‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 39 sur 124 · PRÉPARATIFS DE I4A BATAILLE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE I4A BATAILLE

Lorsque les barons anglais , qui pressaieni Montsorel, apprirent queues Français s'approchaient de leur tente , ils résolurent de lerer le siège , et de marcher sur Lôncoln « pour 7 attendre la bataille. Guillaume , le maréchal, fit convoquer les châtelains et les chevafiers possédant fiefs \ il les invita à Tenir combattre les étrangers dans une action décisive; qu'il yallait tout à la fois de l'église et de leurs terres^ €ar , il s'agissait d'cnipuber des usurpateurs et des excommuniés. On se réunit ; et lors de leur monstre ou revue, on compta dans l'armée cinq cents chevaliers , et environ deux cents balistaires, (hommes armés de baHstes.) Le nombre des écuy ers , servans d'armeé , était tellement considérable , qu'il eût été difficile de l'indiquer. Toute cette noble troupe de chevalerie reçut le corps et le sangduSeigneor, dans le sacrement de rEucharistie, et se pré* para à la bataille. Le légat leur fit un long sermon , dans lequel il montra , combien l'invasion de Louis et des Français était injuste. Puis, se revêtant de l'aube et des tétemens sacrés des clercs , il excommunia nominativement le prince Louis et ses complices qui com-

APPROOHB DBS ANGLAIS. gi

battaient contre le roî légitime d'Anglelerre ' . U promit à tous les barons fidèles à la cause nationale Tabsolotion de leurs péchés* Ainsi « animés d'une ardeur nouvdle i les oheiraliers de Henri se mirent en marche.

Les Français méprisaient tellenient la race anglaise qu'ils se moquèrent de cette tentative du baronnage d'outre-nier *• ils envoyèrent néanmoins deux Normands^ hommes de confiance, pour connaître quelle» étaient les forces de Varmée nationale ; ceux-ci revinrent, et dirent: «Les Anglais s'avancent en bon ordre, mais nous sommes plusuombreux qu'eux^ notre avis aérait donc d'aller à leur rencontre jusqu'au penebani de la colline , car nous pourrons les prendre comme dea moutons. » Le maréchal cle Tarmée de France répondit : ce Vous jugez peat-éire d'aprcs vos habitudes , nous allons voir poni* appréder ce nombre d'après les coutumes franeaises. » £n effet , le maréchal et Guillaume, comte du Perche, s'appiiochèrent»

mais ils se trompèrent dans leui^ calculs; ils

1 Mathieu Paris. Jbid.

2 tJt referentibussîbi nuociisdeadventu adver^ariorum saona» redderent et cachinnos. Ihid,

ga FAUTES DES FRANÇAIS.

crurent que Tarmée des Anglais était formidable 9 et voici quelle fut la cause de l'erreur. Gomme les bagages &isaient corps avec la^ chevalerie , ils s'imaginèrent que toute cette masse était formée de combattans. Chaque baron portait deux gonfanons ; Fun ^prééédait ses hommes , l'autre désignait ses voitures. Effrayés par cet ifAiniense carré de lances, le ' comte du Perche et le maréchal jugèrent qu'il était prudent de se retirer derrière la ville de Lincoln alors en leur possession , et de mettre cet obstacle entre eux et les Anglais. Mais le château qui dominait Lincoln n'avait pas encore subi le joug des Français. Une garnison dévouée à la cause de Henri , sous la conduite d'une jeune héroïne , Nicolette de Gamville , put se mettre en communication avec Farmée des confédérés qui lui envoya ses balisiaireSf que guidait le routier Falcasius . '. Tandis que les Français traversaient la ville , ces balistaires ne cessaient de tirer du haut des tours , de sorte que les rangs de» chevaliers s'éclaircissaient à tous instans. Lors-

1 Mathieu Paris, p. iiS, Dunstaples, 78 - 79 Rimer, t. 1 ^ p. ai6^

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DÉFAITE DES FRANÇAIS.. qS

qae Falcaùus vit ce désoi^re , il se prëdpita sur eux et bientôt rétonnant courage des routiers compléta ladé&ite. Le comte du Perche fut tué l'un des premiers', et une grande partie des chevaliers qui suivaient ses bannières se rendit volontairement ; Tautre fit péniblement sa retraite sur Londres. Le petit nombre d'Anglais qui avaient pris parti, pour Louis Tabandonna. La plupart de ses archers qui se dirigeaient vers la capitale furent tués et assaillis dans la campagne par les paysans.

Ainsi la haine nationale contre les étrangers se manifestait d'une éclatante manière ; à ce sentiment se joignait alors le mépris , car les cheva* lier» de France ne s'étaient point comportés avec courage à Lincoln. Ce gr^d <K)mbat pouvait devenir une nouvelle victoire de Hasting et assurer la domination de Louis sur l'Angleterre, comme la bataille de Guit laume-le-Conquérant avait accompli celle des Normands; mais les Français montrèrent de

1 Gomme il était excommunié, M .thieu Paris dit de lui : Et corrueoB ia terram, nec Deum îovocavit , nec verbum uoum edidit; aed in snmmo rancore et superbiâ ad infcros peregrina?it.

g4 SITUATION DÉSESPÉBÉE DES FBÂNÇÂIS'.

rinexpérience et de la couardise. Us 8e renfior* mèrent dans Londres \

I^uis était plein de douleur et de soucis. Au milieu d'une grande cité qui ne Taimaitpas, il ne pouvait compter que sur la chevalerie qui l'entourait et sur les secours qu'il espérait de la France. U se hâta d'écrire à son père et Ji Blanche, sa femme, pour leur exposer le désastre de Lincoln. Uannonçait que Henri s'élait rendu mattre de presque tout le sol de l'Angleterre » qu'il parcourait déjà les campagnes des environs de Londres ; il finissait en déclarant qu'il n'avait aucun moyen de résister, pas même de se sauver si Ton ne se pressait de lui envoyer une vaillante chevalerie.

Lorsque Philippe reçut ce message , il en fut vivement affecté ainsi que la princesse Blan* cbe. a Guillaume , le maréic^hal d*AngleteiTe# vit -^ il encore, demanda le suzerain? — Oui , Sire Roi. — Alors je rie crains rien pour mon fils'. » Ce qui fit soupçonner Guillatune , le

1 Mathieu Paris dit des chevaliers de France : « Fracta eorum • superbia. • Ibid.

2 « Rex autem Franciae cùm haec audisset ait : Nonne adhuc

NOUVELLE Ï^LOTTE BE FRANCE. g5

tuteur de Henri , d'être d'intelligence avec Louis et les Français. Toutefois, le roi fit disposer des secours. Trois cents chevaliers forent destinés à passer outre-mer. Ces préparatifs n'étaient pas tellemetlt secrets que les Anglais n'en pussent être instruits. Les barons fidèles à la cause nationale se pressèrent d'assiéger Londres ; quelques autres reçurent mission de se rendre sur tous les points de la côte pour s'opposer au dâ>arquenten t. Des or« dres fiirent aussi donnés aux marins des cinq ports de suivre la flotte française, et de la couler bas si on pouvait l'atteindre.

Cette flotte, en effet, partit de Gilais sous la garde du pirate Eustache-le-Moine. U s'était engagé à conduire Jés chevaliers sains et saufs à Londres. Elle se composait de quatre** vingts gros navires et d'une multitude de pe*tites embarcations escortées par des galères. Le vent favorable les poussait à pleines voilés sur le rivage de l'Angleterre , mais lès

viyit Willclmus, marescalins ? et dictum est : Ita ; et rez : Non ergo timeo de fiiio meo. Unde Willelnnis^ mareicàUui, semper notAtui» fuit de proditione. » Ibid,

gÔ LA FLOTTE DE FRANCE DÉTRUITE.

marins des cinq ports étaient sortis avec vaate quarantaine de navires de toutes grandeurs pour joindre les Français; ils les aperçurent voguant en pleine mer ; le nombre des vaisseaux les étonna d'abord ; puis se rappelant la victoire de Lincoln, Tignorance complète des hommes du Continent pour les combats sur Teau , ils seprédpitèren t en travers de la flotte ; la bataille s^'engagea par les balistaires , dont Tarme meuitrière , mieux connue des Anglais, porta la mort dans les rangs des chevaliers de France. Se plaçant sous le vent, les habiles marins jetèrent dans les yeux de leurs adversaires de la chaux vive réduite en poussière'; ils abordaient avec agilité, se sauvaient avec adresse par les écoutilles pour couper les câbles, serraient , corps-à-corps , les chevaliers inexpérimentés et les poussaient dans les flots. Enfin, en quelques heures , tous ceux qui ne périrent pas se rendirent à discrétion aux braves matelots qui les conduisirent à Douvres attachés par des cordes. Ainsi toute espérance de secours était

1 Galcem quuqae viTam, et in pulTerem flubtUem i edactam , in altum projicientea, YentoUlam ferente, FraDcomm oculos excscaYerunt. Ibid,

SAU PS -CONDUITS POUft LA TRÊVE. 97

perdue, et le prince Louis n'avait plus d'autre espoir que de se soutenir dans Londres (chose qui paraissait impossible, puisque la ville était assiégée par terre et par eau) , ou de traiter avec Henri et l'armée qui défendait sa cause. Le fils de Philippe se détermina pour ce dernier parti ; il envoya un de ses fidèles auprès du légat et de Guillaume, le maréchal , offrant de quitter l'Angleterre à des conditions qui ne fussent point indignes de sa haute naissance. Les barons anglais et particulièrement Guillaume , le maréchal , consentirent à une en* trevue. ^

Le jeune roi Henri donna des tôufs-con-* duits à quatre barons français pour venir conférer sur la trêve à conclure '• Le seul firère Isembert , chapelain de Louis , se rendit au camp du comte de Pembrock , où il fiit noblement accueilli et festoyé. Dans une charte adressée à Enguerrand de Goucy et au comte de Nevers , le maréchal de l'armée anglaise dit : «Nous vous signifions que nous avons accepta la trêve , et nos hommes ont juré , sur leur foi , qu'ils la tiendront fidèlement. »

K Rimer, Fœdera, t. i j p. yS.

gS TRAITÉ d'évacuation de l'angletebuë.

A la suite de cette trêve, le traité suivant fut arrêté.

c Qu'il soit conim de tous que Toici la forme de paix qui a été conclue entre le seigneur roi d'Angleterre et le seigneur Louis. Premièrement» que tous les hommes qui se sont donnés à Louis , et qui possédaient des terres au commencement de cette guerre, puissent les tenir de la même manière, avec tous les privilèges« immunités, portés par la constitution anglaise. U en sera de même de ceux qui se sont attachés à la cause de Henri : que la cité de Londres , les citoyens , les bourgeois jouissent de leurs libertés particulières. Tous les prisonniers fiûts , de part et d'autre , depuis Finvasion française , seront rendus ; ceux des barons captifit, qui ont combattu le roi Jean, prêteront l'hommage à Henri, sdlon les coutumes d'Angleterre. Le seigneur Louis rendra tous les otages qui lui ont été donnés pour promesse d'argent.

dOu restituera au roi d'Angleterre lés villes , bourgs , châteaux et terres occupés pendant cette guerre. Quant aux lies, le seigneur Louis s'engage à envoyer des lettres

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