SIÈGE DE TOULOUSE. MONTAUBAN
frayeur. Simon avait cherché à lever quelques Provencauic dans ses nouveaux domaines, ils se débandèrent et vinrent grossir la troupe de leur • droit seigneur, le comte Raymond, L'évêque d'Auch , qui amenait un renfort , se vit aussi abandonné» tant la cause nationale se réveillait avec énergie ! Montfort se présenta avec ses propres servans devant Toulouse, mais les vigoureux chevaliers de Cominges et de Foix le forcèrent de prendre garde à lui et de convertir ses fougues militaires en un siège régulier.
En même temps que Toulouse se proclamait indépendante, Montauban faisait i^ne semblable tentative , mais moins heureuse ; Montfort avait demandé des otages aux bourgeois comme gage de leur foi» Il avait même dé*signé le sénéchal d'Agenois pour surveiller leurs démarches et les maintenir dans Tobéis-r sauce. Un corps de chevaliers français tenait le château de la ville : que firent les habitaos? Us députèrent, secrètement, auprès de Raymond, pour qu'il leur envoyât cinq cents hommes d'armes; mais les Français prévenus à temps fermèrent les portes et punirent les citoyens T. ir. 8
1 l6 MORT DE SIMON DE MONTFORT.
compri5,etlè8proines8esderichescités,de terres abondantes, alléchaient plus d'un cadet de race pauyré, possesseur d'un cheval debàtaîlle. Une grande foison d'hommes d'armes vinrent joiii^ dre Montfort devant Toulouse , dont il poursuivait péniblement le siège depuis neuf mois. Les assauts devenaient chaque jour plus meurtriers. Le lendemain de la Sainte Jean de 12 18 , le comte Simon apprit que les Toulousains avaient fait une violente sortie afin de détruire les machines de guerre construites pour ce siège. Il court s'y opposer. Tandis qu'il lutte avec effprt contre les bourgeois et les Aragonais, il est frappé à la tète d'une pierre lancée par un tout petit nain , les autres disent par une femme qui s'était placée sur les remparts pour
défendre sa cité et l'hérésie. Montfort fiit ren*
versé raide mort'. Ainsi tomba celui que les chroniques contemporaines coïnparent à Judas Machabée , et qui avait soumis au joug des
1 Ici l'intéressante chronique provençale des comtes de Tou* louse oflPre une lacune de 48 pages dans le'Mss. du roi , depuis le fol. 378 jusqu'à 429. On trouve la même lacune dans le Mss» Peyresque ; voici les seules phrases relatives à la njort du comte de Montfort qui sont conservées : • To incontinent son dît fraii:^
Lï;S FRANÇAIS AFFRES I.A MORT DE SIMON* 1 IJ
Français les populations libres de la Languedoc ; on le couvrit de son manteau , et il fut transporté sous la tente du légat. Puis Amaury, son fils, fat mUitairement reconnu comme légitime et droit successeur dans toutes ses seigneuries. Mais cette ^ mort jeta la consternation dans le. camp. Les chevaliers levèrent le siège: en toute hâte, et Toulouse put demeurer, en paix \ sous la domination des seigneurs. du Sol, auxquels les bourgeois avaient juré complète soumission pour leurs personnes et leurs terres.
Le jeune Amàury de Montfort suivit les lugubres ftinérailles de son père, jusque sur les terres de France , car Simou avait légué son coryis à un monastère de Tordre deFontevrault , & une lieue de Montfort-r Amaury , comme s'il avait deviné qùé la terre de la Langué-doc ne «erait point hospitalière & sa race! Puis son jeune héritier pai^counit toutes les villes de ses doomûn^ afin d'inspirer du zèle pour sa cause* Le clergé récbauffii , autaùt qu'il le put, le dér
fes prendre lo dit corps et portât devers lo cardinal et l'évesqae de Tolosa losqu'als foguen fort marrits et dolens quand veguen io dit corps et an grands pleura et lagrefnas l'an rcssanbat. • JM^
I 1 8 BULLE DU PAPE CONTRE LES PftOVElfÇAU^.
Vouement des Provençaui^; maïs pas im bra# ne se leva pour le comte franc ; il eut beau concéder domaioes, privilèges de communes , fondations de monastères; un mots ne s'était pas écoulé depuis son avènement, queNSmes, le Rouergue et le Quercy aiiïoraienti lea couleurs de leur comte national , et seoonaicnt la domination étrangère. A Avignon, le comte de Baux > prince d'Onange , fot mis en pîècos par les citoyens pour s^ètre opposé à ce mouvement général <|ui édakaît dana la Lod^ gue-doc ' .
Laseîgoeurie d^ Amaury ^tait donc naeviaoée,
et rinfluence des Français dkninuait aensible-^
mentf ce fut alors qu'mtevvint encore une fois le souverain pontife , pour maintiSBir son ouvrage. Il ordonna ^ dans une balle t à tans les fidèles ^ de courir mai les Toùlonsaina et les Avîgnonais, sur Raymond > comté d^ Ton* louse, son fils, les comtes de Foix et de Gominges et s«ir leurs enfkos., ponr «v^mt tué et mis en pièce» Guillaume dé BacqL \ Une
1 Nicolas de Braya. Gest. de LoaisYIli. Puçhesne, t. v, p. Sij. a Trésor des chartes, balle coatre les Kérétiques, u. i5.
^HÉI^ARATIFS d'une NOUVELLE CROISADE. 1 19
lettre spécial^ fut adressée au roî Philippe^ Anguste; il invita ce prîace à yeuir, lui et sou fils j à la tète d'une puissante année , pcmr défendre le jeune comte Amaury, alors son homme-lige , puisque Montfort avait été reçu à rhammage'.
Le roi n'avait pas attendu l'exhortation du pape , et des hommes d'armes étalent déjà prêt, ponr «ntenir le. França« d«a» là Langue - doc; Honorius l'autorisa , pour seconder 9e% bonnes intentions , à prendre la moitié du vingtième qtd avait été imposé sur les bieM du clergé,, et deviné à une expédition en Palestine. Ce vingtième , tout etitief*, dans les diocèses d'Arles, Vienne, ^arbonne.
Embrun et Aix, fut même exclusivement appliqué à cette expédition contre les Toulousains ètlea loyaux bourgeois de la Langue*doc*.
En attendant ces ^cours puissans, Amanry chercluat à ranimer le petit nombre de chevaliers qu'il avait conaervés à son service ; il y avdit alors bien des faibles, et l'on n'était plus retenu que par la possession de la
1 Duchesne, t. r, p. 85i.
a Duchesne, t. r, p. 858.
1 20 2* CROISADB DB hOVlB DANS LA LAHGUE-0OG.
terre ! Aussi Amaury témoignart-il une vi^ve j'oie lorsqu'il apprit qu'au commencement du printemps 11219 , Louis, fils de Philippe- Auguste ^ de retour d'Angleterre , était parti de sa cour de Paris , se dirigeant vers la province d'Aquitaine, à la tête d'une nombreuse chevalerie. On sent bien que le comte Raymond et son fils , les princes de la race du sol, firent tous leurs efforts pour conjurer l'orage , mais rimpérieu:x ponti^ , Honorius III , s'empressa de détourner le roi de France de toute concession, «parce que ce serait aller contre l'honneur et les statuts que l'église a dressés, que d'enlever au fils de Simon de Montfort .ce qui a été légitimement donné à son père;. le but des Toulousains et de leurs complices, disait le pape au roi , est de rendre inutiles les préparatifo que vous avez faits^.»
Philippe- Auguste n'était que trop disposé à suivre ces conseils du pontife ; il refiisa- d'ent(Bndre lés remontrances des deux Raymonds.
Louis pénétra dans l'Aquitaine , en même
1 Dnchesnc, t. v, 85 1 et suiv.
SIÈGES B£ LA ROCHELLE ET DE MARMANDË. I 2 t
t€m|iK qae le jeune Aiuaury marchait sur TAgenois pour reconquérir ce pays , qui avait secoué la domination de son père. La première opération des Français fut le siège de la Rochelle. Il parait que leur expédition n'avait pas seulement pdhr objet de secourir le comte de Montfort , car le meilleur parti eût été de marcher immédiatement sur Toulouse ; Louis voulait aussi affiiiblir la domination anglaise dans les provinces méridionales , et se venger de l'échec qu'il venait d'éprouver à Londres.
Le fîls du comte Raymond s'avançait pour secourir Marmande , assiégée par Amaury , lorsque , sur l'avis qu'un corps de Français menaçait le comte de Foix , le jeune sire y accourt « conmie un lion massant % » et là s'engagea une de ces batailles chevaleresques où le courage personnel brillait de tout son éclat., c Francs cavaliers , disait l'un , voilà un rude colps en l'honneur de ma dame. Par Saint- Jean, disait l'autre, vous allez avoir affaire à de terribles jouteurs. » L'avantage resta aux Provençaux.
1 Rien ne ressemble aux plus poétiques chants de l'Arioste
12,2 ARMÉE DB FRAN€B BBVAKT MAftMAVbÉ.
Après SToir pris la Rochelle, LouissedlHgeA ters MarmitTide. Son armée était nombreuse ; CD j comptait trente "-haït comtes, parmi lesquels , le pins illustre était Pierre Mau-derc, duc de Bretagne, et le sire de Saint-* Pol, une multitude de châtelains portant bannières , plus de six cents chevaliers et dix mille archers. Il y ayait aussi dans h camp du roi bien des évéques, ceux de Noyon , de Senlis et de Toumon* Les pauvres Proyençaux, assiégés dans Marmande, deman* dèrent à capituler; ils forent obligés de se rendre à discrétion. Alors , Tévéque de Saintes se levant sur ses pieds , dit : te Cette garnison est hérétique et rebelle ; il faut livrer ces hommes à la mort *1 — Évêque , dit le comte de Saint-Pol , les chevaliers ne peuvent se couvrir d'une telle honte; crai-
commo U ricit que f«i« le clirQQi(|oeitf proTewçsl sur cet eog«gement entre les Français et ses compatriotes. Col. 97-93«
1 « Senbor io so d^sTis que tôt incontinent tos fassas moris et bri^f tôt tquetim gens coi^me heretges et fe oventils. » On Toit que 9 dans le cours de cette guerre, comme dans bien d'autres circonstances , les évéques n*ét aient pas pour les partis modéré^ Col. 99.