‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 67 sur 336 · MARIAGE D'ALIX DE FRANCE · texte numérisé non relu

MARIAGE D'ALIX DE FRANCE

parait en silence, malgré les remontrances du Saint-Siége , et, pendant ce temps, les rigueurs se multipliaient contre la reine captive.

Une autre jeune princesse, long-temps aussi malheureuse qu'Ingerburge, arrivait alors à la cour; Alix de France, la fiancée de Richard, et que le roi Henri IT avait long-temps retenue à Woodstock, asile de ses amours et de ses plaisirs, avait été mise en liberté à la suite du dernier traité de paix avec le roi d'Angleterre. Elle était belle, et ses yeux mouillés de larmes attestaient ses longs malheurs et sa faute; elle toucha le cœur du comte de Ponthieu, un des barons les plus renommés de France; et, après un tournoi où il avait brillé, il offrit sa main à la sœur de Philippe. Le roi accepta cette alliance.

Dans des chartes iurées, Philippe donna en dot au comte de Ponthieu plusieurs beaux fiefs de ses domaines, et le comte se tint fort content, quoique la pauvre Alix eüt perdu la fleur de vertu ; c’est ce qu'il annonce lui-même dans un acte contemporain : «Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, 4men. Moi, Guillaume, comte de Ponthieu, je veux que

CHARTE DU COMTE DE. PONTHIEU. (e L

tous mes hommes sachent que Philippe, roi, m'a donné sa sœur en mariage, ce dont je suis très satisfait; voici ce qu'il m'a promis pour dot : 1° Tout ce qu'il a auprès de Villers et de Saint-Valery, saufs les droits de l’abbaye; 20 tout ce qu'il possède auprès de Saint- Régnier, saufs les droits royaux ; tous ces fiefs feront retour à la couronne au cas où Alix, ma femme, viendrait à mourir sans enfans.

J'ai fait cette charte en présence de mon oncle, le comte de Saint-Paul, et de Guy, mon sénéchal :.»

Telle était la cour de France lorsque de nouvelles batailles vinrent rappeler les barons aux armes.

La situation respective de la France et des fiefs d'Angleterre, le caractère personnel de Philippe et de Richard, ne pouvaient permettre une paix durable; le suzerain et son vassal ressemblaient à deux chevaliers, armés de toute pièce, qui joutaient à outrance et ne se reposaient qu'épuisés de fatigue, pour reprendre de nouvelies forces et combattre encore.

: Brequigni, Recueil des Chartes, ad ann. 1196.

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