‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 196 sur 336 · PROPOSITION DE L'EMPEREUR ALEXIS · texte numérisé non relu

PROPOSITION DE L'EMPEREUR ALEXIS

des pavillons et mainte autre chose; et làdessus retournèrent au camp sain et sauve. »

Cette première rencontre, où quelques preux français avaient désarçonné cinq cents cavaliers grecs, montra à l’empereur à quels hommes il avait affaire. Il chercha d’abord à se débarrasser par un traité de ces terribles Francs, et envoya devers eux un Lombard, homme habile, chargé d’une lettre écrite en encre de pourpre: « Sires barons, dit le Lombard, l'empereur n'ignore pas que vous êtes les plus puissans princes parmi ceux qui ne portent pas couronne ; il sait aussi ce qui vous a mu de partir de si lointaines contrées, avec tant de difficultés, périls et misères. Mais à quoi bon vous détourner si avant de votre droit chemin? Si vous avez besoin de vivres ou de quelque autre chose pour l'exécution de votre louable entreprise , 1l vous les donnera très volontiers; mais vuidez seulement ses terres, car il lui serait pénible de vous courir sus. »

Par le conseil des barons et du doge de Venise, l’advoier de Béthune, qui, sage chevalier était et bien parlant, répondit : « Beau sire, vous dites que vostre maistre s’esmer-

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LE JEUNE CÉSAR EST MONTRÉ AUX GRECS. 299 veille que les chefs et barons de cet ost soient entrés dans ses limites. Certesvil re sont pas entrés sur le sien, car il occupe, ainsi à tort contre Dieu et contre raison, ce qui devrait appartenir à sou nepveu, que vous pouvez voir 101 avec nous. S'il voulait lui demander pardon et lui rendre son empire, nous le requerrions volontiers de lui pardonner, et lui assigner des moyens dont il peut vivre. S'il ne veut entendre à cette offre, ne soyez jamais assez hardi pour retourner devant nous. » Le messager s’en revint confus avec cette réponse.

Cependant les barons parlèrent ensemble et résolurent de faire voir au peuple de Constantinople le César Alexis, fils du légitime souverain, afin de conquérir des suffrages'. Le lendemain on fit équiper toutes les galères; le jeune homme fut mis dans la plus grande et la mieux ornée; et c’est ainsi qu'ils s’en allèrent voguant tout auprès des murailles, ou ils montrèrent aux Grecs, Alexis, en leur disant :

« Sieurs Grecs, voici votre seigneur naturel, eten cela il n’y a pas de doute; or, sachez que

: Villehardouin, lis. IT.

ah ‘: 20 ORDRE: DE BATAILLE.

nous ne sommes point venus pour mal faire, si vous lé reconnaissez ; autrement nous vous ferons le pis que nous porrons.» Mais aucun Grec ne répondit à cette harangue. Le lendemain, après avoir oui la messe, les princes et les barons de la ligue s’assemblèrent en conseil, tous à cheval selon l’usage; là vous eussiez pu voir maints beaux coursiers richement harnachés, galopper à l’envi l’un de l’autre. Dans cette assemblée on régla l'ordonnance des batailles; il fut arrêté que le comte de Flandre menerait lavant-garde, parce qu'il avait un grand nombre de vaillans hommes, et plus d’archers et d'arbalétriers que nul autre; Henri, son frère, devait conduire la seconde; la troisiéme fut confiée au comte de Saint-Pol; le comte de Blois et de Chartres, qui était un riche et puissant seigneur, commandait la quatrième troupe, composée de gens de pied et de cheval; la cinquième comptait parmi ses chefs et ses plus vaïllans conducteurs : Mathieu de Montmorency, Eude de Champlite, Geoffroy le maréchal de Champagne, Oger de Saint-Chéron, Manassé, Eude, Mille de Braibauts, et sachez qu'ils étaient

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