‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 33 sur 124 · ALIENATION DES TERRES AUX. FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ALIENATION DES TERRES AUX. FRANÇAIS

elle semblait se confirmer chaque jour , car les meilleures terres , le sol le plus gras et le mieux cultive , étaient confiés à des Français au préjudice des barons du territoire ; ceux-ci se disaient entre eux : ce A quoi bon nous exposer à rexcommunication pour voir des étrangers profiter de nos biens? » quelques-uns s'étaient déjà réunis au roi Jean en son vivant ; d'autres n'étaient retenus que par la crainte du châtiment qu'il pouvait réserver à leur désobéissance'.

Henri , héritier du trône d'Angleterre , était encore enfant et ne pouvait inspirer la même terreur. On n'avait aucun grief à lui opposer. Son père . en mourant l'avait confié au sou* verain pontife Honoré , et celui-ci le prenant sous sa protection pastorale déclarait dans une bulle que l'excommunication serait levée pour tous les vassaux qui viendraient lui faire hommage. Rien ne plaisait plus à la noblesse féodale que l'enfance et ces longues minorités des princes , qui les lais« saient maîtres du gouvernement de l'état et

1 « Sed timiierUDt valdè, ne Ule qnem tôt talibusque convitiis in odium sui provocaverunt vellet cos admittcre pénitentes. »/64^.

8o COURONNEMBNT DE HENRI III.

de leurs fiefs; les mécoutentemens qu'excitait Louis avec ses Français réveillèrent donc une sorte de zèle pour la légitimité des Plantagenets. On songea à couronner le jeune fils de Jean sous le nom de Henri III.

Le vingt - huitième )Our d'octobre i3i6, dix jours après la mort du roi, les barons restés fidèles , ceux qui étaient revenus à la cause des Plantagenets , conduisirent Henri, alors âgé de dix ans, dans la cathédrale de Glocester ; là , en présence du légat du Saint- Siège , des évèques de Winchester, de Bath et d'Exester', il reçut un cercle d*or que les évèques posèrent sur sa tête, car la couronne avait été perdue avec le trésor du roi. Puis le nouveau monarque, les maiïis nues sur l'Ëvangile, jura qu'ij rendrait bonne justice au peuple qui lui était confié '. U fit ensuite hommage à l'église de Rome , comme ses prédécesseurs , et s'obligea à payer la* redevance accoutumée , ou le denier de Saint-Pierre. Il se rendit au festin , où tout le monde man* gea et but avec grande joie. Le lendemain,

1 Rimer, t. i , p. ai 5. Math. Paris , p. a43.

3 « Quod in populo sibi commisso rectam justiciam tenebit. » Ibid

MESURES FAVORABLES A HENRI III, 8l

les seigneurs féodaux firent leur hommage pour les terres qu'ils possédaient. ' En même temps , des chartes furent adressées à tous les magistrats des comtés : le jeune roi, od le comte de Pembroke » graud-marécUal , son tu»

teur , gémissait sur les dissentions qui avaient a^té l'Angleterre ; il promettait amnistie générale pour le passé, et Jes libertiés légales pour VaYéqfv. U requérait cn^n les tenant ciars de la couronne de venir prêter im* médiatement serment, à Henri , leur suzerain légitime « et conime il fallait donner un signe distinctif aux partisans du roi mineur , on défendit. à tous le» sujets anglais de parakre en public, sans avoir ceint leur tête d'un petit bandeau blanc, pour rappeler la;fidélité qu'on devait au nouveau prince.

Tous les barons présens, sur la convocation royale , tinrent un conseil suprême pour régler les droits, du roi, les prétentions des vassaux et les usages ; il fut , en conséquence, procédé à la révision de quelques articles de la grande charte imposée au roi Jean ,

1 Bex cepit homagiuni et iidclitates ab omnibus epûcopis comitibuB et aliis omnibus qui aderant. Tbîd,

T. lY. 6

32 DÉVOUEMBNT d'hUBEUT DU BOURG.

et cause première de la révolte. Les barons fidèles fortifierait ensuite leurs tours et leurs châteaux , afiu de résistei' aux Fra&oais.

L'armée de Loms était toujours devant Douvres., dont elle pressait le siège # Ce cartel était un point essentiel pour assurer la domination nouvelle ; car , il protégeait les communicatians airec la France et la sûreté de Londuesi: A|H:ès la mort de Jean d'Angleterre, Louisenvoja anprèsd'Hubertdu Bourg, auquel la gardft en. était confiée, le comte de SarUmri, Guillaume - Longue ^Épée, et^ par |#;ri''au^ tîoDf TJiomas du Bourg, frère d'Hubert, tous ▲ngjiai^. Lorsqu'ils amvèrent «nx portes , et que les. sentinelles, eurent sonné du c6r^ le obAtelàin vint au-devant d'eux avec cinq ar* balétriers, l'arc tendu comme s'il s'agissait de recevoir des eime^iis : le comte Gmllaume prit la parole et dit à Hubert : « Je pense que tu n'ignores pas la mort de Jean , notre ancien seigneur , et le serment qu'a fait Louis de feire pendre tous ceux qui s'ûp* poseraient à ses desseins ; consulte tes intérêts et ton honneur; tu ne peux plus long-temps conserver Douvres, car les forces de Louis

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