I-a iîr.stille
« gaslé; jusqu'à huit n dix lieues, disent les ; t Grandes Chroniqu s de France, et \ « coururent le pays et ardirent '^brûlèrent) ' • les villes. » * |
Pendant ces hostilités, les habitants de ' Paris se rendirent maîtres du château du , Louvre, que commandait Pierre Caillard. '
Marcel, prévôt des marchands , fortifié ' par les fautes du dauphin, fortifié par ses nombreux partisans dans Paris, Tétait ; aussi par les troupes du roi de Navarre ; | mais ce dernier appui le rendit sus- .
pect aux Parisiens. Ils étaient, à la vérité, I
II DULAURE
indignos des vexations, des iniquités des conseillers du dauphin; maiS; affranchis d'une tyrannie, ils ne voulaient p::S retomber sous une autre, ni avoir pour maître le roi do Navarre, dont les troupes s'étaient rendues odieuses par d'horribles excès commis dans 1 s environs de Paris. Marcel con'.i-aridit cette dernière disposition des habitants en favorisant ouvertement les projets ambitieux du foi de Navarre ; il s'était engagé trop avant : il en fut la victime. La conduite de ce magistrat commençait
à inspirer des soupçons. Le dauphin, en s' évadant de Paris, y avait laissé plusieurs de ses partisans, qui, par des menées sourdes, cherchèrent à ruiner le crédit de Marcel, et à augmenter le njécontentement naissant. Diverses actions de ce prévôt des marchands contribuèrent encore à le rendre suspect aux Parisiens. Dans un combat donné aux environs de Paris, il les avait abandonnés et causé la mort d'un grand nombre.
Il avait déplu aux habitants en donnant au roi de Navarre le titre de gouverneur de leur ville. Il les avait irrités contre lui, lorsque, quelques troupes de ce roi ayant été saisies par le peuple et emprisonnées au Louvre, à cause de leur excessif brigandage, il les mit en liberté et les fit évader par la porte Saint-Honoré.
Le dauphin, profitant de l'indisposition que manifestaient les Parisiens contre le prévôt des marchands, leur fit promettre une amnistie générale, s'ils lui livi aient ce prévôt et douze bourgeois à son choix.
Ainsi il' ne restait à Marcel d autre ressource que de continuer à rendre des services au roi de Navarre, et de s'avancer
chaud défenseur; monte à cheval, arbore la bannière de France, crie dans les rues Mont joie Saint-Denis, au roi et au duc ! publie sur son chemin que Marcel voulait ouvrir les portes aux troupes anglaises, et arrive aux halles, où il parvient à réunir un grand nombre de person nes(1).
Cependant le prévôt des marchands, n'ayant pu obtenir les clefs de la porte
Saint-Denis, s'adressa aux gardes des autres portes, où il éprouva un pareil refus. Il se rendit ensuite à la porte de la bastille Saint-Antoine pour renouveler les mêmes
(1) Nos historiens modernes, enclins à trouver de grands hommes où il n'y en avait pas, ont travesti Maillard en héros de son pays, en sauveur de la France, persuadés qu'il avait, en tuant Marcel, sauvé le trône; mais l'honneur de cette action, si honneur il y a, ne lui appartient point. Il est prouvé aujourd'hui que ^laillard, loin d'être serviteur zélé du dauphin , fut , jusqu'au dernier moment, son ennemi et le partisan de Marcel ; qu il était le compère, l'ami de ce prévôt des marchands ; il est prouvé que le dau-
dans la fausse route où il s'était irapru- jphin, pour punir Maillard de sa rébellion,
demment engagé. Il s'y perdit.
Il forma, dit-o.n, le projet de faire entrer dans Paris, pendant la nuit du
confisqua les biens qu'il possédait dans le comté de Dampmartin et ailleurs ; que le 31 juillet 1358, jour même de la catastro-
31 juillet aAi l^r août 1358, des troupes | phe, le dauphin donna au comte Porcien
anglaises et navarroises qui désolaient ses
environs, de se rendre maître de celte
ville, et d'offrir, si l'on en croit le discours
du dauphin, la couronne de France au roi
de Navarre.
En conséquence, dans l'apvès-midi du dernier jour de juillet, il entreprend de s'assurer des portes de Paris et d tn confier la garde à des hommes qui lui sont dévoués. Il va à la porte ou bastille Saint- Denis, ordonne à ceux qui la gardaient d'en remettre les clefs à Joceran de Mascon, trésorier du roi de Navarre. On refuse de lui obéir; alors il s'élève une vive altercation dont le bruit attire le commandant du quartier. C'était Jean Madard, qui, quoique ami et partisan de Marcel, approuva le refus qu'il venait d'éprouver. Cette approbation fit naître entre ces deux hommes une querelle très violente. Maillard, indigne de la conduite de Marcel et sans doute plus encore de ses mauvais traitements, se retire furÏL'Ux, renonce au parti de ce prévôt des maichands, parti dont jusqu'alors il s'était montré plus
500 livres de revenus, à prendre sur ces biens confisqués, et que dans les lettres de donation, Maillard est traité par le dauphin de rebelle, d'ennemi et d'adversaire de la couronne de France, de criminel de lèse-majesté roA aie, et accusé de porter les armes dans la Compagnie du prévôt des marchaipds. De plus, le texte de Froissart, que M. Dacier a rétabli d'après un ancien manuscrit de cet historien, prouve que Maillard était du parti de Marcel ; qu'il ne s'en détacha que dans un moment de colère, après la querelle qui s'éleva entre lui et ce prévôt des marchands, à la porte Saint-Denis, et qu'à Pépin des Essarts et à Jean de Charny appartient la gloire de cette expédition ou de cet assassinat. Ainsi un mouvement de colère, le désir de la vengeance, déterminèrent Maillard à changer brusquement de parti, et lui valurent une illustraiion qu'il n'a certainement pas méritée. Cette vérité est démontrée dans le mémoire lu en 1778 à l'Académie des inscriptions, par M. Dacier, et imprimé dans le tome XLII des Mémores de celte Académie, page 563.
tentatives; là d'autres scènes lui étaient préparées.
Déjà Maillard, bien accompagné, s'était avancé vers cette porte pour prévenir ceux qui la gardaient. Dans le même temps, quelques secrets partisans du dauphin, profitant du moment favorable, avaient pris les armes, et, escortés, marchaient vers l'hôtel de Joccran de Mascon, situé près de Saint-Eustache, dans le dessein de le tuer; mais, ne l'y trouvant pas, ils vont à l'hôtel de Saint-Paul prendre une ba^inière de France, et se dirigent vers la bastille Saint-Ar.toine. A leur tèle étaient deux gentilshommes, Pépin des Essarts et Jean de Charny. Arrives à la porle Saintr Antoine, ils y trouvent Maillard dispose a les ^econder. 'Marcel , tenant en main les clefs de celte bastille, et monté sur l'escalier, opposait quelque résistance à ses assaillants. Bientôt, au milieu du tumulte, on entend ces cris : A mort ! à mort ! Tuez le prévôt des marchands et ses comf lices!... Marcel, effrayé, veut fuir; Jean de Charny s'avance, lui porte un coup de hache sur la tète, et l'abat a ses pieds. Alors chacun se fait honneur de percer de coups Maicel sans défense. On ne l'ahandonne que lorsqu'il cesse de respirer. Les compagnons de ce prévôt des marchands, tels qu'e Philippe Guiffart, Jean de Lille, Jean Poiret, Sim.on le Péronier, Gilles Marcel, neveu d'Etienne, éprouvèrent le même sort. Tous ceux, qui, au nombre de cinquante-quatre, accompagnaient ce prévôt des marchands furent tués ou traînés dans les prisons. Gentien Tristan fut nomm.é à la place de Marcel.
Le dauphin, bientôt averti de cette expédition sanglante, ne voulut pas se rendre à Paris sans être auparavant bien assuré de la disposition favorable des esprits de cette ville. Il n'y arriva que trois jours après, et, le 10 août 1358, donna des lettres d'abolition pour tous les délits commis contre i'autoriléroyalei l ). Nonobstant ce pardon général, il fit le lendemain et dans la place de Grève décapiter Charles Toussa c, échevin de Paris, Joceran de Mascon, trésorier du roi de îs'avarre, Thomas, charc^lier du même roi. Ce dernier se déguisa en moine pour échapper aux poursuites ; mais ni ce déguisement, ni ks réclamaiioiis de l'évèque de Paris ne le sau\èrent. Leurs corps, ainsi que ks corps
(1) Ordounances du Louvre, t. lY, p. 346.
do ceux qui furent tués à la bastille Saint- Antoine, restèrent pendant plusieurs joure exposés nus dans la cour de 1 église de Sainte-Catheriiie-du-Val-des-Ecohers ; ensuite ils furent tous jetés dans la Seine. Le dauphin, des qu'il vit le parti de Marcel abattu, ne garda plus ses promesses : il fit décapiter Pierre Caillard, gouverneur du Louvre, pour avoir mal défendu ce château contre les attaques des Parisiens, qui s'en étaient rendus maître.s; il fit aussi trancher la tête à Jean Prevot, à Pierre Leblond , à deux avocats, l'un nommé Pierre de Puiset, et l'autre Jean Godard. Leurs corps furent aussi jetés dans la rivière. Un autre habitant, appelé Bonvoisin, disent les Grandes Chroniques de France, fut mis en oubliette.
Le 25 octobre suivant, le dauphin fit arrêter dix-neuf bourgeois soupçonnés d'intelligence avec le roi deNavarre; mais, à la prière du nouveau prévôt des marchands et des échevins, il les fit relâcher [\\.
Par une ordonnance du 28 mai <3o9, le dauphin rappela dans leurs fonctions tous les magistrats et gens de son conseil, hommes perveis, qu'il avait été forcé de bannir I ;.
La mort de Marcel et la rentrée du dauphin à Paris ne rendirent pas les habitants de cette ville plus heureux. Le roi de Navarre, irrité de se voir fiuslré de ses espérances, rassem.bla des troupes, s'emipara de plusieurs places et châteaux des environs de Paris, bloqua cette ville, intercepta tous les arrivages, et la réduisit à la famine. Tous les comestibles s'élevèrent à un prix excessif; un tonnelet de hcTengs, suivant Froissart , s'y vendait trente écus d'or. Des maladies contagieuses résultèrent de cette disette, et causèrent la mort d'une grande partie des habitants. Dans le seul hôpital de l'Hôtel- D.eu, il mourait jusqu'à quatre-vingts personnes par jour.
A ces maux en succédèrent de plus grands encore. Edouard, roi d'Angleterre, en novembre 1359, passa en Fiance à la tète d'une puissante armée, et au printemps suivant vint assiéger Paris. Tout fut dévasté sur son passage; tout fuyait devant lui. Les habitants des campagnes,
(1) Ordonnance contenue dans les registre* criminels iiiauuscrii* du parlement. (Registre. 7, fol. 425.
chassés de leurs foyers, se réfugiaient dans ies places fortes; et ceux des environs de Paris venaient en foule, et tout éplorés, iemander asile aux Parisiens.
Le dauphin, tranquille dans l'enceinte fortifiée par Marcel, n'opposa aucune force ■\ l'armée anglaise qui, campant dans les plaines de Vaugirard et de Montrouge, ï'aisait des ravages affreux. Edouard défia le dauphin, qui ne répondit point à ce défi. Tout ce que fit le prince français consista dans l'ordre d'incendier les maisons des faubourgs Saint-Marceau , de Notre-Dame-des-Champs ou de Saint- Jacques, et du faubourg Saint-Germain, afin d'empêcher l'ennemi de s'y loger.
Cependant cet ordre ne fut pas complètement exécuté, puisque le prince anglais vint dans ce dernier faubourg, et y occupa quelques bâtiments échappés aux flammes.
Edouard n'abandonna les environs de Paris que lorsqu'il y fut contraint par le défaut absolu de vivres : son armée, depfuis Montlh jry, Lonjumeau, jusqu'à Vaugirard, Is^y et "Montrouge, avait tout con- :tommé, tout dévasté. Sa retraite ra^sara les Parisiens, qui, pendant ce siège, ép; cuvèrent les horreurs de la famine, et donnèrent plusieurs témoignages de leur épouvante et de leur malaise.
Ou avait fait défense à toutes les églises ^e Paris de sonner leurs cloches pendant la nuit, dans la crainte que leur bruit B'emptchât les sentinelles d'entendre les approches de l'ennemi. On n'excepta de cette prohibition que la cloche du couvrefeu, qui sonnait tous les soirs à Notre- Dame (i). Les chanoines chantèrent leurs matines à huit heures du soir, au lieu de les chanter à minuit. Dans la suite plusieurs chapitres de Paris, conseillés par leur paresse, adoptèrent ce changement commode, et le maintinrent lors même que son motif n'existait plus.
La disette du numéraire métallique était alors excessive; on fut obligé de recourir à un moyen qu'on avait déjà pratiqué au douzième siècle; on fabriqua des monnaies de cuir : au centre de chaque pièce de cette
(1) La loi du couvre-feu^ établie en Angleterre au onzième siècle, fut admise en France; eDe obligeait chaque habitant, après huit heures du soir, d'éteindre, au son de la clofbc, son feu et sa lumière.
matière était un petit clou d'or ou d'ar gent il).
La disette des blés ne fut pas nroius sensible en 1360; le setier de froment se vendait à Paris cent sous.
Ce fut pendant les mêmes alarmes qœ les habitants de Paris, pour obtenir da ciel la délivrance du fléau qui les accabbît, offrirent à l'église Notre-Dame, et à l'image de la Vierge Marie, une bougie admirable par sa longueur : persuadés que la justice divine se laissait séduire et qu'elle ne pouvait résister à des présente d'un prix et d'une dimension extraordinaires, le prévôt des marchands et lejédievins votèrent à Notre-Dame un cierge d'une grandeur extrême; ils voulurent (jue ce cierge eût en longueur l'étendue de l enceinte de Paris, c'est-à-dire environ deux lieues (2); que, jour et nuit aiUinïé, il éclairât une image de la Vierge Marie, et que l'offrande d'un pareil cierge fôt chaque année renouvelée. Cette pratique a été constamment observée jusqu'au temps de la Ligue, où elle fut suspendue. En 1605, Miron, prévôt des marchands, s'avisa de substituer à cette majestaense bougie une lampe en argent, munie d'un gros cierge briàlant jour et nuit devant l'image de la Vierge (3).
Le 8 mai 1360, la paix fut conclue à Brétigny, entre le roi d'Angleterre ci le roi de France, et ratifiée à Calais, le 24 octobre suivant, par le roi de Navarre,
Le roi Jean put alors rentrer dans !a ville de Paris, dont il était absent d^ais quatre ans; il y arriva le 43 déœra* bre 1360. Les habitants le reçurent avec plusieurs démonstrations de joie; on ta-pissa les rues qui se trouvèrent sur son passage; des fontaines, placéesà la porte Saint-Denis, jetaient du vin ; chose noavelle alors, et qui dut paraître magnifi-
(1) Glossaire de Dticange, au mot Sfawia coriacea. L'existence de cette monnaie & éw révoquée en doute , parce qu'étant peu 4ttrable il n'en est rien resté.
(2) La circonférence entière de Teziceisîe de Paris avait alors 4,455 toises,
(3) Antiquités de Paris ^ par Sauvai, t. D, p, 459. A cette occasion. Sauvai âj<mte qu'un aveugle, nommé Magnard, c^dt»
Sainte-Geneviève deux cierges dont churim était aussi gros et aussi pesant que %% pmsonne.
aoe? Le roi se rendit à N'otre-Dame, et de là aa Palais : il marchait sous un dais de drap d'or, porté par des échevins. La YÎIÏelui fit présent d'un buffet d'argenterie, pesant environ mille marcs.
Tels furent, à la fin de celte période, les événements tragiques et calamiteux résultant des vices du gouvernement, de rimpéritie et des habitudes tyranniques des conseillers du dauphin.
PoPL'LATioN, Voici ce que j'ai pu re-
cueillir sur la population et les contributions que cette ville pavait au roi.
La chronique de Jean de Saint-Victor porte qu'en 13J3, lorsque Philippe le Bd célébra une grande fête à l'occasion de la chevalerie de son tils aîné, il leva une aide ou imposition de dix livres, sans doute par feu ou par maison. Cet exposé est inexact. Voici comment cette imposition fut répartie par paroisses.
PAROiSSES.