‹ Histoire de ParisChapitre 71 sur 261 · IMPOSÉS · texte numérisé non relu

IMPOSÉS

(11 Dans la première édition de cet ouvrage, on a ^onné'erol'^r!'^,^ cequenavaicnt imprimé les bénédictins,auteurs de VHistoi. de 'l^;^f^^';^^^^^^^

Ainsi, eu 1313. Philippe le Bel retira des Parisieus la somme de I3,02î livres 19 sous 8 deniers, et catte somme fut répartie sur cinq mille neuf cent cinquantecinq habitants. Ce nombre n'était certainement pas celui de la population de Paris, mais celui des chefs de famille imposables, ou, comme on le disait alors, le nombre des feux. Quand on voit que dans la paroisse de Sainte -Marine il ne se trouve que trois imposés, il est clair qu'il s'agit de trois chefs de m^ na2e, ou de trois feux ; et que les femmes, les enfants, les domestiques n'étaient point compris.

Pour obtenir la population entière des imposés, par le nombre cinq, conformément aux expériences faites, l'on aura le nombre de vingt-neuf mille sept cent soixante-quinze individus.

A ce nombre il faut joindre celui des privilégiés non imposables, des officiers du roi, des princes, des magistrats et membres des tribunaux, de leurs serviteurs, des prêtres des paroisses et des collégiales, des moines et des religieuses, des écoliers, de leurs professeurs, etc., que j'évalue approximativement à environ dix raille, ce qui donnerait une population de trente-neuf raille sept cent soixante-quinze habitants.

Dans ce nombre ne sont point compris les habitants des faubourgs, dont la population serait difficile à déterminer : eu accordant aux faubourgs un cinquième de la population de la ville, on aui^ait quarante-neuf mille cent dix habitants. La ch ionique de Jean de Saint-Victor dit que, pendant cette même année 1313, Philippe le Bel passa en revue tous les Parisiens en état de porter les armes, et il fait monter leur nombre à cinquante raille, ce qui est exorbitant; car, en y ajoutant les femmes, les enfants, les vieillards, il faudrait doubler au moins cette quantité.

Les guerres contre des puissances étrangères, les guerres entre les Français, les troubles, les massacres les supplices , les famines et les maki es contagieuses, qui signalèrent le règne du roi Jean et la régence de son fils Charles, durent causer une diminution notable dans la population de Paris. Tous les faubourgs de Paris étaient brûlés et désertés; il mourait àl'Hôtel-Dieu quatre-vingts individus chaque jour. Le nombre des habitants dut être réduit au moins d'un tiers.

Les famines des années 1315, 13î8.

1351.. 1359, furent excessives : en 1315, un grand nombre de pauvres moururent de faim dans les rues et places de Paris (1).

En 1348, les cimetières de Paris étant devenus insuffisants au grand nombre de morts qu'on y déposait, le prévôt des marchands fut obligé d'acheter un vaste jardin attenant h'^l'hôpital de la Trinité, et de le convertir en cimetière (2).

1er. Tableau moral de Paris.

Les rois mentionnés dans cette période paraissent plus occupés du maintien et de l'accroissement de leur autorité, plus occupés à repousser les atteintes de leurs ennemis, qu'cà réformer les mœurs.

Les principes étaient méconnus, et on ne punissait les criminels que par des motifs d'intérêt ou de vengeance. Enguerrand de Marigny, comte'de Longueville.

avait rem.ph les fonctions de ministre des finances sous Philippe le Bel. Sou ministère offrait une suite de pillages, d'escroqueries, de perfidies et de crimes de toute espèce, qui seraient restés impunis si Ei guerrand n'avait pas eu l'imprudence, ev plein conseil, de donner un démenti au com'e de Valois. Ce prince, irrité, poursuivit le ministre et le fit condamner au dernier supplice. Les Grandes Chroniques de Saint-Denis portent que les pairs et le roi, qui étaient ses juges, refusèrent d'entendre la djfense de cet accusé. « Si K ne lui fut en auc me manière audience « donnée de soy défendre, fors que l'evê- « que de Beauvais, so:i frère, demanda « copie des articles devant dits. »

Il fut, le 30 avril 1315, pendu au plus haut du gibet de Paris.

Si Enguerrand de Marigny était innocent, comment doit-on qualifier ses accusateurs et ses juges?

Le luxe des princes, leurs plaisirs, leurs folles dépenses sont payés par leurs sujets : le dauphin Charles achète divers hôtels pour former son hôtel Saint-Paul: les Parisiens sont forcés d'en débourser le prix ; le roi Jean son père arrive, s'empare de la somme prélevée pour cet objet sur ces ha-

(1) Anliiuités de Paris, par Sauvai, tom. II, pag. 557.

(2) Antiquités de Paris, par Sauvai , tom. II, pag. 557.

nnroir.fc: de

seconde

bitants, elles oblige a pnyer une fois le prix de ces acquisitions.

On a encore à reprocher à ces princes l'habitude d'altérer les monnaies à leur ^ré, et de ruiner ainsi leurs sujets.

On commença alors à qualifier les rois de très redoutés ; ce titre fut, en 1336, donné par Guillaume, évèque de Noyon, au roi Philippe de Valois. Bientôt tous les nobles féodaux se l'approprièrent, tous voulurent passer pour redoutables, et au lieu de mérite réel dont ils étaient dépourvus, substituèrent le faux mérite des qualifications orgueilleuses qu'ils exagérèrent jusqu'au ridicule, jusqu'à la profanation. Ils usurpèrent les honneurs rendus à la Divinité; ils partagèrent l'encens qu'on brûlait sur les autels; ils se parèrent des titres attribués à l'Etre-Suprême. Dieu, depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, a reçu et reçoit la dénomination de seigneur; l'es nobles se sont fait qualifier de seigneurs.

On nomme Dieu Très-Haut, les nobles se sont fait nommer très-hauts.

Dieu est aussi qualifié de Tout-Puissant, les nobles se qualifièrent de très-puissants. Dieu est pour les méchants un être redouté, les nobles ajoutèrent à leurs précédentes qualifications celle de très-redoutés, qualification qu'ils méritaient à cause de leur excessive tyrannie et de leurs incli- l nations perverses. Ainsi, au quatorzième siècle, des hommes presque entièrement abrutis par l'ignorance, l'erreur et les vices, jamais utiles, dont le luxe, leur seul mérite, n'était dû qu'à des violences, des exactions exercées sur le peuple; des hommes avilis par des rapines et des vols sur les chemins, osèrent rivaliser avec le ciel, et se donner les apparences de la Divinité, en prenant le titre de très hauts, très puissants, très redoutés seigneurs.

Toutefois au quatorzième siècle on commençait à mépriser les chevaliers qui vi- Taient de pillage ; on les trouve, dans quelques monuments de ce temps, qualifiés de chevaliers à la proie. Ce mépris détermina quelques seigneurs à charger leurs domestiques de cet emploi. Ils avaient des cou- ^UTs [cursoî'es) chargés de dépouiller pour eux les voyageurs sur les chemins. Ils eurent dans la suite, à la guerre, au nombre de leurs serviteurs, des pillards, dont les fonctions sont suffisamment indiquées par cette dénomination. Les rois avaient aussi leurs chevaucheur?, leurs

preneurs, qui, chaque fois que le prince entrait à Paris après une absence, allaient dans les maisons des bourgeois, et y enlevaient les meubles et les denrées qui s'y trouvaient. J'ai parlé et je parlerai encore de cet usage odieux qu'on qualifiait de droit de prise.

Il est quelques princes qui ne se croyaient pas engagés par leurs serments, et qui les violaient sans hésiter, lorsque leurs intérêts ou leurs passions les inspiraient. Je ne citerai que le dauphin Charles, surnommé le Sage, qui promit authentiquement une restitution au roi de Navarre, une amnistie aux Parisiens, et qui observa très mal ces promesses. Ce prince n'avait pas oublié la bulle de Clément VI, qui l'autorisait à manquer à ses engagements.

Les dames de la cour, en matière de galanterie, n'étaient pas plus édifiantes. On voit trois princesses, qui furent reines, se livrer à la débauche, attirer à leurs amants le plus horrible des supplices. Une d'elles, que l'on croit être cette Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe le Long, était accusée d'appeler les jeunes gens qui passaient sous ses fenêtres, et, après avoir avec eux assouvi sa luxure effrénée, de les faire jeter du haut de la tour de Nesle dans la Seine.

Voici ce que dit Brantôme : « Elle se « tenait à l'hôtel de Nesle à Paris, laquelle, « faisant le guet aux passants, et ceux « qui lui revenaient, et agréaient le plus, « de quelque sorte de gens que ce fussent, « les faisait appeler et venir à soy, et, « après en avoir tiré ce qu'elle en voulait, « les faisait précipiter du haut de la tour « qui paraît encore, en bas, en l'eau, et « les faisait noyer. Je ne veux pas dire « que cela soit vrai ; mais le vulgaire, au « moins la plupart de Paris, l'affirme; et « n'y a si commun qu'en lui montrant la « tour seulement et en l'interrogeant, que « de lui mesme ne le die (1). »

Le poète Jean Second, dans une pièce de vers qu'il a composée sur l'hôtel de Nesle, appuie l'assertion de Brantôme (2). Villon, qui écrivait ses vers au quinzième siècle, dans un temps plus rapproché de l'événement, ajoute son témoignage,

(1) Femmes galantes, de l'attouchement en l'amour^ discours 2^, art. l^r.

(2) Dictionnaire de Bayle, au mot Bundan, note A.

donne quelques détails nouveaux, et nous apprend que les malheureuses victimes de la débauche et de la cruauté de celte princesse étaient renfermées dans un sac, puis jetées dans la rivière. Buridan, qui devint célèbre dins les écoles de Paris, au quatorzième Siècle échappa au piège on ne sait comment; voici les vers de Villon :

Semblableaipni où est la r«>ine Quiro iiiiiuiiila que Buridan Fût jflé Hu ua ►ac en S»-ine (I).

TABLEAU MORAL 89

L'historien Ga^in, qui écrivait au quinzième siècle, après avoir parlé des débauches des trois princesses épouses des trois fils de Philippe le Bel, et de leur châtiment, ajoute que ces dèsoidres et leur suite épouvantable « donnèrent naissance à une a tradition injurieuse à la mémoire de c Jeanne de Navarre, épouse de Philippe « le Bel. Suivant c.^tte tradilion, cette « princesse recevait dans sa couche quel-

Phiîij?|je-Au§usfë ,

5jî>int-LoUl§:

Mounii-e« '"IfS Caoèiiciis, i*^^ i.'i-unc!ie.

« ques écoliers, et pour ne laisser aucune t trace de sa débauche, elle les faisait je- « ter de la fenêtre de sa chambre dans la « rivière. Un seul de ces écoliers, Jean « Buridan, eut le bonheur d'échapper au a supplice qu'il avait encouru; c'est pour- « quoi il publia ce sophisme : Ne craignez « pas de tuer une reine si cela est néces-

(1) Ballade des Danies iu temps jadis, édit. de 1723, pag. 24.

€ saire [Regînam interficere nolite iim^e a bonum esse) (I). "

Gaguin ne conteste pas le fait, le confirme et le développe; mais il se plaint avec raison de ce qu'on l'attribue a Jeanne de Navarre, qui ne vivait pas du temps de Buridan.

La reine coupable de tels excès était

(I) Compendium Roberli Gaguiui , lib. 7j fol. 129, édit. 1507.

plutôt Jennnc de Eourgo'^'^^o, déjà décriée par ses débauches, cont ■ .. jiaine de Buridan, et qui, pendant les iiuit années de soti \euvage, séjourna à rhôtel de Nesle, hôtel qui lui appartenait. Cette reine mourut à Roye, le 21 janvier 1329.

Les personnes environnées de l'éclat de la puissance ne sont que trop bien imitées dans leur conduite, et cette imitation n'était pas alors propre à épurer les mœurs publiques.

Cependant le torrent de l'immoralité rencontrait quelques digues dans les institutions fondées par Philippe le Bel. Ces institutions avaient acquis de la consistance. Le parlement de Paris réfrénait les excès de la féodalité, et l'on trouve dans les registres criminels de cette cour plusieurs exemples de gentilshommes punis avec sévérité pour des vols, des meurtres et autres délits.

Les magistrats qui s'écartaient trop scandaleusement de leur devoir ne restaient pas toujours impunis. En 1320, sous le règne de Philippe le Long, un prévôt de Paris, nommé Henri Tapperel, tenait en prison un homme riche dont les crimes méritaient la mort. Le jour qu'il devait être pendu, ce prévôt, s'étant laissé corrompre par de l'argent, substitua au coupable un pauvre homme innocent, et fit pendre ce dernier à la place du riche. Le prévôt, convaincu de cette iniquité, fut pendu à «on tour (1).

Les écoles se multipliaient: dans la période précédente, il s'était établi a Paris neuf collèges, et celle-ci en vit fonder trente autres L'esprit public se prononçait clairement eu faveur des institutions enseignantes, et faisait espérer mieux.

Mais ces collèges, qu'il ne faut pas assimiler à ceux des dix-septième et dixhuitième siècles, offraient encore de faibles moyens ; ils se composaient chacun d'un principal, de quelques maîtres do-

minant, enseignant , flagellant dix ou douze pauvres écoliers qui n'avaient pour subsister que trois ou quatre sous par semaine, et qui se trouvaient souvent

remplir quelques services avilissants dans les églises, ou chez des particuliers.

Cet état d'indigence et d'humiliation ne diminuait rien de leur turbulence ac-

(1) L'Art pag. 592.

de vérifier les dates ^ tom. I,

coutumée; et TUniversiîé, avec ses privilèges absurdes, se montrait toujours disposée à protéger les désordres des écoliers, et à poursuivre jusqu'à la m.ort les magistrats qui osaient les réprimer.

En 1304, un clerc ou écolier, nommé Pierre le Barbier, convaincu d'assassinat, fut arrêté, jugé et pendu par les ordres du prévôt de Paris. Cet acte de ju-tice causa un soulèvement général dans l'Université. Le recteur fit aussitôt cesser l'exercice des classes; l'official de Paris vit, dans la punition de ce criminel ecclésiastique, un attentat contre ses droits ; et, par une sentence du 7 septembre de cette année, il ordonna, sous peine d'excommunication, à tous les curés de Paris, archiprêtres, chanoines, etc., de se trouver le lendemain à l'église de Saint-Barthélemi.

Là, tout le clergé réuni se met en marche, précédé, accompagné des croix, des bannières, des porteurs d'eau bénite: il se dirige vers la maison du prévôt, l'investit, fait pleuvoir sur les portes et sur les fenêtres une grêle de pierres, et profère à l'envi ces paroles furieuses : « Retiretoi, retire-toi, maudit Satan ; fais réparation d'honneur à ta mère , la sainte Eglise, que tu as déshonorée et blessée dans ses privilèges : puisses-tu, si tu ne répares ton crime, être englouti tout vivant dans la terreavec DathanetAbiron!»

Ces imprécations répétées lurent suivies d'une formule d'excommunication lancée par l'official et le recteur. Ridicule jusqu'alors, le clergé de Paris voulut encore être odieux par ses vengeances ; il demanda la mort du prévôt. Le roi se vit obligé de négocier, et il fut convenu que le prévôt serait dépouillé de sa place: qu'il irait à pied à Avignon pour se faire absoudre de son excommunication ; qu'il demanderait solennellement pardon à l'Université; qu'il baiserait la bouche ne l'écolier pendu ; qu'il fonderait deux chapellenies à la nomination de ce corps privilégié, et lui paierait de fortes ameudes^ A ces conditions, l'Université voulut bien

obhgés de demander l'aumône, ou de consentir à laisser vivre le prévôt, et à re-

prendre l'exercice ordinaire de l'enseignement. Les écoles furent rouvertes à la fête de la Toussaint.

L'Université signala sa suprême puissance par plusieurs actes semblables, et fit prévaloir ses privilèges au mépris de toute justice, de tout ordre public. J'ai

TABLKA

cité un exemple de ce genre, que donna en HOS cette a>so iation de pédants en fureur, à roc.casion des deux écoliers qui furi-nl pendus pour avoir volé et assassiné sur les che-nius. Le prévôt de Paris fat assujetti à des réparations tout aussi humiliantes (!•.

0 1 nourri juger, d'après le fait suivant, de l'état physique des écoles de Paris pendant cette période.

La faculté des arts tenait ses école?

dans 1:1 rue du Fouare. L'Université se plaignit, en 1358, au régent Charles V, de ce qu? cette rue était chique nuit encombrée d'immondices et d'ordures fétides, apportées par des hoiimes malfaisants ; que de plus on enfonçait les portes de l'école, on y introduisait des filles publiques, des femmes malpropres, qui y passaient la nuit, et souillaient de leursexcrénaeuts les lieux où se plaçaient les écoliers ainsi que la chaire du professeur. Sur celte plainte, le régent ordonna qu'il serait établi deux portes aux extrémités de 1^ rue du Fouare, nommée alors du Feurre, et que ces portes seraient fermées pendant la nuit (2).

Cette rue ne fut pas la seule alors qui fût fermée par deux portes ; le besoin de se préserver des brigandages que les écoliers et autres personnes c'onmetiaient dans Paris fit adopter cette précaution par les habitants de plusieurs autres rues: celles •lis Deux-Portes, située entre les rues de -la Harpe et de Haute-Feuille, des Deux- Portes-S:iint-Sauvear, etc., ainsi que la rue des Trois-Portes, place Maubert, etc., doivent leurs noms a une pareille précaution.

Le Pré-aux-Clercs fut encore le théâtre des désordres des étu liants. Un large ci- D3l. appelé la Petite Seine (3), qui s'étendait depuis la rivière jusqu'au bas de la rue Saint-Benoît, abondait en poisson:

les écoliers venaient y pécher. L'abbé de Saint-Germain, après avoir souffert longtemps cette atteinte à ses droits, envoya des gens contre eux ; ils résistèrent : com-

(li Voyez ci-d^sus, article Mathurins.

(2) Ordonnances du Louvre, tom. III, pag. 237. Feurre sigoiâe pa»7/e. Cette rue fat, à ce qu'oa présume, ainsi nommée à cause de la paille dont l'école était garnie, et sur laquelle les écoliers s'asseyaient ou se couchaient.

(3) Voyez ci-dessus, art. Pré-aux-CUrcs,

bat sang'nnt.L'Univprsitéporte ses plaintes au paoe, et va prendre c? prince étranger pour juge : l'abbé de Siint-Germiin, plus régulierdanssa procédure, demande justice au roi. Chaque partie eut son tribunal et son jugement. C'était bien le moven de n'obtenir aucun résultat: mais alors on n'agissait, on no raisonnait pas mieux; et ce n? fut que vingt-sept ans après, en 134o, que l'Université et l'abb-de Saint- Germain-des-Prés parvinrent à s'accorder.

Le clergé de Paris se m-^ntrait aissi déréglé dans sa conduite que l'étaient les membres de l'Université.

Dans cette période, ou trouve plusieurs exemples du penchant des prêtres à envahir insensiblement les biens de? établissements dont l'administration leur était confiée, même les biens consacrés à soulager l'indigence. Les hôpitaux de Saint- Lazare, de la Trinité, de Saint-Jacquesde-l'Hôpital , de Saint-Jacques-du-Haut- Pas, du Saint-Sépulcre, de Saint-Juliendes-Ménétriers, etc., ont été ruinés par des prêtres qui ont détourné à leur profit les revenus destinés aux paa^Tes. On peut en voir la preuve à ces articles, et ajouter riiôpital de Saint-^ervais et cel li des Haadriettes, dont les revenus ont été absorbés par des religieuses qu'on y avait placées pour les desservir.

Ce penchant à envahir le bien des pauvres s'est maintenu longtemps chez les ecclésiastiques; plusieurs ordonnances des rois attestent la continuité de cesenvahissemeDts ; je ne citerai que l'ordonnance de Blois, de1576. qui porte que l'administration des maladreries et hôpitaux ne sera dorénavant confiée qu'à de simples bourgeois, marchands ou laboureurs, et non à des personnes ecclésiastiques ou gentilshommes, etc. (!).

Duret , qui a commenté cet édit de Blois, se demande pourquoi le roi exclut iesecclésiasliques de l'administration des hôpitaux : il trouve dans les œuvres du savant Rebuffe la réponse à cette question. C'e<t, dit ce dernier jurisconsulte, parce que les économes ecclésiastiques apportent beaucoup de négligence dans l'administration des hôpitaux, qu'ils ravissent le bien des pauvres, et en prendraient volontiers sur le baril d'un ladre (2).

(1) Ëdit de Blois, titre 2, paragraphe 45, des Hôpitaux.

(2j Àdvertissement sur Védict de Blois ^

fi HISTOIRE

l£5 (îébDuches, l'avidilé, les fouberics ées prî'tres les avaient fait tomber dans rm iel mépris, qu'ils rougissaient d'avouer letî?* condition diffamée. Le bénédictin hi$îs)TΫn du Languedoc dit, d'après la chronique de Puy-Laurent : « La plupart « èes séculiers méprisaient tellement les « ecclésiastiques, qu'ils disaientpar inipré- « caUon : J'aimerais mieux être prrtre « QU9 d'avoir fait telle chose. Les ecclé- « siasiiquesn'osaientse montrer en public, • h cmse de la haine qu'on leur portait, « et iâchaieut de déguiser leur état en « cachant leur couronne (tonsure), qu'ils « coti^raient avec leurs cheveux de der- » fîèyela tète, etc. (1). »

Xe& »-.urés de Paris ne permettaient pas îms Tx>«ave3ux mariés de consommer le UffiiTia^e avant la bénédiction du lit nuptial, bésédiciion qu'il fallait toujours payer.

Bs exigeaient encore des mariés une «maetion appelée plat de noces. Les cha- WÀnes de Notre-Dame , les abbés de ^snle-Geneviève , le doyen de Saint- ScT3sam-rAuxerrois , percevaient cette s^ssikm sur leurs paroissiens. Ce dernier dirigeait les curés qui lui étaient subordoBnés, tels que ceux de Saint-Eustache, ée Ssiîit-Sauveur, etc., à parlager avec M h plat de noces; et les abbés de Sainte- GfBeviève contraignaient au même par- Î3£Ç k cuïé de Saint-Etienne-du-\îont.

Too-s les curés de Paris refusaient d'en- St^TCT sr, homme qui, avant de mourir, n'as-èW point fait par son testament un les3 a\i clergé. Ceux qui meurent n'ont pa5 tt^us le temps de tester : alors les hén\m3, pour que la sépulture chrétienne c« !<»t pas refusée au défunt, sollicitaient fi^mwe Aine grâce la faculté d'être admis àlesieT à sa place; ce qui, comme on le peBse bien, n'était jamais refusé. Quelquefois les cadavres restaient longtemps ssn» être inhumés, faute d'un legs à Tésike. Alors les parents et les amis faisaient ;a quête pour obtenir une somme capable de satisfaire l'indigne avidité de ces curés; et s'il arrivait que quelqu'un d'eux eût la géBéîosilé d'enterrer un mort qui n'avait pas lesté en faveur du clergé, il était cité d^van-i l'official, qui le punissait de son

«fe 1576, par Jean Duret, édit de 1586, yagr. 129.

|3) Histoire générale du Languedoc, par nn jeli^enx bénédictin , tom. III , liv. 21 , fsg, 123.

désintéressement, comme infracteur aux lois de l'Eglise.

Les évêques de Paris exigeaient des héritiers de toutes les personnes mortes dans ce diocèse, le dépôt de leurs testaments, pour s'assurer s'il n'existait pas quelque contravention, si quelques morts n'avaient pas fraudé les droits (1).

Ouoiqu'à la plupart des cures fussent attachés des revenus en fonds de terre,.' ceux qui les desservaient ne laissaient pas] d'exiger de leurs paroissiens le prix dei tous les actes, cérémonies, sacrements) prescrits par l'Eglise, et de beaucoup) d'autres qu'elle ne prescrivait pas : tels( que les baptêmes, la communion, la confession (2), les pénitences, les messes, les fiançailles, les mariages, l'extrême-onction, les enterrements; puis dans le cours de la vie, on payait encore les offrandes à la messe, les offrandes des premiers fruits, les offrandes des premiers-nés des animaux domestiques, les dîmes ; la bénédictioa du lit nuptial et celle des nouveaux mariés, le lendemain de leurs noces; la bénédiction des chnmps, des jardins, de?

puits, des fontaines, des maisons nouvellement construites; la bénédiction de îa besace du voyageur, la bénédiction des raisins, des fèves; la bénédiction des cuves, des agneaux, du fromage, du lait, du miel ; la bénédiction des bestiaux en temps de peste, la bénédiction du sel que l'on donne aux troupeaux, la bénédiction des armes, des épées, des poignards, des drapeaux; la bénédiction de l'amour, ou la bénédiction du vin que le prêtre faisait boire à deux amants.

Je DOurrais doubler cette nomenclature (3).

h^i curés affermaient les revenus de

(1) Sauvai , Anliquiiés de Paris , tom. II , pag. 628 et suiv.

(2) Voyez le Glossaire de Diicange, au mot Confessio, et celui de Cari>entier, au mètre mot, no 4 : vous y trouverez l'exemple d'un particulier qui est obligé d'emprunter de l'argent pour payer son confesseur à Pâques ; et celui d'une fille de quinze à seize ans, qui consent à se prostituer pour gagner l'argent nécessaire à l'achat d'une paire de souliers et au paiement de son confesseur à Pâques.

(2) On peut consulter les Glossaires d« Ducange et de Carpentier^ à chacun des noms de ces contributions, et surtout au mot BC' nediclio.

TACLS:

lo'irs cures à des pivtres subalterne.^, appMés par dérision dos cusfodiîios, qui, po'ir en tirer plus de profit, inventaient J!;ilie supercheries, instituaient des confréî 'S ( chac|ue éi^lise de Paris en avait plj- "irs), établissaient des reinages, des os à bâton, mettaient à l'enchère le droit • porter ces bâtons à la procession, le >it de posséder pendant un an dans sa ^'KiisDn certaines reliques qui devaient por- '";• bonheur; supposaient la découverte do quelques reliques nouvelles, de quelques images miraculeuses trouvées sous lorro, ou dans des troncs d'arbre, dans rintériear d'une muraille; supposaient des apparitions d'esprits ou des revenants qui de:nandaient des prières, et mille autres supercheries ou fraudes pieuses, qui tendaient à achalandér l'église, à y attirer des offrandes : ils faisaient des dupes chez l'^s habitants des campagnes comme chez les habitants des cours.

Ce trafic honteux des choses saintes fut «'n plein usage jusqu'au milieu du seizième siècle. Alors, par l'ordonnance 'l'Orléans de 1560, il fut restreint, mais n aboli : il a subsisté en partie jusqu'à - jours.

A ces turpitudes le clergé joignait des .:ctos de dévotion fort ridicules. En 1315, des pluies continuelles, accompagp.ées de tVimas, firent désespérer delà récolte. On eut recours aux processions : on en fît une de Paris à Saint-Denis, remarquable jwr l'immense multitude de personnes de tout âge, de tout sexe, qui, accourues de dnq lieues à la ronde, y figuraient les pieds nus.

Il se fit même dans Paris, en cette occasion, quelques processions particulières où Ion poussa le zèle plus loin. Les figurants, à l'exception des femmes mariées, étaient entièrement nus (1).

Lorsque les prélats fulminaient une exsommunication contre un délinquant, et ]ue celui-ci refusait d'acheter son absolution, il était alors, comme autrefois, en usage, pour épouvanter la multitude et lui inspirer de l'horreur contre cette résistance, d'éteindre les cierges, de maudire ic coupable, de jeter par' terre les Evangiles, les images du Christ, de la Vierge, des Saints, deles placer sur des épines, "de tes traiDfr en les frappant autour de l'é-

(1) Cj'iUnuatioChronic. deXangis, aa 131 5. ^:ilejium Dacbery, t. III, p. 70.

glise. Cette pratique, imitée du j;^!^ nisme, quoique prohibée par qoelqojs* conciles, se maintenait encore, et .test maintenue jusqu'à nos jours, sinon dnjL* le clergé, au moins parmi le peuple qjiitf» avait conservé l'ancienne tradition. Oa sait que, dans plusieurs villages de Francf les habitants accablaient de reprodies et d'injures, jetaient dans les rivières la £i»tue du saint qui n'avait pas eu assez dn vertu pour protéger leur récolte contre hîs intempéries des saisons.

Les conciles contiennent des témoigoages irrécusables de l'état des moeurs du clergé, et ceux de c^tte période en préseatent un tableau très peu édifiant. Les prélats et les prêtres subalternes étaient ordinairement vêtus en habits séculiers, por^ talent l'épée, joutaient dans les tourûots/ fréquentaient les cabarets, entreLenaiest des concubines.

Les prêtres et les curés occupaient de» emplois judiciaires, prêtaient à asure, s'adonnaient à la débauche et aux excès de la table. Dans certains diocèses, kf grands vicaires vendaient la permisskjn de commettre l'adultère pendant l'espace d'une année; dans d'autres on pouvait acheter le droit de forniquer impunéniîot. dans tout le cours de sa vie ; l'acheteur en était quitte en payant chaque aiia'laî â l'oftlcial une quarte de vin, et, lorsque l'âge le rendait incapable d'user de ce privilège, il n'en était pas moins tenu de payer la taxe.

La cour de Rome, par ses exemples et ses permissions fiscales, autorisait ces désordres. L'histoire de l'abbé Velly, d'oh. ces traits sont tirés, en fournit d'aulnsi qui achèvent le tableau. « Le canon âà « BUectissimis, dit-il, en exhortant à b « pratique de cet axiome : Tout est cooê' « raun entre amis, n'en excepte pas mèaïc « les femmes ; l'adultère et la fornicatba^ « qui, suivant l'auteur de la Glose^ soot « de légers péchés que les Français appel- « lent bonne forlune : Sixte IV, sollicité « de permettre le péché infâme pendilla « les trois mois les plus chauds de l'aeeè^, « mit au bas de la requête : soit fait jiasé « qu'il est requis (1). «

Je dois dire que l'abbé Velly cite cesdierniers détails avec l'expression du doute^txpression convenable à son temps et à son éJal.

{I) Histoire de France, par l'abbê VcBf . VII, p. 10, 11,12.

irSTOÎRE DE PARTS

Ces fausses idées de la religion chrétienne, ces faux principes, ces exemples de corruption devaient exercer une funeste influence sur la morale publique. A ces désordres se mêlaient des pratiques absurdes : on imitait les cérémonies indécentes du clergé, comme on imitait l'indécence de ses mœurs.

J'ai parlé des processions où figuraient à Paris des personnes entièrement nues.

De pareilles nudités étaient ordonnées par les tribunaux, ils condamnaient les accusés des deux sexes à suivre les processions, presque nus, et à porter dans leurs chemises, leur unique vêtement, des pierres enchaînées. Quelquefois on les condamnait à paraître en public entièrement nus (I). Je ne citerai qu'un seul exemple qui n'a jamais été publié.

Agnès Piedeleu, femme publique, tenant un lieu de débauche dans la rue Saint-Martin, indisposa contre elle les bourgeois de cette rue; ils s'en plaignirent au préyôt de Paris, qui ordonna à cette femme de déloger de la rue Saint INIartîn, et d'aller habiter dans un autre quartier.

Cette femme, furieuse, voulant se venger du prévôt, l'accusa de plusieurs crimes, et produisit même, à l'appui de son accusalion, de faux témoins reconnus pour tels. Le parlement, au mois de février '1373, sur les conclusions de l'avocat du roi, condamna Agnès Piedeleu à être menée par la ville, toute nue, et n'ayant qu'une couronne de parchemin sur la tète. Sur cette couronne était écrit ce mot, faussaire : elle fut en cet état conduite au pilori, situé aux Halles, y resta pendant deux heures, exposée aux regards du peuple, et puis fut bannie de Paris et du royaume (2).

Mais c'est trop s'arrêter sur ces tableaux d'erreurs, d'aveuglement et de dissolution : passons aux usages, et envisageons les mœurs sous une autre face.

On a vu dans le récit des orages politiques qui se manifestèrent à Paris, pendaiit la prison du roi Jean, que l'usage du cou\re-teu était établi dans cette ville.

(1) Voyez le Glossaire de Ducange, aux mots Processiones imblicœ, Villuniœ^ Lapides catenatos ferre, Putagiuniy et le supplément dudir Glossaire, par Carpentier, aux mots Âpprobaïus^ Forus, Nxticœ, etc.

(2) Registres criminels manusrrils du parlerhent^ registre coté B.

C 'Ue loi gênante, qui assujettissait les Parisiens à des règles à peu près monastiques, fut sans doute établie pour prévenir de grands désordres. A huit heures du soir, en toute saison, au son de la cloche dé Notre-Dame, toutes les lumières devaient s'éteindre. Sauvai ajoute, d'après le L^yr^- Ff^i^t du Châlelef, qu'au son de la même cloche, toutes les femmes publiques étaient tenues de sortir des lieux affectés à leur débauche.

Les guerres privées , prohibées par les ordonnances de Philippe le Bel, devinrent, plus rares; et ce ne fut qu'en transgressant les lois que la noblesse maintint cette barbare et déplorable coutume.

Encore autorisés par la routine et par quelques lois, mais rarement consentis par la cour du parlement, les combats judiciaires ou gages de bataille étaient en vigueur. Les seigneurs, et surtout les seigneurs ecclésiastiques, qui percevaient des contributions pécuniaires sur ces combats, entretenaient toujo irs leur champ clos ou leur lice. A Paris, l'abbé et le monastère de Saint-Germain-des-Prés conservaient, et conservèrent encore longtemps leur lice ouverte à tous ceux qui venaient pour s'y faire tuer ou estropier. Ce fut dans cette enceinte, et monté sur l'estrade où se plaçaient les juges, qu'en 1337 Charles le Mauvais, roi de Navarre, comme je l'ai dit, harangua les Parisiens (I).

Le prieur et les moines de Saint-Martindes-Champs avaient aussi leur champ clos, situé sur l'emplacement du précédent marché Saint-Martin. Ce fut là que, le 29 décembre 1386, en vertu de l'autorisation du parlement, se donna un combat fannux entre Jacques Legris, écuyer, et Jean (Jarrouges, chevalier; combat où le vaincu, déclaré coupable par la brutale jurisprudence du temps, fut dans la suite manifestement reconnu pour innocent.

Les délits les plus communs de la féodalité, c'est-à-dire les meurtres, les vols, les brigandages et les rébellions, quoique assez vivement réprimés par les cours de justice et par celle du parlement, désolaient encore la classe utile de la population.

Voici quelques-uns des nobles qui, pendant cette période, furent punis de leurs crimes.

Le sire Jourdain de l'Isle, chevalier, fut, le M mai 13^3, pendu au gibet de Paris.

(1) î'oj/?ï ci-dessus. El'i! cii-iî de Paris.

TABLEAU MORAL

Bobort d'Artois, comte de Beaumont, en 1337, fut banni du royaume.

Hannot et Pierre de Leans, dit de Villiers, ayant assassiné, dans l'éalise d'Estrevi!le,'lD demoiselle Péronne d'Estreville, furent, en 1332, pendus à Paris.

Jour dan Ferron, damoiseau, fut condamné, en 1333, a être pendu.

Mathieu de Houssaie , chevalier, fut, en 4 333, condamné d'abord au gibet, et ensuite à être noyé avec ses complices.

Onze gentilshommes, accusés d'avoir, !

en 1334, assassiné Emeri Déranger, furent longtemps détenus au Chàtelet de Paris, et suppliciés dans la suite.

Godmard de Foy , chevalier, bailli de Vitry et de Chaumont, dont la tyrannie excessive avaii soulevé tous les habitants de ces bailliages, fut, en 1335, poursuivi par la cour du parlement.

Messire Adam de llordain, chevalier, subit, en 1348, le supplice de la potence.

Geoffroi de Saint-Dizier, chevalier, eut, le 24 mars 1349, le poing coupe, pour avoir maltraité un servent du roi.

Raoul, comte d'Eu et de Guignes, fut.

le 9 novembre 1330, décapité, pour trahison et méfaits, etc.

Celte courte esquisse suffit pour prouver que la noblesse n'était point alors un titre à l'impunité.

A cette esquisse des mœurs et habitudes des seigneurs, joignons quelques traits qui peignent celles de leurs dames.

Une pièce de vers, qui appartient évidemment à cette période, contient quelques détails que je vais reproduire. L'auteur donne aux dames de bons conseils, • ' ;i de parler modérément, de fuir l'oril et la fierté, de ne point trotter ni

..lir en allant a l'église, de saluer ceux qu'elles rencontrent en chemin, et même 'ie rei.dre le salut aux pauvres gens.

Gardez-vous, leur dit-il, de permettre i aucun homme d'introduire la main dans re sein : votre mari seul en a le droit. -t pour servir d'obstacle à cette privante qu on a inventé les affiches , c'est-à-dire les épingles ou agrafes, dont l'objet était de rapprocher et de contenir ie vêtement de la 1 oitrine, de manière à ce que la main ne pût y avoir un accès trop facile.

Il recommande aux dames de ne point souffrir le baiser sur la bouche, et s'étend aisez longuement sur ses suites dangereuses.

Il ne veut point qu'elles regardent les hommes avec trop d'affectation, ni qu'elles se vantent de l'amour qu'elles leur ont inspiré.

I! blâme dans les dames leur habitude de découvrir leur gorge , leurs jambes et même leur côté. Cette dernière nudité, inconnue à la coquetterie moderne, résultait de la forme des habits de cette époque. Voici le passage de l'auteur :

De ce se fet dame blasnier

Qui seul (l) sa t):jncLe char monslier

A ceux de^qiii n'e^l pas privé*».

Autun<» ksse df-ffeuiéc

Sa poiir:i:e, i^oiir ce c'; n voie

Coniiiie feieiunni sa charltlanclioie :

Une autre lesse tout de gié

Sa ih3r apiiaroir au costé ;

Une de ses jambes trop 'lescue\re,

Pi udlijm ne loe pas ce»te œvrc.

L'auteur prescrit aux dames de ne recevoir des hommes, en présent, aucun joyau, à moins que ce ne soit de la part d'un parent bien intentionné; alors seulement elles peuvent accepter sans blâme et sans danger :

Bele corroie, ou biau coulel, Aumasniere (2), affiche ou aiiel.

L'auteur se récrie ensuite contre les femmes impérieuses, hau'aines, colères, vindicatives, qui querellent souvent et maltraitent ceux qui sont sous leur dépendance. Il s'arrête longuement sur ces vices auxquels il paraît que les dam.es de .son temps étaient fort sujettes.

Il lejr recommande aussi de ne point jiîrer, et surtout de ne point boire 'avec excès. Une dame, dit-il, perd talent, esprit, beauté, lors4u'elle est dans l'ivresse:

Fi de la dame qui s'enyvre, Ele n'est pas digne 'ie vivre; Cil vilains viscea est iro,» granz, A Dieu et au siêcLe puuuz.

Les dames, dit-il, devant lœ grands seigneurs, ne doivent point voiler leur visage. Elles peuvent se le couvrir quand elles montent a cheval ou qu'elles vont à l'église ; mais, en y entrant, elles doivent le mettre en évidence, surtout devant les gens de qualité.

Etantal'églisf , ^, ^

dame de regarder de côté et d'autre, d'y parler et d y rire avec éclat ; elle doit se

(1) Seut, solet, qui a coutume de, etc.

(2j Chaque dame portait une aurtônière, qui consistait en un sac pendu à sa ceinture, ou en une grande l>ourèe ordinairement ornée de broderie?.

s 6 HISTOIRE

lever à l'Evangile , faire courtoisement le signe de la croix , aller à l'offrande sans rire et sans plaisanter. Au moment de l'élévatioa, il lui convient de se lever, puis de s'agenouiller et de prier pour tous les chrétiens. Du reste, l'auteur prescrit à la dame de réciter par cœur ses prières , et, si elle sait lir.e, de prier dans son psautier. Une dame courtoise doit saluer grands et petits au sortir de l'église.

Celle que la nature a douée d'une belle \oix ne peut refuser de chanter lorsqu'on l'en prie.

La propreté est nécessaire aux. dames.

C'est pour elles une obligation de se couper les ongles.

11 n'est pas décent à une dame de s'arrêter en passant devant la maison des voisins, de regarder dans l'intérieur ; il s'y fait souvent des choses que ceux q:ii l'habitent ne veulent pas faire connaître.

Si vous allez, ajoute-t-il, visiter une personne, il ne faut pas entier brusquement dans sa maison , ni la prendre au dépourvu ; mais il faut annoncer votre ve- Tiue en parlant ou en toussant.

A table, une dame ne doit ni trop parler in trop rire; si elle est polie, elle tournera devant les personnes de sa compagnie les meilleurs et les plus gros morceaux, et ne les choisira point pour elle.

Chaque fois qu'une dame a bu du vin, il lui convient d'essuyer sa bouche ; mais elle serait blâmable si elle essuyait son nez ou ses yeux avec la nappe.

Qu'elle fasse attention, en mangeant, à ne pas trop engluer ses doigts (1;.

Il paraît que les grandes dames d'alors étaient en usage de lutter avec des hommes. L'auteur que j'extrais recommande à celles qui ont mauvaise haleine d'éviter les bai- .sers qu'on pourrait leur donner pendant cet exercice, parce que l'odeur de la bouche est d'autant plus forte qu'on est plus échauffé par une action violente :

Qii'i^n liiihiiil ne vous bese nus, Qar m:iii\e:>eodor grieveplus, Q.iam vous tsles plus escliaufée, Sachiez, c'est vêrilé provée.

L'auteur ne veut pas que les dames s'accoutument à mentir et à voler. Enfm , il établit des règles de galanterie , enseigne

(1) Alors ou portait les morceaux à la touche avec les doigts, l'usage des fourchettes ne s'est introduit que sous le règne de Henri III.

Pabi». — Typographie Lagocc, me SQuftlot, i&

aux dames les formules les plus usitées dans les déclarations d'amour, et les réponses qu'elles doivent y faire (1).

On peut induite de cette pièce de vers que les dames nobles étaient sujettes à se livrer aux excès de la colère, habituées à tourmenter par des qu. relies ou de mauvais traitements leurs domestiques ou leurs maris; qu'elles juraient, qu'elles s'enivraient, mentaient, volaient, luttaient avec les hommes, et poussaient'lâ coquetterie jusqu'à exposer aux regards du public leurs jambes, leur gorge nue, el leur» côtés découverts.

Ces désordres étaient alors en vigueur; car cet écrivain n'aurait pas déclamé contre des abus et des vices qui n'existaient pas : on ne recommande point d'observer des vertus et des bienséances qui sont d'un usage général.

Une pièce de vers, intitulée tes Crieries de Paris , composée par Guillaume de la Ville-Neuve, contient, sur les mœurs et usages des habitants, des traits dignes d'être recueillis.

Chaque jour , depuis le matin jusqu'au soir, des criems parcouraient les rues de Paris, dit noire auteur, et ne cessaient de braire. De grand matin on entendait ceux qui venaient inviter les Parisiens à se baigner; ils annonçaient que le bain était chaud, qu'il fallait se hâter.

Quelques personnes étaient-elles décèdées, un homme, vêtu de noir, armé de sa sonnette , faisait retentir les rues de ses " sons lugubres, et criait : « Priez Dieu pour les trépassés (2). »

Quelquefois on criait le ban du roi : c'était un ordre donné aux Parisiens de se préparer à marcher à la guerre.

{\] Le chastiment des dames ^ par Robers de Blois; Fabliaux de Barbason édit. de Méon, t. II, p. 184.

(2) Cet usage, qui subsistait dans plusieurs villes de France, s'est maintenu dans celle de Paris jusqu'au règne de Louis XIV: Sai it-Amand en parle ainsi dans sa pièce intitulée la Nuit :

Le c'ochtleur des irespassés

Sonnant de rue en rue, De frayeur rend les cœurs gla-^^és.

Bien (juc Ifur corps en sue; Et mille cliiens oyant b.i triste voix Lui répondent â lollg^ al)oi«.

Lugubre counier du dtslin, tU'roi des àuies làchts, Que si souveui. .-oir et malin.

Et m'esveil.e et me faciie:>; Va '.ire ailleu'», i: g aiice d<; démon, Ijii v.i.n et iruiii jue sermou.

TABLEAU

Les ciieurs de comestible.?, volailles, Icgumes, fruits, étaient les plus nombreux.

Parmi les poissons de mer figuraient le hareng frais le hareng saur, le vivet ou la vive, le merlan frais et salé, et un oiseau de mer appelé l'alètes.

Le poisson d'eau douce se bornait à celui qu'on péchait dans les étangs de Bondi : il est ici désigné sous la dénomination de poisson de Bondi.

On criait aussi la volaille, qui con?ista^ en oisons et pigeons.

On vendait dans les rues de la cba'ufraîche et de la chair salée, des œufs et du miel.

Les légumes étaient plus nombreux; ils consistaient en ail et en sauce d'ail appelée aillie (1) ; en pois pilt'^s, ou en pur''e de pois toute chaude; en pois fricassés, qh cresson et en cresson alenois, que l'auteur

Ancien Pont-au-(

ige.

liomme cresson orlenois; en fèves chaudes et en fèves qui se mesuraient à l'écuelle: en Ognons, cerfeuil, pourpier, poirette. poireaux, navets, anis, échalotes d'Etampes.

^ Les fruits criés dans les rues de Paris n'auraient pas aujourd'hui grande faveur. Telles étaient des poires de Chaillou ou Caillot, des poires d'Hartivel dites aujourd'hui de Hartiveau, des poires de Saint- ! Rieul, des poires d'Angoisse, la plupart ! connues par leur àcreté ; des pommes de ' Rouyiau ou de Calville, des pommes rou- 1 ges dites Blanduriau d'Auvergne ; un fruit appelé jorroises, aujourd'hui jarosse, ou !

II DULAURE

graine de la gesse chiche qu'on fait griller pour la manccr, et descormilles ou cofrr.es, fruit du cormier; des alises, psti'es et mauvaises poires: des prunelles des haies, des netles, des fruits d'églantier. Nos aïeux n'étaient pas délicats. On criait aussi des

(l) Dans ces temps anciens, l'ail était d'un grand usage ; on en frottait le pain qu'on mangeait, on en mettait dans tous les aliments. Alors tont ce qui excitait nne sensation forte, les fruits acides et acres, les légumes enflammants étaient fort en vogue.

noix fraîches, des cerneaux, des châtaignes de Lombardie, des raisins de Mélite ou de

Malte. , , , ^ .

Les boissons criées dans les rues de Pans consistaient en vin dont le plus cher s'élevait jusqu'à trente-deux deniers la pinte, ou plutôt la quarte, environ trois sous, et le moins cher à six deniers. On criait aussi du vinaigre, et du vinaigre a la moutarde, du verjus et de l'huile de noix.

Des aliments préparés, des pâtisseries étaient pareillement criés dans les rues ; des pâtés chauds, des gâteaux, des galettes, des échaudés, des flans, des oublies renforcées, des gâteaux à fèves, des tartes, des siminaux, espèce de pâtisserie. On criait aussi des roinsoles ou couennes do cochon grillées.

Des particuliers parcouraient aussi les rues, et offraient, en criant, leur service pour raccommoder, recoudre les vêtements déchirés : tels que la cotte, la chape, le surcot, le mantel, le pelisson , d'autres achetaient de vieilles bottes et de vieux souliers',ou les réparaient ; d'autres criaient : chapeaux! chapeaux!

Quelques-uns s'offraient pour relier les cuviers, les hanaps, pour polir les pots d'étain ; ceux-ci vendaient des treillis en fils d'archal, de la chandelle de coton, des mèches de jonc pour les lampes, du vieux fer, du jonc frais, du savon d'outre-mer; ceux-là criaient noél, noël, crie de joie. S'il arrivait quelque malheur à des habitants, on les entendait, à leur porte, crier :

Cels lieiis-je por bons pornpors.

Ans frères de Saint-Augustin (1)

icil vont criant par malin :

Du pain aus sas (2), pain ans barrez [Z\\

Ans povres prisons enserrés (4):

A cels du Val-des-Ecotiers (Si;

Li uns avani, li autres an ier.<.

Aux fièros des pics dcmandenUC),

YA lie croisié pas nés alan-lent (7),

A pain crier mêlent grand peine.

El li avugleii liauie alaine,

I1n pain à cels de Champ porri !8).

Dont niouli souvent, sachiez, me ri.

Les Bous-Eiifans orrez crier lOj :

Du pain, nés venil pas oublier.

Les Filles-Dieu savent bien dire

Du pain pour Jhesu nosLre sire.

Ça du pain, por Dieu, aux sachesses (10),

Par ces rues sontgranz les presses (il).

A ces cris qui peignent le tumulte d Paris, aux rues puantes, étroites et tortueuses de cette ville, joignons quelques traits qui caractérisent la déraison, les croyances de ses habitants à l'égard des opérations magiques.

Philippe le Long, dans une lettre adressée au comte de Nevers, le 6 octobre 1317, lui recommande la punition prompte et sévère d'un nommé Hugues de Boisjardin, écuyer, qui s'était réfugié dans son comté ; ce gentilhomme, suivant cette lettre, « tant - par invocation et commerce de diable, comme par aucune voie défendue, et vœux de cire, baptisés de mauvais prê- « très, » tendait à faire mourir Géraud, jadis sire de Saint-Vérain, cousin de Gé-

très avidcc,

Aide Dieu de maïsté, ! Com de mal beure je suis nez 1

Com par sui or mal assenez !

Le prix de plusieurs objets offerts en vente était souvent un morceau de pain. Le sac de charbon ne coûtait qu un denier.

De« meuniers parcouraient les rues, et >. demandaient à grands cris si l'on avait du \ blé à moudre. , ^ ,

Les cris que faisaient entendre tous les \ matins les écoliers, les moines, momesses, l les prisonniers et les aveugles des Quinzel Vingts doivent être particulièrement rel marqués : ils demandaient tous l'aumoue. 1 Voici comment notre auteur les fait parler ;

J Aus frères de Saint-Jacques pain (1),

: Pain, por Dieu, aus frères menors (2) ;

11) Les religieux Jacobins de la rae Saint- Jacques.

2) Les religieux CorMiers ou frères mi-

7}eurs, qui sont, dit l'auteur, très disposés à prendre.

(1) Les Àugustins.

(2) Les frères sachets ou du sac.

(3) Les Carmes.

(4) Les prisonniers.

(5) Les étudiants ou les chanoines de la Couture-Sainte -Catherine, rue Saint-Antoine.

(6) Les Guillemites, qui succédèrent aux Blancs-Manteaux.

(7) Les chanoines réguliers de Sainte- Croix-de-la-Bretonnerie, qu'on nommait porle-croix, croisiers.

(8) Ces aveugles sont ceux des Quinze- Vingts, dont la maison était établie sur un terrain nommé Champ-Pourri.

(9) Les Bons-Enfants étaient les écoliers des collèges qui allaient chaque matin quêter leur pain dans les rues. Deux collèges de Paris ont porté pendant longtemps le nom de Bons-Enfants. ^ ^

110) Sachesses, espèce de religieuses, du même ordre que les frères au sac.

(11)165 Crieriesde Paris ;Fabliaus de Bar- 6aan, édition de Méon, t. II, p>

TABLEAU

raid de Chàtillon, ainsi que plusieurs autres personnes de la famille dudit comte de Nevers.

Lorsqu'on voulait estropier, faire languir ou mourir un individu dont on ne pouvait facilement approcher, on composait un vœu ou volt, et on l'envoultait (1). Voici en quoi consistait l'envoultement.

On fabriquait une image en limon, le plus souvent en cire, et, autant qu'on le pouvait, on la façonnait k la ressemblance de la personne à laquelle on voulait nuire ; de plus, on donnait à cette image le nom de cette personne, en lui faisant administrer par un prêtre, et avec les cérémonies et prières de l'Eglise, le sacrement de baptême; on l'oignait aussi du saintchréme. On proférait ensuite sur cette image certaines invocations ou formules magiques.

Toutes ces cérémonies terminées, la figure de cire, ou le volt, se trouvant, suivant l'opinion des fabricateurs. en quelque sorte identifiée avec la personne dont elle avait la ressemblance et le nom, était à leur gré torturée, m^utilée, ou bien ils lui enfonçaient un stylet à l'endroit du cœur. On était persuade que tous les outrages faits, tous les coups portés à cette figure, étaient ressentis par la personne dont elle portait le nom.

En 1319, Marguerite de Belleville, magicienne de Paris, dite la sage-femme, déclara au parlement qu'une demoiselle (femme noble), nommée Meline la Henrione, veuve de Henrion de Tartarin , épouse en secondes noces de Thévenin àd La Lettière, chevalier, était venue lui demander une chose pour faire périr son mari. Marguerite de Belleville lui répondit qu'elle s'en occuperait, et que son mari, qui allait aux joutes et tournois, tomberait mort de son cheval: elle ajouta que cette demoiselle, surprise par son valet, fut effrayée, et jeta la chose. Ce qui l'empêcha d'en faire usage.

Quelque temps après, la demoiselle Méline vint de nouveau s'adresser à Marguerite de Belleville : elle s'était adjoint un prêtre nommé Thomas, chapelain de Marcilly. Tous trois com.posèrent contre le mari de Meline un volt. Le prêtre baptisa

(1) Voyez, sur ce sujet, les Glossaires de Ducange et de Carpentier, aux mots Invultare, VultivoU, Vuîiure, Vuîtuarioi, Imaginatio, l'otum, Bajitizaie, *\a.

ce volt, et lui oignit le front avec du saintchrême; il décinra que le volt ne vaudrait rien si on ne l'oignait trois fois du saintchrême ; la demoiselle Méline répondit quj son mari en avait assez, etc.

Méline la Henrione revint une autre fois chez la magicienne Marguerite de Belleville: elle y parut accompagnée de plusieurs p?r50nnes : d'un ermite appelé frère Regnaud, demeurant a l'ermitage de Sain t- Flavy, près Villeraort en Champagne; d'un religieux jacobin , du couvent dé Troves, nommé Jean Dufay, et d'une femme, dite Perrotte la Baille de Poissy. ou femme du bailli de ce lieu. Tous les cinq, d'après la demande de Guischard.évèque de Troves, concoururent à la composition d'un volt^ dans le dessein de faire mourir la reine Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe le Long (1).

Le volt fait, le frère jacobin le baptisa, et lui donna le nom de Jeanne : la femm:- Perrotte fut la marraine.

La magicienne Marguerite de Bellevijîe déclara qu'elle ignorait d'abord la personne contre laquelle se faisait le volt, qu'elle n'en fut instruite que quinze jours après. Elle déclara aussi qu'elle était charmeresse.. qu'avec certaines paroles elle faisait troor^' ver les objets perdus. Elle fut mise dansles prisons du Ghàtelct. On ne trouve point quel fut son châtiment i2i.

Depuis le douzième siècle jusqu'au rèsne de Louis XIII , les monuments historiques offrent des exemples assez nombreux de cette pratique absurde, criminelle et empruntée du paganisme, pratique qui jamais ne produisait l'effet désiré, mais au succès de laq»jelle on ne cessait d'ajouter foi, parce qu'il était plus facile, plus flatteur pour les ignorants, de croire à r e prétendues merveilles que de les soumettre à un examen.

On trouve plusieurs opérations pareilles mises "fen usage pour nuire à des personnes ennemies. Par exemple, sous le règne de Philippe de Valois, maître Robert Langlois

(1) Voyez, sur cette affaire de Tévêque de. Troyes, la Chronique de Guillaume de Nangis, aux années 1308, 1313. Ces: cette même Jeanne de Bourgogne qui, de sa tour de Xesle, faisait jeter les écoliers dans la Seine. Voyez ci-dessus.

(2) Registres criminels du parlement de Paris, registre coté 5, commençant en 1339,

let naissant en 134i, fol. 127.

et deux moines allemands qui demeuraient à Saint-Bernard ou collège des Bernardins, conspirèrent contre la vie de ce roi et celle de la reine son épouse, par mauvais art et invocation du diable. Ils espéraient faire venir ce roi et cette reine dans un cerne ou cercle qu'ils avaient tracé dans le jardin de la comtesse de Valois. Un nommé Hennequin-li-AUeman, qui, instruit de ces faits, ne les avait point révélés à la justice, fut emprisonné à Saint-Martin-des-Ghamps, et, à la fin de décembre 1340, exposé au pilori (1).

Les supplices étaient variés : on pendait souvent les voleurs, les meurtriers et les faussaires, très nombreux pendant cette période ; on coupait les oreilles aux filous, on les faisait fouetter; on marquait certains criminels avec un fer chaud, non sar l'épaule, mais à la joue ou au front. Tous les crimes étaient arbitrairement punis ; aucun code ne réglait la conscience des juges.

Paris, en 1313, pendant les fêtes de la Pentecôte, fut le théâtre d'une fête qui surpassa en somptuosité toutes les fêtes passées. Philippe le Bel invita Edouard II, roi d'Angleterre, et son épouse Isabeaude France, à y assister. Les princes et les seigneurs du royaume y étalèrent à l'envi la magnificence de leurs harnais, de leurs habits ; ils en changeaient jusqu'à trois fois par jour. Le roi de France reçut ses trois fils chevaliers. Cette cérémonie fut suivie de tournois, de festins et de spectacles qui se donnèrent à l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés , sous des tentes. On représenta le paradis et l'enfer, diverses sortes d'animaux, et la procession du renard (2).

Cette procession offrait des scènes satiriques que Philippe faisait jouer par le peuple de Paris, pour ridiculiser ou diffamer le pape Boniface VIII. « Un homme « vêtu de la peau d'un renard mettait par t dessus un surplis, et chantait l'épître « comme simple clerc. Ensuite il paraisse sait avec une mitre, et enfin avec la tiare, « courant après les poules et poussins, les « croquant et les mangeant pour signifier

[1) Registres criminels du parlement de Paris, registre coté 5, commençant en 1339, et finissant en 1344, fol. 127.

(2) Historia Eccks. Paris, auctore Dubois, tom. II, pag. 532,

« les exactions de Boniface VIII (1).«

Le jeudi suivant, Paris fut encourtiné, disent les Chroniques de France, c'est-àdire que l'on tendit des rideaux le long des rues. Les bourgeois et les corps de métiers de Paris, les uns à pied, les autres à cheval, vêtus de robes neuves, avec de riches parements, se dirigèrent, au son des trompes, taborins, buisines et menestriers, vers l'île de Notre-Dame (île Saint- Louis) et y entrèrent, par un pont de bateaux], à grande joie et à grande noise (bruit) et en bien jouant de très beaux jeux (2).

Le roi et toute sa suite, placés aux fenêtres du palais, qu'il venait de faire réparer et agrandir, jouirent de ce spectacle.

A la joie de cette fête succéda la tristesse. Les princes et seigneurs se rendirent en l'île de Notre-Dame. Nicolas, légat du pape, y prêcha une croisade : ce qui n'était pas gai.

Philippe le Bel conduisit le roi d'Angleterre et son épouse à Pontoise. Pendant la nuit, le feu éclata dans la chambre où couchait ce monarque étranger ; lui et son épouse eurent à peine le temps de se sauver en chemise : tout leur mobilier fut la proie des flammes.

Les Parisiens, suivant l'usage, payèrent les frais de la fête ; le roi, à l'occasion de la nouvelle chevalerie de son fils aîné, leva sur eux une imposition considérable dont j'ai parlé (3).

Sous le règne de Philippe VI, vers l'an 1346, les écrivains commencèrent à reprocher aux Français le changement des formes de leurs habits. < Dans ce temps- « là, dit un de ces écrivains, les habits « étaient très différents. En voyant les « vêtements des Français, vous les auriez « pris pour des baladins. Cette nation, « journellement livrée à l'orgueil, à la dé- « bauche, ne fait que des sottises; tantôt « les habits qu'elle adopte sont très larges, « tantôt ilssonttrop étroits. Dansun temps « ilssonttrop longs, dansun autre ils sont « trop courts ; toujours avide de nouveauté, « elle ne peut conserver pendant l'espace

(1) Essais historiques sur Paris, par M. de Saint-Foix, t. V, p. 54.

(2) Chroniques de France, vol. 2, fol. 144 verso.

(3) Votjez ci-àQRSViS, Etat civil de Paris.

« de dix années la même forme de vèle- « ments il). »

Les changements de modes furent dans la suite beaucoup plus rapides.

L'enseignement, la culture des lettres et même la raison firent, pendant cette période, quelques progrès. Les institutions de la barbarie perdirent un peu de leur crédit. Par l'énergiç de Philippe le Bel, la I féodalité fut humiliée, assujétie à des lois. j Le royaume obtint, pour la première fois ■ depuis les commencements de la troisième race, une organisation générale. Le parlement fut sédentaire, et'devint une institution fondamentale de l'Etat.

Quelques découvertes, quelques arts nouveaux, sans être fort utiles à la société, étendirent, pendant cette période, les limites des connaissances humaines. La plus notable de ces inventions est celle de la poudre à tirer et des canons, dont usage se répandit bientôt dans toute l'Europe. L'art de détruire les hommes fit des progrès plus rapides que l'art de les conserver (2).

La langue française était pauvre, grossière et sans pudeur. 11 est des expressions que, depuis quelques siècles, la décence a bannies des conversations et des écrits. Ces expressions, pendant cette période et dans la suite, se trouvent non-seulement dans les poésies des troubadours ou trou-

SOLS CHARLES V j^,^

vères, dans les contes ou fabliaux, mais aussi dans les compositions plus graves, telles que des histoires écrites par des ecclésiastiques. Lorsque Le Moinj, auteur des Chroniques de France, décrit le supplice de deux frères, Philippe et Gautio" d Aunay, qui furent écorchés vifs et pendus a Pontoise, accusés d'être les amants favorisés de deux princesses de France fi)lorsque le chanoine Froissart parle du supplice de Hugues le Despensier fils {%), et lorsque Jean d'Autou, prêtre, dans son histoire de Louis XII, décrit une naissance monstrueuse (3), ils emploient, pour désigner certaines choses, les mots les plus grossiers et les plus choquants pour des oreilles du dix-neuvième siècle. On ignorait alors l'art des circonlocutions.

Le peuple sentit, pour la première fois, la pesanteur du joug dont il était accablé ; et pour la première fois, à Paris, depuis l origine de la monarchie des Francs, il essaya de le secouer. Une lutte s'engagea entre la classe des oppresseurs et celle des opprimés, entre celle qui détruit et celle qui produit. Cette tentative, dont je n'examine point ici la justice, ne fut pas plus heureuse pour le peuple ; mais elle prouva qu il avait déjà le sentiment de ses droits et de sa triste condition ; elle prouva qu'il était animé par un esprit public jusqu'alors inconnu dans cette ville.

PÉRIODE IX

PARIS DEPUIS LE RÈGNE DE JEAN JUSQU'A CELUI DE FRANÇOIS I« I. Paris sous le règne de Charles V.

Le roi Jean étant mort à Londres le 8 avril 1364, la couronne de France échut

(1) Com^pendium Roberti Gaguini, lib. 8, fol. 144 verso.

(2) Le plus aucien monument qui atteste l'usage de la poudre et du canon en France est dans un compte de Barthélémy Drac, trésorier des guerres, vers le quatorzième siècle. On y lit : ..A Henri de Faumechon, « pour avoir poudres et autres choses né- « cessaires aux canons qui étaient devant

a son fils aîné, duc de Normandie, et Je premier des fils de rois qui ait porté le titre de dauphin ; il fut sacré à Reims le i 9 mai suivant.

Ce prince, qui, pendant la prison de

" Puy-Gnillaume. » [Glossaire de Ducange, au mot Bombardx.)

(1) Chroniquesde France, vol. 2, fol. 146.

(2) Froissart, vol. 1, chap. 24, pag. 11.

(3) Histoire de Louis XII, par Jean d'Auton, chap. 59, pag. 221.

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