FAMINE DANS LA ROCHE-GAILLARD
se tinrent prêts; aussitôt qu'ils virent sortir de l'enceinte fortifiée, et se diriger sur le fond de la vallée, en suivant le flanc d’une colline, ces hommes portant des visages pâles et défaits, et tout couverts de haillons, ils les attaquèrent de loin en poussant des cris. Ces malheureux veulent faire leur retraite sous la roche; mais le comte Roger leur fait impitoyablement fermer les portes : « Aliez chercher d’autres demeures ; je ne vous connais plus, s'écrie l’impitoyable châtelain.» Les bourgeois infortunés se précipitent alors dans la plaine, se cachent dans les rochers, et meurent de faim; ils pillent tout ce qu'ils rencontrent : «Je vis alors, chose extraordinaire! une poule qui volait, et qui tomba au milieu d'eux, saisie et avalée avec ses plumes, et un œuf tout chaud qu'elle portait en son corps : tout ce qui peut céder sous la dent est aussitôt englouti dans ces estomacs, et ils en viennent enfiñ à se nourrir de la chair de chiens; car Roger, n’oubliant aucune précaution, avait ordonné d’expulser tous les levriers et les faucons du chàteau, afin de ménager les vivres '.» A l'aspect
? Guillaume-le-Breton, Philippéide, ch. vu.