CHAPITRE XXX
Prétentions du prince Louis à la couronne d'Angleterre. — Arrivée en France des barons anglais. — Conditions imposées par le roi Philippe. — Envoi des otages.*— Le pape excommunie l'expé* dition. — Parlement à Paris. — Philippe et Louis joueot le légat. — Départ pour l'Angleterre. — Débarquement des Français. —Entrée à Londres. — Question de légitimité élevée devant le pape. — Conquête de Louis. — Fortunes diverses. — Mort de Jean.
C'ÉTAIT uneanclenneprétention de Philippe- Auguste et de son fils que de s'approprier par droit d'héritage , la couronne d'Angleterre.
A la suite de la condamnation de Jean pour lé meurtre d'Arthus de Bretagne, le roi de France soutenait que le monarque anglais avait été déclaré, ainsi que sa postérité, indigne du trône des Plantagenets, et que la couronne venait alors à Blanche de Gastille, femme du prince Louis. Voici quelle était la généalogie qui servait de
4o GÉNÉALOGIE.
base à cette prétention féodale : le roi Henri II, parmi ses nombreux enfans, avait eu deux filles , Matbilde et Eléonore. Mathilde avait épousé Henri duc de Saxe , père de Fempereur Othon IV; Eléonore devint la femme d'Alphonse IV roi de Castille » dont était issue Blanche , femme de Louis de France* De tous les fils légitimes de Henri, il ne restait plus que Jean , et c'était à l'exclusion de ce prince et de sa postérité , que Blanche faisait valoir ses prétentions , ou qu'on les invoquait pour elle '.
On a vu d'ailleurs que le pape avait conféré déjà une fois la couronne d' AnglietéflTe au prince Louis de France, lorsque Jean, excommunié, tenta de résister aux prétentions de la cour de Rome. Les temps étaient bien changés !
Depuis, lerpianglaiss'était fait le vassal duSaint- Siège, et le prince Louis était menacé des mêmes foudres dont il s'était armé lors de la première expédition des Français contre l'Angleterre*.
1 MSS. de Camps, t. a, (article Angleterre). Le bon abbé se donne une peine infinie pour prouver les droits incontestables du prince Louis.
(i) Mathieu Paris justifie les barons anglais du choix qu'ils firent "
ARRIVEE DES BARONS ANGLAIS BN FRANGE, /^l
C'était Yer8 le mois de janvier de Tannée 1 2 1 7 , la cour plénière était réunie à Poissi , et le pripce Louis achevait 4^na la Jjai^gue-doc son pèlerinage armé contre les hérétiques ; on vit arriver en France le comte de Vincester et Robert fils de Gauthier , députés par les barons d'Angleterre; ils étaient porteurs de lettres scellées , dans lesquelles les grands vassaux offraient la couronne à Louis, fi|s de Philippe, promettant le serinent de fidélité et l'hommage def terres'.
Le roi répoadit qu'il n'enverrait point son fils à moins qu'on ne lui donnât des gages pour la sincérité de ces promesses, et il demanda vingt -quatre otages, pris parmi les plus haut^ barons d'outre -mer. Les deux envoyés se hantèrent de porter cette réponse à Londres , et comme les Anglais n'avaient pas d'autre refiigè que Je roi de France, ils firent ce qu'il leur demandait; vingt-quatre barons vinrent se rendre à la noble cour de Paris. Les pleîges
de Louis de France ; il en prend l'occasion pour faire de violentes plaintes contre ^ean. p. 234.
1 ■ Litteras omnium baronum sigillis munitas : obnizitre implcraates pjatrem, ut filium mitteretin Anglift regnatarum ; et filium ut veniretaiicô corooandus. » Ibid.