SITUATION DES FRANÇAIS. 1 O
pour Raymond et la cause provençale. On résolut de dénoncer la guerre au comte de MoQiibrt. La prise de possession de Beau^ Caire ' fut le premier manifeste de ce soulève* ment; les hommes d'armes et les communes entrèrent dans cette cité qui secoua le joug des étrangers.
Le com.te Simon, alors encore paisible possessew* du plus riche et du plus vaste fief de ia couronne, songeait à l'agrandir et à le transmettre à sa famille , car toutes les conditions extérieures d'ordre et de tranquillité se montraient au moins à la surface; l'hommage, comme on Fa dit , avait été reçu par le suzerain ; un grand nombre de terres était inféodé à des hommes de la race de France; les capitouls et magistrats obéissaient ; l'Eglise allait plus loin encore que la servilité; le comte, toujours en avant, domptait ses voisins , et soumettait leurs domaines ; on voyait même un changement s'opérer dans sa politique religieuse. Montfort, ce grand exterminÂleur des hérétiques, lors de la con-
1 La Tille de Beaacaire avait offert d'avance de se livrer à lui. « La villa de Belcaire era deliberada de se donar à el. » IbU,
lo3 SIÈGE DE BëAUCAIBE.
quête , ne les poursaivait plus avec le même acharnement, une fois possesseur du sol, et maître des cités. Il sentait qu'il avait assez à faire pour établir sa domination politique, sans heurter encore des opinions religieuses ; aussi les zélés catholiques commençaient à. le trouver timide pour la cause de Dieu , et ils attribuaient à ce refroidissement de zèle, les' malhem^ qyi meuacèrent à cette époque les Francs dans la Langue^doc '.
Le jeune Raymond^ renfermé dans Beaucaire , eut bientôt à soutenir le siège des hommes réunis sous le gonfanon de Montfort. 11 n'avait pu encore è'emparer du château gardé par douze chevaliers valeureux « lorsque Simon parut devant les murailles. Apre» une courageuse bataille où le succès fut incertain , celui - ci céda Beaucaire au comte Raymond ; mais cette concession ne termina rien*.
Toulouse avait à peine appris l'arrivée du fils de son ancien seigneur \ que déjà une sourde conjuration se tramait parmi les habitans cou-
1 Guill. de Puy-Laureos, c. aj.
2 Le siège de Beaucaire tient une trës>graDde*^pKce dans la Chronique Provençale déjà citée.
SOULÈVEMENT DES TOULOUSAINS. lOQ
Ire Montfort ; on n'osait point encore arborer les couleurs nationales, mais des symptômes d'efTervescence se faisaient remarquer. Simon résolut de marcher contre la cité rebelle; il s'avançait avec ses cayaliers bardés de fer, tandis que les bourgeois prenaient les armes pour résister , lorsque , par les inspirations d'une sage politique , le comte franc se décida à pardonner, moyennant une soumission absolue. Il était dans ces dispositions d'esprit , lorsque le turbulent évèque Folquet Tint le trouver dans son camp, revêtu de ses habits pontificauic, et lui dit: «Tirez vengeance de ces maudits bourgeois ; vous n'en viendrez jamais à bout avec la clémence '. » Ce conseil plut très -fort aux Français, car l'évéque leur promettait le pillage des maisons et du fonds commun confié à k garde des capitouls ; puis notre prélat traître et vindicatif vint trouver les bourgeois et leur dit : « Allez au-devant du comte ; il arrive avec ses vaillans
1 Li*éTêqoe disait au comte ; « Qae non l'arnavan noon per forsa et qiie no Vy laisse res si on corps es dedios la villa ; mais que lo prengaa et bens et gens , car saches , seahor, qae si vus non fassiei ainsi que tart serei al repentir. » Gol. 78.
X lO SAC DE TOULOUSE.
hommes; il faut le calmer ou tout sera perdu, n Les bourgeois crurent leur perfide éTéque ' ; mais à mesure qu'ils sortaient de la yille en habits de fête , les archers de Montfort les saisissaient violemment et les attachaient à de longues cordes. Lorsque les citoyens virent quel était le sort qu'on leur réservait , ils prirent les armes. On voyait ces bons bourgeois s'attrouper dans les rues, mettre des chaînes et des barricades. Mais voici venir le comte et l'évêque Folquet : « Brûlez , brûlez les maisons de ces maudits serfs , » s'écriait le prélat. Tandis que les varlets agitaient des torches pour exécuter le barbare con* seil de l'évêque , les citoyens de Toulouse rassemblés sur la place se précipitaient contre les chevaliers armés et les mettaient en fuite". Voilà donc une première victoire des bourgeois sur les hommes de race franque; elle fit réfléchir Montfort et l'évêque ; ils consentirent à voir les capitouls pour traiter
1 La chronique dit de PéTêque t « La qualla causa et penaasion
fasia los dit évesqae per gradda trahison. » Ibid,
a «Et talamen an frappa sar lors ennemis que tua et blessa les an faict recular.» ïbid.
A&SEMBLÉB DES BOURGEOIS. 111
de la paix entre le seigneur et les citoyens. Le parlement se tint à l'hôtel -de- ville, selon le privilège de la commune. L'abbé de Saint- Seyrin porta la parole : <c Messers, ditil, le sire comte qui est ici présent tous fait assembler pour conclure la paix avec tous et TÎTre en parfaite union, v Le peuple répondit qu'il la désirait aussi; elle fut donc conclue et scellée. Mais à peine les bourgeois avaient-il^ quitté rhôtel-de-Tille que les Français arrêtèrent encore les principaux d'entre eux. Le comte ne les mit en liberté que pour trente mille marcs d'argent, ce qui grcTa beaucoup les pauvres citoyens '. Montfori avait été forcé de quitter la ville pour porter ses armes du côté du Yalentinois; les Tou** lo^sains profitèrent de son absence, et envoyèrent des missÎTCS secrètes à Raymond, qui levait alors , au profit de sa cause , des corps d'Aragonais et de Catalans, au-delà des Pyrénées. Le sire provençal traverse au pas de course les montagnes , joint »ur sa route les comtes de Gominges et de Foix , nobles
1 « Gran pieta y dît le chroniqueur, era se veser lo mal que adooc fasian las gens del dit conte de Montfort. » Ibid,
lia LE COMTE RAYMOND DANS TOULOUSE.
soutiens de là cause nationale , et , à la tête de plus de mille lances, passe la Garonne et pénètre pendant la nuit dans les murs de Toulouse. Le lendemain, au bruit de cornets et trompettes, le Tieux gonfanon est arboré sur les remparts , à demi-détruits , et sur les tourelles des principaux bourgeois '•
Lorsque les ProTcnçaux eurent appris que le comte Raymond était en possession de sa capitale, tous vinrent h Fenyi lui faire liommage. On vit bientôt arriver les possédant fiefs de la Gascogne, du Quercy et de l'Albigeois ; tels étaient, Gaspard de la Bart^e, Bertrand Jourdain de Lille , le sire de Caraman , Bertrand de Montaigu, Guitard de Marmande , Étiéhnede la Valette , Gérard de la Mothe , Bertrand de Pestillac; tous cbevaliers de noble race : ils entrèrent dans Toulouse enseignes déployées.
Le comtede Montfort etses Français, au contraire , éprouvèrent de Fétonnement et de la
1 Le Cbronlqaeor provençal, dans son entbousiasflie pour la ▼ieille cause de son pays , s'écrie : « Et qaand lo dit conte Ramoa eatat repaira dins lo dit Tolosa adonc visias chacun delà habitans tant grands que petits, chacun armar et prendre les ontf gai* «arma , l'autre une lansa, ho basto , ho frissena, que jamais tel bmitno foust vist n'y ausit entant pau d'bora. Ibid. , p. 86.