‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 326 sur 336 · BIOGRAPHIE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE LITTÉRAIRE

ques empruntaient les formules d’Aristote et les souvenirs travestis du Portique. La langue d'Oil ou d’Oc était délaissée aux bourgeois des cités, aux castels. Heureusement pour la postérité et l’histoire, quelques vieux barons n'ont pas dédaigné d'écrire dans l’idiome de leur pays leurs naïfs souvenirs et leurs vives impressions.

Depuis l’année 1 1900 jusqu’à 1205, époques qu'embrassent les deux périodes dont nous venons d'achever l’histoire, une foule de noms savans mais obscurs marquent la chronologie littéraire de France. Guigues Il, prieur de la Grande - Chartreuse, est auteur d’un ouvrage sur l'Échelle du Paradis, ou du Moyen de prier saintement dans les cloitres'. Raoûül, évèque de Liége, élu par le peuple ea fureur, évêque de Mayence, grand pillard des églises, publia quelques épitres pour justifier son élection ?. Placentus , premier professeur du droit romain, ouvrit l’école de Montpellier, et écrivit une Somme où Abrégé des pandectes qu’on

: Martène, ÆAmplissinr. Collect., t. VI, col. 176. 2 Gall. Christian, t.. MT, p. 875.

venait de retrouver sous les ruines d’Amalf :. Adam, chanoine régulier de Saint-Victor de Paris, fut l’auteur d’un grand nombre de proses rimées qui se chantaient à la messe de son église ?. Garin , abbé de Sainte-Geneviève, publia son Recueil de sermons, encore dans la bibliothèque de ce monastère. Geoffroi, sous- | prieur de Notre-Dame, se fit connaitre par un ouvrage en vers, sous ce titre : Fons philosophiæ, et cinquante pieuses épitres sur les intérèts de son abbé; son poëmé philosophique donne une idée des enseignemens scolastiques de Paris ; la grammaire, la dialectique , la rhétorique, qu'il exaltait au-dessus toute chose 4. Gauthier, de Lille ou de.Chàtillon, fitun poëme sur Alexandre-le-Grand;, où les fictions du moyen âge se mélent aux fabuleuses conquêtes du héros macédonien. Une multitude de trouvères français et de troubadours doivent être ajoutés à cette série stérile d'écrivains et de poètes. Maurice de Sully,

? Pancirolus de Claris , leg. Interpret., p. 132. Montfaucon, Biblioth. MSS., t. IT, p. 1259.

3 Hist. ecclésiast. de Paris, t. IT, p. 13.

4 Martène, Ænecd., 1.1, col. 494-555.

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évêque de Paris, écrivit, pour les transmettre à ses successeurs, plusieurs sermons en langue vulgaire, qui faisaient les délices des bourgeois et des serfs 1. Foulcauld, abbé de Saint-Denis , fit une histoire de Sicile sous ce titre emprunté aux annales antiques : de Tyranide siculorum, destinée à peindre les malheurs qui allaient accabler les Siciliens sous la domination allemande?. Pierre, humble chantre de l’école cathédrale de Paris, fut l’auteur d'un ouvrage sous ce titre : de Brievitate locutionis (de la Brièveté du discours), dans lequel il traite des vices et des vertus, principalement dirigé contre les moines et les folles femmes. Bertere ou Berthier, clerc de l’église d'Orléans, excita dans une prose rimée les chevaliers de France à prendre les armes pour les croisadesé.

Ce période vitaussi le célèbre Pierre de Blois, un des meilleurs écrivains du douzième siecle, Ses lettres, au nombre de plus de neuf cents, sont un modele de style et de verve religieuse ;

: Duboulay, Hist. Universitat. Parisiens. , t. 1[, p. 324-325. 2Muratori, Script. de rerum Italic., L VIT, p. 250.

3 Duboulay, ist. Univ. Paris. ,t. IE, p. 7635.

4 Roger de Hoveden,, p.639, 1, col.

ses sermons, un peu confus, appartiennent à cette éloquence du siècle vide et passionnée, et ses opuscules sur divers sujets de l'Écriture et les affaires contemporaines ont fait la longueadmiration des clercs:. Mathieu deVendôme composaun poëme latin sur Tobie,sans éclat et sans talent2. Vital de Blois, auteur de quatre livres en vers élégiaquessous le titre de Querulo, a imité une comédie latine long-temps attribuée à Plaute ou à Térence*. Guillaume de Champagne, archevèque de Reims, unit au maniement des affaires l’art de faire des lettres éloquentes et des traités scolastiques ; enfin, Étienne de Tournay, abbé de Sainte-Geneviève , à limitation de l'archevêque de Reims, passa sa vie au milieu des négociations diplomatiques et des études littéraires.

Tous ces travaux, comme on le sent, avançaient peu l'esprit humain. Circonscritsdans un cercle étroit et sévère, dominés par l’exclusive influence des dogmes religieux et des doctri-

1 Voyez l’article de Pierre de Blois, dansl’Æist. lit. de France, par l’Institut ; il est de D. Brial.

2 Gall, Christ. , t. VIT, p. 395.

3 D. Liron, Biblioth. chartr:, p. 05.

nes d'autorité, chroniqueurs, moralistes, poëtes, tous restèrent dans un cadre donné, sans jamais s'élever à cette audace de la pensée qui s’'avance, libre et indépendante, vers le hardi et Le beau. Certaines formules des anciens, d’Aristote, surtout, exerçaient le même despotisme sur les matières littéraires et philosophiques, que la parole des Pères et les décisions des Conciles sur les ouvrages religieux. C'était pour tous une égale matière de foi.

Cependant une ère nouvelle allait s'ouvrir, et l’histoire des hérésies contemporaines , qui commence notre volume suivant, montrera le premier effort de l’esprit humain pour sortir de son long sommeil.

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