LA NORMANDIE APRÈS LA CONQUÈÊTE
battre, ils appelaient librement sous leur gonfanon ducal les châtelains, les communes de Normandie, de l’Anjou, du Poitou et de la Guyenne : ainsi près de la moitié du territoire féodal de la France accourait se ranger derriere leur cheval de bataille, à la moindre semonce des hommes d'armes portant le lion des Plantagenets 1.
La réunion au domaine de France du plus grand nombre des provinces naguère sous la domination anglaise changeait absolument cette situation féodale. Au lieu d’une suzeraineté fictive, qui ne pouvait requérir 81 hommes d’armes, niaidesdes communes, Philippe acquérait un véritable pouvoir de fait. L'autorité médiate des princes anglais s’effaçait, et la suzeraineté royale, ne trouvant plus la résistance d’un vascal unique et insolent, n’avait à dompter que l'opposition isolée et impuissante de quelques châtelains, qui regrettaient les cours plénieres du roi Jean, et les vieilles couleurs d'Éléonore.
: C’est ce qu’on voit dans toutes les guerres de Henri IF, de Richard et du roi Jean, contre Louis VII et Philippe : on doit même remarquer que jamais les rois de France ne s'en plai-
guirent , tant c'était là une habitude admise ! Ce n’est que sous Saint-Louis que les jurisconsultes commencèrent à établir des
maximes contraires.