‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 277 sur 336 · VORACITÉ D'UN PAUVRE BOURGEOIS · texte numérisé non relu

VORACITÉ D'UN PAUVRE BOURGEOIS

de tant de misère, Philippe ne put résister plus long-temps; il commanda qu’on fournit des vivres à ces malheureux, afin qu'ils ne tombassent pas d’inanition; «ceux-ci, ayant reçu cette nouvelle, et, sortant de leur caverne, nous vimes parmi eux un certain homme, spectacle déplorable! qui s’obstinait à emporter encore la cuisse d’un chien, et comme on lui disait de la jeter, 1l s’écria : «Je ne renoncerai à cette cuisse, qui m'a fait vivre si longtemps, que lorsque je serai rassasié de pain. » Alors un autre la lui enleva, et lui donna du pain; 1l le porta à sa bouche, mais à peine pouvait-il mâcher : cependant, et quoique les morceaux fussent mal broyés entre ses dents, il les avalait avec une extrême voracité, tant ses longues souffrances l'avaient à la fois affaibli et affamé ! Philippe laissa ces malheureux habitans gagner les villes prochaines *. » La persévérance du comte Roger ne se lassait pas : l'hiver était passé, et le gonfanon, mi- parti d'Angleterre et de Normandie, flottait encore sur les tours élevées de la Roche- Gaillard. Aux approches du printemps, les tra-

1 Guillaume-le-Breton , chant vin.

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