‹ Histoire de ParisChapitre 72 sur 261 · G2 HISTOIRE · texte numérisé non relu

G2 HISTOIRE

son père, s'était montré faible, dissimulé, de mauvaise foi, élevé sur le trône, il déploya un caractère de modération, d'équité et de prudence, dont les rois ses prédécesseurs avaient donné peu d'exemples :

caractère qui lui attira les éloges de ses contemporains, et le surnom de Sage.

La France, à l'avènement de ce prince au trôné, était dans le plus déplorable état. Le roi de Navarre, le roi d'Angleterre, et ces troupes de brigands, appelées routiers, grande compagnie, écorcheurs, l'avaient ravagée dans tous les sens. Charles V, quoiqu'il ne fût pas homme de guerre, parvint à pacifier son royaume, et à y rétablir l'ordre. Il fut puissamment secondé par le courage de Bertrand Dugaescîin, qui, avec les erreurs et la grossièreté de son siècle, fut le premier guerrier digne d'être cité, et le seul, depuis les commencements de La troisième race, qui ait franchement combattu pour l'intérêt de son pays.

Charles V aima les arts et les lettres, les protégea, mais donna dans les erreurs de l'astrologie; il fut le premier roi de France qui réunit dans le Louvre une collection de livres assez nombreuse pour le temps ; il fit traduire plusieurs ouvrages de l'antiquité. Il aimait à construire, et il trouva dans Hugues Aubriot, prévôt et capitaine de Paris, un homme intelligent et actif, qui favorisa ses goûts.

Ce roi eut, dans sa conduite, plusieurs rapports avec saint Louis; il ne fit pas la guerre comme lui, mais il fut ami des moines, et poussa comme lui cet attachement jusqu'à l'excès. Saint Louis voulut se faire jacobin; Charles V eut envie d'être prêtre, et se fit agréger à l'ordre de Cluny.

Ce roi sage avait des fous auprès de lui : ces fous étaient des espèces de niais ou de bouffons pensionnés qui, au milieu des dissimulations, du cérémonial et des mensonges des cours, avaient leur francparler, et des saillies de vérité d'autant plus piquantes, qu'elles y étaient moins ordinaires. On assure que la ville de Troyes jouissait de la glorieuse prérogative de fournir des fous à la cour des rois, et que dans les archives de cette ville se trouvait une lettre de Charles V, adressée aux maire et échevins, portant que, son fou étant mort, ils eussent à lui en fournir un autre, suivant la coutume.

Ce roi fit dresser des monuments sépul-

craux à deux de ses fous : à l'un, dans l'église de Saint-Germain-i'Auxerrois, à Paris; et à l'autre, dans celle de Saint- Maurice à Senlis(l).

Si l'exemple du passé doit servir de règle au présent, ce roi était autorisé à entretenir des fous dans sa cour, puisque les évêques mêmes en avaient dans leur maison épiscopale -.le concile tenu à Paris en 1212 défend à ces prélats d'avoir des fous pour les faire rire.

Charles V, malgré son amour pour les lettres et les arts, malgré sa rare prudence et ses soins pour maintenir la France en paix pendant le cours de son règne, n'était pas sans défaut. A l'exemple de ses bons aïeux, il croyait pouvoir disposer des biens de ses sujets, comme de sa propriété. En conséquence de ce principe, il satisfit sa passion pour les bâtiments, et fit construire aux frais du peuple un grand nombre d'hôtels et de châteaux. "il amassait des trésors, dont, après sa mort, son frère, par des moyens violents, s'empara. Pour entasser ces richesses, il accabla le peuple d'impôts, qui, dans la suite, produisirent de grands désordres. « Il mit si « crande taille sur le commun, dit Simon « Phares, que à plusieurs fust force de « vendre leurs lits sur quoi ils gesaient « (couchaient) et leurs meubles pour la « payer, ce qui fust très mal faict (2). » On l'exhorta, dans sa dernière maladie, à supprimer cet impôt insuppoi table; il y consentit, mais ses frères le rétablirent, ce qui causa des troubles dont je parlerai sous le règne suivant.

Le peuple ne fut pas heureux, il ne pouvait l'être sous le régime féodal; mais il sentit moins de calamités que sous les règnes précédents. Charles V mourut, le 1 6 septembre 1 380, au château de Beautésur-Mame, château qu'il avait fait bâtir.

Voici les institutions et les édifices qui parurent à Paris sous ce règne.

(1] Le monument de Senlis était magnifique pour le temps ; on y voyait la figure du défunt, coiffée d'un capuchon, tenant en main sa marotte. On y lisait cette épitaphe : « Ci-gist Thevenin de Saint-Légier , fou du roi notre sire, qui trépassa le 11 juillet 1374. Priez Dieu pour l'ame de li. » (Récréatiotis historiques de Dreux du Radier, tom. I,

(2) Dissertations sm l'Histoire de Paris^ par l'abbé Lebeuf, tom. III, pag. 452.

sous en

Les Célestins, couvent et église, situés à lentrée des cours de l'Arsenal, e^ sur le quai Morland. Les carmes avaient habité et abandonné cet emplacement pour aller occuper leur couvent bâti près de la place Maubert; il fut vendu, et Garnier Marcel, échevin, le possédant à titre d'héritage, le céda, en 1353 à six religieux célestins qui. d'une maison de la forêt de Guisse, près de Gompiègne, vinrent à Paris pour s'y établir. Sur cet emplacement étaient ' deux chapelles, suffisantes aux carmes ; elles ne l'étaient point aux célestins. Charles V aimait les bâtiments et les moines: il ordonna la construction d'une nouvelle église pour ceux-ci. Le 24 mars 1 367, il en posa la première pierre, et fit à cette occasion de riches présents à c<^s religieux. Guillaume deMelun, archevêque de Sens, qui sacra l'église, leur donna une image de saint Pierre tout en argent. Le jour de cette consécration, le roi présenta à l'offrande une grande croix d'argent doré, et la reine une image de la Vierge aussi d'argent doré. Les bienfaits de ce roi et de cette reine leur valurent le titre de fondateurs, et leurs statues en pierre furent en conséquence placées sur le portail de cette égUse.

Voisins de l'hôtel de Saint Paul, où résidait le plus ordinairement Charles V, les célestins eurent une ample part aux dévotes libéralités de ce prince. Les personnes de sa cour suivirent son exemple, et notamment les secrétaires du roi, qui fondèrent dans leur église une confrérie dont ils étaient tous membres. Ce roi exempta les célestins de toutes les contributions publiques, même de celles que pavait ordinairement le clergé. Ses successeurs l'imitèrent : Charles VI, dans des lettres du 26 septembre 1413, en leur accordant une certaine quantité de sel, les qualifie de nos bien amez chapelains et orateurs en Dieu, les religieux, prieur et couvent de nostre prieuré et monastère de Nostre- Dame des Célestins de Paris (1). Ils jouissaient d'une charge de secrétaire du roi. Enfin il n'ex'istait point à Paris de couvent qui eut tant et de plus avantageux privilèges que les célestins. Us n'en furent pas plus utiles (2).

(1) Ordonnances du Louvre , tom. X , pag. 177.

(2) Henri IV, à propos des privilèges des célestins, disait : « Je ne sais plus que leur

lRLes V 103

Enrich'is par tant de bienfaits, les célestins virent bientôt l'abondance régner dans leur couvent. Leur nom obtint une singulière célébrité : quand on voulait rabaisser l'orgueil d'un sot, on employait cette expression proverbiale: Voilà un plaisant célestin! Sans doute que ces religieux, fiers de la protection des rois, avaient, par de fréquentes preuves de leur orgueil, fait naître ce proverbe.

On leur doit aussi delà reconnaissance pour leur habileté dans l'art de fiire des omelettes: les fastes des cuisines et de la gastrologie distinguent honorablement les omelettes à la célestine.

On ne peut leur reprocher d'avoir abusé de la science : on ne voit pas qu'ils en aient fait un grand usage. Cependant ils avaient une bibliothèque amplement garnie, dont je parlerai à la fin de cet article.

Leur église, par les nombreux monuments qui s'y trouvaient, ressemblait plus à un muséum, à un atelier de statuaire, qu'à un temple de chrétiens. On y remarquait le lutrin, la balustrade du sanctuaire, les figures de la sainte Vierge et de l'ange Gabriel, placées sur le grand autel, ouvrages de Germain Pilon. Un nombre considérable de princes, de princesses, et autres personnes, dent l'illustration, uniquement fondée sur leur généalogie, a disparu avec eux, avaient leur sépulture dans cette église. Je citerai les hommes les plus historiques, et je décrirai des monuments qui concourent à la gloire de nos artistes français, plus qu'à celle des personnes pour lesquelles on les a élevés :

Léon de Lusignan, roi d'Arménie, qui, chassé de son royaume par les Turcs, vint en 1385 se réfugier à Paris, et v mourut en 1393;

Jeanne de Bourbon, reine de France, épouse de Charles V, morte en 1 377 ;

Jeanne de Bourgogne, épouse de Jean, duc de Bedford, régent de France, princesse fort aimée des Parisiens . morte en 1432:

André d'Epir^iv, cardinal-archevêque deLycn, de Bordeaux, etc., prélat chargé de bénéfices, et doué d'un courage héroïque. On le vit à la bataille de Fornoue, couvert de son surplis, coiffé de sa mitre, fortifié par un morceau de bois de la vraie

donner, à moins que de leur accorder le b...el franc."(rane<?5 sérieusfs et amusantfs, par Sablier, tom. III, pag. 410.)

roi- HISTOIRE

croix, combattre vaillamment à côté du roi Cliarics VIIÏ. Il mourut en 1500.

La chapelle dite d'Orléans était bordée et remplie dans son milieu d'obélisques, de colonnes, de sarcophages, de tombeaux, de statues, de vases funéraires, d'épitaphes, etc.; et quoique cette chapelle fût vaste, l'observateur avait à peine l'espace nécessaire pour admirer toutes ces productions des beaux-arts : il ne pouvait que déplorer tant de fastueux monuments de la vanité humaine.

A l'entrée s'élevait une colonne torse, isolée, d'ordre composite, en marbre blanc, ornée de feuillages, dont le chapiteau supportait une statue de la Justice en bronze, et une urne de même métal, contenant le cœur d'Anne de Montmorency, connétable de France. Ignorant jusqu'à ne savoir pas lire, orgueilleux, brutal et sanguinaire, sans foi, sans talent pour la guerre qu'il faisait toujours, sans caractère au milieu des factions de la cour, n'ayant pour tout mérite que le courage d'un soldat, il fut tué le 12 novembre 1567. L'histoire mensongère en a fait un héros.

Cette colonne, haute de 9 pieds, de 15 pouces de diamètre, est un monument précieux de l'état de l'art vers le milieu du seizième siècle, et du talent du statuaire Barthélemi Prieur. Le socle était chargé d'inscriptions louangeuses.

Dans la même chapelle s'élevait une au ■ tre colonne en marbre blanc, d'ordre com posite, haute de 1 0 pieds 6 pouces, ornée de couronnes et de chiffres, et supportant une urne dorée qui renfermait le cœur de Timoléon de Cessé, comte de Brissac, mort au mois de mai 1569, au siège de Mucidan. Les faces du piédestal de cette colonne étaient couvertes d'inscriptions où l'on s'efforce d'exciter l'admiration de la postérité sur ce prétendu héros qui a peu fait pour elle.

Une troisième colonne attirait surtout les regards des curieux : elle était de marbre blanc, semée de petites flammes, allusion mesquine à la colonne de feu qui conduisait les Israélites dans le désert: elle s'élevait sur un piédestal triangulaire de porphyre, surmontée par une urne de bronze doré, sur laquelle une figure d'ange posait une couronne. On avait consacré cette colonne et ses accessoires à la méj moire de François II, prince jeune et faiible, qui, pendant la courte durée d'un rêne montra ni vice ni vertu,

UE PARIS

et mourut à l'âge de dix-sept ans, le 5 décembre 1560. Ce monument est l'ouvrage de Paul Ponce, célèbre sculpteur de ce temps.

Cette chapelle contenait encore le magnifique obélisque de la maison d'Orléans- Longueville, autour duquel on voyait quatre statues de marbre blanc , " grandes comme nature, représentant les vertus cardinales. Des bas-reliefs en bronze doré, sculptés par François Anguier, dont des batailles étaient les sujets, ornaient le piédestal.

Pour compléter la description des objets précieux contenus dans cette chapelle, il faudrait décrire ;

Le tombeau en marbre noir de Renée d'Orléans, morte à l'âge de sept ans,

Le mausolée de Philippe de Chabot, amiral de France, où l'on voyait la figure à demi couchée de ce seigneur : mausolée et figure sculptés par Jean Cousin et Paul Ponce ;

Celui de Henri Chabot, duc de Rohan, mort en 1655, dont la figure, à demi couchée, était soutenue par un génie ailé.

li faudrait surtout décrire le vaste tombeau en marbre blanc, situé au milieu de celte chapelle, entouré des statues des douze apôtres, de celles de plusieurs saints, et sur lequel étaient couchées les figures de Louis de France, duc d'Orléans; de Valentine de Milan, son épouse; de Charles, duc d'Orléans, leur fils aîné, et de leur fils puîné Philippe d'Orléans.

Je ne dois pas passer aussi légèrement sur un monument élégant, placé aussi au milieu de cette chapelle, ouvrage du célè bre Germain Pilon. Sur un piédestal triangulaire s'élève un groupe, imité de l'antique, représentant les trois Grâces à demi voilées, dont les mains s'entrelacent, et dont les têtes supportent une urne à trois pieds, renfermant les cœurs de Catherine de Médicis, de Henri II et de Charles IX : trois mauvais cœurs. Chaque face du piédestal offre un distique latin que je ne rapporterai pas .j'aime mieux citer le gracieux et touchant quatrain inscrit sur une petite urne renfermant le cœur d'un enfant, duc de Valois, décédé le 1 0 août 1 656. Telle est l'expression des regrets du duc et de la duchesse d'Orléans, ses père et mère :

BlanduUis, eximius, pulcher, dulcissimus infans,

Delicice matris, deliciœque patris, Hicsilus est teneris raptus Valesius annix.

Ut rosa quœ subiUs tr.itribui ic'.a cad.t.

sous CHARLES V

Sur un cippe en marbre blanc est gravée l'épitaphe de Marie-Anne Hoquart, comtesse de Cessé, morte le 9 septembre 4779, âgée de cinquante-deux ans.

En -voici quelques phrases: « Amie de ses

« enfants humble, patiente, charita-

« ble; elle ne fit jamais répandre des lar- « mes que de reconnaissance; modeste « jusqu'à être surprise de se voir tant ai- « mée. »

De la chapelle d'Orléans on communi-

quait à celle de Potier, qui contenait les tombeaux de René Potier, duc de Trêmes, mort en 1 670 ; de Marguerite de Luxembourg, sa femme ; de Léon Potier, duc de Gèvres, mort le 9 décembre 1704. Cette famille de Gèvres est célèbre par un quai qui porte son nom, et par un procès ridicule qui rappelle les procédures indécentes dont s'occupaient les tribunaux ecclésiastiques, appelés officialités, ainsi que l'épreuve barbare du congrès (I).

Ameublement du xiii® siècle.

Dans la nef de celte église, on voyait le tombeau de Guy de Rochefort, chancelier de France, et de plusieurs personnes de sa famille. On y voyait aussi le monument funèbre de Charles Maignié, capitaine des gardes de la porte, ouvrage très estimé de Paul Ponce. C'est surtout à propos de ce monument qu'on peut dire •. Ce n'est pas la mémoire de l'homme inconnu qu'en y a déposé qui nous intéresse, mais le talent de l'artiste qui en a sculpté la figure.

Dans la chapelle de la Madeleine étaient le mausolée et la figure à genoux de Louis

de la Trémoille, mort le 4 septembre 1 61 3, âgé de vingt-sept ans. L'autel de cette chapelle était orné d'un beau tableau de Pierre Mignard, représentant la Madeleine au désert.

En face de cette chapelle se trouvait le monument funèbre de Sébastien Zamet, Italien de naissance, méchamment sur-

(1) Voyez le Recueil, en deux volumes, des pièces relatives au procès de M. le marquis de Gèvres , contre Emilia Mascrani, sgu épouse, qui l'accusait d'impuissanc9*

qm,

aptes avoir •s, s'eijrichit

406 HfSTOÎBE DE PARIS

nommé l'Ambâssadiéur

servi les inlrigiies des

en servant les galanteries de Henri IV :

sa maison était le théâtre le plus ordinaire

des plaisirs de ce roi.

Le cloître des célestin^, construit en

risiens, sur lesquels ce priuce imposa une taille particulière.

Le roi Jean, à son retour à Paris, s'empara du produit de cette taille, ne paya point les vendeurs, et chargea les Parisiens d'une nouvelle imposition, dont l'ob- 4539, était un des plus beaux de Ceux de jet était le paiement de ces acquisitions

Paris. Le plafond de l'escalier, peint par Bon Boulogne, représentait l'apothéose de Pierre Moron, fondateur de l'ordre, enlevé dans les cieux par un groupe d'anges.

La bibliothèque de "cette maison fut, en 4 733, visitée par un savant étranger qui en parle ainsi : « Je vis la bibliothè- « que des célestins. On m'a dit que l'aba bé Dadou avait eu commission de la « ranger et de mettre ces bons pères en « goût de littérature. Cette bibliothèque « est dans un magnifique \iaisseau ; elle* « est assez nombreuse, mais sans choix « et sans goût. Le quart en est en car- « tons avec de faux titres. Le bibliothé- « Caire est fort peu chargé de sciences, et « n'a pas l'air fort spirituel. On m'a as- « sure que dans ce couvent on cultivait « beaucoup la musique, et que ces mes- « sieurs avaient le plus bel assortiment de « cuisine qu'il y ait dans aucun couvent « de Paris (1). »

Les célestins furent supprimés en 1779 ; les cordeliers vinrent alors les remplacer, mais bientôt après on leur permit de rentrer dans leur grand couvent.

L'église a été démolie ; la plus grande et la plus belle partie des ouvrages qu'elle contenait a été transférée au Musée des monuments français.

Les bâtiments du couvent ont, sous Bonaparte, été convertis en une caserne destinée à la gendarmerie.

HÔTEL DE Saint-Paul. Son vaste emplacement s'étendait depuis la rue Saint- Antoine jusqu'au cours de la Seine, et depuis la rue Saint-Paul jusqu'aux fossés de l'Arsenal et de la Bastille. Charles, dauphin, régent du royaume, pendant que le roi Jean, son père, était prisonnier en Angleterre, acheta de divers particuliers, depuis l'an 1360 jusqu'en 1365, plusieurs hôtels, maisons et jardins, dont il composa un ensemble qui reçut ensuite le nom de l'hôtel de Saint-Paul, à cause du voisinage de l'église de ce nom. Le prix de ces différentes acquisitions fut payé par les Pâ-

li] Voyage littéraire^ France, ttc, pag. 116.

fait en 1733, en

Ainsi les habitants payèrent deux fois la valeur de ces hôtels, dont ils ne jouirent jamais.

Charles V, en 1364, déclara l'ensemble des propriétés qui composaient l'hôtel de Saint-Paul uni au domaine de la couronne. Dans le préambule de l'édit de cette réunion, on lit : « Considérant que « nostrehostel de Paris, l'hostel de Saint- « Paul, lequel nous avons acheté et fait « édifier de nos propres deniers, est l'hos- « tel solemncl des grands esbatements, et a auquel nous avons eu plusieurs plai- « sirs, etc. »

Ce roi n'acheta point cet hôtel à ses frais, mais îe fit réparer de ses propres deniers. Il l'agrandit de l'hôtel des archevêques de Sens, de celui de l'abbé de Saint-Maur, et de l'hôtel de Puteymuce.

Il destina l'hôtel de l'abbé de Saint-Maur à son fils ClTarles et à d'autres princes de sa famille. De plus, dans ces vastes emplacements, il fit construire l'hôtel de la reine, les bâtiments dits de Beautreillis, des Lions, de la Pissotte, l'hôtel neuf du Pont-Périn, etc. Ces divers bâtiments, réunis dans une même enceinte, désignés sous le même nom, hôtel de Saint-Paul, ne formaient point un ensemble régulier ni symétrique; ils étaient placés sans ordre.

Voici les notions que j'ai recueillies sur l'intérieur de ces hôtels. Elles feront connaître les usages, le degré des arts et du luxe des quatorzième et quinzième siècles.

Charles V logeait dans l'hôtel de l'archevêque de Sens; son appartement était composé d'une ou deux salles, d'une antichambre, d'une garde-robe, d'une chambre de parade, d'une autre chambre à coucher, appelée la chambre où gît le roi, et de la chambre des nappes. Puis se trouvaient une chapelle, haute et basse, une ou deux galeries, la grand'chambre du retrait, la chambre de l'estude, la chambre des estuves, une ou deux chambres, surnommées chauffe-doux, à cause des poêles qui pendant l'hiver y entretenaient la chaleur.

De plus, on y trouvait un jardin, un

sors CM

parc, des lices, une volière, une pièce destinée aux tourterelles, une ménagerie, où Ion conservait des sangliers, de grands et petit? lions. ,

Dans l'hôtel dé Saint-Manr, aussi nommé hôtel de la Conciergerie, où logeaient le dauphin Charles et Louis, duc d'Orléans, les appartements étaient aussi nombreux que dans l'hôtel de Sens, oii logeait le roi. Ou y remarquait une pièce appelée le retrait'où dit ses heures monsieur Louis de France.

La salle de Mathebrune était ainsi nommée, parce que les aventures de cette h'éroïne étaient peintes sur la maraifle ; la salle de Thèse us offrait en peinture ce héros grec. On n'y trouvait que deux chambres lambrissées : l'une d'elles portait le nom de la Chambre- Ver te.

Chaque hôtel avait sa chapelle. Charles V préférait entendre là messe dans h chapelle de l'hôtel de Pateymuce. Les cérémonies du culte étaient' ordinairement égayées par le son des orgues.

Dans cet assemblage co'nîus de bâtiments se trouvaient plusieurs co'irs ou basses-cours. La cour des joutes était la plus vaste. Voici les noms de plusieurs autres : la cour des cuisines, celles de la pâtisserie, des sauceries. des celliers, des colombiers, des gelinières, du four, du garde -manger, de la cave au vin des maisons du roi, de la bouteillerie ; la cour où se fabriquait l'hypocras, les cours de la paneterie, de la pâtisserie, etc.

Les cheminées étaient d'une grandeur qui nous paraîtrait aujourd'hui fort extraordinaire. On en plaçait jusque dans les chapelles; il s'y trouvait aussi des poêles, alors nommés, comme il a été dit, chauffe-doux.

On fit. en 1367, fat>riquer quatre paires de chenets en fer ouvré. La paire la plus légère pesait quarante-deux livres, et la plus'loxrrde cent cpiatre-vingt-dix-huit liTres.

Charles V avait à Paris trois lieux d'habitation : le palais delà Cité, le Louvre et l'hôtel de Saint-Paul: et dans les environs de cette ville, le château deVincennes et le château de Beauté, où il mourut.

Lorsqu'en 1373 l'empereur vint à Paris, Charles V le reçut et le fêta au palais de la Cité, puis ail Louvre; enfin cet empereur dîna avec la reine à l'hôtel de Saint-Paul, et de là il se rendit à Viu-

\RLE5 V ^07

cennes, d'où il partit pour l'Allemagne.

Dans la suite, l'hôtel de Saint-Paul, où l'on respirait un air fétide produit par le voisinage des égouls et des fossés de la ville, fut abandonné par les rois, qui préférèrent l'hôtel des Tournelles, situé dans le voisinage, et dont je parlerai dans la suite.

L'hôtel de Saint- Paul, abandonné, tombait en ruines, lorsqu'en 1316. Frauçois I^i", sans s'embarrasser si cette propriété faisait partie du domaine de la couronne et si elle était aliénable, commença à vendre une de ses parties à Jacques de (îenouillac, dit Galiiot, grand maître de l'artillerie. Ce fat sur remplacement de cette partie de l'hôtel de Saint-Paul que dans la suite on établit l'Arsenal.

Cette première atteinte fat suivie de beaucoup d'autres. Toutes les parties de ce séjour furent successivement vendues; et, au dix-septième siècle, on ouvrit sur leur place des rues, dont les noms désignent la situation des établissements qui s'y trouvaient. La rue de Beautreillis ainsi que celle de la Cerisaie indiquent l'emplacement d'un hôtel de ce nom et des promenades plantées de cerisiers; la rue des Lions, celui de la ménagerie. L'endroit occupé par l'hôtel du Puteymuoe est marqué par une rue de ce nom, corrompudans celui du Petit-Musc.

RÉPARATIONS DE L'eS'CELXTE DE PaRIS.

Les murs denceinte, construitspar Etienne ^îarcel, étaient peu élevés et bâtis avec précipitation ; c-ette imperfection détermina Charles Va y faire exécuter plusieurs constructions. Peut-être l'envie d^nlever à ce prévôt des marchands, son ennemi.

rhonneur de sa vaste entreprise contribua-t-elle à cette détermination. Quoi qu'il en soit, à peine cinq années s'étaient écoulées depuis l'achèvement de l'enceinte d'Etienne Marcel, q'ie Charles V commença à ordonner de nouveaux travaux.

Hugues Aubriot , prévôt de Paris, et non prévôt des Énarchands, fut chargé de les diriger.

"« Item, dit Christine de Pisan en décri- « vant les constructions faites par ce roi, « les mars neufs, et belles, grosses et hau- « tes tours qui entour Paris sont, en bail- « lant la charge àHuguesObriot, iorspré- <( vôt de Paris, fist édifier. »

Ce roi ne changea rien au plan général de Marcel ; il fit rehausser la muraille de Paris, la fit garnir de hautes tours, et

continua le creusement des fossés du côté du midi. Marcel avait fait bâtir la porte et bastille de Saint-Antoine ; Charles V voulut la faire reconstruire sur un plan vaste : il en fit un château-fort (1). Hugues Aubriot posa la première pierre de cette bastille nouvelle le 22 avril 1369. Voici ce qu'en dit Christine dePisan : «La « bastille de Saint-Antoine, combien que « puis on y ait ouvré, et sus plusieurs por- « tes de Paris, fist édifier fort et bel. »

Hugues Aubriot fit aussi, d'après les ordres de Charles V, accroître les fortifications de quelques autres portes de Paris, et construire le Petit-Châtelet, dans le dessein de contenir la turbulence des écoliers.

On a la certitude que, du côté de l'abbaye de Saint-Victor, pour la première fois en i 368 l'on creusait ou l'on continuait les fossés de la ville. Ces fossés, quiavaient 16 pieds de profondeur, 36 d'ouverture, étaient garnis de pieux, revêtus de claies, de foin et de gazon.

Ces travaux, commencés en 1365, ne furent terminés qu'en 1383, sous le règne de Charles VI.

Ajoutons que l'entrée de Paris, par la Seine, était défendue, tant du côté d'amont que du côté d'aval, par de fortes chaînes en fer, supportées par des bateaux.

Du côté d'amont, la chaîne partait de la forteresse de la Tournelle, située au-dessus du pont de ce nom, traversait le bras de la Seine et l'île Saint-Louis, divisée en deux parties par un fossé, et où se trouvait une tour, appelée tour de Loriaux.

De cette île, la chaîne traversait l'autre bras de cette rivière, et allait aboutir à la tour de la porte Barbel.

Du côté d'aval, la chaîne traversait la rivière entre la tour de Nesle, située à la place du pavillon oriental du palais de l'Institut, et une tour de la ville appelée la Tour qui fait le coin.

Cette enceinte, dans la partie septentrionale, depuis la tour de Billy jusqu'à la tour du Bois, avait 2,565 toises, et, du côté méridional, depuis la Tournelle jusqu'à la grosse tour de Nesle, 1 ,539 toises. Si à ces dimensions on ajoute la largeur de la Seine du côté d'amont, qui était de 216, et cette largeur du côté d'aval, qui se trouvait de 135 toises, il en résul-

(1) Voyez ci-dessus la description de l'enceinte d'Etienne MarceL

tera que la circonférence entière de Paris était, sous le règne de Charles V, de 4,455 toises. Ces notions sont fondées sur le calcul de celui qui, sous le règne de Henri II, a levé un plah de Paris, dit plan de tapisserie; mais je n'oserais garantir l'exactitude de toutes ces notions.

Canal de Bièvre. J'ai déjà parlé de l'établissement de ce canal, du motif et de l'époque de son creusement. Les eaux de la Bièvre y avaient coulé librement sans que l'enceinte de Philippe- Auguste, dépourvue de fossés, y mît obstacle. Une arche pratiquée à l'endroit où ces eaux rencontraient la muraille leur ouvrait un passage ; mais les profonds fossés qui furent creusés autour de l'enceinte de la ville, par Etienne Marcel ou par Charles V, interceptèrent le cours des eaux. Alors les religieux de Saint-Victor, au profit desquels ce canal avait été creusé, furent obligés de leur procurer un autre écoulement. Ils établirent une nouvelle branche de canal, qui, suivant à peu près la direction de la rue des Fossés-Saint-Bernard, versait ses eaux dans la Seine, en traversant l'emplacement delà Halle aux vins; mais alors de tels changements ne s'exécutaient pas sans trouver de nombreux obstacles. Le prévôt de Paris et l'abbé de Sainte-Geneviève y mirent les plus fortes oppositions. Les moines de Saint-Victor s'en plaignirent au roi, qui ordonna que cette branche de canal serait continuée, à la charge par l'abbaye de Saint-Victor de faire construire un pont sur le bord de la Seine, à l'endroit où les eaux du canal se verseraient dans cette rivière. Ce pont fut bâti, et porta le nom de Pont-aux-Marchands.

La partie abandonnée de ce canal, et qui se trouvait dans l'intérieur de l'enceinte, privée des eaux de la Bièvre, servit d'égout aux rues des quartiers voisins. Un cloaque nommé Trou-Punais, situé à l'endroit où la rue des Bernardins rencontre celle de Saint-Victor, recevait les eaux dans des temps de pluies, et son trop-plein se déchargeait dans cette partie du canal. Il s'en exhalait une odeur qui incommodait les habitants du voisinage, et causait des maladies contagieuses. Pour obvier à ce mal, au lieu de combler ce canal, on entreprit de le couvrir par une voûte, qui fut bientôt percée pour servir aux vidanges des latrines de quelques maisons bâties sur ses bords. Le foyer de corruption n'en devint que plus

sors CHARLES V

actif. Il y eut des plaintes saisies d'ordres du roi qu'on n'exécutait pas : on respectait les droits seigneuriaux des religieux de Saint-Victor. Ce ne fut qu'en 1672 que ce foyer de puanteur fut supprimé, et que la rivière de la Bièvre s'écoula dans la Seine par son lit actuel et primitif (!).

Petit-Pré- aux-Clercs. Il était situé au nord de l'enclos de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, entre les rues Mazarine et des Petits-Augustius, et entre la rue du Colombier et le quai Malaquais.

En 1368, il fut par cette abbaye cédé à l'Université, en échange du terrain que ce monastère prit sur le Grand-Pré-aux- Glercs, pour y creuser des fossés et en entourer son enclos. Le Petit-Pré-aux- Clercs était séparé du Grand-Pré par un canal large de 1 4 toises, qui s'étendait en longueur depuis la rive de la Seine jusqu'au bas de la rue Saint-Benoît. L'emplacement de ce pré commença au seizième siècle à se couvrir de maisons. Sous le règne de Henri IV on ouvrit sur ce Petit- Pré-aux-Clercs la rue des Petits-Augustins; l'hôtel et les jardins de la reine Marguerite en occupaient la plus grande partie. Cesjardins sont représentés aujourd'hui par ceux de l'hôtel de La Rochefoucauld, des Petits-Augustins, etc.

Petit-Saint-Antoine, église et couvent situés rue Saint-Antoine, à l'endroit où se trouve le passage du Petit-Saint- Antoine.

Charles V, pendant qu'il était dauphin confisqua une propriété nommée le Manoir de la Saussaye, et la donna à des religieux de l'ordre de' Saint-Antoine. Devenu roi, il confirma cette donation en 136!, et entreprit d'y faire bâtir une église qui ne fut achevée et consacrée qu'en 1 442. Ces religieux, dont l'ordre remonte à l'an 1 095, étaient spécialement destinés à loger et soigner les pauvres affligés de cette maladie terrible dont j'ai eu'souvent occasion de parler ; maladie résultant des crimes de la féodalité et de la misère du peuple, et qu'on nommait maladie des ardents, le feu sacré, le feu Saint-Antoine, le feu d'enfer. .

Cette institution avait un but utile et respectable: on ne peut faire un pareil éloge des religieux qui la composaient. Ils

(l) Mémoires de V Académie des Inscriptions, t. XIV, p. 267.

menaient, au treizième siècle , une vie très scandaleuse. Guiot de Provins, dans sa Bible, fait de leurs mœurs un tableau hideux, mais sans doute exagéré.

« Ce sont des trompeurs qui inventent « mille fourberies, dit-il, pour tirer de « l'argent du public : on les voit montés « sur "un cheval qui porte une sonnette au « cou, parcourir les villes, les châteaux, « pour y faire des dupes ; tout l'argent « qu'ils tirent de la crédulité publique, « ils l'emploient en gloutonnerie et en dé- « bauche.

Chascun a sa famé ou sa mie, MouU par demainnenl noble vie (1); Tout en va par gueule et par ventre, Li avoirs qu'à Saint-Antoine entre.

« Tout le pays est peuplé de leurs en- « fants: leur cochon de Saint-Antoine leur et vaudra cette année cinq mille marcs « d'argent.

<t Leurs impostures sont trop évidentes, « les évoques les connaissent, mais ils « n'en font aucune justice, parce qu'ils « partagent avec ces moines les produits « de leurs fourberies i2i. »

Sans doute ces religieux s'étaient fort amendés lorsque Charles V les établit à Paris.

Le curé de Saint-Paul, comme chef paroissien, le prieur de Saint-Eloi, comme seigneur du local occupé par ces religieux, s'opposèrent, selon l'usage, à leur établissement : il fallut négocier, accorder des rentes, faire des concessions, pour avoir la paix avec ces inflexibles opposants.

Dès son origine, cette maison fut érigée en commanderie ; mais cet honneur n'empêcha point le relâchement et la dissolution des mœurs de s'y introduire. En 1 624, les commandeurs furent destitués, et les commanderies supprimées; on entreprit d'y établir la réforme, entreprise dont l'exécution éprouva de grandes difficultés.

En 1689, les Antonins de Paris firent reconstruire les bâtiments de leur communauté.

Ces religieux portaient sur leurs habits la figure du Tau en étoffe bleue. Dans la suite", leurs biens ayant été réunis à l'ordre de Malte, cet ordre leur fit des pensions, et leur accorda la faculté de porter

(1) Le poète qualifie de noble rie la conduite scandaleuse et déréglée de ces moines.

(2) La Bible de Guiot de Provins, vers 1943 iusau'au vers 2030,

i \ 0 HISTOIRE

à la boutonnière de leurs habits une croix de Malte.

L'ordre des Antonins fut supprimé en 1790. On a pratiqué, à travers la maison qu'ils occupaient à Paris, un passage fort utile, qui communique delà rue Saint- Antoine à celle du Roi-de-Sicile.

Saint-Paul, église paroissiale, située dans la rue de ce nom. Déjà j'ai parlé de l'origine de cette église qui, pour la première fois, se trouve mentionnée dans une bulle d'Innocent tl et qualifiée d'église paroissiale.

Etant l'église paroissiale de l'hôtel de Saint-Paul, elle eut part aux bienfaits de Charles V. Christine de Pisan, en dénombrant les édifices construits par ce roi, dit: « //e»2, l'église de Saint-Paul emprès « son hostel, moult fit amender et accrois- « tre. » C'est-à-dire qu'il y fit exécuter de grandes réparations et cies accroissements, lesquels ne furent terminés que sous le règne de Charles VII.

L'architecture de cette église n'avait rien de remarquable; on y admirait les peintures des vitraux de la nef, du chœur et des charniers, ouvrage de Désaugives.

Trois mignons de la cour de Henri III, Quélus, Maugiron et Livarot, tués en duel le 27 avril 1578, furent inhumés près du grand autel de cette église. Ce roi leur fit élever de magnifiques tombeaux, ornés de leurs figures et d'épitaphes très louangeuses : dqns l'une d'elles, qui est en langue française, on fait intervenir des divinités du paganisme, telles que les Parques, Vénus et l'Amour, étonnées défigurer honorablement dans un temple chrétien (1).

Le 2 janvier 1589, les Parisiens, excités par les prédicateurs, détruisirent ces tombeaux; ils disaient, suivant l'Estoile : « Qu'il n'appartenait pas à ces méchants, « morts en reniant Dieu, sangsues du « peuple, et mignons du tyran, d'avoir si « braves monuments et si superbes en « l'église de Ilieu, et que leurs corps n'é- « taicnt dignes d'autre parement que d'un « gibet. »

Nicolas Gilles, auteur des Annales de Fronce, mort en '1303, et François Rabelais, mort le 9 avril 1553, furent enterrés dans cette église. On est aujourd'hui étonné de trouver dans Gargantua et dans Pantagruel, productions de ce der-

(1) M. de Saint-Foix a publié ces épitaphes dans se5 Essais sur Paris, tom. I, pag. 46.

nier, des contes très libres, un style très grossier : il a, dit-on, écrit comme fe ferait un philosophe dans un moment d'ivresse; il serait plus exact de dire qu'il a parlé, qu'il a plaisanté, comme on parlait, c^mme on plaisantait, de son temps, à la cour des rois François 1er et Henri IL

Au mois de juin 't790, dans le cimetière de cette église, on déposa les ossements de quatre individus , trouvés enchaînés dans les cachots de la Bastille, et on leur élevu un monument où fut gravée cette inscription : « Sous les pierres même des cachots tt où elles gémissaient vivantes, reposent « en paix quatre victimes du despotisme, « Leurs os, découverts et recueillis par « leurs frères libres, ne se lè\eront plus w qu'au jour des justices, pour confondre « leurs tyrans. »

Cette église a été démolie, et le culte de saint Paul transféré dans celle de Saint- Louis.

Le Louvre. J'ai parlé de l'origine de ce château, à la fois forteresse, palais et prison, qui fut fondé vers l'an 1204, par Philippe-Auguste. La grosse tour du Louvre et son enceinte, uniques constructions que ce roi fit élever en ce lieu, étaient le centre de l'autorité royale. Dans cette tour, les hauts barons, les grands feudataires de la couronne, venaient humblement faire la prestation de foi et hommage. On ne disait pas que telles terres, telles seigneuries étaient soumises à l'autorité du roi ; mais , suivant l'idiome de la féodalité, on disait quelles relevaient de la grosse tour du, Louvre, manière de parler qui a subsisté longtemps après la destraction de cet édifice.

Charles V répara et accrut beaucoup les bâtiments du Louvre. « Le chastel du « Louvre à Paris, dit Christine de Pisan, « fist édifier à neuf moult notable et bel « édifice. » Il ne fit point rebâtir la grosse tour; il se borna à réparer et augmenter les constructions qui l'entouraient. Son architecte, ou maître des œuvres, se nommait Raimond du Temple.

Lorsqu'eu 1373 l'empereur Charles IV vint à Paris, il fut reçu et fêté dans le Palaisde la Cité, nommé'alors le Palais-Royal. Le lendemain de l'Epiphanie , Charles V voulut faire voir le Louvre à cet empereur. Ce prince avait la goutte -. ou le fit porter à la pointe de l'île de la Cité , et les deux souverains s'embarquèrent dans un beau bateau du roi, « fait comme une belle

sous CHARLES V

« maison, dit Christine de Pisan, moult « peint par dehors et par dedans. » Le roi, contiûue notre historienne, « monstra « à l'empereur les beaux maçonnages qu'il « avait fait au Louvre édifier. L'enipe- « reur, son fils et ses barons, moult bien « y logea, et partout élait le lieu moult « richement paré. En salie dîna le roi, les « barons avec lui, et l'empereur en sa « chambre. »

. Voici, d'après diverses notions recueillies par Sauvai, la description de ce château, de son état, sous le règne de Charles V, et sous celui de quelques-uns de ses successeurs.

L'ensemble des bâtiments du Louvre offrait, dans son plan, un parallélogramme, qui dans sa plus grande dimension avait 61 toises, et dans la moindre 58 toises 3 pieds. Ce parallélogramme était entouré de fossés alimentés par les eaux de la Seine. Des bâtiments, des basses-cours, quelques jardins et la cour principale du Louvre en remplissaient la superficie.

Cette cour principale, entourée de bâtiments, avait en longueur 34 toises 3 pieds, et 32 toises 5 pieds de largeur. Au centre de cette cour s*élevait la grosse tour du Louvre.

La grosse tour, nommée Tour-Neuve.

Philippine, Forteresse du Louvre, la Tour- Ferrand, etc., fameuse dans l'histoire féodale, l'effroi des vassaux indociles, était ronde et entourée par un large et profond fossé. Ses murs avaient 13 pieds d'épaisseur près du sol, et 12 pieds dans les étages^ supérieurs. Sa circonférence était de 144 pieds, et sa hauteur, depuis le rezde-chaussée jusqu'à la toiture, de 9ô pieds. Elle communiquait à la cour par un pont, dont une partie, bâtie en pierres, était soutenue par une arche ; l'autre partie se composait d'un pont-levis. A l'entrée de ce pont était une constructioncouronnée par une forme angulaire, et surmontée par une s!.atue de 4 pieds de proportion, représentant Charles V tenant en main son sceptre. Cette statue était l'ouvrage d'un artiste appelé Jean de Saint-Romain, elle lui fut payée six livres huit sous.

Cette grosse tour, dont la hauteur surpassait celle de tous les autres bâtiments du Louvre, communiquait à ces bâtiments par un pont sur le fossé et par une galerie en pierres.

On ignore le nombre de ses étages; mais on sait que chacun étcit éc^iréTpar huit

croisées, hautes de 4 pieds, sur 3 pieds de large, et garnies d'épais barreaux de fer et d'un châssis de fil d'archal.

L'intérieur de cette grosse tour contenait une chapelle, un retrait et plusieurs chambres ; on y montait par un escalier à vis. Une porte en fer, garnie de serrures et de verrous, en fermait l'entrée.

Les bâtiments qui entouraient la cour principale et fortifiaient la grosse tour, étaient, ainsi que les clôtures des bassescours et jardins, surmontés d'une infinité de tours, de tourelles de diverses hauteurs et dimensions ; les unes rondes, les autres quadrangulaires, dont la toiture en terrasse, en forme conique ou pyramidale, se terminait par des girouettes ou des fleurons.

On a conservé les noms de quelquesunes de ces tours : celles du Fer a Cheval, des Porteaux, de Windal, situées sur le bord de la Seine; la Tour de l'Etang, celles de l'Horloge, de l'Armoirie, de la Fauconnerie, de la Grande-Chapelle, de la Petite-Chapelle, la Tour où se met le roi quand on joute, la Tour de la Tournelle, ou de la grand'chambre du conseil, la Tour de l'Ecluse sur le bord du fossé ; la 'lourde l'Orgueil, et la Tour de la Librairie, où Charles V^ avait réuni jusqu'à neuf cents volumes, collection immense pour le temps. La bibliothèque du roi Jean, son père, n'était composée que de dix à vingt volumes au plus.

Le Chastel de Bois, qu'il ne faut pas confondre avec la Tour du Bois, n'eut qu'une existence temporaire; il fut construit en 1382 par Charles VI, sur le rempart même de Paris. Sa construction privait les habitants d'arriver à la Tour du co,n, qui faisait partie de l'enceinte de cette ville, et les empêchait de pourvoir à leur propre défense. C'était une espèce de citadelle en bois, qu'après le mouvement séditieux des Maillotins on éleva pour contenir les Parisiens.

En 1420, les Anglais menaçant d'attaquer Paris, Charles'VI fit abattre le Chastel de Bois, et combler les fossés qui étaient creusés dans l'enceinte même de Paris, afin de laisser aux habitants de cette ville la faculté d'aller à la Tour du coin et de se défendre (Ij.

Et pour ce que le chastel de bois, qui est \ lez le Louvre, estoit moult préjuiiiciaLle àla forteresse de la dicte ville, parce

niSTOIRE DE PABIS

Presque toutes ces tours avaient leur capitaine ou concierge, emploi exercé par de très puissants seigneurs de France ; plusieurs d'entre elles étaient munies de chapelles et de chapelains.

Les faces des bâtiments qui entouraient la principale cour présentaient des pans de murs percés comme au hasard par de petites fenêtres grillées, sans ordre et sans symétrie. Avant Charles V, ces bâtiments n'avaient que deux étages ; ils en eurent quatre sous ce roi : ce qui diminua la clarté et la salubrité de la cour. L'intérieur de ces bâtiments, où le jour ne pénétrait qu'à travers des fenêtres étroites ut grillées, devait être sombre et triste comme celui d'une prison.

Par quatre portes fortifiées, appelées Porteaux, on pénétrait dans le Louvre.

La principale entrée se trouvait à l'aspect du midi et sur le bord de la Seine. Entre les bâtiments du Louvre et cette rivière était une porte flanquée de tours et de tourelles, qui s'ouvrait sur une avant-cour assez vaste : on la parcourait en longeant une partie du fossé du château. Arrivé au milieu de sa façade, on trouvait une autre porte, fortifiée par deux grosses tours, peu élevées et couvertes d'une terrasse longue de 9 toises sur 8 de large. Sous Charles VI, cette porte fut décorée de la figure de ce roi et de celle de son père Charles V, figures placées dans des niches et sculptées par Philippe de Fontières et Guillaume Josse, habiles statuaires pour le temps.

Une autre entrée se voyait en face de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois :

elle existait après la construction de la colonnade du Louvre. « Elle est encore « sur pied, dit Sauvai, et comme on voit, « fort étroite, bordée de deux tours ron- « des, avec une figure de chaque côté; « savoir, celle de Charles V, et l'autre de « Jeanne de Bourbon, son épouse. Les « deux autres portes, moins considérables,

« queles habitants d'icelle n'eussent peu aller « jusques à la tour de la dicte ville qui fait u h coin, qui est sur la rivierre, devant et à « l'opposite de Néelle, ainsi que par le fossé « et ouverture qui estoit entre ledit chastel « de bois et le mur de ladicte ville, nos en- « nemis eussent peu, de légier, entre- dans « la dicte ville, qui l'eust peu moi i gré- « ver, etc. » {Ordonnances du Louin t. XI, p. 79.)

« se trouvaient aux autres faces de l'édifice.

Les pièces principales des bâtiments qui environnaient la cour intérieure consistaient en une grande salle, ou salle de Saint- Louis ; sa hauteur allait jusqu'au comble ; sa longueur était de 1 2 toises, et sa largeur de 7 : on y trouvait la salle neuve du roi, la salle neuve de la reine, la chambre du conseil, qui consistait en une chambre et une garde-robe nommée earde-robe du conseil de la trappe ; une chambre de la trappe (1), et une salle basse, dont Charles V, en 4366, fit orner les murailles de peintures représentant des oiseaux, des cerfs et autres animaux, au milieu de paysages. C'était dans cette salle, qui avait 8 toises 5 pieds et demi de long, sur 4 toises 3 pieds de large, que les rois régalaient les princes étrangers, et que se donnaient les festins.

La chapelle basse, dédiée à la Vierge, était la plus considérable de toutes celles que contenait le Louvre : an voyait sur sa porte des figures de Notre-Dame, de sainte Anne, et d'anges qui les encensaient, tandis que d'autres anges semblaient exécuter un concert avec divers instruments de musique. Charles VI avait fait placer, dans l'intérieur de cette chapelle, treize statues de prophètes.

Dans l'enceinte du Louvre se trouvaient quelques jardins : le plus considérable, qu'on nommait le grand jardin, était carré et n'avait que six toises de longueur.

Il existait dans cette enceinte un arsenal, un grand nombre de basses-cours, entourées de bâtiments dont voici les noms : la Maison du four, la Panneterie, la Saucerie, l'Epicerie, la Pâtisserie, la Fruiterie, le Garde-Manger, l'Echansonnerie, la Bouteillerie, le lieu où l'on fait l'hypocras.

Derrière le Louvre, et dans la rue de Froidmantel, aujourd'hui Fromenteau, était une maison où, lit-on dans Sauvai, « soûlaient estre les lions du roi (2). »

Tel était le Louvre sous les règnes de Charles V et de quelques-uns de ses suc- j cesseurs. Les changements qu'il éprouva sous ceux de Henri II et de Louis XIV ne laissèrent rien subsister de son an-

Paku.-

(1) Il serait difficile d'assigner à ce mot trappe sa véritable signification ; était-ce un piège ou une pièce d'appartement? On voit que des maisons épiscopales avaient des trappes.

(2) AiUiquités de Paris, t. III, p. 270.

Typcçraphia Làcoci, rue SoerSjt, i3.

Page 1