CONQUÊTE DE L'ANJOU ET DU POITOU
battans étaient si pressés, qu’on put employer le poignard de miséricorde, arme meurtrière lorsque les chevaliers se prenaient corps à COrps.
Après ce combat, Henri, la lance haute, compta les prisonniers qu'il avait réunis autour de lui; 1l put envoyer au roi cinquantedeux chevaliers et cent bourgeois chargés de chaînes : « ce qui réjouit les barons qui, de compagnie avec Philippe, soumettaient alors Poitiers, Loudun, faible en grains, Niort, riche en vins, Montreuil, et la rebelle Parthenay ; » puis, ayant placé dans chacun de ces châteaux des hommes chargés de garantir en son nom là sûreté du pays, le roi ramena ses paladins bardés de fer vers Chinon. Les traditions fabuleuses du moine Geoffroi de Montmouth disaient que cette ville devait son origine à Chaius, sénéchai d'Anjou, sous le roi barde Pendradoridas. Jean en avait fait une prison redoutable, et l’on racontait que l’évêque de Beauvais, toujours guerroyant, et Conanle-Bref, qui depuis fut duc des Bretons, y étaient renfermés. On y retenait aussi dans les fers Guidomarche, renommé par sa force pro-
CONQUÊTE DE L'ANJOU ET DU POITOU. 339 digieuse. D'un coup de poing, il avait cassé la tête d’un cheval et d’une sorte d'hippogryphe, monstre ailé, qui avait désolé les terres de Bretagne. Chinon et Loches furent assiégés par le roi. « Chinon et le pays à l’entour étaient gouvernés par le farouche Gérard, serf issu de père et de mère également serfs. Il avait, dans sa Jeunesse, appelé tous les habitans à la révolte, et Jean avait été obligé de lui concéder cette terre pour calmer la sédition des esclaves , et l’on sait qu'il n’y a pas de pire seigneur qu'un serf, lorsqu'il foule sous les pieds des têtes libres! Chinon et Loches se rendirent aux barons de France, et le roi, maitre du Poitou et de l’Anjou, chargea Gérard de plus fortes chaines que celle qu'il portait lorsqu'il était esclave, et le retint captif dans les tours de Compiègne Li53)
* Guillaume-le-Breton , chant vi.