RICHARD FAIT UN APPEL À SES BARONS
serviteurs du Christ à ses ennemis? N’as-tu pas consenti à ce que Gaza, Joppé, Ascalon, fussent rasés? N'as-tu pas livré au poignard des assassins le cœur de ton suzerain , Philippe de France.
Richard. Par saint Gréal, ceux qui ont dit ces paroles en ont menti; qu'on m'ouvre la barrière et le champ clos selon le droit. O Seigneur! prends pitié de mon pélerinage; ne souffre pas que mon frère usurpe mon royaume; tandis que je suis captif, Philippe s'empare à son gré de mes châteaux et de mes cités. Tu nes prince que depuis peu, tu dois avoir besoin d'argent pour t’assurer les hommages de tes barons; rends-moi la liberté, je te donnerai un bon nombre de marcs d’argent et d’écus ; à quoi te sert de me retenir captif? Ta gloire n’est point rehaussée parce que tu tes emparé d’un prince désarmé!
Henri. Eh bien! fais ce que tu dis, donnemoi une bonne rançon, et je te mettrai en hberté. »
Depuis ce parlement de Haguenau, Richard fut mieux traité par l’empereur. L’évêque d’Ely était depuis quelque temps arrivé en Allema-
RICHARD ANNONCE SA DÉLIVRANCE. 31 gne, et était parvenu à faire entendre à l’empereur Henri que son intérêt réel lui commandait de rendre [a liberté à Richard. Le prince anglais s'empressa d'annoncer la nouvelle de sa prochaine délivrance à ses barons et justiciers d'Angleterre, afin de réveiller leur confiance et d’exciter leur zèle pour recueillir sa rançon. Cette lettre, pleine d'éloges pour l’empereur, se ressent peut-être un peu de la triste position du roi captif.
« Richard, roid’ Angleterre, duc de Normandie et d’ Aquitaine , comte d'Anjou, à la reine Éléonore sa mère, à ses Justiciers , et, en général, a tous ses fidèles : «Qu'il soit bien connu de vous tous que notre chancelier Guillaume d'Ély, portantamiablement la parole entre nous et l’empereur, a obtenu que de létroite tour où nous étions retenu captif, nous fussions conduit en la présence de Henri, qui nous a tres bien reçu; nous avons contracté une paix mutuelle à l'égard de tous les sujets qui vivent sous notre droit; nous resterons auprès de l’empereur jusqu'à ce que nos affaires soient finies, et que nous ayons payé les six cent mille marcs d'argent dont nous lui sommes