ATTAQUE DU CAMP DE PHILIPPE, OD
ter, qu'il trouva Philippe et ses chevaliers en armes , envahissant la Normandie. Ils assiégeaient Aumale après avoir soumis Nonancourt. « Sans autre délai, Richard, suivi de toutes ses bannières rassemblées en foule, se précipita à travers les champs de Bayeux tout couverts d’ivraie et la plaine du pays de Caux"; laissant ensuite Beauvais derrière lui, il conduit ses troupes d’une marche rapide, se vantant de son projet de combattre le roi Philippe, si celui-ci ue se hâte de lever le siége du château d’Aumale, dont il avait depuis six semaines investi les remparts élevés sur une colline, au milieu des rochers. Richard choisit done les meilleurs parmi ses braves chevaliers, ceux dont le courage et la fidélité lui inspiraient le plus de confiance, pour les conduire avec lui attaquer à limproviste le camp des assiégeans. Parmi ces barons, le plus vaillant dans la guerre était Guy de Thouars, qui devint peu de temps après duc des Bretons, en épousant la mère d'Arthur et recevant d’elle ce duché. Avec eux encore étaient Hugues Le Brun, le héros de la Marche, et Guillaume de Mauléon,
: Guillaume-le-Breton, Philippéide, ch. v.
0b ::- MÊLÉE CHEVALERESQUE.
avec leurs chevaliers. Richard s’élance alors vers le camp; il ne peut le surprendre, car on voit voler à sa rencontre le comte Simon, le valeureux Des Barres, Alain le Breton, suivis d’une noble jeunesse. Richard crie aux siens : «Amis, vous n'avez rien à craindre.» Mais aussitôt que le lion vigoureux vit devant lui cesguerriers renommés, 1l les reconnut successivement à leur bannière et s'arrêta : tel un lion de Lybie rugit de fureur contre les taureaux qu'il voit s'avancer au milieu des pâturages, dressant leurs cornes , tenant leurs flancs étroitement serrés. Le lion ne veut point fuir, il n’ose pas non plus les aborder '. De même le noble roi demeure frappé de stupeur en voyant son ennemi si près de lui, et la fierté de son ame ne lui permet pas de se porter en arrière. Il préfèere l'honneur à la honte. Baissant sa lance, et pressant de ses éperons le flanc de son coursier, 1] s’élance sur les guerriers avec un transport de colère, et les guerriers s’élancent aussi vers lui. On combat des deux parts avec des chances diverses ; les lances se brisent, les bonnes épées s'émoussent sous les coups re-
Guillaume-le-Breton , Philippéide, ch. v.