LETTRE D'INNOCENT II
puisque le serment que tu as fait au roi de France est préjudiciable à Othon et à l'Église, il doit être déclaré illicite. Nous qui, par un soin paternel, voulons pourvoir à ton salut et à ton bien-être, nous déclarons ce serment nul en tout ce qui regarde cet article, et nous ten délions, ainsi que tous ceux qui l'ont prêté avec toi. Nous t'enjoignons en conséquence de ne point l’observer, et de donner du secours à ton neveu autant que tu le peux et que tu le dois ï. »
En même temps le pontife écrivait à l’évêque d'Ostie, son légat en France, de déterminer Philippe à reconnaitre la légitimité de Pélecüon d'Othon; il lui ordonna en même temps de remettre au roi un bref spécial, qui lui était adressé 2.
«Tu ne peux, Philippe de France, reconnaître l'élection du duc de Souabe, car il est excommunié pour avoir cruellement persécuté le Saint-Siége. A la vérité il s’est fait absoudre par notre légat ; mais cette absolution
* Regist. d’Innocent HT, de Negot. Imp., epist. 60, p: 714. 2 Ibid. , epist. 45, p. 709.
LETTRE D'INNOCENT Hi. 285
est nulle, le pouvoir d'un légat ne s'étendant pas à ce point. Je sais que d’ailleurs le duc persiste dans ses mauvais desseins contre nous, et qu'il prend le titre de marquis de la Campanie, ce qui est une usurpation sur la chaire pontificale. Je ne puis certainement pas reconnaître pour avoué du Saint-Siége (titre des empereurs) celui qui s'en est fait le persécuteur et l'ennemi. Si je favorise Othon, ce n’est pas par aucune affection personnelle, mais parce que, comme 1l ne peut y avoir deux empéreurs, et que je ne puis pas en créer ‘un troisième pour mettre à la place du duc de Souabe , il faut bien que je me déclare pour Othon, qui était élu, pour l’opposer ensuite au duc excommunié. Quant aux intérêts du royaume de France, je te promets qu'ils sont bien garantis; car j'ai exigé qu'Othon s’obligeàt dans nos mains à ne jamais les troubler. Qui pourrait te faire repousser le prince élu? N’est-il pas le proche parent de Louis, ton fils ainé, héritier présomptif de ta couronne ? Fais donc la paix avec l’empereur, dans ce moment surtout où il pourra t'en savoir quelque gré; plus tard tu ne pourras l'éviter :