QUERELLE POUR UN TRÉSOR
sire, dit le messager, le vicomte de Limoges a trouvé un trésor dans son champ; il ten envoie une portion qui n'est pas petite. — Tu sais, répondit Richard, que je dois avoir le trésor tout entier, d’après la loi féodale; car toute fortune ct trésor appartiennent au suzerain : va donc dire au vicomte qu'il fasse constater par le serment de ses hommes en quoi 1l consiste, et qu'il me lenvoie sur-lechamp; autrement j'irai l’assiéger suivi de mes. chevaliers, et Marcader lui-même, avec ses Brabançonnais, m’accompagnera. » Le messager retourna auprès du vicomte, et lui rapporta la réponse de Richard : «Il n'aura pas davantage, dit-1l, car il n'y a que fortune d’or qui appartienne entièrement au suzerain; fortune d'argent se partage entre lui et le vassal. » Le roi, n'ayant pas été satisfait, partit donc en toute hâte, dans la crainte que le trésor ne lui échappât; 1l ne fit pas même attention qu'on était dans la semaine de Pàques, et que les canons de l’Église défendaient en ces jours l’effusion du sang : il vint assiéger le château de Chaluz :, où lon croyait que
: Roger de Hoveden , ad ann. 1199.
SIÈGE DE CHALUZ. 121 le trésor était caché : les chevaliers et les hommes d'armes du vicomte d’Angoulème offrirent de lui livrer le château et ses dépendances, s’il voulait leur laisser la vie et leur donner une petite part du trésor. Richard répondit : « Je veux m'emparer du château de vive force, et vous suspendre tous par des cordes au haut . des tourelles. » Ces hommes , pleins de tristesse, résolurent alors de se défendre à outrance. Un jour que le roi pressait plus vivement que de coutume les vieilles murailles, un arbalétrier, qui se nommait Bertrand de Gourdon, lâchant un trait d’une main vigoureuse, atteignit Richard au bras gauche; les brassards ne purent amortir le coup; le trait perça d’outre en outre; le roi anglais, couvert de sang, le visage altéré, se tourna vers Marcader, et lui dit : « Continue le siége jusqu’à ce que le château nous appartienne. Je suis blessé par un trait d’arbalète; je retourne au camp.» Chaluz fut pris; mais lorsque Marcader retourna sous les tentes, le roi était dévoré par une fièvre brülante, et menacé de la mort; une opération maladroïite avait rendu la blessure dangereuse; le fer était demeuré