AMOURS DU ROI ET D'AGNÈS
On s'aperçut bientôt que le roi était éper-.
dument amoureux d’Agnès de Méranie; il ne la quittait plus; son écu était orné de symboles passionnés; s’il ailait à la chasse, Agnès Paccompagnait, et comme elle avait été habituée à la vie des forêts dans la cour de son père, elle se distinguait par son courage et ses grâces : quelquefois on la voyait sur un cheval fougueux, poursuivre avec lagilité de la flèche le cerf ou le daim timide : le roi et les barons admiraient la justesse et la force de ses coups, et les clercs, pleins de souvenirs classiques, la comparaient à la Camille de Virgile : dans les tournois, Agnès distribuait avec majesté les écharpes et les riches épées; les jeunes chevaliers victorieux dans la joùte baïisaient en rougissant cette main qui couronnrait leurs nobles efforts. Le nom et le chiffre d’Agnès étaient sur toutes les devises et sur les armes.
Ces succès d’une trop brillante rivale étaient parvenus jusque dans la tourelle où la malheureuse Ingerburge gémissait, victime des tristes préventions du roi : entourée d'évêques et de prètres, elle ne se plaignait pas de son