LETTRE D'ÉTIENNE DE TOURNAY
gueur. Etienne, évêque de Tournay, qui prit généreusement sa défense, exposa, dans une lettre au cardinal de Champagne, les ennuis et les souffrances de lépouse infortunée de Philippe. «Je prends la liberté de parler à » mon Seigneur; je le fais sans présomption » téméraire, comme sans faiblesse. Il y à dans » notre pays une pierre précieuse que les hom- » mes foulent aux pieds, que les anges hono- » rent, et digne du trésor royal; je parle de » la reine, renfermée à Cisoin comme dans » une prison, et qu’on accable de douleur et » de misère; nous pleurons sa destinée, et » nous laissons à Dieu seul le soin de pronon- » cer sur la cause de ses disgrâces et la fin » qu’elles auront; car qui est-ce qui a le cœur » assez de fer, la poitrine assez de pierre, et » les entrailles assez de diamant, pour n’être pas » touché de voir dans une si grande pauvreté » une jeune et illustre princesse sortie de tant » de rois, vénérable dans ses mœurs, mo- » deste dans ses paroles, et pure dans ses œu- » vres; sa face est belle comme celle de la Vierge » Ambroisienne ( 4mbrosian& Virgine); mais » elle est encore plus belle par sa foi : elle est
LETTRE SUR LA CAPTIVITÉ D'INGERBURGE. 83 jeune d'années, mais elle est vieille par sa prudence ; je dirais presque qu’elle est mieux faite que Sara, plus sage que Rebecca, plus agréable que Rachel, plus dévote qu’Anne, et plus chaste que Suzanne. Ceux qui disputent de la beauté des femmes, assurent que la reine n’est pas moins belle qu'Hélène, n1 moins noble que Polixène. Son occupation journalière est de lire, de prier ou travailler de ses mains; elle ne joue ni aux Jeux de hasard, ni aux échecs; elle prie Dieu avec larmes et soupirs depuis le matin jusqu’à sexte, non seulement pour elle, mais pour le roi notre souverain : elle n’est jamais assise dans son oratoire ; elle y est toujours debout ou à genoux, ou prosternée sur la terre. Nous sommes persuadés que si notre Assuérus la connaissait telle qu’elle est, 1l la trouverait agréable comme Esther, et qu’étendant vers elle Le sceptre de sa bienveillance, le sceptre de sa dilection, le sceptre de son empire, il la rappellerait dans ses bras, et au lieu du divorce, il vivrait avec elle dans une douce union, n'aurait que de la bonté et de l’amour, au lieu de la colère ou de la haine ; 1l