‹ Histoire de ParisChapitre 68 sur 261 · LE BON · texte numérisé non relu

LE BON

Jardinet. On n'a sur cet établissement aucune notion, si ce n'est qu'il existait en 1367. Il est présumable que sa fondation est antérieure à C€tte année ; c'est pourquoi je le place au rang des établissements de celte période.

Petites Ecoles de Paris. On ne sait à quelle époque elles furent établies: mais elles existaient en 1357, et se trouvaient , alors réparties en divers quartiers de ' Paris, comme le prouve un règlem-nt qui, ' en cette année, fut fait pour ces • coles. Ce règlement porte que les maîtres ne pouvaient enseigner que les garçons, et les maîtresses que les filles, à moins que le chantre de l'église Notre-Dame, souverain dominateur de ces écoles, n'en ordonnât autrement. Chaque année, les maîtres et les maîtresses étaient tenu^ de faire renouveler, en payant, la permission d'enseigner, permission que ce chantre seul avait le droit d'accorder.

En 1380, il se tint une assemblée générale de tous les maîtres et de toutes les maîtresses ; ils s'y trouvèrent au nombre de soixante-troi-,' dont quarante et un maîtres (quelques-uns avaient le grade de bachelier et d'autres celui de maître èsartsl et vingt-deux maîtresses.

Chaque écolier payait une rétribution à son maître, et chaque maître en payait une au chantre de Notre-Dame. La féodalité s'étendait partout, et entravait jusqu'à l'enseignement. Quelques maîtres, pour se soustraire aux droits prétendus de ce chantre, tenaient leur école dans des lieux secrets ou écartés : c'est ce qu'on nommait alors écoles buissonnières.

Vers l'an 1699, il fut établi, dans chaque paroisse de Paris, une école gratuite, dite de Charité. Ces nouvelles écoîes firent tomber les anciennes. Le chantre de Notre-Dame s'opposa de toutes ses forces à cette innovation attentatoireà ses droits at tiques, à ses prérogatives féodales ; mais son opposition fut sans effet. Ces écoles, suspendues pendant la révolution, ont été rétablies sur un meilleur plan ; elles ont pour professeurs les frères de la doctrine chrétienne, dits Frères Ignorantins.

Vn. Etat physique de Paris.

Depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu'à celui du roi Jean, les espaces vides, les terres labourables et vignes comprises dans l'enceinte que ce premier roi

avait fait élever autour de Paris, s'étaient remplis d'édifices nouveaux, d'hôtels que les évêques, les abbés, les seigneurs de France construisirent pour être à portée de surveiller leurs propres affaires, de solliciter pour le gain de leurs procès, etc. Ils s'étaient aussi remplis de collèges et de monastères qu^on y avait fondés en si grande quantité, qu'il n'y eut plus de place dans l'intérieur des murailles, et que plusieurs établissements, plus récents, refluèrent à l'extérieur. Des événements malheureux, la prise du roi Jean, à la bataille de Poitiers, donnée le 19 septembre 1 356 ; les troupes des vainqueurs aui s avançaient sur Paris, en ravageaient les environs et menaçaient cette ville, déterminèrent le fameux Etienne Marcel, prévôt des marchands, à réparer les fortifi- ' cations, à agrandir considérablement 1 enceinte du côté du nord, et à v enserrer tous les établissements extérieurs.

Accroissement de lencejnte de Paris. Un mois après l'affligeant résultat de la bataille ^e Poitiers, le 18 octobre 4 356, par les ordres du prévôt des marchands' Etienne Marcel, les travaux de cette enceinte commencèrent.

Dans la partie méridionale de cette ville, le plan de l'enceinte n'éprouva point dé changement; mais de grandes réparations turent faites aux muraUles, qui tombaient en ruine. Les portes, munies de tours et d'autres ouvrages de fortification, et les îosses, pour la première fois profondément creusés, et, dans quelques parties, remplis par les eaux de la Seine, mirent de ce côté les Parisiens en sûreté.

Dans la partie septentrionale, l'enceinte reçut un accroissement considérable. De l'ancienne porte Barbette, qui faisait partie de l'enceinte de Philippe- Auguste, porte située sur la rive droite de la Seine,' a l'extrémité orientale du quai des Ormes' partait une muraille, flanquée de tours carrées, qui remontait, sur le bord de cette rivière, jusqu'au point où le fossé actuel de l'Arsenal y débouche. A l'angle torme par ce fossé et par le cours de la Seine, fut élevée une tour ronde très haute, appelée -jour de Billy.

Dans une ordonnance de février 1415 elle est désignée : tour de l'Ecluse, appelée tour^de Billy (1). Elle a subsisté jusquen 1d38, époque où elle fut détruite

DE paris

(1) Ordonnances du Louvre, t. X, p. 307,

par la toudre du ciel, qui enflamma lespoudres et salpêtres qu'elle contenait • 1 explosion fut terrible; elle tua jusqu'aux poissons de la rivière, et se fit entendre jusquaCorbeil.

De la tour de Billy, la muraille suivait Ja direction du fossé jusqu'à la rue Saint- Antoine, où fut construite une porte fortifiée de tours, que Charles V, en 1369 fit considérablement agrandir, et dont i'i forma une forteresse, nommée la Bastille- Saint-Antoine.

De cette porte, le mur laissait le boulevard actuel en dehors, et suivait à peu près la direction de la rue Jean-de-Beauvais jusqu'à la rue du Temple, où fui construite une porte avec fortifications porte nommée Bastille du Temple.

De cette bastille, la muraille se dirigeait parallèlement à la rue Meslée, qui a porté anciennement le nom de rue du Rempart jusqu'à la rue Saint-Martin, où fut bâtie une porte dite de Saint-Martin.

De cette porte, la muraille suivait la igne de la rue Sainte-Apolline jusqu'à la rue Saint-Denis. Là était une porte tortifiée nommée Bastille de Saint-Denis.

De cette bastille, le mur d'enceinte continuait, en suivant la direction de la rue de Bourbon-Villeneuve, qui, anciennement, se nommait rue Saint-Gôme-du-miheu-des-Fossés, puis celle de la rue Neuvebaint-Eustache. A l'endroit où cette rue aboutit à la rue Montmartre, était une porte dont, en 1812, en travaillant à une galerie souterraine pour la conduite des eaux du canal de l'Ourcq, on découvrit les fondements. Cette porte, munie de fortifications ordinaires, portait le nom de porte Montmartre.

Le mur d'enceinte s'élevait à Ja place des façades des maisons situées au sud ou sud-est de ces rues, et le fossé en occupait la place, et en avait la largeur.

La porte Montmartre n'était point, en conséquence, dans l'alignement des rues Neuve-Saint-Eustache et des Fossés-Montmartre, mais elle était rentrée del 6 pieds en deçà des angles méridionaux de ces deux rues.

De la porte Montmartre, le mur d'enceinte suivait la ligne de la rue des Fossés-Montmartre, de sorte que le mur était précisément à la place des façades des maisons qui bordent cette rue,' laquelle occupe aujourd'hui la place du fossé. Ce

fossé, se prolongeant en droite ligne, traversait la place' des Victoires. Lorsque, dans les années 1 820 et 1 8 2 1 , ou a creusé au centre de cette place pour y jeter les fondations de la statue équestre de Louis XIV. on a découvert les deux murs qui servaient de revêtement au fossé, et on s'est assuré que ces deux murs étaient dans l'alignement des deux façades des maisons de la rue des Fossés-Montmartre.

Après avoir traversé le milieu de la place des Victoires, le mur coupait l'emplacement de l'hôtel de Toulouse, aujourd'hui Banque de France, celui des rues des Bons-Enfants et de Valois, et pénétrait dans le jardin du Palais-Royal, vers le milieu de sa longueur. La ligne dumur continuait à travers ce jardin et à travers la rue de Richelieu, jusqu'à l'endroit oii vient aboutir la petite rue du Rempart,

et suivait sa direction jusqu'au point où cettepetite rue aboutit dans cellede Saint- Honore; la, sur cette dernière rue, se trouvait une porte nommée porte Saint- Honoree : elle était fortifiée.

De la porte Saint-Honoré, le mur en suivant la direction de la rue Saint-\icai=e se prolongeait jusqu'au bord de la Seine' ou s élevait une haute tour qui a subsiste jusque sous le règne de Louis XIV • elle était nommée la tour du Bois.

Parla construction de cette enceinte 1 église de Saint-Paul, le monastère du

Le vieux Louvre.

Petit-Saint-Antoine, celui de Sainte-Catherme-du-Val-des-Ecoliers, les bourss de Samt-Paul, du Temple, de Saint-Ma?tin une grande partie du village appelé Villeneuve (1), l'église de Saint-Sauveur,

(1) Ce vlUage s'était formé hors de la précédente enceinte de Paris. En 1551 on y construisit une chapelle, sous le vocable de saint Louis et sainte Barbe. Ce ^iUage fut détruit, en 1593, lors du siège de Paris La rue de Bourbon-Villeneuve en conserve le nom, et indique sa position. En 1624,

celle de Saint-Hotioré, le bâtiment des Quinze-Vingts, les églises de Saint-Thomas-du-Loavre, de 'Saint-Nicolas, etc., enfin le château du Louvre, auparavant situés hors de la ville, setrouvèreut, pour la première fois, compris dans son intérieur, et protégés par des remparts respectables.

L'ile de Saint-Louis, alors nommée isle de Notre-Dame, fut aussi fortifiéepar un fossé qui la divisait en deux parties, et par une tour qu'on appelait tour Loriaux. Le cours de la Seine, du côté d'amont comme du côté d'aval, était fermé par des chaînes tendues à travers cette rivière.

La réparation de la muraille de l'enceinte méridionale, l'extension considérable donnée à l'enceinte de la partie septentrionale, les constructions et le creusement des fossés, coûtèrent, en monnaie du temps, 162,520 livres tournois, somme qui aujourd'hui équivaudrait à près de 800,000 francs (-1).

Sauvai nous apprend que les conducteurs des travaux, les pionniers, les maçons, gagnaient par jour 4 à 5 sous, les manœuvres 3 sous et les porteurs 2 sous. La maçonnerie se faisait à raison de 8 sous la toise.

Du côté du midi, les portes Saint-Victor, d'Enfer et de Saint-Germain furent murées. Pour creuser les fossés, dans cette partie de l'enceinte, on détmisit plusieurs bâtiments, plusieurs jardins, et notamment ceux des Jacobins et des Cordeliers. Dans les comptes de l'Hôtel-de-Ville, on voit qu'Etienne Marcel fit fabriquer sept cent cinquante guérites en bois, qui, par de forts crochets de ter, furent, solidement attachées aux créneaux des murailles. On dit, mais le fait n'est pas certain, qu'on vit alors, pour la première fois, sur les remparts de cette ville, un certain nombre de pièces de canon : invention alors nouvelle, et qui a si puissamment influé sur la destinée des empires.

sur l'emplacement de ce village, on construisit l'église de Notre-Dame-de-Bonne-Nouveile. Voyez cet article.

(1) Le marc d'argent, en l'année 1356, époque où ces travaux furent commencés, valait depuis six livres sept sous jusqu'à treize livres. Ainsi il est difficile de donner précisément la somme aujourd'hui équivalente.

Froissart parle avec admiration des travaux de cette enceinte et du service impoi-tant qu'Etienne Marcel, en les faisant exécuter, rendit à la ville de Paris.

a II réunit le plus grand nombre d'ou- <r vriers qu'il put trouver, dit-il, fist faire « grands fossés autour de Paris, murs et « portes ; et y eut, le terme d'un an, tous « les jours, trois cents ouvTiers, dont ce « fust grand fait que environner, de toute « défen'se, une telle cité comme Paris; et « vous dis que ce fust le plus grand bien « qu'oncques prévôt des marchands fist; <t car, autrement, elle eust été depuis gas- « tée et robée par moult de fois et par « plusieurs actions (1). »

Cette enceinte, ses murailles, ses portes, ses fossés furent achevés dans l'espace de quatre années; tandis que, sous Philippe-Auguste, l'enceinte, sans fossés et beaucoup moins étendue, coûta trente années de travaux. Ce rapprochement fait connaître un des progrès de l'art de construire et de la population.

Etienne Marcel, mort en juillet 1358, victime des événements politiques, dont je parlerai dans la section suivante, ne put voir la fin de cet ouvrage qui fut terminé en 1360. Dans la suite, sous le règne de Charles V, Hugues Aubriot, prévôt de Paris, fit, par les ordres de ce roi, plusieurs augmentations et embellissements à cette enceinte ; mais il ne s'écarta point du plan conçu par Etienne Marcel (2). Je dois faire observer que, sous le rapport civil, les nouveaux quartiers ajoutés à la ville de Paris par la construction de cette enceinte furent encore, pendant assez longtemps, considérés comme des faubourgs.

Avant cette adjonction, Paris était divisé en trois parties, le quartier d Outre- Petit-Pont, la Cité, et le quartier d'Outre- Grand-Pont.

Le quartier d'Outre-Petit-Pont comprenait toute la partie de Paris située au midi du cours de la Seine, qu'on a depuis nommée l'Université, ainsi que le bourg de Saint-Germain-des-Prés, qui, dans la suite, lui a été réuni.

La Cité se composait de l'île qui porte aujourd'hui ce nom, et qu'on a aussi appelée île du Palais, île de Notre-Dame.

(1) Histoire et Chronique de Froissart, liv, 1, chap. 183.

(2) Voyez article Réparations de l'Enceinte de Paris,

Le quartier d'Outre-Grand-Pont com- \ prenait toute la partie de Paris qui s'étend au nord du cours de la Seine. Ce quartier reçut aussi le nom de la. ville sans doute à cause de l'Hotel-de-Ville qui s'y trouvait.

Guillot de Paris, qui, vers le commencement de celte période, a composé une pièce devers intitulée le Dit des rues de Paris, compte quatre-vingts rues dans le quartier nommé d'Outre-Petit-Pont, trentesix dans la Cité, et cent quatre-vingtquatorze dans le quartier nommé Outre- Giand-Pont; ce qui donne un total de trois cent dix rues. Dans ce nombre il n'a

ment l'auteur de la Chronique de Saint- Magloire rapporte cet événement :

Furent les iaues grans, ea décembre,

Si vilainement paicrues,

Qu'el alèrent parmi les rues;

Asmesons grant maie eles firent.

Car pons et mulins abaiirent

De Paris, de Miaux, d'autres villes.

Abali l'iaue raesons et caves.

Ne oncques mais, si axa je cuit.

Tel déluge homme ne vit; Ne ne vit-on ilel yver Ne si félon, ne s'v'dyver H).

Les fréquents ravages des eaux firent penser à leur opposer quelques digues.

Elles minaient la berge du côte de l'hôtel

point compris ce que nous appelons culs- I de Nesle, et menaçaient de ruiner cet hôde-sac, et que cet écrivain du quator- | tel, qui appartenait à Philippe le Bel. Ce

zieme siècle nomme plus poliment rues sans chief.

On voit, par ce que je viens d'exposer

roi ordonna plusieurs fois au prévôt des marchands de faire construire un mur de terrasse, depuis le couvent des Augustins

que Paris commençait à quitter sa physio- \ jusqu'à la tour de Nesle, pour protéger et nomie barbare, pour prendre le caractère ■ ■ • ^ ■ • d'une grande ville du temps passé; mais les habitations des particuliers ressemblaient toujours à des chaumières; et, si

l'on en exempte quatre rues qu'on nommait la Croisée de Paris, que Philippe- Augu-ste avait fait paver, toutes les autres étaient, pendant une grande partie de i'année^ couvertes de boue, obstruées par des amas de fumier, de gravois, et présentaient de loin en loin des cloaques infects. Les rues de l'intérieur n'av^aient ordinairement que six à huit pieds de largeur.

Le soi de Paris conservait son état pri- ]

tion devant se faire aux dépens de la ville (comme toutes celles qu'ordonnaient les roisj, le prévôt ne se pressait pas d'obéir. Philippe le Bel, au m.ois de mai 1313, voulant donner une fête magnifique, écrivit à ce magistrat une lettre fort impérative, qui produisit son effet.

La rive gauche de la Seine, depuis le couvent des Augustins jusqu'à la tour de Nesle, était plantée de saules; elle fut alors convertie en une espèce de quai.

C'est le premier de Paris dont les monuments historiques fassent mention.

Le 29 octobre 4309, il s'éleva un vent

mitif, et n'avait pas encore éprouvé j si violent qu'il abattit beaucoup d'arbres,

d'exhaussement. Les' débordements de la Seine inondaient ses rues, entraînaient ses ponts mal construits, et dont la hauteur n'était jamais calculée d'après l'élévation des .grandes eaux.

Au commcncemei^ de cette période, le 20 décembre 1296, les eaux de la Seine s'élevèrent considérablement, se répandirent dans presque 'outes les rues de Paris, envahirent les portes de cette ville, et ren- ■versèrent le bâtiment du Petit -Chàtelet, ainsi que le Grand et le Petit -Pont. Ces ponts, quoique assez récemment construits en pierres, entraînés avec les maisons qui s'y trouvaient, ruinèrent les moulins flottants attachés au-des-sous ; trois bateaux furent sans cesse occupés à porter des vivres dans les maisons assiégées par les eaux, dont les habitants mouraient de faim. Celte inondation dura jusqu'aux premiers jours de janvier 1297. Voici com-

renversa plusieurs édifices. Le clocher de Saint-Maclou de Pontoise fut détruit, les arches de pierre qui environnaient l'église de Saint-Denis furent ébranlées.

En 1316, une affreuse famine désola toute la France et spécialement Paris, où un grand nombre d'hommes et de femmes périrent de faim, et leurs cadavres abondaient dans les rues et les places de cette ville.

En 1321, il tomba une si grande quantité de neige que les fossés de Paris étaient comblés, et les rues presque impraticables. Les habitants se mirent en mouvement pour transporter dans des hottes, dans des tombereaux, la neige hors de la ville ou dans la Seine.

L'été fut brillant, et la sécheresse exces-

(1) Chro7iiques de Saint-Magloire ; Fabliaux de Barbasan, édit. de 1808^ tom. II, p. 254.

sive en '1323: aucune pluie, pendant plus de trois mois, ne tempéra la chaleur.

L'hiver qui suivit fat long et très rigoureux ; la rivière de Seine gela deux fois, et la glace était si forte qu'elle supportait, sans se rompre, les plus lourds fardeaux : lors du dégel, les glaçons amoncelés entraînèrent à Paris deux ponts en bois.

Le 4 août 1336, un vent épouvantables, accompagné de coups de tonnerre, dévasta les environs de Paris, et surtout Vincennes qui supporta tous les efforts de la tempête. Les arbres furent en grande partie déracinés ou brisés, les murs et les maisons abattus. La reine, épouse de Philippe de Valois, accouchée depuis un mois dans ce lieu, vit le pignon de sa chamlwe arraché et démoli.

En 1345, l'été fut froid et humide; les fruits ne mûrirent point, et la récolte des blés fut très médiocre.

L'année 1 348, une maladie contagieuse, que les médecins du temps appelèrent épidémie, fruit de la disette et des guerres continuelles que soutint Philippe de Valois, enleva à la France une grande quantité de ses habitants : trente mille individus en périrent dans les environs de Paris.

Elle s'y manifesta d'abord, suivant les Chroniques de France^ au villa^'e de Roissy, près de Gonesse.

En '1350, sous le roi Jean, on souffrit une grande disette. Les denrées furent d'une cherté extrême; le setier de froment, qui se vendait ordinairement trente à quarante sous, coûtait la somme de huit livres.

L'été de 1359 fut très pluvieux : les blés germèrent dans les environs de Paris, et, suivant les Chroniques de France, les pillages continuels des garnisons françaises s'opposaient à l'apport des denrées dans cette ville. Le setier de froment 's'y vendait quatre livres.

En 1360, les calamités publiques croissant toujours, et le gouvernement ayant considérablement diminué la valeur des monnaies, le prix du setier de froment s'éleva jusqu'à 18 livres.

En 1362, l'été fut sans chaleur; les vignes gelèrent, on n'en recueillit que du verjus.

Les Chroniques de France m'ont fourni ces dernières notions sur l'intempérie des saisons et sur les vices du gouvernement pendant cette période.

Vin. Etat civil de Paris. — Insurrection des Parisiens contre le dauphin Charles.

Pendant cette période et jusqu'à sa fin fut maintenue dans Paris l'exaction odieuse dont j'ai déjà parlé, le droit de prise, qui, chaque fois que le roi, la reine et les princes entraient dans cette ville, autorisait les officiers royaux, chevaucheurs et preneurs, à enlever dans les maisons des habitants les meubles , matelas , coussins , denrées, etc., qu'ils y trouvaient. Saint Louis, par son ordonnance de l'an 1265 (1), abrogea l'usage de prendre les matelas et les coussins; il ne fut point obéi. Louis le Hutin fit la même défense en 1315; il ne fut point obéi. Philippe de Valois la renouvela en 1345; il ne fut point obéi. Le roi Jean, en 1351, renouvela encore la même ordonnance; sans doute il fut mal obéi, puisque dans la même année il en rendit une nouvelle , par laquelle il défendait à

(1) Ordonnances du Louvre, t. II, p. 144, 145,146.

tous chevaucheurs, preneurs ou commissaires d'enlever les chevaux des bourgeois de Paris et des marchands qui se rendaient dans cette ville ; il ordonna au prévôt de Paris, aux chevaliers du guet et aux sergents d'arrêter, de mener en prison et de punir les chevaucheurs et preneurs, quelle que fût leur condition , et autorisa même les habitants à le faire eux-mêmes.

Mais les preneurs du roi, de la reine et de la famille royale continuaient à prendre sans payer les denrées, les voitures, les chevaux des closiers et fermiers des environs de Paris ; ils continuaient à exercer ce droit de prise dans les faubourgs de cette ville. Nous en parlerons dans la suite.

C'est sans doute l'exercice de ce droit ou plutôt de ce brigandage qui obligea une partie des Parisiens à déserter leur patrie. Dans une ordonnance de Philippe le Bel, du mois de mars 1 287, on lit que plusieurs

iLaiïOns de Paris tombent en ruine: que plusieurs habitations et propriétés sont désertes, étant abandonnées par les propriétaires (1). On verra ma conjecture confirmée par une ordonnance d'un des succes- >^eurs de ce roi, qui attribue au droit de prise une pareille dépopulation.

J'ai parlé de la hanse parisienne , communauté ou confrérie de la marchandise de Paris, à laquelle Philippe-Auguste accorda' quelques droits et même une espèce de juridiction. Cette institution, faible et obscure dans son origine, reçut pendant c^tte période une consistance respectable. Dès l'an 1258, Etienne, prévôt de Paris, dans son ordonnance de police, donne au chef de cette confrérie le titre de prévôt des marchands , et aux confrères celui de jurés de la confrérie des marchands de Paris , et quelquefois aussi celui d'échevins. Le parlement , qui n'adoptait pas facilement les nouveautés , qualifie encore .

en 1273, le chef de cette institution de maître des échevins de Paris. Enfin elle obtint un vaste accroissement de privilèges et d'attributions; ses membres étaient choisis parmi les marchands les plus rejQommés ; elle devint le corps municipal de cette ville, et y figura avec une autorité très étendue. On va en juger.

Après la malheureuse bataille de Poitiers, donnée le 19 septembre 1 356, où le roi fut fait prisonnier, le prévôt des marchands acquit par ce malheur une puissance qu'il n'avait jamais eue, et Paris fut le théâtre d'événements extraordinaires et très calamiteux.

Charles, dauphin, fils aîné du roi Jean, a peine âgé de vingt ans, fut, après cette défaite, nommé lieutenant du royaume de France. Pendant les orages politiques que l'impéritie ou les malheurs de son père a\ aient excités, il se trouva chargé de tenir le timon de l'Etat; sa faiblesse, son inexpérience ne lui permettaient pas de le diriger : il l'abandonna à des ministres pervers, préféra leurs conseils à ceux des états-généraux, alors assemblés à Paris, et mit toute sa confiance en des hommes qui ne la méritaient pas. Il en résulta de grands maux.

Le 17 octobre 1356, les états généraux furent assemblés à Pans; ils nommèrent, pour diriger le jeune dauphin, un conseil, dit des trente six, composé de douze pré-

(1) OrdonnarKis du Louvre, t. XII, p. 527.

lats, de douze nobles et d'autant de bourgeois. Ces états-genéraux demandèrent le renvoi et le châtiment des ministres, et

firent plusieurs autres propositions qui déplurent au dauphin ou a ceux qui le dirigeaient. Piqué de ces demandes, ce prince congédie les états, se retire à Metz, et laisse à sa place le duc d'Anjou, sou frère, qui. peu de jours après, rend une ordonnance tendant à donner cours à une nouvelle monnaie, exaction ruineuse pour les particuliers, tromperie fiscale déjà souvent employée par les rois, et qui daof ce moment était un des principaux objets des plaintes des états-généraux. Ce prince ne pouvait l'ordonner'dans une circonstance plus défavorable.

Ce fut alors qu'Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, et l'un des membres du conseil des trente-six, homme doué d'une grande énergie, vint bien accompagné au Louvre, et Harangua le duc d'Anjou avec une fermeté qui détermina ce prince à suspendre l'effet de son ordonnance jusqu'au retour du dauphin son frère.

Le dauphin , aussi mal conseillé à son retour qu'il l'avait été à son départ, persista dans le projet de donner cours à la nouvelle monnaie : il crut pouvoir y parvenir en essayant d'associer à son parti le prévôt des marchands, qui jouissait alors d'un grand ascendant sur le peuple de Paris. Il lui donna rendez-vous dans une maison du cloître Saint-Germain-l'Auxerrois.

Marcel s'y rend ; il y trouve le dauphin, ainsi que l'archevêque de Sens et le comte de Roussy, qui lui demandent avec instance d'appuyer de toute son influence l'émission de la' nouvelle monnaie : il refuse constamment de partager la honte de cette iniquité, et accompagne son refus de paroles peu mesurées, qui, bientôt connues des Parisiens, les excitèrent à manifester leur mécontentement d'une manière plus menaçante.

Le dauphin, effrayé, fit publier dans Paris qu'il supprimerait la nouvelle monnaie (1).

Entouré d'une force imposante, Marcel vint au parlement demander le rappel des

(1) Christine de Pisan, auteur d'une histoire ou plutôt d'un éloge de ce prince, qui de\int roi de France sous le nom de Charles V, ne disconvient point de sa mauvaise conduite pendant sa jeunesse, et l'attritue

états-génei aux eS l'expulsion ou l'arrestation de plusieurs ministres et magistrats. J^e dauphin, qui s'y était rendu, souscrivit a ces demandes. Marcel, muni de l'autorisation de ce prince, fit aussitôt saisir les meubles de ces magistrats, qui avertis avaient déjà pris la fuite.

Alors se forma à Notre-Dame une confrérie dont Marcel fut le chef. Cette association avait pour unique objet de concerter avec les nombreux confrères les mesures à prendre pour maintenir le nouvel état de choses. Ce fut là que pour la première fois, depuis l'origine de la monarchie, on osa mettre en question la puissance illimitée des rois.

En conséquence des consejls donnés au dauphin par le prévôt des marchands, les états-généraux furent de nouveau rassemblés à Paris. Ils tinrent d'abord leur séance, le 5 février 1357, aux Cordeliers; puis, le 3 mars, au Palais, où assistaient le dauphin, le duc d'Anjou son frère, et plusieurs seigneurs. Robert le Coq, évêque de Laon, membre .des trente-six, et l'un des députés qui composaient les états-généraux, y prononça une harangue, dans laquelle il déroula le volume des malheurs de la France, indiqua les remèdes convenables, demanda la réforme des abus, source de ces malheurs, la destitution du chancelier et autres magistrats, qu'il accusait d'en être les auteurs ; s'opposa fortement au cours des nouvelles monnaies, et promit, au nom des états, que, si le dauphin émettait des monnaies de bon aloi, on lui fournirait une armée de trente mille hommes (1).

Les états, selon leur plan de réforme, réduisirent les membres du parlement,

à ceux qui le conseillaient. « Pour touchier u la vérité, dit-elle, j'entends que jeunece, « par propre voulenté menée , plus perverse " que à un tel prince n'appartient, dominait w en lui, en celui temps ; mais je sup- «' pose que ce pot estre par maulvaiz admiu nistrateurs. " (Première partie, chap. 7.) (1) Lorsque les rois de la troisième race avaient besoin d'argent, ils afifaiblissaient leurs monnaies, dit M. Le Blanc (dans son Traité des monnaies^ p. 76). « Les longues « guerres que Philippe de Valois et ses suc- ■* cesseurs jusqu'à Charles VII eurent à sou- :4 tenir contre les Anglais, ajouteM. Secousse 'A (Préface des Ordonnances, t. II, p. 9), « causèrent des désordres affreux dans les « monnaies qui, sous le règae de ces princes,

tant présidents que conseillers, au nombre de seize, et ceux de la chambre des comptes à celui de quatre.

Telle était la situation de Paris en 1 357. Jusqu'alors, les états-généraux, le conseil des trente-six, le prévôt des marchands se maintenaient dans les limites de leurs devoirs ; ils demandaient des réformes que les circonstances rendaient urgentes, et le renvoi des fonctionnaires perfides ; ils s'opposaient à ce que le gouvernement fît circuler de la fausse monnaie : leur conduite était légitime, digne de louange, et leur résistance à la tyrannie un acte de vertu d'autant plus admirable, que l'histoire de la monarchie n'en avait pas encore offert un seul exemple. Mais je ne puis parler aussi favorablement des événements qui suivirent. Dans la carrière des réformations politiques , on se présente avec des intentions pures; puis, en s'y avançant, on rencontre des obstacles qui obligent souvent à des actions qui ne le sont pas. Tel fut le sort de ces réformateurs novices.

Le 8 novembre de la même année, un

n furent dans un mouvement continuel. On « les affaiblissait par degrés jusqu'à un cer- " tain point, après lequel on les reportait « tout d'un coup à leur valeur intrinsèque, a pour avoir occasion de les affaiblir de nou- « veau, et le pris du marc d'or et d'argent « changeait presque toutes les semaines, et " même quelquefois plus souvent. >»

On conçoit quelle gêne, quel préjudice apportait au commerce et aux particuliers cette variation continuelle dans la valeur des espèces monnayées. Les peuples en étaient désolés, et nommaient hautement les rois fauxmonnayeurs ; et les rois, en donnant l'exemple de cet attentat aux propriétés, faisaient punir cruellement ceux qui les prenaient pour modèles. Dans les registres criminels du parlement, on lit ce qui suit :

« L'an 1347 , sixième jour de mars, fu- « rent bouillis, en la place aux Pourceaux, « maître Etienne de Saint-Germain, autre- « ment dit de Compiègne, et Henri Foinon, « écuyer de Treslon, vers Château-Thierri, " pour ce qu'ils avaient taillé coins à faire « brûler et coinsà faire deniersdVr àl'ange. .. « et puis furent pendus. »

Dans une chaudière d'eau bouillante on plongeait et on faisait périr les faux-monnayeurs. Ce supplice avait lieu sur la place aux Pourceaux.

prince de la maison royale, Charles, roi de Navarre, surnommé le Mauvais, favorisé par quelques chevaliers de sa faction, s'échappa du château d'Arleux en Gambresis, où depuis six mois il était détenu prisonnier, et se dirigea vers Paris. L'évèque de cette ville et le prévôt des marchands Marcel allèrent à Saint-Denis au devant de ce prince, qui, côtoyant la Seine audessous de Saint-Cloud, se rendit à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où un logement lui était préparé.

Au nord et hors des murs de cette abbaye, du côté du Pré-aux-Clercs, était un champ clos, où se donnaient les combats judiciaires; là se trouvait une estrade en bois servant de siège aux juges du combat. Le l^r décembre, le roi de Navarre monta sur cette estrade, et, en présence de près de dix mille hommes rassemblés dans le champ-clos, il prononça un discours, dans lequel il parla de son innocence, de l'injustice de ses ennemis, et décrivit d'une manière si pathétique les horreurs de sa prison, qu'il arracha des larmes à plusieurs des assistants ; puis il fit le tableau des malheurs de l'Etat, et désigna les personnes qui en étaient les auteurs.

La présence de Charles le Mauvais à Paris, ses discours, ses conseils, ses insinuations donnèrent aux mécontents et au prévôt des marchands une audace nouvelle. La conduite de ce prévôt n'avait encore rien offert de répréhensible ; avouée par les états-généraux, ou par les trente-six, elle était justifiée par la nécessité, par l'inexpérience du roi, la perversité de ses ministres, et par les dangers imminents où se trouvait Paris : l'ennemi était aux portes de cette ville. Les ministres et les princes ne savaient prendre aucune résolution prompte et capable de la sauver ; ils ne voyaient qu'un remède aux malheurs publics, l'émission d'une fausse monnaie. Il fallait d'autres hommes, d'autres moyens.

Marcel était parvenu en peu de temps à fortifier Paris, à donner plus d'extension à son enceinte, à pourvoir cette ville d'armes et de vivres, à y organiser une garde qui nuit et jour était en activité, à la mettre en bon état de défense, et à la transformer en place de guerre. Son nom serait passé avec gloire à la postérité s'il eût pu résister aux insinuations ambitieuses du roi de Navarre.

Ce prévôt des marchands, accompagné

de ses principaux partisans, se rendit au Palais, pria le dauphin, au nom des états, de se réconcilier avec le roi de Navarre, et de lui restituer ses biens confisqués. Le dauphin, comme à son ordinaire, consentit à tout {!); et, lei3 décembre suivant, Charles le Mauvais, content de ce succès, quitta Paris pour se rendre en Normandie.

On ne croyait guère à la sincérité du dauphin. Il eut l'imprudence, après le départ du roi de Navarre, de faire une levée de troupes, sous prétexte de protéger Paris contre les brigands qui désolaient les environs de cette ville; les Parisiens en furent alarmés ; les soupçons se fortifièrent, et Marcel, plus animé que jamais, prit de nouvelles mesures de sûreté.

Il imagina de barricader chaque rue, en la faisant traverser par une lourde chaîne fortement attachée aux murs des maisons qui formaient l'entrée de chaque rue.

C'est la première fois qu'à Paris on a mis en usage un pareil moyen de défense. Depuis, les Parisiens l'ont souvent employé, notamment dans les guerres intestines des Armagnacs, de la Ligue et de la Fronde (2).

Il fit adopter aux Parisiens des signes de ralliement, qui consistaient en un chaperon mi-parti de vert et de rouge, et une agrafe en argent, émaillée de vermeil et d'azur, portant cette inscription : Abonne fin. Ces signes ne furent d'aucune utilité, parce que, par zèle ou par peur, tous les habitants les portèrent.

Instruit de la fermentation populaire, le dauphin assembla les Parisiens aux halles, y prononça un discours pour justifier sa conduite, et parut satisfaire son auditoire. Le lendemain, dans l'église de Saint- Jacques-de-l'Hôpital, le prévôt des marchands à son tour assembla le peuple, le harangua avec véhémence et maîtrisa l'esprit des assistants. Le dauphin, instruit

(1) Il était autorisé, par la bulle du pape Clément YI, à tout promettre et à ne rien tenir. {Voyez ci-dessus.)

(2) Dans les temps d'alarme, on tendait k!> chaînes dans les rues de Paris. Avant la révolution on en voyait encore plusieurs. Un fort crochet en fer, d'environ deux pieds de long, fixé dans les murs des maisons qui se trouvaient dans chaque extrémité des rues, soutenait la masse retroussée de cette lourde chaîne, que l'on tendait en attachant l'autre bout au crochet qui était en face.

iSO

de ce succès, accourut à l'église de Saint- Jacques avec son chancelier, qui parla pour lui; mais la prévention était forte : le prince et son orateur furent obligés de se retirer. Alors un échevin, nommé Toussac, prit la parole, justifia la conduite du prévôt des marchands, et déclama avec tant de force contre le dauphin et son conseil, que le peuple était disposé à se porter contre eux aux dernières extré- ■ mités.

Le jeune dauphin donnait prise à ces déclamations. Il ne tenait aucune de ses promesses. Le roi de Navarre, piqué de sa conduite, se détermina à lui faire la guerre ; c'est ce que redoutaient les Parisiens, et ce qui les irrita encore plus contre ceux qui dirigeaient le jeune prince.

Chaque jour Paris offrait quelques scènes violentes ; ceux que le peuple soup- <X)nnait du parti de la cour recevaient des insultes et des coups. Le 25 janvier 4 358, Perrin Macé, bourgeois, assassine en plein jour Jean Baillet, trésorier du dauphin, et se sauve dans l'église de Saint-Jacquesde-la-Boucherie, qui jouissait du droit d'asile. Le dauphin, irrité de cet attentat commis contre un de ses officiers, charge Robert de Clermont, maréchal de Normandie, d'arracher Perrin Macé de cet asile sacré, et de le faire pendre surle-champ. Cet ordre, suivi d'une prompte exécution, indisposa fortement les esprits. L'évêque de Paris partageait l'indignation générale ; très irrité de ce que Robert de Clermont avait attenté aux immunités de l'Eglise, il fit dépendre le corps de Perrin Macé, et ordonna qu'il fût honorablement enterré dans l'église où il s'était réfugié. En même temps, le dauphin voulut assises ter à la cérémonie funèbre de Jean Baiij let ('!). Le prince dauphin et l'évêque, cé- '■■ dant à leurs passions, faisaient des fautes,

' (1) Le droit d'asile existait du temps des ,..' anciens Romains : les temples, les statues

♦ des dieux ofifraient des refuges assurés aux innocents persécutés et aux criminels poursuivis par la justice. Les prêtres chrétiens, qui doivent tant aux prêtres du paganisme, leur sont aussi redevables de cet usage. Toutes les églises qui possédaient les reliques de quelques saints en réputation étaient des asiles sacrés. Celle de Sain t-^Iar tin de Tour jouissait, sous la première race, d'une grande célébrité. Dans des temps plus barbares encore, pendaptles onzième et douzième siècles,

Quelques jours après, l'Université, le prévôt des marchands, accompagnés de plusieurs echevins, se rendirent au Palais. Simon de Langres, jacobin, dit au dauphin, au nom de l'Université, qu'il devait incessamment restituer au roi de Navarre ce qu'il lui avait confisqué; un docteur, moine de Saint-Denis,' ajouta que l'on saurait bien prendre des mesures contre celui des deux, du dauphin ou du roi de Navarre, qui s'opposerait à la paix. Cette scène fut le préliminaire d'une autre plus sérieuse. Tout annonçait un.e prochaine explosion : le dauphin avait pour ennemis le peuple, le clergé et l'Université.

Le 22 février "^1358, Marcel rassemble sur la place de Saint-Eloi, près du Palais, environ trois raille Parisiens armés, pénètre avec une partie de cette force dans la chambre du dauphin, et, en présence même de ce prince, il fait poignarder Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conflans, maréchal de Champagne. Le dauphin, effrayé, demande à Marcel si l'on en veut à sa vie. Ne craignez rien, monseigneur, réponditil ; mais, pour plus grande sûreté, prenez mon chaperon. Ce prince se coiffe du signe de ralliement de ses ennemis, et Marcel du chapero'n du prince, chaperon broché en or, qu'il porta pendant tout le jour comme un trophée de sa victoire.

Paris devient le théâtre de plusieurs autres scènes violentes. Un avocat du conseil du roi est assassiné près de Saint- Landri par le peuple. Les Parisiens s'attroupent tumultueusement, et Marcel, du haut d'une fenêtre de l'Hôtel-de-Ville, les harangue et les apaise. Le dauphin

presque toutes les églises passèrent pour des asiles; mais dans la suite la justice ou la violence les respecta peu, comme on vient d'en voir un exemple.

En l'an 1353, un valet de l'abbaye ùe Sainte-Geneviève, en se battant contre un autre valet, reçut un coup de couteau dont il mourut quelques jours après. Le meurtrier se réfugia dans le cimetière de l'église de Saint-Etienne-des-Grés. Les officiers de l'abbaye de Sainte-Geneviève vinrent l'arracher de cet asile , en disant que ce n'était point un lieu de franchise, puisque les hommes et les animaux y passaient. Le curé fit ses preuves par témoins ; le parlement jugea que ce cimetière était un asile; et le meurtrier y fut rétabli.

appr'^'we oslcnsiblement tous les actes de Martel; et celui-ci, pour lui en témoigner sa reconnaissBDce, lui envoie deux pièces de drap, l'une rouge et l'autre bleue, afin qu'il en fît faire des chaperons pour les gens de sa cour.

L'évêque de Paris, Jean de Meullen', refusa d'inhumer Robert de Clermont, parce qu'ayant tiré Perrin Macé de l'église de Saint-Jàcques-la-Boucherie, il le considérait comme excommunié.

Page 1