‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 106 sur 336 · LETTRE D'INGERBURGE AU PAPE · texte numérisé non relu

LETTRE D'INGERBURGE AU PAPE

sort; quelque rigoureux qu'il püt être, elle le

supportait k cependant on lui fit comprendre qu'elle devait défendre les droits sacrés du

mariage, et son clerc écrivit pour elle au pape

la lettre suivante :

« Les anxiétés de ma cruelle douleur m'obligent à déposer dans votre sein apostolique les tristes secrets de mon ame. Voilà déjà trois ans que le roi de France m'a épousée à peine nubile, et je puis vous assurer, très saint Père, qu'il s’est approché de moi et na rendu deux fois le devoir conjugal, selon l’ordre naturel. Voilà qu'un peu après, je ne sais par quel

diabolique conseil des grands, 1l vient d’é- | g

pouser Agnes, plus belle peut-être , mais moins aimante : triste jouet du sort, le roi m'a renfermée dans le fond d’un château, d'ou je ne vois même pas les cieux; auxquels Jéleèverais mes mains suppliantesyèt pour ce cruel traitement il n’allèoue d’autre#motif qu'une petite parenté très éloignée, «cause suffisante, ditil, pour la séparation1l'afait ainsi de sa volonté une loi, de sa passion une fureur. Je le plains, et je mange, sans l'accuüser, le pain de ma douleur : fautil que le mau-

Are

ACTES DE PIÉTÉ D'INGERBURGE. 135 vais exemple arrive aux sujets par celui qui est le défenseur naturel des bonnes mœurs de son royaume! Malheur à moi! il méprise les lettres de votre sainteté; il ne veut pas entendre les ordres des cardinaux ; il se moque des paroles des archevêques et des évêques.

Ce que.ye dois faire, ce que je dois dire, je lignore entièrement; je suis pressée par la douleur, et si votre miséricorde ne daigne pas compatir à ma tristesse, je succomberai dans peu, je vous le jure 1.»

La pieuse princesse chérchait à calmer ses ennuis par des actes de ferveur chrétienne ; elle envoyait aux églises des chasubles de soie, des franges d’or pour les reliquaires; le chapitre d'Amiens fut l'objet particulier de ses prédilections ; elle lui fit don d’un calice et d'une patène, seuls débris d’une opulence naguere toute royale ?. |

Tant que Célestin occupale siége pontfical, les lettres d'Ingerburge, ses pressantes prières,

" Baluze Mascelan, +. À, p. 422.

* Ant. de la ville d'Amiens, t. 1, p. 194. — Gall: Christ.

edit, 26,1. X, col. 333,

136 FÜREUR D'INNOCENT II.

restèrent sans effet : le prélat, affaibli par l'age et la maladie, n’avait point assez d'énergie pour lancer les foudres du Saint-Siége contre un prince aussi puissant que Philippe, roi de France; mais Innocent IIT était à peine élevé sur le trône pontifical, qu'il prit ouvertement la défense de la reine malheureuse, avec une hauteur qui dut augmenter les difficultés, en irritant le caractère altier du roi : «Je suis étonné, écrivait. Innocent à l’évêque de Paris, qu’un roi de France, successeur de tant de monarques zélés pour la cause de l’Église, se conduise de cette manière avec son épouse et la toute-puissance pontificale : comment puis-je qualifier cette indifférence qui le porte à refuser à une jeune femme si bien faite, le devoir conjugal? et à une reine pleine de majesté les honneurs qui sont dus à la haute dignité des monarques? Mon prédécesseur, Célestin, a voulu faire cesser ce scandale, il n’a pu y réussir : quant à moi, je suis bien déterminé à suivre son ouvrage et à obtenir par tous les moyens l’accomplissement de la loi de Dieu; parlez-en souvent au roi de ma part, et diteslui que ses refus obstinés pourraient bien lui

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