‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 60 sur 336 · MOTIFS POUR LA DISSOLUTION DU MARIAGE · texte numérisé non relu

MOTIFS POUR LA DISSOLUTION DU MARIAGE

burge par amour et chair: la reine dit au contraire aux matrones que son mari était veru plusieurs fois à elle; quoi qu’il en soit, laversion de Philippe pour la malheureuse Ingerburge s’accrut par cette épreuve, car il demanda immédiatement aux clercs les moyens de dissoudre.le mariage‘. ;

Les canons de l'Église, appliquant faussement les prohibitions d’alliances des lois romaines, ordonnaient la dissolution de mariage à des degrés infiniment éloignés 2; rien n’était plus facile que le divorce, surtout aux familles suzeraines, qui, rapprochées à toutes les époques, par des alliances, se trouvaient presque toujours parentes les unes des | autres aux degrés prohibés. Philippe fit donc

* De Legato misso. Duchesne, t. v, p. 753.

2 Voici sur quoi reposait l’erreur des canonistes. On sait que la loi romaine compte les degrés en remontant à une source commune; par ce moyen, les frères se trouvent au deuxième degre , l’oncle au troisième , les cousins au quatrième. L'Église ; au contraire , les compie en descendant par la filiation, de sorte que les frères sont au premier degré, les cousins au deuxième : il était résulté de là que les lois des empereurs qui prohibaient le mariage au quatrième degré, appliquées par les canons , s’étendaient jusqu’au huitième et même au dixième degré.

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dresser, selon l'usage, une généalogie, pour prouver son affinité avec Ingerburge ; il en résulta que Anne de Russie, épouse de Henri Ier, roi de France, trisaïeul du roi, était grandetante d’'Isemburge de Russie, épouse de Canut IV, bisaieule de la jeune reine. Cette généalopie fut attestée sous serment par les évêques de Noyon, de Beauvais, de Chartres, d'Orléans et de Châlons; par les comtes de Dreux, de Blois, de Champagne et de Nevers, par Simon Chatelain de Lille, et par Gauthier, chambellan de France.

Ilest bien certain qu’en admettant comme constantes les alliances, dont plusieurs étaient évidemment fausses !, quoique jurées par des évêques, l’affinité, au moins au dix-huitième degré, ne pouvait être un motif suffisant pour annuler l’union contractée de bonne foi; cependant, le désir du roi était si violent, que le cardinal de Champagne convoqua un parlement de grands et d’'évêques, pour prononcer sur la question du divorce. La reine y

* La fausse généalogie donnée en latin par les évêques , nous est parvenue intégralement. (Extrait du Cartulaire de Philippe- Auguste, £° 1.)

PLAINTES D'INGERBURGE. 87

fut appelée; mais comme elle n’entendait ni ne parlait la langue franque ou latine, et qu’on avait pris la précaution d’éloigner d'elle tous les serviteurs qui auraient pu la défendre, il ne fut pas dit un seul mot en sa faveur ; de sorte que, sur l'affirmation de la généalogie par les prélats et les barons, on déclara le mariage nul. Lorsqu'on signifia cette sentence par un interprète à la jeune reine, elle s’écria tout en larmes et dans un jargon presque inintelligible : Mauvaise Francel France! puis elle ajouta avec chaleur : Rome! Rome!

voulant faire entendre par là qu’elle en appelait au souverain pontife. Elle ne put pas en dire davantage 1.

Après cette sentence de divorce, Philippe voulait renvoyer Ingerburge en Danemarck; elle s’y refusa constamment? : ce fut alors que le roi promena cette malheureuse princesse de tourelle en tourelle, de couvent en couvent; elle y fut toujours traitée avec une extrême ri-

1 De Legato misso in Franc. super Trib. articul. Duchesne, LV, P: 703.

? Labbe, Mélanges curieux, t. 1, p. 631, et Epistol, Inno-

cent LIT, 1. 1-vrr.

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