‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 42 sur 124 · I 03 LES FRANÇAIS ET LBS PROVENÇAUX · texte numérisé non relu

I 03 LES FRANÇAIS ET LBS PROVENÇAUX

obéissaient à ses hommes d'armes ; une inféodation nouyelle rattachait à son autorité plus de cent cinquante chevaliers tenant fief «t portant penonceaux et bannières. Le comte Raymond et son fils avaient quitté leur patrimoine et s'étaient réfiigiés à Gênes; tout le clergé favorisait les efforts des nouveaux possesseurs; on prêchait l'obéissance aux Francs comme un dogme , et la haine aux comtes exilés comme un article de foi religieuse.

Contre tant de causes qui favorisaient les envahisseurs du sol , croissait et se fortifiait, cependant, cette puissance à laquelle rien ne résiste , l'opinion publique* Les Français maîtres par les armes n'en étaient pas moins considérés comme les oppresseurs du pajs^, comme d'injustes conquérans qui avaient expulsé la famille nationale des comtes de Toulouse ; les antipathies de race se manifestaient dans toute leur force: le Provençal n'obéissait qu'avec contrainte à son supérieur d'origine franque, et il n'aspirait qu'après le jour de Tindépendance. Les capitouls , jurats , magistrats municipaux, les châtelains qui avaient conservé leurs domaines, toute la population, en un mot,

ÉTAT DE l'hérésie. 1o3

ne reconnaissait que par la yiolence cette autorité nouyeUe opposée à ses mœurs et à ses habitudes.

D'unautrecôté J'hérésieun moment effrayée par la terrible persécution des croisades françaisesi s'était partout réveillée plus forte et plus ferrente; après le concile de Latran, cette gradue invasion d'hommes qui venait du nord avait cessé quelque temps , et alors les opi^ nions livrées à leur propre puissance s'étaient librement manifestées. Au clergé insolent et anti-national dévoué àla cour de Rome , l'hérésie arait opposé une hiérarchie de prêtres simples , qui n'avaient pour richesses qu'un humble yêtement , et pour caractère religieux que l'impo-^ sition des mains. A cette époque les albigeois eurent des pasteurs supérieurs, ayant chacun une circonscription épiscopale , non point fixe et invariablement déterminée comme dans la discipline catholique, mais simplement désignée commela limite deleurs devoirs desurveillance» Tandis queles prédications furieuses de l'évéque Folquet étaient sans auditeurs à Toulouse , la population accourait en foule pour écouter la parole de Guillebert de Castres et de Benoît de

lo4 DÉBARQUEMEI^T DU COMTE DE TOULOITSF*

Tenues ; l'un présidait à la province duToulou* sain, Tautre au diocèse de Carcassonne ; on parlai t même d'un pontife suprême de l'hérésie avec lequelles pasteursentretenaient une correspond dance suivie et dont ils recevaient les ordres. Il prenait le titre de serviteur de la Sainte-Foi, et résidait dans la Bulgarie ; Barthélemi deCareassonne^l'un desparfaits ^ était son plusintimoconfident ; il avait conférélegouvernement spirituel delà province d'Agen à Vigoureux deBathone'.

Ce fut dans ces circonstances ^ dans la ferveur de ces souvenirs et de ces opinions, qu^le comte Raymond et son fils partirent de Gènes et vinrent débarquer à Marseille; on se rappelle que le concilede Latran^en dépouillant lecomte, avait concédé à son jeune fils la Provence , proprement dite, les terres qui s'étendaient depuis le Rhône jusqu'au Yar, en partant d'Avignon ; le retour des vieux seigneurs de la Langue-doc

1 J'ai poisé tons ces détails dans le registre de Tinquisilion de Toulouse* Il y est fait mention de Guillebert de Castres , évêque du Toulousain ; Benoit de Termes est ordonné évêque de Carcaasonne ; il y eut une sorte d'assemblée ou de concile d'hérétiques „ à Pieussan , dans le Rasez, en 132a. Dm. Yaissète en parle, t. 3 , p. 319. Voyez aussi Concil. t. z, p. a88et seq, Marténe» Anecdot. t. 1, p. 900.

ENTHOUSIASMB D£S MARSEILLAIS. I qS

n'avait donc rien que de conforme aux dispoiitions du concile; mais bientôt leffervescence publique , l'enthousiasme des populations, les engagèrent k jouer un rôle plus noble , et à reconquérir l'héritage dont ils avaient été injustement dépouillés.

Marseille formait alors une véritable république sous ses vicomtes ; sa population était de race provençale , et sauf les étrangers qui étaient venus s'établir dans cette commerçante cité, et quelques Êimilles, vieux débris de la colonie de Phocée, tousses habitans avaient une commune origine ; des rapports intimef unis-* saient les magistrats et le peuple avec les capitouls et les jurats de Montpellier , Toulouse et Garcassonne ; les vicomtes de Marseille et les comtes de la Langue-doc s'étaient rapprochés par des alliances de famille ; et conune si tous les motiis d'union devaient se retroiiver dans ces hommes sortis d'une même race, l'hérésie avait fait d'immenses progrès à Marseille comme dans le reste de la Langue-doc '«

Aussi 9 lors du débarquement dans cette cité

i L'Histoire de Provence , par Fapon , est la source la plus exacte où l'on doit puiser pour Torigine^de cette cilé.

lo6 ACCUEIL FAIT AU VlBUx C" DE TOULOUSE.

da comte Raymond et de son fik , Tenthousiasme fut à son comble. Les magistrats et les populations tout entières se donnèrent à eux , et promirent de soutenir leur cause \ Les Atîgnonais, depuis long-temps fédérés avec lesMarseillais , envoyèrent également une députation pour offrir leurs services, et lorsque les descendans de l'ancienne race des seigneurs de la Langue-doc entrèrent dans le comté venaissin , on entendit de toutes parts ces cris de joie, ces nobles déclamations : Vwe Toulouse ; vive Avignon et Provence \ Dès ce moment, des intellligences s'établirent entre les magistrats des cités de la Langue-doc et leurs vieux seigneurs ; Raimbaud de Cal m , Raymond IPelet, Lambert de Monteil, Bertrand Pourcelet, Raymond de Montauban , Pons de Montdra* gon , vinrent joindre leurs gonfanons à ceux des communes d'Orange , de Marseille et d'Avignon ' , qui s'étaient publiquement déclarées

1 « Son partite del dit Geoa et drech à Marseilla son vengat an

grand konor et joya, dit coote Ramon se soq doaats et las

clans de la tilla l'y ao preseotadas.»— Chrooiq. Provenç., col. 65.

a «Yiva Toloza , Aviation et Provenza, »col. 64* p

3 Pierre de Vanlx-Cernay , c. 83. Gaillaurné de Puy-Laurens ,

c. aj et suiv.

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