‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 49 sur 336 · DÉFI POUR UN COMBAT SINGULIER · texte numérisé non relu

DÉFI POUR UN COMBAT SINGULIER

dance de Richard avec Henri VI. De son côté, Philippe ne restait point oisif; 1l convoquait son parlement;il pressurait sur tout le clergé, jusqu’alors affranchi de tout impôt par ses 1mmunités : il faisait régler les rôles de services, et se préparait en tout point pour la guerre prochaine 1. Dès le printemps 1195, la trève étant à peine expirée, les deux rois se trouvaient déjà en présence dans les plaines de Normandie. Les héraults d'armes déclarèrent à haute voix que les trèves allaient être rompues, et que les chevaliers eussent à préparer leurs armes.

Vers le mois de juillet, les barons anglais virent arriver dans le camp de Richard un messager porteur de chartes royales : Philippe fesait proposer de vider la querelle en champ clos, par cinq chevaliers anglais et cinq français, au choix des deux monarques.« J'accepte le défi, dit Richard, pourvu que Philippe soit de la partie ? — Eh bien : j'irai voir ce fier Anglais, répondit le roi de France; qu'il m’attende! » Mais on lui remontra ensuite qu'il n’était pas

® Rigord Gest. Philip. Aug., apud Duchesne, t. v, p. 38.

RUPTURE DES TRÈEVES. 63

de la dignité du suzerain d'entrer en champ clos avecson vassal, observation qui était moins exacte que prudente’. Malgré leur irritation mutuelle, les deux rois se virent encoré au Val-de-Rueil, pour discuter leurs intérêts. Ils avaient conduit avec eux la plus noble partie de leur baronnage: mais tandis qu'on cherchait à régler lesréclamations respectives, le comte de Chester dit à Richard : « Beau sire, je viens de voir les mineurs de France qui renversent les tours du château de Rueil.——Ah, traître! s’écria Richard, vous allez voir ce que c’est que le bras des enfans de Londres. » Aussitôt il monte à cheval, et se précipite avec ses barons sur fa multitude confuse des chevaliers français, et les met en fuite ?.

S'il y avait beaucoup de haine personnelle entre les deux rois, un grand nombre de causes agissaient pour que les vassaux ne la partageassent pas absolument ; de sorte qu'à peine commencées, les hostilités cessaient tout à coup. Les nouvelles qu'on recevait de

: Raoul de Dicet, Imag. Hist., p. 676.

* Roger de Hoveden, ad ann. 1194.

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