IV. Paris sous Charles IV (i) , dit le Bel
Ce roi, troisième fils de Philippe le Bel, succMa,le 3 janvier 1322 a son frère Philippe le Long.
Ce prince faisait exercer la justice avec sévérité. Il essaya de réprimer le brigandage des nobles; et, s'il ne parvint pas à les ramener à des principes de probité qu'il n'avait pas lui-même , il sut, pour quelque temps, les contenir par la terreur des châtiments. Les grands exemples , disait-il, sont les plus nécessaires ; il aurait dû dire les bons exemples.
Jourdain de Lisle, seigneur de Casaubon, neveu par sa femme dupape Jean XXII, un des plus illustres et des plus grands scMérats de son temps, dont les crimes, par considération pour ce pape , étaient restés impunis, fut, en 1323, par ordre de Charles le Bel, livré au parlement, qui le condamna à être pendu. Son jugement s'exécuta à Paris, la veille de 1 1 Trinité ; et le curé de Saint-Merri, pour faire sa cour au pape, fit porter son corps dans son église, et 1 enterra honorablement et gratis, comme il s'en vante dans une lettre adressée à ce pontife (2).
Ce roi, nécessiteux comme la plupart de ses prédécesseurs, s'empara, sans scrupule, des biens des Lombards ; puis, enrichi de leurs dépouilles, il les chassa de France. Ces Lombards étaient des prêteurs sur gage. Les roisen agissaient avec eux comme envers les juifs. Charles, en altérant la valeur des monnaies, imita le roi son père, et mérita comme lui le surnom de faux-
(1) C'est de l'ignorance des annalistes que provient la faute qui met ce roi le quatrième en rang dans la série des rois qui ont porté ce nom. Il doit être nommé Charles V, parce qu'avant lai ont régné quatre princes appelés Charles : Charlemagne, Charles le Chauve, Charles le Gros et Charles le Simple.
(2) Voyez, ci- après, article Saint-Merri. Voici quelques particularités sur sa mort : Quand le chevalier Jourdain de Lisle arriva au pied de la potence, il fut trouvé sur lui une petite bourse contenant une partie de la saints Croix, des reliques de saint Georges, et des papiers sur lesquels on lisait le nom du Christ et des Evangiles. Le chevalier Gaucher de Châtillon prit toutes ces reliques, et les emporta. C'est ce qu'on lit dans les registres criminels du parlement de Paris. { Registres depuis Van 1317 jusqu'en 1339.)
monnaveur. Il mourut à Vincennes, le '1er fevner 1328.
Voici la notice des établissements faits ou renouvelés à Paris pendant le rèsne de Charles IV.
Saint-Jean-en-Grève. J'ai parlé de cette église, située derrière l'Hôtel-de- Ville : "^d'abord chapelle baptismale de Saint-Gervais, puis érigée, en l'an 1212, en église paroissiale, elle devint insuffisante au nombre toujours croissant des paroissiens, et fut, en 1326, rebâtie sur un plan plus vaste. Au quinzième siècle on éleva les deux tours. Sa façade, presque contiguë aux bâtiments de l'Hôtel-de- Ville, en était entièrement masquée. L'édifice fut construit sur les dessins de Pasquier de Lisle. On admirait, dans l'intérieur, la hardiesse delà voûte qui supportait l'orgue. Une demi-coupole, soutenue par huit colonnes de marbre, décorait le grand autel ; Blondel en avait fourni les dessins, ainsi que ceux de la chapelle de la Communion.
Cette église, entourée d'une enceinte qu'on nommait le Cloître Saint-Jean, avait un cimetière contigu , qu'en 1322 on appelait Place au Bonhomme. C'est sur ce cimetière que fut construite, en 1735, la chapelle de la Communion.
La place du Marché Saint-Jean faisait partie de l'ancien cimetière de cette paroisse; et, du temps de Philippe le Hardi, cette place portait le nom de Vieux-Cimetière (Platea veteris Cimeterii) (1).
Cette église renfermait les cendres de Claude de Lorraine, dit le chevalier d'Aumale, fameux, du temps de la Ligue, par ses excès; de Michel Baudran, connu par un dictionnaire géographique ; de Simon Vouet, peintre distingué; de Jean-Pierre Camus, évêque du Beïlay, célèbre par ses saillies et par ses déclamations contre les moines mendiants (2).
Cette église fut en partie démolie pen-
(1) Cette place du Vieux-Cimetière est un reste d'un autre cimetière plus ancien qui existait du temps de la domination romaine. Voyez tora. I, p. 91, 92.
(2) Un vendredi-saint, cet évêque prêchant ievant le duc d'Orléans, Gaston de France, •apostropha ainsi le crucifix ; Ah! mon Seigneur, je vous vois entre deux larrons. Aussitôt le duc d'Orléans, qui avait à ses côtés deux financiers, le surintendant des finances <^t le partisan Monnerot, se leva, ôta son
dant la révolution ; l'autre partie conservée a depuis été réunie aux bâtiments de l'Hôtel-de-Ville ou de la Préfecture du département. On y a établi la bibliothèque de la ville et construit une salle appelée la salle Saint-Jean, destinée aux séances publiques de diverses sociétés savantes.
Saint-Jacques-de-l' HÔPITAL, église située au coin de la rue Saint-Denis et de celle Mauconseil, n» 193. Des bourgeois de Paris, ayant fait le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle, se réunirent en confrérie, et acquirent, en 1319, un emplacement dans la rue Saint-Denis , près de la Porte-aux-Peintres, dans le dessein d'y établir une chapelle et un grand hôpital pour les pèlerins allant à Saint-Jacques, et pour les pauvres passants de l'un et l'autre sexe. Ce projet s'exécuta avec lenteur et à travers plusieurs obstacles; celui des privilèges fut surtout, comme à l'ordinaire , le plus difficile à surmonter. Le curé de Saint-Eustache s'opposa de tout son pouvoir à cet utile établissement. Les nouveaux confrères eurent recours au pape ; et, après bien des difficultés, il leur fut enfin permis de donner Thospitalité aux pauvres voyageurs.
Pour fournir aux frais de construction et faire un fonds suffisant à l'entretien du futur hôpital, on eut recours aux quêtes; il fallut obtenir la permission de les faire. Enfin , les confrères , à force de solliciter la charité publique , parvinrent à réunir un capital de cent soixante-dix livres de rente : on commença la construction de la chapelle. La reine Jeanne d'Évreux la gratifia d'un doigt de l'apôtre saint Jacques, et en posa la première pierre. Cet édifice fut consacré en 1327.
L'hôpital contenait plus de quarautelits. Chaque jour soixante ou quatre-vingts pauvres s'y rendaient, passaient la nuit, et le lendemain, avant de partir, recevaient le quart d'un pain d'un denier, et le tiers d'une chopiue de vin.
Quatre prêtres, avec le titre modeste de chapelains, furent d'abord chargés de desservir la chapelle. Leur nombre alla toujours croissant; à la fin du quatorzième siècle on en comptait dix, dont chacun se fit bâtir une maison dans l'enclos de cet hôpital. Dans la suite, le nombre de ces prêtres s'accrut tellement, que, malgré
chapeau, comme si l'apostrophe s'adressait à lui et à ses voisins.
sous CHARLES IV
plusieurs réductions, il s'éleva jusqu'à vingî. Ils prirent ensuite la qualification (le chanoines. Enfin, comme il e>t arrivé dans la plupart des hôpitaux de Paris, les prêtres, chargés de desservir celui-ci. envahirent insensiblement le bien des pauvres, et agirent comme si cette maison avait spécialement été fondée pour eux.
Cependant rétablissement conserva toujours le nom d'hospital. quoiqu'il n'y eût plus d'hospitalité. "Tous les revenus devinrent la proie des chanoines, dont les mœurs ne furent pas toujours exemplaires. Les seconds statuts, dressés en 1388, défen-
dent aux prêtres de cette maison déjouer aux cartes et aux dés iad taxales seu girestutn) : d'aller à la taverne en habit de chœur; de sortir de l'église pendant la célébration pour aller faire la conversation au dehors ou sur les places : de porter la barbe longue et les cheveux longs, d'avoir des chaussures de diverses couleurs: ils leur défendent encore de faire entendre dans l'église, et pendant les saints offices, des ris indécents, des contes facétieux et des disputes.
Ces chapelains, qui usurpèrent le titre de chanoines et le bien des pauvres, qui jouaient aux dés et aux cartes, et allaient en habit de chœur à la taverne, ne vivaient pas entre eux en très bonne intelligence. Divisés par des prétentions d'amour-propre et d'intérêt, ils ont fait souvent retentir les tribunaux de leurs querelles scandaleuses.
En 1672. Louis XIV mit fin à leurs discussions; il ne rendit point aux pauvres leur hôpital : mais il donna ses biens à l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, ainsi que les biens de toutes les maisons de ce genre qui n'observaient plus l'hospitalité" En 1693. l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel ayant abandonné les biens de Saint-Jacques-del'Hôpitai, ils furent restitués aux chanoines : cette restitution devint une nouvelle source de querelles et d'abus. En 1722, un édit attribua une seconde fois les biens de cet hôpital à l'ordre de Saint-Lazare. Ces biens, détournés de leur destination respectable, ne furent point respectés.
bur un des piliers des orgues de cette église, on lisait l'épitaphe rapportée par Sauvai, d'un familier de cette église, chargé de sonner les cloches :
Cy derant, près ce benoislier, Gîst le corps du boa Maiioet,
Qui trespassa en cê monslier, Le deuxième jour de juillet.
L'an mil quatre cont soixante-sept.
Commanda à Diea c it» corde ; L'IniKiCPnl de prand vice net.
Qui domanfle miséricorde.
Soixante ans, de ce me recorde, En rhospiui fuit demourant.
Toujours sonnant, ce voa» accorde, El esloil surnommé Morant.
One ne fust trésor conquérant.
Bénéfice, esUt ne office ; Par tout mesiier fut labourant A sonner le divin service. Lepoure homme piteux et nice Dit, s"il a tost »u tard sonné.
Que jamais n'y commettra vice Pour tant il lui soit pardonné H .
Amen.
Sur la façade du côté du cloître de cet hôpital étaient deux tables de marbre chargées de ces deux inscriptions en lettres d'or :
Sullos fundatores ostento, r^dahuîuilefi, quia plures, quorum nomina tab^lla non caperet. Cœlum recepit :
vis mis inseri? vestem prxbe, panem frange pauperibus peregrinis.
« Hospital fondé, en l'an de grâce 1317 <t par les pèlerins de Saint-Jacques, pour « recevoir leurs confrères; réparé et aug- « mente en l'an 1652. »
Le bâtiment de l'église subsistait en 1820, et servait de magasin«En 1823 il était démoli, et des maisons s'élevaient sur son emplacement.
Certainement, si les desservants de cette maison n'eussent eu que des devoirs à remplir, que des services à rendre, et non des revenus et des titres honorifiques à partager, elle n'eût pas été le théâtre de tant de dissensions et d'abus.
Tous les ans. au mois de juillet, les confrères de l'hôpital célébraient leur fête par une magnifique procession, composée de pèlerins portant chacun une calebasse pleine de vin qu'ils vidaient et faisjient remplir de temps en temps, à la vue des spectateurs. « Cette procession, dit Sau- « val. était terminée par un grand faquin. « vêtu en saint Jacques, avec la conte- « nance d'un crocheleur qui veut faire « l'h jnnète homme : au retour, tous les « pèlerins dînaient ensemble dans les « salles de Saint-Jacques-l'Hôpital ; celui- « ci, assis au bout de la table avec deux « hommes qui l'éventaient, regardait « ainsi dîner la compagnie . sans oser € manger, parce que les saints ne man- € gent" point (2).»
(1) AnliquHés de Paris, t. III, p. 24. Une épitaphe du même genre était en l'église des Mathurins.
(2) Antiquités de Paris, t. II. p. 620.
Antoine Fusil, curé de Paris et docteur deSorbonne, après avoir déclamé contre les confréries et leurs abus, décrit ainsi cette procession : « Un épitome de cela « se peut observer en juillet, à la proces- « sion de Saint-Jacques-de-l'Hôpital, à « Paris, où ils contrefont ce saint, sur « quelque bon tetteur de gobelet, qu'ils « appellent roy, et le travestissent d'un « chapeau, bourdon, cannebasse et d'une « robe à l'apostolique, toute recoquillée, « récamée par dessus d'écaillés etdemou- « les de la mer. C'est là où la cannebas- « série est vidée en perfection. Et Dieu « sait si, durant le disoer, la bourrache « de cuir bouilli est répétée en tirelarigod; « et, après disner, ils dansent la feste en « hymne de chaire tabourinée, solemni- « sant leur pèlerinage en bacchantes, ains « ils bacchanalisent la sainteté de leur « solemnité. Ils dansent, gimbrettent et « carollent le mérite supposé de leur « voyage en Galice. Cela est blasphéraa- « toire de honnir si impudiquement la « mémoire des apostres et serviteurs de « Dieu ri). »
Collège de Cornouailles, situé rue du Pbitre-Saint-Jacques, n» 20. Il fut fondé en 4 317, en vertu du testament de Galeran Nicolas, Breton, pour cinq pauvres écoliers du pays de Cornouailles.
Ces cinq boursiers furent d'abord établis, vers l'an 1321, dans la maison de Geo ffroi du Plessis, notaire du pape. Dans la suite, Jean de Guistri accrut cette fondation, en Y ajoutant plusieurs fonds et une maison, située rue du Plâtre, où ce collège fut établi. Le 30 juillet 1380, l'évêque de Parisconfirma cet établissement, qu'en 1763 on réunit à l'Université. Les bâtiments furent depuis occupés par des particuliers.