussement les cuisines de saint Louis se trouvèrent presque enterrées.
L'humidité y fit des progrès funestes à la solidité de cet édifice à demi souterrain. Les eaux d'un arqueduc dégradé agissaient sur les fondements de plusieurs piliers ; les voûtes en souffrirent, le pavé de la grand'salle qu'elles supportent s'affaissa. On a été obligé, dans les années 1816 et 1817, de reprendre sous œuvre ces voîites et ces piliers.
Le 19 juin 1818, au matin, malgré les travaux entrepris pour consolider cet étage inférieur, deux de ces voiites anciennes s'écroulèrent. Cet événement donna aux travaux une activité nouvelle.
Cet étage inférieur se composait er.core, du côté qui avoisine la Conciergerie, de huit cachots et de quatre grandes chambres, établies au-dessus, qui servaient pareillement de prison : celle-ci étaient un peu éclairées. Les cachots, qui ne l'étaient point, avaient environ sept mètres de longueur sur trois et demi de hauteur. Depuis environ trente ansces cachots n'étaient plus en usage.
Un second incendie, arrivé le 10 janvier 1776, consuma toute la partie du Pa-
lais qui s'étendait depuis l'ancienne galerie des prisonniers jusqu'à la perte de la Sainte-Chapelle. Cet incendie nécessita des réparations qui devinrent très avantageuses à l'édifice du Palais. Il fut ar- , rèté que l'on entreprendrait la reconstruc- ; tion des parties endommagées de ce vaste édifice. Ainsi c'est à un événement fu- ■. neste qu'un établissement de cette importance, que le siège de la justice, que le quartier de Paris où il est situé, doivent leur embellissement.
Du côté de la rue de la Barillerie, on entrait dans la cour par deux portes som- ] bres, resserrées, qui portaient plutôt le i caractère des portes de prisons que celui d'un édifice consacré à l'utilité générale. En outre, cette rue de la Barillerie, obscure, tortueuse, et si étroite qu'une voiture pouvait à peine v passer, était bordée d'échoppes ou de maisons hideuses.
On montait à la grand'salle par deux escaliers : l'un, à droite en entrant dans cette cour, aboutissait à l'angle méridional de la grand'salle du côte de la ru© de la Barillerie; l'autre était en face, et situé sur une partie de \'em\ lacement du vaste escalier qu'on voit aujourd'hui.
C'était au bas de ce dernier que les clercs de la Basoche plantaient le Mai : c'est pourquoi cette cour portait le nom de cour du Mai.
Deux escaliers plus vastes, et qui existent encore, conduisent de la cour de Harlay dans les galeries qui aboutissent à la grand'salle. Cet édifice n'avait ni façade, ni entrée digne de son importance.
En 1787, toutes les constructions mesquines situées du côté de la rue de la Barillerie disparurent. Cette rue fut considérablement élargie et bordée de maisons modernes. Une place demi-circulaire fut établie aux dépens de quelques parties d'un quartier sombre et malsain. Cette place s'ouvre devant la cour de la nouvelle façade du Palais.
Celte façade et autres constructions accessoires ont été exécutées par MM. Moreau, Desmaisons, Couture et Antoine, quatre membres de l'académie d'architecture. Une grille en fer précède la cour et occupe toute sa longueur : elle présente trois grandes portes à double battant; celle du milieu, ordinairement fermée, avait pour principal amortissement un globe doré d'une grande proportion et ac-
sous PHILIPPE IV
compagne de guirlandes. Cet amortissement a disparu depuis quelques anné<'s.
Cette vaste srille est plus remarquable par ses détails et sa richesse que par le goût de ses formes.
Au centre de la façade s'avance un vaste escalier de 17 pieds de hauteur. La première rampe a 60 pieds de largeur. Cet escalier mène à une première galerie où l'on entre par trois portiques.
Des deux côtés et au bas de cet escalier, dessiné en grand style, sont devix lirges arcades piireilles ; l'une mène à l'audience du tribunal de police municipale; par l'autre on arrive à la Conciergerie, mnison de justice du département, bntie sur l'emplacement de l'ancien jardin des rois, nommé Préau du Palais. .
Le milieu de la fjçide présente im avant-corps orné de quatre colonnes doriques. Au-dessus de Tentab'ement règne une balustrade; et sur quatre de ses piédestaux sont posées quatre statues ; Hégoriques •. la Force, T Abondance, h Justice et 'la Prudence. Elles s'élèvent à l'aplomb des quatre colonnes, et se dessinent sur un fond lisse de maçonnerie qui supporte un dôme quadrangulaire.
Cette façade n'est pas sans d. faut; elle manque de cnractère. Les quatre statues sont trop faiblement dessinées par rapport à la distance de l'œil de l'observateur. Les deux ailes de bâtiment qui partent de cette façade, forment les deux côtés de In co'ir. et's'avancent jusquà la rue de la Barillerie, semblent étrangères au reste de l'édifice.
L'aile septentrionale sert de cage à un long escalier d'un bel effet, qui conduit à une galerie contiguë h la grand'saile.
Il est fùcheux que les diverses constructions modernes que je viens de décrire ne soient pas toutes l'ouvrage d'un mîme architecte : elles offriraient plus d'harmonie.
Le Palais, considéré dans son ensemble, présente des ) arties qui portent les diverses empreintes de l'arch.tecture des siècles où elles furent bâties. Sur le quai de l'Horloge, deux grosses tours rondes, voisines l'une de l'autre, terminées par une toiture en forme conique, paraissent appartenir au treizième siècle, ainsi qu'une troisième tour qui n'en est pas éloignée, mais dont les dimensions sont moins fortes. Les pieds de ces trois tours, avant li eonstrurtion du quai de l'Horloge, étaient
bii.un 'S par les eaux ds la Seine. Les constructions des treizième et quatorzièm*?
siècles abondent dans ce nalais : de ce nombre sont les étages inférieurs dont j'ai parlé. La tour carrée de l'Horloge, qui .s'élève à l'angle du Palais form;^ par la rencontre du qudi et de la rue d^ la Bnrillerie, ainsi que ses accessoires, d'xèlont le gpnre d'architectu-e du seizième siècle. L'horloge qu'elle contient est la première de cette dimension qu'on ait vue à Paris : elle fut fabriquée, en 1370, par un Allemand, nommi Henri de Vie, que Charles V fit venir en cette ville. Le cadran fut refait et doré sous Henri IIL
La lanterne de cette tour contenait une cloch'» appelée tocsin : elle joui-sait de la prérogative de n'être mise en branle que d;ins"les rares occasions, lors de la naissance ou de la mort des rois et de leurs fils aînés. Cependant on lui fit enfreindre cette loi pour devenir l'instrument d'un des plus horribles attentats que la tyrannie et le fanatisme pui-sent commettre : el'e fut une des deux cloches de Paris qui, dans la nuit du 24 août 1572. donnèrent le si^nil des mnssacres de la Saint-Barlhélemi; c'est pour cette cause, dit-on, qu'elle a été détruite pendant la révolution.
Le mur du Palais, contigu à c^te tour, et qui fjit face au Marché-aux-Fleurs, est décoré de deux figures symboliques de grande proportion et d'un fort relief, renr>sent"nt b Justice et la Force : elles sont l'ouvrage du célèbre Germain Pilon.
Autres corns de jistice. La cour des Aides, avant la révobition, occupait la salle qui sert au'ourd'hui au tribunal d'appel ou Cour royale. On y arrive par un escalier situé en face de la moderne et principale entrée d.i Pala.s. Dans la cage de cet escalier est une niche contenant une statue de la Loi, qui tient d'une main un sceptre, et de l'autre un livre ouvert, où sont écrits ces mots : In legibus saliis.
Quelques autres cours ont leur entrée dans la grand'saile. La plus considérable est la Cour de cassation; elle occupe le local de l'ancienne grand'chambre, qu'on nommait chambre de saint Louis. Sur la porte d'entrée est un vaste ba ^-relief qui représente une figure de la Justice entre deux 1 ons. L'int'érieur de cette salle, réparé, décoré et doré sous le règne de Louis XH, le fat de nouveau, en 1722, sur les dessins de Germaiu Boffrani. Sur
la cheminée, un bas-relief représentait Louis XIV entre la Vérité et la Justice, par Coustou le jeune : au-dessus du siéi2:e, on voyait un crucifix peint par Albert Durer. Le plafond, précieusement travailla, peint et doré, était plus riche que beau. D'autres temps, d'autres gouvernements ont fait, en grande partie, disparaître ces décoiations pour en substituer de plus modernes,
La troisième salle des Enquêtes, qui a servi à la Cour prévôtale, sert à la septième chambre du tribunal de première instance; son plafond, décoré de peintures par Vouet, représente le Jugement dernier. Un perron à double rampe, établi dans la grand'salle, conduit à cette chambre, ainsi qu'au tribunal de police correctionnelle. Dans la grand salle se trouvent encore l'entrée du tribunal de première instance et celles de plusieurs de ses chambres.
La Cour de justice criminelle, ou Cour d'assises, a son entrée par un escalier à double rampe dans la galerie des Merciers.
Les Archives du Palais, situées dans le comble, au-dessus de la grand'salle, se composent de trois galeries aussi longues que cette grand'salle; elles sont entre elles séparées par des murs en briques, et couvertes de voûtes construites avec des creusets en terre cuite, de forme carrée, voûtes solides quoique légères : cette espèce de construction fut imaginée pour ne point surcbarger la voûte de la grand'salle, sur laquelle portent ces trois galeries.
Ces archives contiennent un assemblage immense de registres, de liasses, classés avec beaucoup d'ordre. C'est dans cet océan de papiers que sont, en grande partie, cachés les secrets de l'histoire.
Le parlep^^nt, après deux mois de vacances, f.Mfeu.. chaque année, le lendemain de la fête de saint Martin, une rentrée solennelle. Dans la grand'salle était alors déployé un autel, dédié à saint Nicolas, où l'on célébrait la messe du Saint-Esprit, dite aussi la Messe rouge, parce que les présidents et conseillers y assistaient en robes de cette couleur. MM. les gens du roi recevaient les serments des avocats et des procureurs. Les présidents et les conseillers, dans cette cérémonie, se saluaient réciproquement, ton à la manière des •f hommes, mais comme le font encore quelques femmes, en fléchissant et écartant les genoux. On a rétabli, depuis 1815, le
vieil usage de la Mes~e rouge, mais non celui des révérences féminines.
Chambue des Comptes, aujourd'hui Cour des Comptes, siiuée dans l'enclos du Palais, à l'occident de la Sainte-Chapelle. Les gens des comptes n'avaient point, dans l'origine, de siéi^e fixe, ni de résidence à Paris; ils suivaient la cour du roi, recevaient, écoutaient et corrigeaient tous les comptes, tant ordinaires qu'extraordinaires,lessignaient comme not lires, et les scel aient du grand sceau du roi.
On ignore l'époque précise où les gens des comptes devinrent une compagnie fixe, eurent des bètiments consacrés à leurs opérations. Us furent, di^ l'abbé Lebeuf, établis par saint Louis et rétablis par Philippe le Bel, à peu près dans le même temps qu'il rendit le parlement sédentaire, c'est-à-dire vers l'an 1302 (1). Il est certain qu'en 1311, sous ce dernier roi, ces gens des comptes existaient, et jouissaient de la consistance d'une cour qui ordonne et se fait obéir (2). Philippe le Long en 1320, et Charles le Bel en 1323, réglèrent le travail et'les attributions de cette chambre.
D abord considérée comme faisant partie du parlement, elleen fut distraite dans la suite; et on l'érigea en cour spéciale dont les jugements étaient en dernier ressort.
iille était alors composée de deux présidents, l'un clerc et l'autre laïque, et de cinq maîtres, dont trois clercs et deux laïques. Ces maîtres portaient autrefois de grands ciseaux pendus à leur ceinture, pour marquer le pouvoir qu'ils avaient de rogner ou de retrancher les comptes erronés qu'on leur soumettait.
Le nombre des membres de cette chambre s'accrut considérablement. On y comptait, avant 1792, treize présidents, et de plus un président honoraire; soixante-dixsept conseillers maîtres, et de plus huit conseillers maîtres honoraires ; trente-sept conseillers correcteurs, déplus un conseiller correcteur honoraire; enfin quatrevingt-deux conseillers auditeurs, et sept conseillers auditeurs honoraires.
Cette chambre, par un décret impérial du 28 septembre 1807, a été réorganisée ious la dénomination de Cour des comptes. Elle est composée de quatre présidents, de
(1) Variétés historiques, tom. IIÏ, l""® partie, pag. 2.
(2) Ordonnances du Louvre, tom. I, p. 482.
dix-huit maîtres des comptes, de dix-huit référendaires de première classe, et de soixante-<leux de seconde classe. Cette cour est divisée en trois chambres, dont chacune est composée d'un président et de six maîtres des comptes.
Les réparations faites en 1787, dans la rue de h Borillerie, ont procuré aux avenues de l'édifice occupé par la Gourdes comptes plus de dignité qu'elles n'en avaient auparavant. Un vaste portique, situé en face de la rue de la Calandre, sert d'entrée à la cour de la Sainte-Chapelle, cour que l'on traverse pour arriver à l'édifice de la Cour des comptes. Au-dessus de ce portique est un bas-relief de quinze pieds de long sur sept et demi de hauteur; il représente le tribunal de la Chambre des comptes recevar:t le serment de tous les généraux d'ordres tant séculiers que régu-
liers, et non le serment civique, comme on l'a dit. Ce bas- relief est l'ouvrage de M. Gois.
Le bâtiment de la Cour des comptes est vaste : outre les salles destinées aux bureaux et aux séances de cette cour, il en est qui sont occupées par une bibliothèque et des archives.
Haut et souverain empire de Galilée. Les clercs de .la Chambre des comptes formèrent une communauté qui fut érigée en tribunal dont la juridiction s'étendait sur tous les membres de cette association. Ils eurent des règlements autorisés par leur chambre; ils jugeaient en dernier ressort, donnaient à leur tribunal la dénomination pompeuse de haut et souverain empire de Galilée, et le président était qualihé d'empereur de Galilée On voit qu alors les principes du régime féodal exerçaient leur influence sur les plus simples institutions, et que le défaut de mente réel se cachait sous la maenificence des titres.
Une petite rue située dans l'enclos du Palais, duns le voisinage de la Chambre de« comptes, qui conduisait de la cour du Palais à 1 hôtel du B .illiage, et que des réparations et ag-andissements exécutés dans les b-timentsde cette chambre ont fait dispara ^Te. portait le nom de Galilée, sans doute )arce qu'elle fut,- ainsi que celles de Jéru... em et de Nazareth, située dan^ un quar r de l'enclos du Palais, autrefois habité par les juifs (i). Les clercs de la
flj L as le mSiBi %uarti«r, troi* row .
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Chambre des comptes, tenant leurs séances dans un l^àtiment situé dans cette rue de Galilée, donnèrent ce nom à leur tribunal.
Telle était l'origine et l'objet d'une institution dont la faible importance était rehaussée par une qualification aussi étrange qu'imposante. Le haut et souverain empire de Galilée avait besoin d'être protégé. Le doyen des conseillers maîtres des comptes devint son protecteur ; et le procureur général de cette chambre .se chargea de veiller à l'observation des statuts et règlements de cet empire.
Un de ces empereurs condamna un clerc, son sujet, à une amende; celui-ci refusa de la payer : l'empereur lui fit enlever son manteau. Le clerc dépouillé se plaignit aux membres de la Chambre des comptes, qui, le 5 février loOO, firent sans façon empri-sotiner l'empereur en personne.
Les clercs de la Chambre des comptes, ou plutôt les sujets de l'empire de Galilée, étaient en usage chaque année, la veille et le jour des Rois, de célébrer une fête ou solennité qui consistait en une marche pompeuse, égayée par la musique, où l'on voyait les sujets de l'empereur de Galilée porter des gâteaux des rois qu'ils allaient distribuer chez tous les membres de la Chambre des comptes en leur donnant l'aubade.
En 1325, les trésoriers de l'empire sollicitaient auprès de la Chambre des comptes les fonds nécessaires pour leur fête du eàteau des rois. La chambre, par arrêt du 22 décembre 1523, défendit, pour cett^ année, la célébration de cette, cérémonie et des autres joyeusetés accoutumées. La dépense était payée par la Chambre des comptes, et se montait à vingt ou vingtcinq francs.
En 1332, on voit que Guillaume Rousseau était empereur de cet état: que le roi lui donna, ainsi qu'à ses suppôts, clercs de la Chambre des comptes, vingt-cinq livres parisis pour fournir aux frais « des « danses, morisques, mommeries et autres
celles de Jérusalem, de Nazareth et de Galilée^ -t tout auprès une île de la Seine, nommée fie -aux- Juifs, portent à croire que cette partie de l'île de la Cité était habitée par des ju fs privilégiés, qui, en payant de forte* >on]ines, s'étaient soustraits au bannisseuient et vivaient protégés dans Teaceinte du palais du roi.
• triomphes que le roi veut et entend t'tre
• faits par eux, pour l'honneur et récréa- - tion de la reine (I). »
Dans les années lo3o et 1536, la cérémonie du gâteau des rois fut défendue aux dercs de la Chambre des comptes; mais elle leur fut permise par ordonnance de cette chambre du \ \ décembre 1 538 . à condition qu'ils la célébreraient modestement, condition qui suppose qu'il s"y mêlait ordinairement du désordre (â).
Les édits de cet empereur portaient ces formules : « A tous présents et à venir, salut, etc.. Nous avons par ces présentes, -signées de notre main, dit, déclaré et ordonné, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaît... Si mandons à nos amés et féaux chancelier et officiers dudit empire, que ces présents articles de règlement, en forme dédit , ils fassent lire, publier et enregistrer, etc. »
Henri III , qui voyait avec jalousie ou avec crainte 1 empereur de Galil 'e marcher dans Paris avec .-es gardes, ainsi que h faisait 'le roi de la Basoche, dont je parlerai bientôt , défendit à cet empereur de porter pareil titre. Ainsi l'empereur de Galilée fût détrôné; mais ses États sub.-istèrait foit bien sans lui. Un règlement de l'an 1705 nous fait connaître quels magistrats gouvernaient alors cet empire. On y vo t figurer un chancelier remplaçant l'empereur, un procureur général, puis six maîtres des lequétcs, deux secrétaires des finances, un trésorier, un contrôleur, un greffier et deux huissiers. Le chancelier était nommé par voie d'élection! On ignore le coup fatal qui termina les destinées de cet empire sans empereur.
Outre les cours et juridictions que j'ai déjà mentionnées, l'enclos du Palais en contenait plusieurs autres qui n'existent plus : tels étaient le Bailliage du Palais, î'Électicn, la Chancellerie, les trois juridictions de la Table de marbre dont j'ai parlé, c'est-à-dire la Connétablie, l'Amirauté et les Eaux et Forets : il s'y trouvait aussi la Basoche du Palais.
La Basoche du Palais (3), institution
(IjSaut-aZ, tom. III, pag. 615.
(2) Variétés historiques^ par l'iibbé Lebeuf, tom. I, 3* partie, pag. 1 et suiv.
(3) Basoche est nne dénomination de localité, corr,mune à plusieurs boxirgs et villages de France. Dans les titres latins, ces lieux basoche ou basoucbe Eonl nommés basilica,
Pauh. — Typograp!<J«
composée des clercs du parlement, comme celle du haut et souxerain empire de Galilée l'était des clercs de la Chambre des comptes. La Basoche fut, à ce qu'on dit. instituée en 1302, par Philippe le Bel, qui ordonna que celte association porterait le titre de royaume; qu'elle formerait un tribunal, jugeant en dernier ressort, tant j. en matière civile que criminelle, tous le.s "? différendsqui s'élèveraient entreces clercs, et toutes les actions intentées contre eux: que le président perlerait le lilre de roi de la Basoche, et que, tous les ans, ce roi et les sujets de ce royaume feraient une montre ou revue sole-nnelle On ne trouvo point celte ordonnance de Philippe le Bel: ainsi je ne garantis pas l'aiithenticité de cette origine, qui toutefois n'est pas sans vraisemblance.
Ce tribunal était composé d'un président-roi, d'un chancelier, d'un vice-chancelier, de^maîtres des requ.'tes, de greffiers, d huissiers, etc. Il îenait ses aud.ences les meicred s et samedis, dans la grand'chambre. Ses jugements, souverains et sans appel, commençaient par cette formule fastueuse : La Basoche r'gnanîe et triomphante et titres d honneur, salut , et se terminaient par celle-ci: Fait audit royaume, le, etc.
On ajoute que Philippe le Bel accorda de plus aux clercs de la Basoche h faculté d'établir des juridictions basochiales inférieures, dans diverses villes du ressort du parlement de Paris, à condition que les prévôts de ces juridictions rendraient foi et hommage au roi de la Basoche, obéiraient à tous ses manJements, et que l'appel dô leur jugement serait porté devant lui ou devant son chancelier. On trouve, en effet, dans les sièges de plusieurs villes, des traces de cette insliiution. On y reconnaît des prévôts basochiaux, des princes de la Basoche ; le chef des clercS du présidial d'Orléans prenait le titre d'empereur (1;.
mot qui signifie royale, qualification qui désigne un bâdment, é^çlisi ou palais de fondation ou de propriété royale. Ce mot de basoche est donc une altération de celui de basilique qu'on donnait aux édifices royaux. On voit que l'association des clercs du parlement a été nommée basoche ou basilique, parce qu'elle siégeait dans le palais de la Cité, palais habité par les rois, et qu'on a souvent nommé autrefois Palnis royal.
(1) OEuvres de Clément Marot^ dans sa LACcr», rue iouffloî, i'^
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A Angers, la Basoche était fameuse. 11 en t'xistait ailleurs ; peu de bailliages royaux, peu de presidiaux étaient dépourvus de Basoche; mais au seul président de la Basoche de Paris appartenait le titre suprême de roi (1).
Nul ne pouvait être reçu procureur au Palais sans avoir été, pendant dix années consécutives, basochien. Ce règlement, blessant des intérêts , fit naître plusieurs
procès dont je ne dois pas faire mention. La montre ou revue de la Basoche était une cérémonie si remarquable, que François [er voulut y assi.^ter. 11 fit connaître son désir au parlement, qui, sur la demande de l'avocat général de la Basoche, ordonna, par arrêt du 2o juin 1540, deux jours de vacance pour être employés k cette fête. François lef fut satisfait de cette cérémonie dans laquelle figuraient,
Abbaye Saint- Victor.
an bonnî tenue, sept à huit cents clercs montés à cheval.
p'.eje intitulée; le Cri du jeu de l" empire d'0:léans.
il; Ce titre était cependant prodiojué dans ce:te ville : outre le roi de la Basoche, on y trouvait un roi des ribauds, un roi d3S merciers, un roi de la rue aux Ours, un roi des aroalétriers, un roi des arquebusiers, un roi des barbiers, un roi des arpenteurs, un roi deî violons, un empereur de Galilée, un prince des sots, sans y comprendre les rois de là fève, etc.
II DULAURE
En 1.d28, un des capitaines delà Basoche voulut, dans la cérémonie de cette montre, se singulariser; il composa sa compagnie de femmes et de jeunes clercs déguises en femmes. Cette compagnie féminine figura en public. L'official de Paris s'en formalisa, et fit citer devant lui le capitaine des femmes : et un clerc de cette compagnie refusa d'assister à la montre dans ce déguisement. Ces deux actes révoltèrent le roi de la Basoche , alors très puissant. Il appela, comme d'abus, de la citation de l'official qui fut obligé de s'en désister, et fit condamner le clerc" qui avaii
refusé de paraître à la montre vêtu en femme , à demander pardon , et, dans la -formule de ce pardon, on lit que : « Pour « ses défenses, qid^ petita delicti venia , « il proteste de ne dire chose dérogeante « à la majesté royale du très illustre roi « de la Basoche (1). »
Une odieuse contribution, dont François 1er venait de charger les habitants de la Guienne, excita, après sa mort, un soulèvement dans ce pays. Il fallait des forces pour réprimer les insurgés ; alors le roi de la Basoche vint offrir à Henri II six mille hommes de ses sujets capables de le servir dans cette triste expédition. Henri II accepta l'offre, et six mille clercs partirent, armés, pour soumettre les habitants de la Guienne. Le roi de France fut si satisfait des services du roi de la Basoche et de ses suppôts, qu'il leur accorda plusieurs privilèges.
ifieur donna le droit de faire couper, dans ses forêts, tels arbres qu'ils choisiraient pour la cérémonie du Mai qu'ils plantaient chaque année au bas de l'escalier du Palais. En conséquence de ce droit, les clercs allaient, tous les ans, couper, dans la forêt de Bondy, trois chênes, dont l'un devait servir de Mai, et les autres étaient vendus au profit de la Basoche.
11 leur fut aussi accordé, chaque année, une certaine partie des amendes adjugées au roi, au parlement et à la Cour des aides.
Un arrêt du parlement, du 31 décembre 1 562, permet aux officiers du royaume de la Basoche de passer et repasser par la ville, soit de nuit, soit de jour, ayant flambeaux ou torches pour assister aux aubades.
Il leur fut permis d'avoir des armoiries dontl'écusson, chargé de trois écritoires, surmonté d'un casque, était supporté par deux jeunes filles nues.
Le roi de la Basoche obtint aussi le droit de faire battre monnaie; mais elle n'avait cours que parmi ses sujets.
Les revenus de ce royaume consistaient dans des parties d'amendes, dans la vente des deux chênes, dans les gratifications que leur accordait la Cour du parlement,
il) Recueil des statuts, ordonnances, règlements, antiquités, prérogatives, et prééminences du royaume de la Basoche, pag. 40, imprimé à Paris, en 1654.
et dans les béjaunes, espèce de contribution exigée de tous les nouveaux clercs qui entraient au Palais.
Sous le règne de Henri III, le nombre des sujets du roi de la Basoche se montait à près de dix mille. Il ne faut pas en induire qu'il existait dix mille clercs au parlement de Paris. Ce nombre se composait de ceux de la Basoche du Châtelet. dont je parlerai, et de plusieurs autrrétablissements de cette nature form • dans diverses juridictions de France. Li» roi de la Basoche du Palais les mandait à sa volonté; et ils se rendaient à ses ordres pour assister à la cérémonie de la montre. Toutefois, Henri III vit avec peine cette royauté placée à côté de la sienne : il fit défendre à tous les Français de prendre dorénavant le titre de roi, et ne laissa subsister que le roi de la fève.
Dès lors, l'autorité du roi de la Basoche fut le partage de son chancelier,
La splendeur du trône de la Basoche, ses attributions, ne se bornaient pas à juger en dernier ressort, à des marches pompeuses, à faire battre monnaie, à porter des armoiries et des litres imposants ; ses sujets s'arrogeaient le droit, dans des spectacles qu'ils représentaient au Palais, de censurer les mœurs publiques : ils furent les premiers auteurs et acteurs comiques qui parurent à Paris.
Pendant que d'autres acteurs offraient en spectacle les mystères de la Passion, les Basochiens jouaient publiquement dans la grand'salle du Palais, et sur la table de marbre qui leur servait de théâtre, des pièces appelées farces, soties, moralités; et l'argent qu'ils retiraient des spectateurs était employé aux préparatifs du spectacle et aux frais d'un festin où assistaient les acteurs et les officiers de la Basoche (1).
En 1667, il leur fut enjoint de n'assister à la cérémonie de la plantation du Mai qu'au nombre de vingt-cinq.
En 171 3, le parlement confirmalesdroits de la Basoclie, et accrut ses attributions sur les clercs du Palais.
Les Basochiens. gouvernés par leur chancelier, annuellement élu, ne firent plus de montres ou de revues, cessèrent d étaler en public leur pompe, leur multitude et leur force militaire.
(1) Dans la suite, je parlerai de ce théâtre. Toyez ci-après, article Spectacles.
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Dans la cCrfmome au Mai, célébrée aux premiers jours de juillet, vingt-cinq clercs du Palais, montés à cheval, véti^s en habits rouges, accompagnés de trompettes, timbales, hautbois et bassons, allaient chez leurs dignitaires et chez les principaux membres des cours du parlement et des aides, faisaient, devant les portes de ces magistrats, exécuter des morceaux de musique parcouraient les rues de Paris pendant plusieurs jours, précédés de leurs drapeaux à leurs armes, et enfin allaient en même équipage à la forêt de Bondy, où ils marquaient les arbres qu'ils avaient le droit d'y couper, et venaient en planter un au bas de l'escalier du Palais.
La Basoche du Palais rendit, le 23 févier 1788, un arrêt portant règlement pour l'instruction de jeunes gens travaillant au Palais; mais les événements politiques en interrompirent bientôt l'exécution.
Les Basochiens du Palais entreprirent ou soutinrent plusieurs procès contre les procureurs du parlement et contre la Basoche du Chàtelet.
Chaque année, le jeudi de la dernière semaine du carnaval, on plaidait, à l'audience de ia Basoche, une cause nommée cause grasse, parce que la matière en était burlesque ou scandaleuse.
Les basochiens, dans les premiers jours de la révolution, formèrent un corps de troupe, dont l'uniforme était rouge avec épaulettes et boutons en argent, rendirent plusieurs services à la chose publique, et signalèrent leur dévoùment en se soumettant, sans réclamations, au d^^cret qui anéantiss?.it leur corpora- i r .
Quoiqje les institutions d .. au: ro do la Ba^ociie et de l'empire de Galilée fassent, par leurs vains titres, leurs représentations pompeu-e^, très propres à nourrir l'orgueil des sujets, à leur donner de fausses idées sur le véritable mérite, elles avaient, dans les derniers temps, un but très louable. L'établissement d'un grand et petit concours de plaidoiries qui se faisaient à plusieurs époques de l'année, exerçait les jeunes praticiens dans l'éloquence du barreau, dans les questions de droit et de procédure, et, en excitant leur émulation, favorisait le progrès des talents. On a, depuis la révolution, rétabli la Basoche, ou plutôt ce que cette institution avait d'utile, et relégué, dans les siècles passés, ses titres fastueux , ri-
dicules, et ses vaines cérémonies (V.
Chàtelet. J'ai de^Jà parlé de cette forteresse, située à l'extrémité septentrionale du Pont-au-Change. et j'en ai attribué la construction a Louis VI, dit le Gros.
Dès que l'enceinte de Philippe-August^ eut porté fort au-delà du Chàtelet les murailles de Paris, cette forteresse, devenue inutile à la défense de la ville, lut bientôt destinée au siège des juridictions de la prévôté et vicomte de Paris. On ne connaît point l'époqueprécise de l'établissement de ces juridictions dans cet édifice; mais l'on sait qu'en 1302, Philippe le Bel rendit une ordonnance portant règlement pour les officiers du Chàtelet, par laquelle il y établit quatre-vingts sergents à cheval, quatre-vingts sergents à pied, tous suffisamment armés, et des juges, nommés auditeurs, chargés d'entendre les témoins: ces juges ne pouvaient juger qu'en première instance !2).
Cette ordonnance ne crée point une juridiction ; elle la régularise; et ou voit, par quelques-uns de ses articles, qu'elle existait bien avant. Un mandat dece roi. de l'an 1300, mentionne le Chàtelet comme le siège d'une juridiction préexistante, et réduit le nombre des notaires de Paris qui en dépendaient à celui de soixante.
La cour du Chàtelet, avant la révolution, était présidée par le prévôt, le lieutenant civil, le lieutenant général de police et deux lieutenants particuliers; elle se composait en outre de cinquante-cinq conseillers et de dix conseillers honoraires, etsedivisaiten quatre sections : l'audience du Parc-Civil, celle du Présidial, la Chambre du conseil et la Chambre criminelle.
Sur la porte de cette dernière chambre, on lisait ce beau distique du poète Santeuil :
Bicpœnœ scelerum uîtrices posuére tribunal; Sontibus undé tremor, civibus indé salus.
(1) Eu 1786, les clercs de la Basoche de Paris firent imprimer un almanach contenant nn précis historique sur cette institution. On y trouve les noms et demeures de ses ofticiers: le sceau représentant un écusson, chargé de trois écritoires , surmonte d'une couronne de marquis, supporté par deiix jeunes filles nues, à longue che~%'elure, avec cette légende en caractères du quinzième siècle: Sigillum magnum regum Basochiœ. I^ grand .«^ceairdes rois de la Basoche.
(2j Ordonnances du Louvre Aom. I, p. 352.
On l'a traduit ainsi .
Ici la loi plaça son tribunal augiisie
Tour l'effroi du coupable et U salut du juste.
Dans l'une des cours de cet édifice, on voyait un grand bas-relief d'une iDelle exécution, représentant Charles IX avec le millésime de 1572, et cette inscription :
Religionis amor docuit punire rebelles.
L'auteur de cette inscription a cru, pour justifier Charles IX des massacres de la Saint- Barthélemi, en rejeter l'odieux sur la religion qui condamne et abhorre les massacres, et punit les méchants rois.
Le bâtiment du Grand-Châtelet, reconstruit sous le règne de Charles V, ne subsistait qu'en partie et menaçait ruine en 1657. Pour laisser faire les réparations, les membres de cette cour furent obligés d'aller siéger dans les salles des Grands- Augustins, salles qu'ils n'obtinrent de ces "religieux qu'après beaucoup de difficultés (1).
On fit construire, en 1684, plusieurs parties de bâtiments. Il restait, avant la révolution, quelques vieilles tours de l'ancien édifice, sous lequel était encore le passage étroit, obscur et humide, qu'on était obligé de franchir en allant du Pontau-Change à la rue Saint-Denis. La cour du Châtelet fut supprimée dès 1792; en 1802, on démolit presque tous ses bâtiments.
Cette démolition a éclairé, assaini les rues voisines. A des tours hideuses et noircies par le temps, à des rues étroites, nombres et malsaines, telles que l'étaient celles de Saint-Leufroy, de Trop-va-qui- Dure ou Qui-m'y-Trouva-si-dur, de la Vallée de la Misère et de celle de la Triperie, a succédé une place vaste, aérée, au milieu de laquelle s'élève une fontaine monumentale dont il sera parlé dans la suite.
Si l'on en croit quelques écrivains, plus zélés pour une chimérique illustration de Paris que pour la vérité, Jules César avait fait construire le Châtelet.
Il existait, disent-ils, au Grand-Châtelet, une chambre appelée Chambre de César. H est possible qu'une chambre de
(1} Voyez ci-dessus, article Grands-Augus'
DB PARIS
cette forteresse ait porté ce nom, puisque les auteurs de l'Histoire de Paris l'affirment ; mais cette affirmation ne prouve point que Jules César ni les autres Césars qui sont venus dans les Gaules aient construit ni habité cette chambre.
C'est un fait reconnu, que presque tous les édifices anciens, dont on ignorait l'origine, et qui portaient un caractère extraordinaire, étaient, par nos bons aïeux, attribués aux fées, aux diable ou h César.
Corrozet, le plus ancien descripteur de Paris, qui a réuni toutes les notions de son temps pour parvenir à la preuve de la fondation du Grand-Châtelet par Jules César, ne parle aucunement de cette chambre, ni de son nom. Dans les bâtiments du Châtelet, vus, examinés par dèshommes capables de juger de leur ancienneté, personne n'a découvert uneseule de ses parties qui fut de construction romaine.
Voici ce qu'on allègue encore pour prouver que le Châtelet est l'ouvrage de César: « On a vu, jusqu'à la fin du seizième 0 siècle, disent les graves auteurs do « l'Histoire de Paris , au-dessus de la « porte d'un bureau, ces mots gravés sur « une plaque de marbre : Tributum Cœ saris. »
Ces historiens citent Corrozet pour leur autorité, et Corrozet ne parle point d'une table de marbre, ne rapporte point cette inscription latine; il ne l'a point vue; on ne la voyait point de son temps ; mais il déclare que quelques hommes vivants rapportent avoir vu, sur un treillis placé près de la place du Châtelet, une inscription française ; voici les propres expressions de Corrozet : « Et sont encore au- « cuns vivants qui disent avoir vu escrit « sur ledit treillis : Ici se payait le tribut « de César. »
il résulte de ce rapprochement que les pères Félibien et Lobineau, historiens de Paris, pour donner une apparence de vérité à leur assertion, se sont permis d'altérer les propres paroles de l'auteur dont ils s'appuient, de traduire en latin, et de donner comme inscription antique la substance d'une phrase française de Corrozet.
Ces écrivains, s'ils eussent été doués de plus de critique et moins entraînés par la passion d'illustrer le passé, auraient
rejeté un fait si mal prouvé, si digne de figurer parmi les fictions, et auraient sauvé leur mémoire du reproche d'inexactitude.
Les officiers du Chàtelet célébraient, chaque année, le lundi après le dimanche de la Trinité, une fête ou cavalcade appelée la montre. Sa marche était ouverte par une musique guerrière composée de Mmbales, trompettes, hautbois, et par les attributs d'une justice militaire, tels que le casque, la cuirasse, les gantelets, le béton de commandement et la main de justice, emblèmes dont chacun était porté par un individu , puis suivaient quatre vingts huissiers ou sergents à 'heval, cent quatre-vingts sergents à verge, précédés de leurs trompettes et timbales, et portant leurs signes d'honneur.
Ceux qui figuraient dans cette partie de la cavalcade étaient tous vêtus en habits courts et de diverses couleurs. Venaient ensuite cent vingt huissiers priseurs, vingt huissiers audienciers, couverts de leurs robes de palais ; douze commissaires au Chàtelet, en robe de soie noire; un des avocats du roi, uû des lieutenants particuliers et le lieutenant civil. Ces dernières •se faisaient remarquer par leur robe rouge. Puis des greffiers du Chàtelet et quelques huissiers fermaient la marche.
Cette cavalcade se portait successivement chez le chancelier, le premier président, le procureur général, et chez le prévôt de Paris.
Elle avait sans doute la même origine, le même motif que les marches pom'peuses que célébraient les clercs de la Chambre des comptes et ceux du parlement ; mais elle s'est maintenue plus longtemps, et la montre du Chàtelet n'a cessé qu'à l'époque de la révolution. Cette montre, dans ces derniers temps, était ridicule en ce que, contre l'usage, on y voyait des hommes, vêtus en robes longues, "montés à cheval, et parcourant, sans" objet connu, les rues de Paris.
Basoche du Chàtelet. Le Chàtelet .ivait, comme le parlement, sa Basoche, composée de tous les clercs de cette cour, travaillant chez les notaires, les commissaires, les procureurs et les greffiers. Ces clercs, en arrivant, devaient prendre des lettres de béjaune (1), expédiées par les
■(1) Chaque clerc qui débutait chez les