__ LA BRETAGNE
L’Anjou et le Poitou étaient ainsi réumis à la couronne, d’une manière immédiate et complète. Il n’en fut pas de même de la Bretagne. Elle conserva le gouvernement de ses ducs; mais les rapports d'hommage et de ligéité devinrent plus étroits et plus obligatoires. C'était pour les Bretons une ancienne et naturelle politique que leur alliance avec le roi de France. En lutte presque continuelle avec les princes anglais, envieux de leur indépendance, les comtes bretons requéraient volontiers aide et assistance en la cour de Philippe et de ses prédécesseurs. Sous le règne de Louis VII, après son divorceavecÉléonore, la Bretagne aurait pu être réunie au domaine du roi par son mariage avec Constance, droite héritière de ce duché, qui le pressait vivement : « Si, touché, lui disait-elle, de l'amour que je vous porte, vous voulez bien échanger quelque gage de retour, votre anneau même, Je me trouverais la plus heureuse des femmes. Disposez de tout ce que le pays peut produire, faucons, chiens et chevaux,toutes mes terres vous appartiennent 1,» Ce
: Duchesne, Recueil des Hist. de France, 1. IV, p. 725.
ACQUISITIONS DU DOMAINE. 367 mariage n'eut point lieu; mais l'amitié et le dévouement des barons de Bretagne se manifesta en toutes les circonstances : ils suivirent le goufanon du roi Philippe contre Richard et Jean. Après le meurtre d'Arthur, ils ne le quittèrent plus; les hommes de haut parage soutinrent Philippe dans sa conquête de la Normandie, le secondèrent lorsqu'il dirigea ses armes contre l’Anjou et, le Poitou, sauf quelques enfans perdus, qui préférèrent les bons sterlings du roi Jean. Plus tard nous verrons les barons de Bretagne derrière l’étendard royal, à la bataille de Bovines.
Des acquisitions partielles augmentèrent encore les possessions du domaine ; ce n’était plus ici des provinces entières acquises à la couronne, mais de simples cités, des terres confisquées pour félonie, échangées ou rachetées des deniers royaux. C’est ainsiqu’en 1204,Beaumont-le-Roger fut réuni, par confiscation, au domaine. Dans une charte coutemporaine,Guy de I2 Roche-sur-Yon, étant au château d’Anet, déclare qu'il a interrogé Gaultier de Maudre, traitre au roi de France, et que celui-ci, convaincu de félonie, lui a cédé le château de Beau-