‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 127 sur 336 · CONCILE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

CONCILE DE SOISSONS

vorce du roi se réunit alors à Soissons; il était nombreux et composé de prélats gras et bien vêtus ; la reine Ingerburge s’y rendit dans de beaux atours qui pouvaient relever ses charmes un peu flétris, et exciter quelque intérêt; elle vint habiter l’abbaye de Notre-Dame de Soissons , qu'elle édifia par ses vertus. «Les reli- gieuses s'empressèrent de la festoyer, comme cela convenoit pour une royne de France.»

Le concile de Soissons se prolongea pendant quinze jours, et durant six séances, les questions des cas particuliers sur le mariage furent vivement discutées selon le droit canon par les clercs expérimentés. Dix évêques, un grand nombre d'abbés, soutinrent les prétentions de la reine; mais ce qu'on remarqua le plus, ce fut un très beau jeune homme qui parla avec tant de force et d’éloquence, qu'il surprit tous les auditeurs ; 1l soutint surtout que la reine était pleine de charmes, et qu'il lui paraissait impossible que le roi ne l'eüt pas approchée charnellement : ce jeune

: Germ. Hist. de l’abb. de Notre-Dame de Soissons, p. 163, — Durmai, Hist. de Soiss., t. IT, p. 179.

PHILIPPE ENLÈVE INGERBURGE. iGc

homme montra une éloquence d'autant plus persuasive, qu'il parla avec beaucoup de respect et de douceur de Philippe-Auguste et de sa cour !.

Pendant que le concile ainsi délibérait sur la nullité du mariage, et que cette assemblée paraissait prendre un caractère plus solennel par l’arrivée des envoyés du roi de Danemarck, Philippe manda aux archevêques et évêques qu'il consentait à revoir sa femme ; un matin, à peine les prélats avaient-ils descélé cette charte royale, qu'on apprend qu'il est tout d’un coup arrivé à cheval, qu'il a mis Ingerburge en croupe, et s’est enfui de la ville, déclarant son dessein de vivre dorénavant avec la reine ?.

Cetacte, d’une chevalerie un peu brutale envers les bons pères, dissolvait de plein droit le concile : les prélats se retirérent; mais à peine le roi avait-il réussi « à disséminer cette

1 Durmai, Hist. de Soiss. , t. IT, p. 179. Ce fait n’est cependant dans aucune chronique contemporaine.

2 De Legato miss. in Francid, Duchesne, t. V, p. 375. — Rigord , Gest. de Philippe-Auguste. — Duch., t. V, p. 81.—

Alberie Chronic., ad ann. 1200.

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