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') damnées, et que leurs acteurs ont été de tout " temps excommuniés et notés d'infamie. » — " La comédie, dit-il, tire son origine de l'idolâ- " trie; plus elle semble honnête, et plus elle » est criminelle; c'est l'appât qui couvre l'ha- » meçon auquel il est attaché. — Il n'y a rien » de plus indigne d'un chrétien que la profes-
nous nous étonnons qu'aucun des commentateurs de Molière n'ait encore songé à rapproctier cts deux écrits. Le public y verrait que Molière prend corps h corps le Traité du prince, qu'il le réfute avec une grande habileté, et qu'en définitive il le réduit en poussière. En outre, le soin qu'a mis Molière à terminer cette préface, évidemment hostile au prince de Conti, par un mot heureux du prince de Condé, son frère aîné, en faveur du Tartuffe, n'indique-t-il pas qu'il y a eu de la part du poète une certaine intention malicieuse à mettre ainsi en opposition les deux frères? Nous nous bornerons à rapporter ici quelques extraits de cette Préface qui répondent aux citations du Traité que nous avons faites plus haut; " On doit n approuver la comédie du Tartuffe, dit Molière, ou condam- ■1 ner généralement toutes les comédies. C'est à quoi l'on s'at- " tache furieusement depuis un temps; et jamais ou ne s'était " si fort déchaîné contre le théâtre. Je ne puis pas nier qu'il ■1 n'y ait eu des Pères de l'Église qui ont condannié la comédie: !■ mais on ne peut pas nier aussi qu'il n'y en ait eu quelques- " uns qui l'ont traitée un peu plus doucement. Ainsi, l'autorité " dont on prétend appuyer la censure est détruite par ce paru tage, et toute la conséquence qu'on peut tirer de cette diver- " site d'opinions en des esprits éclairés des mêmes lumières, " c'est qu'ils ont pris la comédie différemment, et que les •' uns l'ont considérée dan> sa pureK'. lorsque los autres l'ont
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" sion (le comédien. — Le plaisir de la cotné-
» die est un mauvais plaisir, parce qu'il ne
» vient ordinairement que d'un fonds de cor-
" ruption. » Dans cet ouvrage, on a intercalé
un sonnet contre la comédie qui se termine
ainsi :
Elle peut réformer un esprit idolâtre;
Mais, pour changer leurs mœurs et régler leurraison,
Les chrétiens ont l'église et non point le théâtre.
C'est au milieu de cette fâcheuse disposition
regardée dans sa corruption, et confondue avec tous ces vilains spectacles, qu'on a eu raison de nommer spectacles de turpitude. — J'avoue qu'il y a eu des temps où la comédie s'est corrompue; et, qu'est-ce que, dans le monde, on ne corrompt point tous les jours? 11 n'y a chose si innocentf où les hommes ne puissent porter du crime, point d'art si salutaire dont ils ne soient capables de renverser les intentions; rien de si bon en soi qu'ils ne puissent tourner à de mauvais usages. — Je sais qu'il y a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir aucune comédie; qui disent que les plus honnêtes senties plus dangereuses; que les passions que l'on y dépeint sont d'autant plus touchantes qu'elles sont pleines de vertu et que les âmes sont attendries par ces sortes de refirésentations. Je ne vois pas quel grand crime c'est que de s'attendrir h la vue d'une passion honnête, et c'est un haut étage de vertu que cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre âme. Je doute qu'une si grande perfection soit dans les forces de la nature humaine; et je ne sais s'il n'est pas mieux de travaillera rectifier et h adoucir les passions des hommes que do voidoir le'^ retrancher entièrement i
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d'esprit, de cette grande révolution survenue dans les opinions du prince de Conti, au milieu de ce profond dégoût de toutes les choses mondaines, que les malheureux Dufort et Cassaignes essayèrent de présenter leur requête au prince, afin qu'il voulût bien les relever de la charge que les États leur avaient imposée, en refusant d'admettre son assignation. Mais le prince de Conti n'avait plus auprès de lui, pour secrétaire, cet excellent Sarrazin (1), qui, avec son humeur enjouée, lui faisait accepterde dures vérités, et qui, dans cette circonstance, serait bien parvenu à lui faire comprendre que : qui commande les violons les paye. La Grange-des-Prés ne retentissait plus, comme en 1656, des joyeux refrains de D'Assoucy ou des compagnons de Molière ; cette résidence était maintenant transformée en une espèce de chartreuse, où l'on entendait à peine le mur-
(I) Jean-François Sarrazin, né en 1605, mort en 1635, fut pendant quelques années secrétaire des commandements du prince de Conti. II est auteur de poésies légères, parmi lesquelles on remarque : la Défaile des bouts rimes et la Pompe funèbre rie Voiture, pnrini' huilrsqne
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mure de la prière Le prince n'était entouré que d'ecclésiastiques rigides qui l'excitaient à sévir contre tout ce qui n'était pas orthodoxe , et, dans cette circonstance, peut-être ne furent-ils pas fâchés d'atteindre, même indirectement, l'homme coupable de tant de pièces impies! Le Tartuffe n'avait pas encore paru, il est vrai ; mais l'auleur des Précieuses, de r École des Maris, du Cocu imaginaire, do Don Garde de Navarre , annonçait déjà ([u'ii ne ferait gi-àce ni à aucun vice, ni à aucune hypocrisie !
Sous l'empire de ces préoccupations et do ces influences, le prince fit le plus froid accueil à Dufort et à Cassaignes ; il se montra inaccessible à toute pitié, demeura sourd à toutes prières, et finit par éconduire ignoblement les deux cessionnaires de Molière !
Un homme éminent, Jean Racine, l'auteur d'Andromaque, d'Athalie, qui se trouvait alors à Uzès, en Languedoc, auprès d'un de ses oncles, va nous faire connaître quelle était a cette époque la tendance d'esprit de monseigneur deConti; c'est le corollaire delà
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conduite que ce prince venait de tenir à l'égard de Dufort et de Cassaignes. Racine écrivait la lettre suivante à un de ses amis à Paris : « L'zès, le 25 juillet 16G2.
« Monseigneur le prince de Conti est à trois » lieues de cette ville , et se fait furieusement » craindre dans la province; il fait rechercher » les vieux crimes (les religionnaires) qui sont " en fort grand nombre. Il a fait emprisonner " plusieurs gentilshommes et en a écarté beau- '> coup d'autres. Une troupe de comédiens s'é- -> tait venu établir dans une petite ville proche » d'ici ; il les a chassés , et ils ont repassé le " Rhône. Les gens du Languedoc ne sont pas » accoutumés à pareille réforme. Il faut pour- » tant plier! »
En lisant cette lettre, ne vous semble-t-il pas entendre le lugubre tocsin des dragonnades? Le prince de Conti s'était fait, de son chef, le précurseur de Bûville!... Auprès d'un tel homme, la justice et la pitié ne devaient avoir aucun accès, surtout à propos d'une affaire où les idées religieuses pouvaient être quehiuo peu froissées!
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Dufori fut atterré de l'insuccès de sa démarche à La Grange; car, en définitive, c'était sur lui seul que retombait jusque-là tout le poids de cette malencontreuse affaire. C'était lui qui , de ses deniers , avait avancé les 1,250 livres à Molière; c'était au moyen d'emprunts onéreux qu'il avait parfait à Madeleine Béjart les 3,750 livres formant le solde de l'assignation; et, pour comble de malheur, il était pauvre! car, au xvii^ siècle, personne n'était riche à Sigean!... Ce n'était pas alors comme aujourd'hui un bourg florissant , composé de quatre mille habitants, tous aisés, et le plus grand nombre fort riches , étendant au delà des mers leurs relations commerciales. Le territoire de Sigean ne produisait pas alors comme aujourd'hui des céréales et des fourrages en abondance ; il ne livrait pas à la consommation générale 40,000 hectolitres de vin, et ses salines étaient loin de donner 60,000 quintaux métriques de sel par an! Situé, comme nous l'avons déjà dit, sur les derniers contreforts des Corbières, Sigean se trouve assis sur un plateau de roches calcaires dominant un
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vaste élang et des marais. Ainsi, de toute part, la terre, pour être mise en culture, ne se présentait à ces malheureux habitants qu'hérissée d'obstacles ! Malgré la difficulté de cette situation, ces intrépides villageois, sans secours, sans l'assistance d'aucun ingénieur, entreprirent le dessèchement de leurs marais, et les ont convertis en plaines fertiles ; puis , au moyen de la mine et de la sape , dégageant leurs coteaux arides des roches trop ardues, ils les ont transformés en riches vignobles. Mais, ces grands travaux, entrepris dès le xvi° siècle, étaient loin d'être achevés au xvir : car ils avaient été sans cesse interrompus par les guerres que se livraient sur cette frontière les rois de France et d'Espagne; par les corvées, le vol, l'incendie, le brigandage que dut subir Sigean pendant deux siècles, tantôt de la part des troupes nationales et tantôt de la part de l'ennemi, suivant les chances de la guerre. Toutes ces circonstances avaient tellement épuisé les habitants de Sigean, qu'à la suite d'une enquête ordonnée, le 11 juillet 1694, par le juge-mage de Carcassonne, pour
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connaître les personnes qui, dans ce bourg, vivaient de leurs rentes, il fut constaté : « qu'à » Sigean personne ne vivait exclusivement de » ses rentes ou du revenu de ses biens; — » que les plus accommodés ne sauraient vivre, " faire subsister leur famille et payer les tailles, » sans entreprendre des fermes, commissions » et autres voies pour les aider! "
Dans une situation si précaire, on doit bien penser que Dufort désirait ardemment de rentrer dans une partie des fonds qu'il avait si follement aventurés ; et pour y parvenir, le seul moyen qui lui restât, c'était de poursuivre Joseph Cassaignes à outrance. Celui-ci renouvela ses premières fins de non-recevoir, et lorsque Dufort les eut successivement toutes écartées, il en souleva une dernière : « Dufort a » mal payé, dit-il, puisqu'il ne fournit que la ') seule quittance de Madeleine Béjart ; par con- » séquent, il n'est point recevable à exercer con n tre moi la moindre reconvention. » Cet incident n'eut lieu qu'en juillet 1672 ; et, comme les juges le prirent en sérieuse considération, s'il eût été introduit quelques mois plus tard,
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Diifort se serait trouvé hors d'état de prouver qu'il avait bien payé. En effet, le 17 février 1673, Molière n'était plus!... Mais lorsque cette mauvaise chicane fut lancée, Molière était plein de vie, dans toute la force de l'âge, dans toute la splendeur de sa gloire ; et certes il n'était pas homme à appuyer de son silence une action déloyale. Dufort, comptant donc sur ses bons sentiments, lui écrivit pour le prier de lui venir en aide. Cette assistance ne lui manqua pas.
Le 23 septembre 1672, dans la même semaine qu'il perdit un de ses fils, Molière déclara devant deux notaires de Paris : « Qu'en » l'année 1656, se trouvant à Pézenas avec Ma- " deleine Béjart, il fut accordé à leur troupe, " par feu M. le prince de Gonti, la somme de » cinq mille livres, sur laquelle il leur aurait " été payé comptant par ledit Dufort celle de " 1 ,250 livres, et pour la somme de 3,750 livres •> restant, il leur aurait été donné une lettre de » change tirée par Cassaignes sur ledit Dufort ; •> laquelle lettre de change ils auraient fait pron tester audit Dufort et obtenu condamnation >) contre lui de la somme \ contenue, d'autn ■
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» rite de la Bourse de Toulouse ; en suite de » laquelle condamnation , ledit Dufort l'avait " payée à la Béjart, laquelle lui en avait fourni » quittance, et celle-ci, par suite, en avait tenu " compte à Molière (1). »
Armé de celte attestation, Dufort somma Cassaignes de s'exécuter; car désormais il croyait l'avoir poussé dans ses derniers retranchements ; mais on lui répondit par la dénonciation du décès de son adversaire. Cette déclaration consterna Dufort ; car l'instance dut être de nouveau recommencée contre le baron de Mous (2), époux de demoiselle Claude Cassaignes, fille unique et héritière de Joseph Cassaignes. Ce nouveau procès, hérissé d'incidents sans nombre, dura encore dix années; car ce fut seulement le 22 août 16St que la
(1) Nous regrettons vivement qui' le plumitif du jugement sur lequel nous relevons la déclaration ci-dessus ne porte pas le nom des deux notaires qui l'ont reçue. Ce sera l'objet de niHivfUesreelierclirs, que nous recommandons aux nombreux amis de Molière.
(2) La haronnie de .Mous est située entre Carcassonne et Narbonne; c'est une des stations du rhemin. de fer du Midi Les barons de Mous figurent au nombre des ailministratrurs des hôpitaux de N'arbonne, de 1073 ii 1703.
us .MUl.lEKt:
(]our des Comptes, Aides et Finances de Montpellier, rendit un jugement exécutoire au profit de Dufort, lequel « condamne le baron » de Mous et sa dame a payer, dans le^élai de » deux mois, la somme de c'eux mille cinq » cents livres pour la moitié de celle de cinq " mille livres contenue en la police du 3 mai » 1656, avec les intérêts de ladite somme de » deux mille cinq cents livres, liquidés à pa- » reille somme, comme aussi à la moitié des " frais et dépens exposés par ledit Dufortdans » l'affaire commune, et à tous les dépens de la ') présente instance; à faute de ce faire, etc. » Malgré les prescriptions rigoureuses de ce jugement, l'entier payement fait à Dufort par les héritiers Cassaignes n'eut lieu que le 28 février 1684! Voilà donc, après vingt-neuf années de péripéties et de contestations, alors que Molière, la Béjart et le prince de Conti avaient depuis longtemps cessé de vivre, quelle fut la dernière conséquence des représentations solennelles qui avaient eu lieu à Pézenasen 1655 ! ....Elles furent soldées par deux simples particuliers!
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On ne conçoit pas comment Molière, dont le caractère généreux est attesté par tous ses biographes (1); ne se soit pas empressé de venir au secours de Dufort; c'était justice.
Lorsque l'on examine cette affaire attentivement et avec impartialité, on reconnaît que Dufort n'avait pas pris à sa charge l'assignation du prince de Conti, dans l'espoir de réaliser un bénéfice, mais bien par pure obligeance, pour rendre service à son ami, et sans réserver pour lui aucune somme à titre d'escompte, d'agio ou de commission. Le procès engagé entre Cassaignes et Dufort l'a pleinement démontré ; car le jugement définitif alloue à Dufort exactement la moitié du montant de l'assignation. S'il y avait eu quelque retenue exercée sur les sommes remises à Molière ou à la Béjart, Cassaignes n'aurait pas manqué de le dire et de distraire du compte à payer les sommes que Dufort n'aurait pas remises. Il
(I) " Molière employait une partie do son revenu en libi'-ralitês qui nllaient beaucoup plus loin que ce qu'on appelle dans fl'autrrs hommes des charités.
>i Voltaire. '<
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n'en a pas été ainsi. La Cour des Aides alloue exactement au demandeur les 2,500 livres non payées par (^assaignes , et comme l'instance était engagée depuis plus de vingt-cinq ans, elle lui alloue en outre une autre pareille somme de 2,500 livres pour lui tenir compte des intérêts.
Dans de telles circonstances, nous n'hésiton.^ pas à dire qu'il eût été du devoir de Molière» de défrayer Dufort, qui, à cause de lui, avait gravement compromis ses intérêts ; car il était pauvre! La conduite du prince de Conti, dans cette affaire, a été des plus condamnables, sans aucun doute; mais elle ne saurait justifier l'indifférence ou l'ingratitude de Molière. Le degré de fortune où l'illustre poète était parvenu, en 1672, lui permettait de réparer, sans aucune gêne pour lui, la perte que son malheureux ami supportait seul : outre sa part dans les 7,000 livres accordées à sa troupe par le roi, grossie d'un nombre infini de Cadeaux et de gratifications, Molière était compris dans les pensions littéraires pour une somme de 1 .000 livres, comme e.rceJlent comiipie; — de-
puis 1662, il jouissait de quatre parts, quelquefois de cinq, dans les bénéfices de son théâtre, qui devaient être considérables; car, en 1658, les deux premières représentations de l'Étourdi et du Dépit amoureux, jouées au Petit -Bourbon, donnèrent un bénéfice de 700 pistoles chacune; — quelques visites (représentations privées) faites en ville, en 1661, rapportèrent 5,115 livres; — la cinquième représentation du Festin de Pierre, en 1C65, produisit 2,390 livres ; — les quarante premières représentations du Tartuffe, en 1669, furent encore plus productives ; et cette môme année une nouvelle pension du roi vint encore accroître sa fortune; ce qui justifie bien les 25 ou 30,000 livres de revenu que les biographes les mieux renseignés donnent à Molière. Or, dans une telle position, nous ne comprenons pas ce qui a pu empêcher Molière d'accomplir un acte d équité, généreuse, si l'on veut, mais qu'aurait dû lui inspirer son cœur de galant homme!
Sans doute, nous dira-t-on , ainsi que M. Te-
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cheiîer nous l'a déjà fait obsener, Molière, entraîné par les mille préoccupations de sa situation , aura perdu de vue , une fois arrivé à Paris, les suites de sa transaction avec Dufort. C'est possible; mais, pour cela, il faudrait encore admettre que Dufort, pendant les seize années qu'ont duré ses contestations avec Cassaignes, n'a pas écrit une seule lettre à Molière; ce qui n'est guère probable. Nous n'avons aucune indication à cet égard ; passons outre et arrivons au dénoûment : il est incontestable qu'au mois de septembre 1672, Dufort implora directement l'assistance de son ami ; Molière eut donc en ce moment toute l'affaire présente à l'esprit, et alors il put se convaincre que depuis 16ô6, Dufort était en souffrance à cause de lui. Eh bien ! que fit-il? Il s'empressa de dicter, devant deux notaires de Paris, la déclaration que nous connaissons déjà , et rien de plus. Évidemment cette déclaration fui très utile à Dufort; car, grâces à elle, il put entrevoir la fin des chicanes qu'on lui opposait. Nous aurions voulu que Molière fît mieux encore: nous aurions voulu , qu'écartant les
froides et impassibles prescriptions de la loi, il intervînt au procès et désintéressât les deux contendants; car la cession de 1656, cause de ces longs débats, fut faite à titre gratuit (1), ainsi que cela résulte du procès Cassaignes- Dufort et de la déclaration môme que fit Molière en 1672. La mort vint-elle frapper trop tôt l'illustre comédien et l'empôcha-t-elle de réparer son indifférence ou son oubli de seize années? Nous voudrions être en mesure de l'affirmer, et serions heureux que des documents certains nous permissent d'attacher bientôt un erratum à ce petit livre, et nous obligeassent de déclarer publiquement que nous nous sommes trompé!
(1) Tout d'abord le service rendu par Diifort à Moliùre ne l'ut de grande conséquence; c'était, en quelque sorte, un prêt sur nantissement, car l'échéance de sa kttre de change coïncidait avec l'époque du règlement des étapes. Bien certainement l'assignation, quelque irrégulière et mal fondée qu'elle fi'it, auruit été payée en 1()57, si le prince de Conti avait été comniissionué par le roi pour les États de cette année. Sa présence aurait intimidé les trésoriers et leur caisse se serait ouverte; son absence, au contraire, les encouragea à faire leur devoir : ils refusèrent, avec raison, de payer, et la totalité de l'assignation retomba sur le mallieureux DufortI