‹ Histoire de ParisChapitre 60 sur 261 · I. Paris Eous le règme de Phihppe YV, dit le Bel · texte numérisé non relu

I. Paris Eous le règme de Phihppe YV, dit le Bel

Le 6 octobre \ 285, Philippe le Bel succède h Philippe III, dit le Hardi, son père. La nature avait doué ce prince d'un caractère éminemm.ent énergique ; ses resolutions, qui De furent pas toujours inspi-

rées par la raison et l'équité, étaient immuables. Les droits ou les prétentions; des souverains, les privilèges des corporations, les institutions utiles ou vicieuses, les devoirs, les préjugés, les bieuséances.

ne présentaient que de vains obstacles à sa volonté; son audace n'était contenue que par l'impuissance de ses moyens ou le défaut de sa conception.

Il n'eut ni la bigoterie ni la droiture de son aïeul saint Louis ; il eut plus de génie, plus de lumières et autant d'ambition et d'activité que Philippe-Auguste. Son règne se compose de mal et de bien, d'actions criminelles et d'institutions utiles. Dans le bien comme dans le mal qu'il opéra, il n'eut pour unique objet que luimême.

Il brava avec fermeté, même avec des emportements de colère , les ambitieuses prélentions du pape Boniface Vlil (1); et rendit à jamais sa mémoire odieuse par l'acharnement qu'il mit à persécuter, à détruire l'ordre des Templiers, et à s'emparer de ses dépouilles.

11 porta des coups violents à la féodalité, fit des ordonnances contre les guerres privées des seigneurs et contre les duels judiciaires, diniinua considérablement les cas où ces coutumes barbares pouvaient être autorisées; il fit plus : il sut faire exécuter ses lois. Il donna une organisation nouvelle et meilleure aux diverses administrations de ses Etats. En affaiblissant le pouvoir des nobles, il fortifia son gouvernement, lui imprima le caractère monarchique qu'il n'avait guère avant son règne; mais, pendant trois fois consécutives, à l'exemple de ses aïeux, il altéra les monnaies : ce qui lui valut le surnom de Faux-Monnayeur.

Cette iniquité causa divers désordres a Paris. Les bourgeois riches ne voulaient point recevoir pour sa valeur nominale

(l)En réponse à une bnlle de ce pape, il lui écrivit une courte lettre qui commence ainsi: .< Philippe, par la grâce de Dieu, « roi des Francs, à Boniface, soi-disant sou- « verain pontife , que je salue médiocre- " ment, ou que je ne salue point du tout. " Que voire suprême fatuité sache que, pour " le temporel, nous ne sommes soumis à « personne... Ceux qui pensent autrement, « je les regarde comme des sots et des in- ♦♦ sensés. « Philippus Dei gralia Francorum rex, Bonifacio,se gerenti pro summopontifice, salutem modicamy seu nullam. Sciât maxima fatuitas, in temporalibus nos alicui non subesse... Secus autem credentes, {atuos et démentes reputamus. (Histoire des Démêlés de Boniface VIII, etc., p. 148.)

iàTOIRE DE PARIS

cette monnaie affaiblie, ni la recevoir pour les loyers de maisons; le peuple s'en plaignait, s'irritait; en 1306, il se porta chez, un nourgeois, appelé Etienne Barbette, brûla, détjuisit sa maison de plaisance, appelé? la Gourtille-Barbette, en arracha les arbres du jardin: puis il assaillit l'hôtel dudit Barbette, situé dans la rue Saint- Martin, et le dévasta. Le roi s'étant, pendant cette insurrection, réfugié au Temple avec ses barons, le peuple l'y assiégea. Le calmeséta'.ît rétabli, ce prince, premier auteur ce cette émeute, fit pendre vingthuit hommes aux quatre entrées de Paris (1).

Ce prince était le plus bel homme de son temps, brave, généreux, magnifiqur jusqu'à la prodigalité, mais avide d'.vgent, et nullement scrupuleux sur le*moyens de s" en procurer; dur envers sou peuple, qu'il accabla de taxes et d'impôts; jaloux (le son autorité, qu'il chercha toujours à étendre, et implacable dans sa haine. Il ne montra d'affection que pour les personnes de sa famille (2j.

En se plaçant, à plusieurs égards, audessus des habitudes barbares de ses prédécesseurs, Philippe le Bel s'éleva aussi au-dessus des règles de l'équité et même de la raison, lorsque, par un acte authentique, il accorda au cardinal Pierre Colonne tous les biens mal acquis de -son royaume par qui que ce fut, et de qu-^lque manière qu'ils fussent possédés (:>;. On sent quel gouvernement devait résulter d'une telle autorisation; et, si le cardinal eût pu en user dans toute son iilimdue, peut-être les biens de la couronne auraient-ils souffert quelques atteintes.

Le 29 novembre 1314, ce roi mourut a Fontainebleau, d'une chute de cheval.

Voici les institutions qui eurent lieu à Paris sous son règne.

Cordelières DU faubourg Saint-Mar-

[h Chroniques de France, \o\. II, folio 137, verso, 138 recto. Ces quatre entrées de Paris où ils furent pendus étaient celles de l'Orme, située à l'entrée de la rue Saint- Denis ; du Roule, près la porte des Aveugles ou Quinze-Vingts; laportede Notre-Damedes Champs ou porte Saint-Jacques. La quatrième entrée n'est pas indiquée: elle devaii Otre dans la rue Saint-Antoine.

[2] Art de vérifier les dates, 5^ édition, 1. 1, p. 590.

(3) Art de vérifier les dates, 5eédit.,t.l,p.590.

Pâui. -> Tirpo«rapU« Uoov», nw SotttBoti, U.

CEL. Ce couvent, situe rue d ue. n*^ 95, fut fonde par Marguerite de Pro- | veDOO. veuve de saint Louis, qui, vers; l'an <284. donna sa maison a ces cordelières. Dans un titre du seizième siècle, col établissement est ainsi qualilié : L'abbaye du cou\enl des Cordelières de l'éslise de Sainte-Claire Marcel, près de Paris.

Ces religieuses conservaient le manteau

de rOarcine, lez Saint-

sous PHILIPPE IV 3 1

rOurci- i royal de saint Louis, et se déteniiit!!rent, au dix-huitième siècle, à le \lv,.—i pour le convertir en un ornement d';u)tel.

Elles fondèrent, en 1633, un petit ;r.'inaslère de leur ordre, qui fut nomni'' Petites-Cordelières; j'en parlerai dan- in suite (I;.

Aujourd'hui, les bâtiments de celte communauté sont en par;io d-'aiOlLs, et ce

Porte Saint-Michel.

qui en reste est employé à une blanchisserie et a une manufacture de laine.

Cakmes Billettes situés rue des Biliettes, n^s 16 et 18. Voici le motif de l'établissement de c<^ couvent.

Les juifs, depuis long! emps détestés en France, a cause de leurs usures, de leur religion, de leurs richesses, éprouvaient des persécutions continuelles qui faisaient le tourment de cette nation étrangère, et qui n'honoraient pas la n jtre. Au douzième *<iècle. av^nt de partir pour les croisjdes, los chesaliers étaient en usage de les massacrer. Les rois les ch-î.ssaient peur les dé- II DCLArr.u

pouiller de leurs biens, et les rappelaient moyennant des sommes consi-irrables (2;.

Ces princes, par avarice, exerçaient contre les juifs des actes d'iniquité auxquels le fanatisme du peuple ne manquait pas d'aj>plaudir. S'il est certain que très souvent on s'est montré injuste envers eux, il est perinis de croire qu'on a pu. pour autoriser des persécutions projetées, leur supposer des crimes dont ils étaient innocents. <'e

(Ij Voyiz arùclo Pelites-Cordeliè'-es.

(2) Voyez ci-après, dans la préseiue mriode, ariicle Synogngue des Juifs.

préliminaire suffira, je le pense, pour prémunir les lecteurs contre les faits douteux, sinon faux, dont je vais parler.

En 1290, une femme de Paris avait, pour la somme de trente sous, mis quelques vêtements en gage chez un juif appelé Jonathas. Elle vint lui demander ces vêtements pour les porter le jour de Pâques, en lui promettant de les lui rendre ensuite. Le juif alors lui répondit que si elle consentait à lui apporter le pain de l'eucharistie, il lui rendrait son gage sans argent. La femme y consentit; elle reçoit le jour de Pâques l'hostie consacrée, et la porte au juif. Celui-ci, à coups de canif, perce cette hostie; il eu voit sans effroi couler du sang en abondance ; puis il prend un clou et l'enfonce à coups de marteau dans l'hostie. Il la jette au feu, elle voltige au-dessus des flammes; il la plonge dans une chaudière d'eau bouillantequ'elle rougit de son sang, elle n'en reçoit aucun dommage. Ces prodiges n'épouvantent pas Jonathas.

Le fils de ce juif, témoin de ces actes étranges, voyant des chrétiens aller à la messe, leur "dit : C'est en vain que vous allez adorer votre Dieu; mon père l'a tué. Une voisine, sous prétexte de demander du feu, pénètre dans la maison de Jonathas, qui ne s'oppose point à ce qu'elle soit témoin de ses horribles sacrilèges. Il lui laisse, sans difficulté, recueillir l'hostie dans sa robe; elle la place ensuite dans un vase de bois, et la porte au curé de Saint-Jean-en- Grève, auquel elle raconte ce qu'elle a vu. L'évêque de Paris fait arrêter Jonathas, qui avoue, dit-on, le fait. Ce prélat viul le convertir : le juif s'y refuse, il est brûlé vif.

Telle est la substance de la relation publiée par un auteur anonyme, et reproduite par d'autres écrivains (4). Daprès cette pièce et ses copies, on ne doit pas douter que Jonathas, qui, à ce qu'il paraît, jouissait d'une fortune assez considérable, n'ait été accusé d'avoir commis ce sacrilège et puni par le supplice du feu, mais en fut-if également convaincu? L'alDsence des former, protectrices, la richesse de l'accusé, la mauvaise foi, l'avidité du clergé, le fanatisme, la haine invétérée du peuple contre les juifs, l'intérêt du curé de Saint- .leau-en-Grève , principal accusateur, et qui, devenant possesseur d'une relique fameuse, allait attirer à son église de nom-

(1) Nova Bibliotheea LabUi, t. I, p. 1663.

breuses offrandes ; l'opinion alors établie parmi les prêtres, qui consistait à considérer les impostures qui leur étaient profitables comme des actions permises, comme des fraudes pieuses; les toitures qui arrachent de faux aveux; enfin le silence gardé sur les moyens de justification de l'accusé, etc., sont plus que suffisants pour autoriser le doute ; et ce doute est fortifié par les invraisemblances choquantes contenues dans la relation. Comment des prodiges aussi étranges que ceux qu'on raconte n'ont-ils pas glacé d'efft-oi le juif qui les avait fait naître? Comment se persuader que ce juif ait laissé pénétrer danséia maison un témoin de ses sacrilèges, une femme qui devait le dénoncer et l'en faire punir? Pourquoi la femme qui livra aux mains de Jonathas l'hostie qu'elle avait reçue à la communion ne fut-elle pas traduite en jugement? L'action de cette femme chrétienne était cependant plus criminelle aue celle du juif. Tout porte à faire croire al'existeuced' une trameodieuse tendant à perdre le juif Jonathas (1).

Un bourgeois de Paris, nommé Rainier Flamming, fit construire, en 1294, sur une partie de la propriété de ce juif, une chapelle qu'on nomma la maison des Miracles, et y fut autorisé par une bulle du pape donnée en 1295. Guy de Joinville y fonda un monastère que Philippe le Bel. en 1299, agrandit, en accordant à ce fondateur la totalité de la pro(iriété de Jonathas, et de plus quelques maisons voisines.

Les religieux de ce nouveau monastère, qui se qualifiaient d'Hospitaliers de la Charité de Notre-Dame, n'appartenaient à aucun ordre connu. Le pape, en 1346, les exempta des censures encourues par cette irrégularité, et leurimposala règle de saint Augustin.

Plus eurs bienfaiteurs, notamment la reine Clémence de Hongrie, épouse de Louis X, enrichirent ce couvent, où Dieu fui bouilli. C'est ainsi qu'on le désignait au quatorzième siècle.

(1)11 est remarquable qu'en 1369 ime profanation pareille fut, dit-on, commise à Bruxelles par un juif, aussi nommé Jonathas; que ce juif fut puni de même, et que i'hostie qu'il avait percée fut religieusement conservée dans l'église de Sainte- Gudule de cette ville, et dans la chapelle dite du Saint-Sacrement-des-Miracks. {Délices des Pays-Bas^ édit. de 1786, t. I, p. 171.)

sous PHILIPPE IV

Les relioif^iix méritèrent, dans les premierstemns.l'pstime publique; maisbi'^ntôt ils la perdirent et tombèrent dans le mépris. Leurs dt'hauches, leur indocilité et leurs querelles interminables en furent la cause. On fit plusieurs tentatives pou" les réformer; on ne put y réussir : on les hissa s'éteindre; et, le 24 juillet 1631, on les remnl iÇH par des carmes réformés de l'observance de Rennes.

On ne sait pourquoi ce couvent et la rue où il est situé ont reçu le surnom de Billettes.

Au-dessus de l'ancienne Chapelle des Miracles, on lisait encore, en 1685, cette inscription : « Ci-dessous le juif fit bouillir la sainte hostie. »

A cette inscription, que des réparations firent disparaître, on substitua la suivante, dont l'expression est adoucie : « Cette chapelle est le lieu où un juif outragea la ^yiinte hostie. »

Cette église fut entièrement rebâtie en 1754, sur les dessins de frère Claude, religieux dominicain, qui pouvait être un bon moine, mais qui certainement n'était pas un habile architecte. On y conservait, comme de véritables reliques, le canit dont s'était, dit-on, servi le juif pour percer la sainte hostie, et le vase d^^ bois dans lequel elle fut reçue : l'un et l'autre étaient précieusement enchâssés dans l'intérieur de deux figures humaines, dont chacune tenait à la main l'image des instruments révérés. Quant à l'hostie prétendue outragée par le juif, elle fut conservée dans l'église de Saint-Jean-en-Grève .

Le corps de Papire Masson, hi-^torien estimé, et le cœur d'Eude de Mézerai, historiographe de France, furent déposés dans cette église.

En 1790, le gouvernement supprima ce couvent de carmes. L'église et les bâtiments monastiques, ont, vers l'an 1812, été concédés aux protestants de la confession d'Augsbourg. L'église a été convertie en an temple ; et dans les autres bâtiments sont deux écoles d'enseignement mutuel pour les jeunes gens de celte confession.

Le Temple, édifice situé rue de ce nom, servait d'abord de demeure au grandprieur des Templiers, dont j'ai déjà parlé.

Au treizième siècle, l'enclos du Temple s'était considérablement accru par des acquisitions de terrains, et embelli par des bâtiments magnifiques pour le temps. On en nommait l'ensemble et ses dépendances

Ville neuve du Temple. Henri Ilï, roi d'Angleterre, lorsqu'en 1254 il vint à Paris, préféra pour logement la maison du Temple au palais que lui offrait saint Louis.

La tour du Temple, fameuse d^ns nos fastes, bâtie en 12t2par frère Hubert, trésorier desTem'^liers, se composait d'un édifice carré, formé de très épaisses murailles, et dont les quatre angles étaient munis de tourelles. C'est dan ^ cette tour que les rois de France ont longtemps déposé leur trésor: là étaient aussi les archives des Templiers et celles du grandprieuré de l'ordre des chevaliers de Malte, qui. en 1313, leur a succédé. Le 11 août 1792, Louis XVI fut enfermé dans cette tour avec sa famille; ce roi n'en sortit que pour se présenter deux fois à la barre de la Convention, et pour aller périr sur l'échafaud, le 21 janvier 1793. Depuis, cette tour servit de prison d'Etat, et fut démolie eu 1811.

L'enclos du Temple était vaste ; le prieur y jouissait d'une juridiction indépendante. Cet enclos servait d'asile ordinaire aux banqueroutiers et autres personnes poursuivies pour dettes. C'était un lieu d'exception au milieu de la capitale de la France, un reste de l'anarchie féodale.

Cet établissement de moines-soldats fut cruellement persécuté et presque anéanti sous le règne de Philippe le Bel. Les Templiers avaient les vices des moines et des militaires de leur temps. Guyot de Provins, qui n'était pas flatteur, en fait cependant l'éloge, et, dans sa Bible, ne leur reproche d'abord que leur ambition et leur orgueil ;

Convoiious sont, ce dient tuit,

El d'orgueil Kont-il nioll granl bruit ;

C'est tuuz li maux que s'en puis dire.

Ensuite il les accuse d'être trop cruels et méchants :

Mes sont trop craex et mal Icil dai vice desloial.

Mais ces vices, alors fort ordinaires aux personne- puissantes, n'étaient pas considérés comme dign^ de châtiments.

Les Templiers avaient acquis de grandes richesses; elles furent U- motif»secret des persécutions que Philippe le Bel leiir fit éprouver. Ce roi, cachant la bassesse de ce motif sous le prétexte de son respect pour les mœurs et pour la religion, fit ac^ Cuser les Templiers de tous les crimes qui

pouvaient alors soulever contre eux l'opinion publique : de pratiques ridicules ou .sacrilèges, de profanations, de blasphèmes, de sodomie, etc. Les douleurs de la torture arrachèrent à la plupart d'entre eux des aveux qu'ils démentirent hors des tourments

Mais Philippe le Bel n'était pas homme à se rétracter, h renoncer à une entreprise commencée. Il déploya, pour en venir à >;on but, toute la raideur de son caractère, toutes les ruses de son génie intrigant et ♦•orrupteur. Lesévèques, les magistrats, le pape, sa créature, intimidés, séduits, laissèrent un champ libre à ses projets persécuteurs, les secondèrent, devinrent ses lâches instruments ou ses complices.

Les crimes imputés aux Templiers étaient-ils ceux de l'ordre? c'est ce qu'on ne peut raisonnablement supposer. Etaientils ceux de quelques particuhers? c'tsl ce que je n'oserais décider. Quoi qu il en «-oit, quel homme, instruit des actions de Philippe le Bel, s,e persuadera qu'en détruisant un des ordres les plus puissants de la chrétienté, en poursuivant ses membres avec l'acharnement de la fureur, en usant contre eux de procédures iniques, révoltantes, en entreprenant de détruire un ordre religieux, ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait ose entreprendre, ce roi ait agi avec désintéressement, et n'ait cJdé qu'à l'impulsion de sa piété?

Philippe le Bel, pour faire condnmner les Templiers, employa des formes qui outragent également la justice et l'humanilé. Les crimes de sa persécution sont mieux prouvés que ceux des perstcutés. Sa fureur et ses iniquités ont déshoncyé sa mémoire et illustré ses victimes (1).

Les procédures, commencées en 4 307, ne furent terminées qu'en 1314. Quelques Templiers, condamnés, échappèrent au supplice du feu par la fuite, et d'autres durent leur salut à leurs lâches délations; d'autres enfin surent mourir avec le courage que donnent l'innocence et le sentiment d'une juste indignation.

En 4 310, Philippe le Bel, étant parvenu à se saisir de cinquante-neuf Templiers,

|lj On peut consulter, sur cette odieuse traiTie, l'ouvrage intitulé Monuments historiques relatifs à h, condamnation des chevaliers du Temple, par M. Raynouard, ouvrage re commaiidable par la profonde érudition de r auteur, et par son talent à la faire valoir.

DE P.iRIS

les fit conduire à Paris, dans un champ voisin de l'abbaye Saint- Antoine; et tous, par son ordre, périrent dans les flammes. • Tous, dit un con'emporain, sans excep- « tion, se déclarèrent innocents des cri- « mes qu'on leur imputait, et persistèrent « constamment dans celte déclaration, nr. « cessant do répéter qu'on les fai-ait mou- « rir sans cause et sans justice : ce qui « excita l'étonnement et les murmures du « peuple (1). »

Le 11 mars 1314, Jacques Molay, grand-miiître, et Guy, commandeur âe Normandie, en protestant de leur innocence, furent aussi brûlés vifs, à Paris, dans une petite île delà Seine, située entre le Palais et le couvent des Augustins.

Philippe le Bel, après avoir fait parjurer, dépoudler, torturer, brûler vifs presque tous les Templiers de France, s'empara de leur mobilier et de leur trésor. Les biens imm.eubles furent donnés à l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jerusalem, nommé depuis ordre de Malte.

Le Temple de Paris devint alors le cheflieu du grand-prieuré de France. Les prieurs y avaient un palais qui, après la suppression de l'ordre de Malte, devint national. Ce palais fut, dans Iesannées4 812 et 4 813, considérablement embelli et magnifiquement dispose pour servir au ministère des cultes; mais L'S événements dtf l'an 4814 ont fait changer la destination de cet édifice; il a été occupé par madame la princesse de Condé, ancienne abbesso de Remiremont, et par des dames de sou ordre.

Les murs fort élevés de l'enclos du Temple furent, en 4802. presque entièrement démolis; et la célèbre tour ne fut, comme je l'ai dit, abattue qu'en 18H.

Le supplice du grand-maître des Templiers et du commandeur de Normant^e, brùlésdans une île de la Seine, me fournit l'occasion de rechercher quelle était cette île, et de parler de toutes celles que forme celte rivière en traversant Paris. Je commencerai par la plus orientale de cen îles.

Ile Louvier, située en face de l'Arsenal,dont elle n'est séparée que par la routt' appelée autrefois le Mail, et par un bra:; assez étroit de la Seine. Elle a de longueur environ 250 toises, et sa plus grande lar-

(1) Continuatio Chronici Guillelmi de Sangis ; Spicilegium DacAm, t. lll, pag. 63.

SODS PHILIPPE

geur n'excèJe guère 75 toise?. Elb a porté plusieurs noms : ceux de l'Ile-aux- Javeaux. desMeules-nux-Javeaux. paraissent les plus anciens. Au quntorzième siècle, elle a aussi, à ce qu'il paraît, reç i le nom de Bouleclou, et alors elle était plantée d'arbres. En U27, l'auteur du Journal de Paris, sous Charles VI, rappelle l'ile-aux-Ourmetiaux. sans doute à cause des ormes qui l'ombrageaient. Il nous apprend que, le 8 de juin, la Seine était tellt-ment débordée, que les eaux couvraient l'île de Notre-Dame (île Saint- Louis), et aux Ourmetiaux presque toute la terre était couverte. Quelques jours après, il dit que la crue était plus forte, t que l'île de Notre-Dame était couverte: « €t dedans l'Ile-aux-Ourmeliaux (tiit « tant crue que on y eut mené batteaux ' ou nacelles (I). »

Son nom de Louvier lui vient de ce qu'elle a été possédée, au quinzième siècle, par une famille ainsi nommée. Charles de Louvier, seigneur du Chàtelet,la vendit en 1492 à André d'Epinay, cardinal de Lyon et de Bordeaux. En 1549, leprévôt'des marchands y donna une fête megnifique, à l'occasion de l'entrée de Henri II dans Paris. Elle apparleniit, au dix-septième siècle, au sieur d'Entragues, dont elle port<a quelquefois le nom. Ce seigneur, en 1671, la vendit à la ville. Elle servit alors de dépôt aux foins, aux fruits, aux bois de charpente; mais, peu de temps après, elle fut destinée à être un chantier de bois à brûler. Elle a encore aujourd'hui cette destination.

Ile Saint-Louis. 11 est prouvé que, dès le neuvième siècle, cette île appartenait à l'église cathédrale : c'est pourquoi elle a porté, jusque vers le milieu du dix-septième siècle, la dénomination d'île de Notre-Dame. Pour conii létcr les fortifications de Paris, lors de la construction de l'enceinte de Philippe-Auguste, ou sous les règnes suivants, on ou\rit, dans la largeur de cette île, un fossé ou retranchement qui la divisa en deux parties. La partie orientale fut nommée l'es-aux-Vaches, l'autre reçut le nom d'Ile-Tranchée; mais l'ensemble de l'île porta toujours celui de Notre-Dame. En 1640, le roi en fit l'acquisition; les deux parties sont, dans lacté, nommées les îles de Notre-Dame.

Page 1