SIÈGE DE TOULOUSE PAR LOUIS
gnoDs d'ailleurs 1^ représailles \ Raymond o'à^ t-il pai dans ses mains un bon nombre de çhe< Taliers de France» sur lesquels il pourra se venger. » Louis comprit ces raisons et.seï borna h mettre en sûreté la garnijiou dé Marmande ; maia , sur le conseil de^ étéque^^^ la TiUe iut livrée au pillage» Cinq nûUe personnes périrent dana oe massaorc.
Enfin, Louis vint deyant Toulouse* Le jeune Raymond s'y était renferma javec son père. Il avait ^u le temps d'élever ses murailles et de^fortifier ses tourn. Mille chevaliers étaient accouriis d^ toua les points de la Prpvence , \et {dus de (ànq mille archers» saps compter le secoure des bour^eoî» aguerri» durant ces dissentioDS civiles* Lorsque les Français arryvèreoit, le 16 juin 121.9, toutes les mesures étâiient prisea pou^ soutenir un IcHig «siège. Lea capitoûls et magistrats avaient réuni des vivres, employé tous les braa valides à la défense oofnmime ; aus^i^dans le premier assaut, les Franciaîs trouvèt*^nt lyie Ibrte résiatanqci siir
i •Ii«(ÇQAi«^SaiAt-Foiy]rafespoodi;(t.: tSMfQt éy[eBfpie,yos parlaM mal k prQ{»p» , c^r fi mw s^ukar iq. fiUie d/^ n;y C^ipwi. «infi que Tol disia a nos ter«e«» à jamais md Kiia Faacia rçpjçQcb^V* » Col. 99.
ia6 MILICE DE LA FOI.
assemblée, que la dame du château de la Pèûtie, eu Albîgeoi^T se fit recevoir daus la secte des hérétiques; elle était la uoble mie de Raymond, vicomtede Saint- Antouiu, en Rouergue, gentil troubadour et brave cheTalicf . La dame de la Penne te croyait mort , et c'est ce qui la décida à quitter la pompe et la gatté des castels, pour se soumettre aux austérités de la vie du désert '.
Le parti catholique et de la race fi^nçalse était doÊc perdu dans la Langue-doc. Les clercs se voyaient menacés dans leur riche existence ; le pape dans son autorité. U iaU lait au moins organiser une résistance reli* gieuse contre cet énergique amour de la patrie , qui animait les braves Provençaux; Ce fut là l'origine de l'ordre de la miliôe da Christ. Le but de cette congrégation était l'extirpation de l'hérésie et lé maintien de la domination des comtes de Montfort. Un Franc, nommé •Pierre Savari, en fut le promoteur et l'instituteur; chaque associe pro-
1 Nostradamus: pôëtes provençaux, p.gOj Dm. Vaissète. I. m, p.Sa^.
l'inquisition. 127
mettait aide et secours & Amaury et à ses héritiers , pour la défense de sa perioniie et de ses possessions féodales; tous s'engageaient à rechercher et détruire les hérétiques , les rebelles à rÉglise, et tous les autres qui £sli» saieni la guerre au comte firanc\ A côté de cette institution , s'en établit une seconde plus formidable t et dont les annales offrent tant de pages sanglantes ! Je yeux parler de l'inquitttion. Ce tribunal, tout ecclésiastique, fut chargé de poursuivre et de punir, endehors même de la puissance publique et territoriale , et malgré elle , les hérétiques et ennemis de l'Église. Composée de clercs, d'éyéques ou de moines , l'inquisition s'occupait d*exterminer au profit de la cour de Rome tous les rd)elles k la foi catholique. Les registres de ce formidable tribunal, établi à Toulouse, subsistent encore^ On y Toit des enquêtes par témoins , de minutieuses recherches par le moyen des proches , des amis, des parens, sur les hérétiques traduits devant les inqui4âteurs\
1 Heliot, HUt. des ordres religieux, t. tiii, p. 286 et suir. a La bibliotlièque du roi possède ce curieux monument dans les Mss. Golbert.
Jd8 CORPORATIONS BOURGEOISES ORGANISÉES.
Les uns déclarent où se sont tenues les assemblées, les cérémonies qui ont accompagné l'imposition des mains aux parfaits ou aux fils majeurs] quelles sont les doctrines précbées dans ces assemblées au désert. On y remarque une perfection de formes , une subtilité de moyens , que TÉglise opposait alors à la franchise des batailles, caractère essentiel du moyen âge.
Les'braves et loyaux bourgeois n'en continuaient pas moins leur ligue nationale. L'Église s'organisait par corporation armée du double glaive de la puissance civile et cléricale ; les habitans des villes resserrèrent les liens de leur confédération municipale ; ils obtenaient de leurs comtes des privilèges , des droits absolus d'élection et de justice. Ainsi régularisée , chaque cité s'unissait ensuite avec d'autres cités, Toulouse avec Marseille, Avignon avec Bcziers, et toutes se juraient de maintenir l'intégralité de leurs domaines et la jouissance de leurs libei'tés'.
1 C'est, en effet, un des caractères desXIIeet XIII^ siècles que cet esprit d'association, comme nous aurons plus tard l'occasion dç le montrer.
PHILIPPE RBFUSB UNE NOUVELLE CROISADE. 1 2g
Que pouyaient faire les clercs et les comtes francs dans cette situation ? 11 n'y avait plus d'espoir de consolider la domination étrangère dans la Langue*doc. L'esprit des croisades s'était singulièrement attiédi. : comment réveiller l'intérêt pour cette cause, s^i ardemment embrassée il y avait quelques années ? Amaury s'empressa , ipar l'organe du pape Honorius ' , d'ofi&îr encore toutes aes conquêtes à Philippe- Augoste» et déclara ue plus les tenir que comme fief iiniiiédiat de la couronne , avec toutes les obligation^ des hommes-liges. Le roi ne fit aucune réponse directe ; mais le comte de Champagne l'ayant consulté pour savoir s'il devait prendre part à la guerre des albigeois , pour laquelle il était sollicité , Philippe , en Vy autorisant , répondit : «Nousnevoulonspoint nous engager dans cette af&ire par aucune obligation . fious allons bientôt avoir la guerre avec le roi des Anglais ^ car la trêve cfue nous avons conclue expire aux fêtes de Pâques; il ne nous convient pas de nous livrer à d'autres entreprises ^ nous devons laisser toutes celles qui nous détour* neraient de notre défense personnelle et de la
1 Raynaldi, Add. ccclesiast. ad ann. 1222, i).44'
l30 RECOURS DE RAYMO^ND AU SUZERAIN.
protection due à notre royaume i. » Philippe venait de recevoir les instantes supplication» du jeune Raymond , orphelin depuis quelques jours; le vieux comte, son père, était mort en impénitence finale dans les mains des hérétiques et des templiers; son corps n'avait point reçu la sépulture , et il était resté eicposé dans la maison du Temple. Raymond s*adressait au suzerain , en ces termes : a A son trèssérénissime seigneur , Philippe , roi des Français , salut : J'ai recours à vous comme à mon unique refuge, à^mon maître et à mou proche parent ; ayez pitié de moi; obtenez que l'on me décharge de l'opprobre d'une honteuse éxhérédation'. Seigneur, j'invoque Dieu à témoin que je ferai votre volonté. Je serais alié volontiers au - devant de vous , mais je ne le puis, attendu mes grandes et pressantes» affaires. Je vous prie d'ajouter foi à ce que vous dira de ma part Gui de Gtvaillon, porteur des présentes.
» Donné à Montpellier, le i6 juin,4'an 1222. »
i Scratis quod de nuUâ promissionc volumus m hoc affario (aFfaire) nos Ogari, qaia guerra Dostra qus in promptu est , vel treuga non durét inter nos et regem Aoglise, nisi ab instanti paschâ in unum annum^ Mss. Golbertj n.3a69.
a ExhaereOationisopprobrio sublatopervos , meam recipian) hxreditatem. Trésor des chartes de TouIoMfie, sac. 3, n. 54*
DÉCOURAGEMENT DES FRANÇAIS. l3l
La résolution de Philippe- Auguste de ne prendre aucune part à la croisade contre les albigeois (ut définitive ; les évéques de Lodève , de Maguelonne et de Béziers, lui écrivirent 'en vain pour lui offrir toutes les conquêtes faites par les Francs , il demeura inébranlable dans son refiis; les périls de la foi ne purent pas même le toucher. Les clercs eurent beau lui dire qu'ils attendaient tous les jours la mort, k cause qu'ils étaient environnés des ennemis de la religion et de la paix. Le roi ne consentit à autre chose , si ce n'est à la convocation d'un parlement à Melun , pour délibérer sur Taffaire des albigeois.
Ainsi les Français et leur comte furent abandonnés à leurs propres forces dans la Langue-doc. Le découragement se mit parmi eux quand ils virent tous les châteaux , villes et communes passer sous la domination des anciens seigneur^ ; voilà que soixante braves chevaliers quittèrent le camp de Montfort faute de solde ; ils s'en allaient du côté de Béziers , pour retourner dans leurs domaines d'outre- Loire, lorsqu'ils furent assaillis par une nuée de bourgeois et de petit peuple , sous les ordres
iSa DÉPART DBS FRANÇAIS D£ LA LANGUE -DOC.
du comte de Toulouse* Us offiirent de se rendre , de remettre leurs chevaux de bataille et leurs armes , pourvu qu'on les laissât aller sur de simples palefrois; comme on leur refusa cette prière et qu'on voulait les retenir prisonniers, les braves Francs élisent un chef, fondent sur cette multitude et la dispersent. Ainsi ils écbappèrentépar vaillance à la maudite race des Provençaux*.
C'était une fureur de quitter la Langue-doc; tous les chevaliers d'Amaury de Montfort s'en prenaient la route de France* Le comte emprunta trois mille livres à des Juifs qu'il hypothéqua sur ses domaines paternels , car per« sonne ne voulut prêter un sou sur ses terres méridionales * ; encore , malgré cette bonne sonune, il ne trouva que vingt chevaliers^ qui consentirent à rester, parmi . lesquels se trouvaient son oncle Gui et le. maréchal de^ Lévis.
1 Guillatimc de Puy-Laurens, chap. 4 • Alberic. Triafont, ad ann. laaj.
2 Voyez la lettre qae les évêques de la Langiie-doc écrivirent aa roi de France sur la triste situation d'Amaury de Montfort dans. Dm, Vaiskète , t« m, p. a86.
TRAITÉ D*ÉVàCUaTION POUk LA LANGUE-DOC l33
Enfin, le i4 janvier 1225, il conclut un traité d'évacuation de la Langue-doc pour les Français. On y convint qu' Amaury et ses chevaliers quitteraient cette terre, et iraient consulter leurs amis en France afin de savoir ce qfi'ils devaient faire ' ; ils promettaient de rendre réponse pour k paix définitive au plus tard à la Pentecôte prochaine. Toutes les églises de« vaient demeurer avec leurs privilèges , et une trêve de deux mois serait accordée aux habitans des lieux qui étaient encore au pouvoir d'Amaury, tels que Narbonite, Adge; les Provençaux s'engageaient à ne point y entrer à moins* d-êtK appelés par les citoyens euxmêmes. Un pardon général fut accordé au petit nombre d'habitans qui avaient suivi le parti dès Français , et leurs terres leur étaient rendues sans distinction- de services • Ijcs eomtes méridionaux s'obligèrent en outre à payer dif. mille marcs d'argent à Amaury * comme indemnité.
Ces conventions arrêtées, le comte de Mont-
1 Débet idem Amalricas consalere amicos suos de Franciâ et facerè qa6d pro consilio sibi dabuxit. (Ghacté de Foiz, caisse 30.) a Dabimus tibî dccem mille mtrcbas argenti, IbiU,