‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 55 sur 336 · RÉCIT DES CONFÉRENCES · texte numérisé non relu

RÉCIT DES CONFÉRENCES

fin au lieu où se trouvait le roi de France:

il me reçut très mal; alors élevant la voix, je lui dis: Veux-tu m'admettre comme pleige et caution de Richard, sauf ma dignité et les droits de l'église de Rouen que blesse le traité que vous avez conclu. — Non, je ne t'admettrai pas avant que tu ne lèves l'interdit; ton église est à moi, ta dignité tu ne la tiens que comme fief de ma couronne — Alors je me retirai précipitamment, voyant bien qu'il n'yavait rien de bon à gagner. Je lui fis même demander, par lévèque d'Évreux, la permission de me rendre dans ma cathédrale. La nuit du samedi, je dormais profondément lorsque des messagers du, roi d'Angleterre heurtèrent violemment à ma porte : Venez trouver le roi demain matin, nous dirent-ils; je promis et jy allai. Il n’est sorte de complimens qu'il ne meé:fit pour me faire adopter l’article du:traité relatif à l’archevèché; il alla même Jusqu'à se mettre à genoux devant moi; je refusai tout. Après cela, voyant bien qu'il neme-restait d'autre moyen que de fuir, J'ai pris la route de Cambrai, où je suis arrivé avec un seul chapelain, continuant à jeter

72 ACCORD AVEC L'ARCHEVÈQUE.

l'interdit sur la province de Normandie. »

L’opiniâtre résistance de l’archevèque de Rouen empéchant l'entière exécution du traité. Philippe et Richard firent tous leurs efforts pour obtenir la renonciation du prélat fugitif. On employa dabord les mesures de rigueur; le roi de France fit saisir Andely, les meubles et les revenus de l’archevéché; le prêtre inflexible demeura dans son exil, fulminant encore des interdits contre toutes les terres ; on eut alors recours aux négociations. Philippe écrivit deux fois à l'archevêque pour le prier de revenir; Richard lui disait à son tour :« Reviens dans ton diocèse, et visite, en y allant, ton seigneur, ie roi de France. » Comme Richard l’avait demandé, l’entrevue eut lieu, en effet, à Pontoise, l’église triompha, parce qu’elle opposait son orgueil et son inflexibilité à lirritation passagère et aux faiblesses dévotes des princes: La partie du traité relative au siége de Rouen se trouva annulée. Lorsque l'affaire de l’archevêque fut ainsiréglée, les deux rois licencièrent leurs hommes d'armes et les vassaux , quitre-

* Raoul de Dicet, ]mag. Hist., ad ann. 1196.

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