‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 157 sur 336 · PRIVILÉGES DES ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

PRIVILÉGES DES ÉCOLIERS

«Si le forfait est grand, la justice du roi ira ou enverra pour en connaitre.

« Si l’écolier qui a été arrêté ne s’est pas défendu , et si c’est lui qui a reçu l’injure, le roi ou ses officiers lui feront justice.

«Hors le cas du flagrant délit, la justice du roi ne pourra mettre la main sur un écolier; et s'il est à propos d’en saisir quelqu'un, il sera arrêté, gardé et jugé par la cour ecclésiastique.

«Si le prévôt du roi arrête un écolier en flagrant délit, et à une telle heure que l’on ne puisse avoir recours à la justice ecclésiastique, l’écolier sera mis et gardé en la maison d’un autre écolier, sans injure, jusqu’à ce qu'il soit livré au juge d'église.

« À l'égard des serviteurs laïcs des écoliers, qui ne doivent au prince ni droit de bourgeoisie, ni résidence, et qui ne sont pas marchands, les officiers du roi ne pourront pas mettre la main sur eux, à moins que leur délit ne soit apparent.

« Quant aux chanoines de Paris et leurs serviteurs, ils jouiront seulement des libertés

196 ÉTAT DE L'ENSFIGNEMENT.

que le roi et ses prédécesseurs leur ont accordées 1.»

Ces grands priviléges, concédés à luniversité de Paris, étaient motivés sur la haute estime que les rois et le peuple avaient pour la science des professeurs et les études scolaires. Si l'on censidère cependant les caractères de l’enseignement à cette époque, on apercevra bientôt toute sa faiblesse et son imperfection. La science se renfermait dans ces quatre parles, théologie, jurisprudence, médecine et philosophie; et pour ces études si diverses , une même et commune méthode était employée, sous le nom de scolastique. La scolastique consistait dans certaines formules adoptées qui ne permettaient à l’esprit aucune indépendance, et le jetait dans des subtilités sans fin. Les sciences avaient donc fait peu de progres. La jurisprudence ne sortait point du code Théodosien et des coutumes féodales; la médecine était dominée par les spéculations des Avicennes et d’'Avenzoar, traducteurs infi-

1 Grande Collection des Ordonn. du Louvre, t. T, p. 28.

HÉRÉSIES, 197 dèles de l’expérience grecque; la philosophie, enfin, cette noble partie des connaissances humaines, n'allait pas au delà des subtiles distinctions et des syllogismes. Que dirons-nous des sciences exactes ? de l’astronomie, confondues avec l'astrologie judiciaire; des mathématiques et de la mécanique, un peu plus tard largement avancées par les travaux d'Albert-le-Grand et du chancelier Bacon ?

Tout cela ne mérite pas une étude sérieuse et attentive ?. L'esprit national gémissait comme accablé par cette science d'emprunt, proscrivant la muse française dont les troubadours et les trouvères faisaient entendre quelques vives et grossières expressions.

Cette subtilité d'esprit et de commentation favorisa le développement des hérésies, non pas de celle qui naquit plus tard de lindépendance de la raison humaine, mais de cette autre espèce d’hérésie qui ne fut, à vrai dire, qu’une subtilisation du catholicisme lui-même. Il n’est point douteux que les idées de gnoti-

: Daunou, préface de l’Aistoire lütéraire de France, déjà

cilée.

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