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II. Paris sous Louis X, dit le Hutin

Louis X succéda, le 29 novembre 1314, à Philippe le Bel, son père. Ce roi était faible et facilement irritable. Suivant un écrivain de son temps, il voulait mais ne savait pas faire le bien : « il était, dit-il, volentif, mais n'était jias bien ententif en ce qu'au royaume il fallait. » Louis X, dont les finances étaient épuisées, imagina, pour les rétablir, de vondre la liberté aux serfs de ses domaineM. Il vendait cette marchandise qui ne lai appartenait pas.

Par leltres du 3 juillet 1315, il offrit à ces serfs de les affranchir de toute servitude, « moyennant une rescom[)ensation des émoluments » que ces servitudes pouvaient produire à' lui et a ses successeurs ; mais la misère était trop grande pour qu'il se présentât beaucoup d'acheteurs. Ce roi, à la tête d'un mauvais gouvernement, ne pensa pas à le rendre meilleur. Il fit plus de mal que de bien, et ne parut occupé qu'à réprimer les désordres de sa cour. ]\larguerite de Bourgogne, son épouse. Blanche et Jeanne de Bourgogne, ses belles-sœurs, s'abandonnèrent à des galanteries désordonnées que Louis X punit avec une rigueur extiême. L'abbaye de Maubuissou était le théâtre de leur débauche ; deux frères, Philippe et Gautier d'Aunay, y figuraient comme les principaux acteurs; ils en devinrent les déplorables victimes. Tous les deux furent mutilés, écorchés vifs, puis décapités, et suspendus sous les bras à une potence. On condamna au gibet l'huissier qui s'était prêté à ces galanteries. Un religieux jacobin, qui favorisait les débauches de ces princesses et leur fournissait des remèdes contre la grossesse, pcrit dans les supplices. Plusieurs autres personnes furent appliquées à des tortures: Sa reine Marguerite, enfermée au Château- Gaillard avec sa belle-sœur Blanche, y fut

tranglée en 1315; Jeanne fut détenue prisonnière au château de Dourdan (1).

communauté des procureurs au Châtelet de Paris, pag. 38.

(1) Histoire des reines et régentes, par Dreux du Rhadier, t, III, pag. 158.

Ce roi, à l'instigation de son oncle, le comte de Valois, fit pendre, en 1315, son ministre Enguerrand de Marigny, et s'en repentit bientôt arprès. Il épousa ensuite Clémence de Hongrie, et mourut, diton, empoisonné au commencement de juin 1316. Ainsi furent remplies par des crimes, par des supplices affreux et des persécutions révoltantes, les deux années de ce triste règne.

Pendant ces deux années, assez mal employées, on ne trouve qu'une seule institution à Paris

Collège de Montaigu, situé rue des Sept-Voies, n» 26. Gilles Aicelin, archevêque de Rouen, garde des sceaux, et de la maison des Aicelins de Montaigu, en Auvergne, par son testament du 13 décembre 1314, institua son héritier Albert Aicelin, son neveu, évêque de Clermont, à condition qu'il entretiendrait, dans ses maisons, situées rues des Sept-Voics et de Saint-Symphorien, autant de pauvres écoliers qu'autant de fois, dans la somme du produit annuel de ces maisons, se trouverait celle de dix livres ;,ou bien qu'il les vendrait, et appliquerait le revenu du prix auxdits écoliers, à raison de dix livres par an à chacun d'eux. On voit, par cet acte, que la nourriture et 1 entretien d'un écolier ne coûtait alors pas plus de dix francs par an (1).

L'évêque de Clermont exécuta les volontés de son oncle, mais, étant mort en 1328, ses frères, qui devaient soutenir cet établissement naissant, ne s'en occupèrent point. Les biens se dissipèrent : les bâtiments tombaient en ruine, et, pendant près de quarante ans, ce collège fut abandonné.

En 1387, Pierre Aicelin de Montaigu, cardinal de Laon, de la même famille, y rétablit l'ordre, et ajouta six bourses à la fondation ; et Louis de Montaigu, chevalier dit de Listenois , après avoir contesté la validité des donations de son oncle, finit, en 1392, par les confirmer, à ces

(1) Le marc d'argent valait, à cette époque, 3 hvres 7 sous 6 deniers; une journée de travail d'un bon ouvrier en charpente et en maçonnerie était payée un sou, en le nourrissant, et un sou six deniers sans le nourrir. Une bonne paire de souliers coûtait deux sous huit deniers ; des souliers de médiocre qualité étaient payés tout au plus deux sous.

conditions que ce collège, qui se nommait ^ des Aicelins, s'appellerait à l'avenir de

SODS LOUIS X

la prison chiens en

Montaigu, et que les écoliers seraient pris dans le diocèse de Clermont. En 1402 seulement, les statuts de ce collège furent dressés.

Dans la suite, cet établissement, pour la seconde fois, éprou\-a les effets de l'immoralité du temps et d'une administration vicieuse. Tous ses biens, devenus la proie des chefs, ne consistaient, en 1483, qu'en onze sous de rente.

Alors le chapitre de Notre-Dame, le 1 2 mai de cette année, nomma principal de ce collège Jean Standonc, qui, par ses soins et les libéralités de diverses personnes, parvint à faire rétablir les bâtiments, à construire une chapelle, et à entretenir douze boursiers.

Cet établissement était moins un collège qu'une maison religieuse. On avait astreint les écoliers à une règle très austère: on les faisait fréquemment jeûner. De tous les collèges de Paris, celui-ci fut toujours le plus mal administré: de tous les écoliers de cette ville, ceux de Montaigu passaient pour les plus maltraités, pour les plus malheureux. Erasme, qui séjourna quelque temps dans ce collège, y tomba malade par l'effet de l'insalubrité du logement et de la nourriture. Pendant le jour, ces écoliers allaient mendier pour vivre, et recevaient , avec les pau\Tes, le pain que distribuaient les chartreux. Leur vêtement, très grossier, qui consistait eu une cape de gros drap brun, fermée par devant, et en un camail fermé devant et derrière, les fit appeler les pauvres capettes de Montaigu.

Du temps de Rabelais, ce collège se trouvait encore dans un état déplorable. Les écoliers, rongés par la vermine, que l'on nommait épervier de Montaigu, étaient cruellement tyrannisés par leurs maîtres. Voici comment cet écrivain fait parler Pornocrates : « Ne pensez pas que j'aie « mis votre fils au collège de Pouillerie « qu'on nomme Montagut; mieux l'eusse « voulu mettre entre les guénaux des « saints innocents (I), pour l'énorme « cruauté et vilennie que j'y ai congnue, « car trop' mieux (beaucoup mieux f sont « traictés les forcés (forçats) entre les « Maures et les Tart ares, les meurtriers en

(1) Gueux qui se réunissaient au cimetière des Innocents.

criminelle, voire certes les vostre maison, que ne sont « ces malotrus audit collège ; et si j'étais « roi de Paris, le diable m'emporte si je « ne mettais le feu dedans et ferais brûler « et principal et régents qui endurent « cette inlmmanité devant leurs yeux être c exercée (1). »

Antoine Tempeste, principal de ce collège, tyrannisait les écoliers, qui se vengeaient souvent de sa sévérité outrée par des satires, Rabelais parle aussi de ce professeur : « Tempeste, dit-il, fut ung grand « fouetteur d'escholier au collège de Mon- «t tagut. Si par fouetter pauvres petits en- « fants, escholiers innocents, les pédagogues sont damnés, il est, sur mon hon- « neur, en la roue d'Ixion, fouettant le « chien courtaut qui l'esbranle (2). »

En 1683, on sentit enfin la nécessité de renouveler et de modifier beaucoup les articles du règlement, dont la rigueur était insoutenable ^ alors les ècdiers cessèrent d'être des victimes, et les maîtres des bourreaux. Ce collège -s'est maintenu en plein exercice jusqu'en 1792, époque de sa suppression. Ses bâtiments ont ensuite été convertis en un hôpital et eu une prison militaires. Us ne sont plus affectes aujourd'hui qu'à celte dernière destina-

Synagogues des juifs. Sous ce règne, stérile en établissements, je placerai un article sur les juifs.

Pendant la première race, on voit des juifs établis dans presque toutes les villes de la Gaule; il en existait beaucoup à Paris; Grégoire de Tours fait souvent mention d'eux et de leur commerce. On ignore en quel point de cette ville était alors située leur synagogue.

Leurs usures, leur religion, leurs richesses furent contre eux de puissants motifs de persécution. Dans les premières croisades, on se faisait un devoir religieux de les massacrer tous.

Saint Bernard, au douzième siècle, arrêta cet excès de dévotion sanguinaire.

Dans les temps ordinaires, les chrétiens étaient en usage, pendant la Semaine-, Sainte, ou le jour de Pâques, de les pour-j, suivre à coups de pierres dans les rues.^ d'en lancer au moins contre les portes et les fenêtres de leurs maisons. Dans quel-

(1) Gargantua, \iv. 1, cbap. 37.

[2] Pantagruel, liv. 4, chap. 21.

o6 HISTOIRE

ques villes, pendant ces jours saints, ou faisait entrer un juif dans l'église afin de lui appliquer solennellement un vigoureux soufflet (1).

Les juifs étaient, pour les rois de France, une ressource toujours prête dans leur urgente nécessité. En les chassant, ils s'emparaient deleursrichesses ; en les rappelant, ils leur faisaient payer cher la permission d'être rétablis. Soit qu'on les chassât, soit qu'on les rappelât, le fisc avait toujours à gagner.

Chasses en 633, sous le roi Glotaire, ils revinrent dans la suite. Philippe-Auguste, en 1181, les chassa de nouveau (2), et les rappela en 1198. Et les chassant, il .s'empara de tous leurs immeubles : en les rappelant, il exigea d'eux des sommes considérables. Saïnt Louis, en 1257, les expulsa, et son fils leur permit de revenir peu de temps après. En 1306, ils furent chassés par Philippe le Bel, et son successeur, Louis X. les rappela en 1 3 1 o, et leur permit de^ demeurer treize ans dans ses Etats, de rentrer en possession de leur synagogue et de leurs cimetières, qui ne seraient point vendus ; il leur rendit tous leurs livres, en excepta le Talmud, à condition qu'ils renonceraient aux deux tiers des sommes qui leur étaient dues, et qu'ils paieraient celle de 122,500 livres (3).

Sous prétexte d'une conspiration formée entre les juifs, les lépreux et le roi de Tunis, conspiration absurde, dont le but était, dit-on, d'empoisonner toutes les fon-

(1) Adhémar de Chabanne, dans sa Chronique, sous Tan 1018, rapporte qu'Aimeric, vicomte de Rochechouard, ayant fait un voyage à Toulouse, le chapitre de Saint- Etienue, pour lui faire honneur, chargea Hugues, chapelain de ce vicomte, de donner le soufflet au juif, à la fête de Pâques, comme il avait toujours été d'usage. Il ajoute que ce chapelain s'acquitta avec tant de zèle de cette commission, et porta un coup si violent au malheureux juif, que sa cervelle et Ees yeux en jaillirent par terre, et qu'il expira sur-le-champ. Les juifs de la synagogue de Toulouse vinrent enlever son corps et 'l'enterrèrent dans leur cimetière.

(2) Ils étaient parvenus, disent les Chroniques de France, à acheter près de lamoitié de la cité de Paris. [Chroniques de France vol. 2, fol. 4 )

(3) Cette somme ferait plus de deux millions de notre monnaie.

taines et tous le^ puits du royaume, on les arrêta en \ 321 . Les uns furent brûlés vifs et les autres chassés des Etats du roi ; les plus riches , moyennant une somme de 15,000 livres, s'exemptèrent de ces rigoureux traitements. En 1350, le roi

' Jean leur permit de rentrer, et sept an>

• après il les bannit. En 1360 il les rappela.

. et leur permit de demeurer en Franc»' pendant l'espace de vingt ans.

I Les juifs payèrent en entrant en France

1 le droit de truage, et pour obtenir la per- .

' mission d'y demeurer, celui de chenage ; : J ils payaient aussi plusieurs sortes d'impo- ' I sitions communes aux autres sujets du roi. La somme imposée à ceux de Paris causa entre eux plusieurs (querelles.

En 1364, un procès s'éleva entre deux juifs de Paris, Jacob de Saint-Maxence et Manassès de Vierzon. Ce dernier avait obtenu du roi la faculté de lever une imposition de six gros sur chaque juif pour payer ce que le fisc exigeait. Jacob s'opposa sans doute à cette perception. Les autres juifs, et surtout Manassès, s'irritèrent contre lui, le firent accuser par de faux témoins, le battirent, le chassèrent de leur synagogue, et, sur 1 ,500 francs qu'ils devaient payer, Jacob seul fut imposé à deux cents francs. De plus ils défendirent

! à leurs coreligionnaires de communiquer avec lui, et refusèrent de faire circoncire deux de ses enfants. Enfin Jacob accusait Manassès d'avoir conspiré sa mort, ou au moins d'avoir chargé un particulier de lui crever les yeux, de lui couper la langue, de lui rompre les bras, de lui couper les jambes, enfin d'avoir employé pour commettre ces atrocités un chevalier chrétien. Le 11 février 1364 (1365), Manassès fut condamné par le parlement de Paris à faire sanschaperon, sans ceinture, amende honorable au roi, à la cour du parlement et à Jacob, aux dépens et h la somme de 500 livres tournois, et en celle de 1000 livres envers le roi ; de plus à tenir prison jusqu'à l'acquittement de ces sommes (1). Après vingt ans écoulés, Charles V accorda aux juifs, à prix d'argent, la faculté de rester encore six ans dans le royaume ; ensuite celle d'y rester en outre dix ans de plus.

Charles VI n'attendit pas la fin du terme que son père avait accordé aux juifs : par

(1) Registres criminels du parlement, en l'année 1364.

sous LOUIS X

>e^ lettres du 17 septembre 1394, il

lcs| Quelques rois voulurent, par force plucbassa de son royaume à perpétuité. Ils se tôt que par persuasion, convertir les juifs retirèrent dans lès pays voisins; plusieurs

s'établirent à Metz'; et lorsque cette ville fut réunie à la France, ils y furent maintenus. Quelques juifs hollandais et portugais commencèrent, sous le règne de Louis XIII, à s'établir dans le royaume, sous le prétexte de commerce. Ce roi, par une déclaration du 23 avril 1615. les en bannit entièrement.

a là religion chrétienne; mais leurs conversion? étaient peu sincères, et surtout fort rare.-. En voici la cause : le gouvernement avait adopté l'usage de confisquer, comme mal acqui^^, tous les biens des juifs qui se convertissaient. Cette loi fiscale, absurde et peu propie a faire des prosélytes, ne fut abrogée qutrx I38<.

Je ne parle point des avanies, des exjc-

Armures du xm* siècle.

lions, des dangers auxquels les juifs étaient continuellement exposés, des marques ignominieuses qu'on les forçait de porter sur leurs habits, delà corne qu'ils devaient avoir à leur chapeau, des crimes wais ou faux qu'on leur imputait, des supplices qu'on leur infligeait, ni de leur état de servitude (i). Devenus méprisables à force

(1) 1393, six juifs de Paris, accusés d'avoir fait évader ou mourir un juif converti, furent, par le prévôt de cette ville, condam-

d'être méprisés, ils ne se rebutaient point, et bravaient tout pour s'enrichir.

nés à la peine de mort. Le parlement adoucit cette peine en condamnant les six juifs à être fustigés pendant trois fois, La première fustigation, qui eut lieu aux Halles le samedi veille de Pâques, fut exécutée avec tant de férocité, que le parlement fut obb'gé de les exempter des autres. Elle fut trop excessive et trop cruelle, portent les registres du parlement : cette cour, considérant

Parlons de leurs synagogues. Lcrs-^'i'en ne vécut que six à ^ sept jours. ■1181 Philippe- Auguste chassa les juif s de ses Etats, ils avaient à Paris de.ix s.iia-

a raris ae.ix s . ii gogues : l'une, située dans la Ci é, rue de la Juiverie, fut, après leur expulsion, convertie eu église, sous le nom deSi.in'e- Madeleine en "la Cité; l'autre était ^-ituce rue de la Tacherie, rue qui portait anciennement le nom de la Juiverie. En 1198, rappelés en France par le même roi, ils firent réparer la synagogue de la rue de la Tacherie, et en etabliVent une seconde dans une ancienne tour d'une des enceinles de Paris, située au cloître de Saint-Jean-en-Gœve. Cette tour et la rue voisine ont porté le nom du Pet-au-Diable, nom ridicule qui leur vient, dit-on, de cette synagogue.

Depuis très longtemps, ils possédaient dans 'Paris deux cimetières : l'un placé rue Galande et l'autre au bas de la rue de La Harpe, vers la rive de la Seine. Près de là,, et sur cette rivière, était un moulin dont eux seuls se servaient.

Dans la suite, les juifs eurent des établissements non loin de l'église du Petit- Saint-Antoine, dans le cul-dc-sac de Saint- Faron, rue de la Tixeranderie qui porta en conséquence le nom de cul-de-sac des Juifs, ils en eurent dans la rue de Judas, montagne Sainte-Geneviève, et dans les rues des Lombards, de Quincampoix, dans la Cité, dans l'enceinte du Palais, etc.

Dans un siècle moins vicieux, moins fanatique et plus éclairé, on a cessé de mépriser tt de persécuter les juifs : alors ils ont paru aussi estimables que les autres citoyens. La conduite présente des juifs de Paris fait la satire des temps passés, et des rois qui les ont si souvent dépouillés et persécutés. Leur principale synagogue, située rue Notre-Dame-de- Nazarelh,n° 17, ne cause ni trouble ni scandale; et l'exercice de leur culte, s'il est moins fastueux, est aussi décent que celui des autr religions.

m. Paris sous Philippe V, dit le Long.

Après Louis X, on place au rang des rois un de ses fils, appelé Jean pr, qui

l'énormité de la première batture, sur la requête des autres juifs, commua le reste de la peine en amende pécuniaire. ( Registres criminels, commençant en 1387, et finissant en 1400. )

Te laisse aux généalogistes le r?oin de parler d'un enfant qui n'a point régné.

Philippe, surnommé le Long, à cause de sa longue stature, succéda à son frère Louis X, le 10 novembre 1316, et fut sacré le 6 janvier suivant, malgré les oppositions du comte de Valois, son oncle, qui, pour s'empai^er du trône, avait déjà rassemblé des troupes, et s'était rendu maître du château du Louvre. Les Parisiens prirent les armes pour la cause de Philippe, et parvinrent à chasser le comte de Valois et ses partisans.

L'épouse de Philippe V était cette Jeanne de Bourgogne (1), dont j'ai parlé dans la précédente section, qui, ainsi que la rein^ Marguerite, femme du frère de ce roi.

fut convaincue d'adultère; mais elle subit un châtiment moins rigoureux. Renfermée dans le château de Dourdan, un an après elle obtint sa liberté. Philippe la reprit; elle fut couronnée et sacrée en même temps que lui. Ce prince faible, indolent, amateur de chansons et de vers, et très gêné dans ses finances, voulut, comme son frère Louis X, mettre en vente la liberté, et promit de la livrer à ceux de ses sujets qui vivaient dans la servitude, à bonnes et convenables conditions, portent ses lettres du 23 janvier 1318; c'est-à-dire promit de vendre cette marchandi-e à juste prix : on ignore s'il trouva beaucoup de chalands.

Ce prince avait conçu le projet d'établir l'unité des monnaies, des poids et des mesures. Ce projet, qui honore sa mémoire, rencontra, dans le régime féodal, un obstacle insurmontable.

Philippe ne régna pas longtemps; il mourut le 3 janvier 1322.

Voici les établissements qui eurent lieu à Paris pendant ce règne.

Collège de Narbonne, situé rue de La Harpe, no 89. ill fut fondé, en 1316, par Bernard de Farges, évèque de Narbonne, pour neuf écoUers boursiers de son diocèse. Pierre Roger, natif de Limoges,

(1) On attribue à Jeanne de Bourgogne, ou à Blanche, sa sœur, toutes deux convaincues d'adultère, d'autres actions qui ne peuvent être commises que par des femmes aussi libertines que cruelles, actions mentionnées par plusieurs écrivains, et dont je présenterai les témoignages dans le tableau moral de cette période.

sous PHILIPPE V

devenu pape sous le nom de Clérneut VI, se ressouvenant qu'il avait étudié dans ce collège, et que, pour lui procurer^ une bourse, on avait même transgressé les statuts ds cet établissement, voulut, par reconnaissance, en accroître les revenus. Il fut imité dans la suite par quelques autres personnes.

En lo99, l'exercice public des basses classes y fut introduit; en 1760, on reconstrui'sit ce collège, et, trois ans après, on réunit ses biens à l'Université. Ces bâtiments sont aujourd'hui occupés par des particuliers.

Collège du Plessis, situé rue Saint- Jacques, no 115. Fondé vers l'an 1322, par Geoffroi du Plessis, notaire du pape et secrétaire de Philippe le Long, il fut, en 1647, réuni à la Sorbonne, et reçut en conséquence le nom du Plessis-Sorbonne.

En 1661, on en rebâtit la ch.^pelle; en 1820 il était occupé par les Facultés de théologie, des sciences et des lettres ; depuis il a servi de succursale à l'école de droit.

Collège de Tréguier et de Léon, situé place Cambrai, sur une grande partie de l'emplacement où depuis a été construit le collège de France. Il fut fondé le 20 avril 1325, parle testament de Guillaume de Coatmohan, grand chancelier de l'église de Tréguier, pour huit écoliers de h famille du fondateur ou du diocèse de Tréguier. En 1412, cette fondation fut fort augmentée par Olivier Doujon.

Auprès de l'emplacement de ce collège il en existait un autre, appelé de Léon, dont on ignore l'origine. Les boursiers de ce dernier collège, par pauvreté ou par suite d'une mauvaise administration, avaient vendu tous les matériaux des bâtiments.

la charpente, les pierres et les tuiles. Lorsqu'en 1575 l'emplacement en fut donné au collège de Trég lier, les biens lui furent aussi appliqués; et, par suite de

cette réunion, le collés:

de Tréguier

reconstruire les bâtiments de celui de Léon.

En 1610, on commença, sur l'emplacement de ces deux collèges et sur celui d'un troisième, appelé collège des Trois- Evèques, à jeter les fondements du collège de France, qui absorba l'emplacement et les biens de ces trois établissements.

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